Néphroblastome (tumeur de Wilms)

Tumeur rénale maligne la plus fréquente de l'enfant. Modèle de succès de l'oncologie pédiatrique coopérative, avec une survie globale supérieure à 90 %. Deux grandes philosophies thérapeutiques coexistent : chimiothérapie préopératoire (SIOP) versus chirurgie d'emblée (COG).

Pédiatrie WT1 Histologie triphasique Anaplasie SIOP / COG

📊 Épidémiologie & syndromes de prédisposition

Le néphroblastome est la tumeur rénale la plus fréquente de l'enfant (~90 % des tumeurs rénales pédiatriques) et la deuxième tumeur abdominale maligne après le neuroblastome. L'âge médian au diagnostic est de 3 à 4 ans ; les formes bilatérales (~5–7 %) surviennent plus précocement. La plupart des cas sont sporadiques.

Syndromes de prédisposition

SyndromeGène / mécanismeSignes associés
WAGRDélétion 11p13 (WT1 + PAX6)Wilms, Aniridie, anomalies Génito-urinaires, Retard mental
Denys-DrashMutation ponctuelle WT1Néphropathie (sclérose mésangiale), pseudohermaphrodisme, Wilms
Beckwith-WiedemannAnomalie 11p15 (WT2 / IGF2)Macrosomie, macroglossie, hémihypertrophie, viscéromégalie
Syndrome de Perlman, Sotos…Divers (DIS3L2…)Syndromes de croissance excessive
🔑

Une hémihypertrophie, une aniridie ou des anomalies génito-urinaires imposent une surveillance échographique rénale régulière (typiquement tous les 3–4 mois jusqu'à ~7 ans) pour un dépistage précoce du néphroblastome.

🧬 Biologie & anatomopathologie

Le néphroblastome dérive du blastème métanéphrique (reliquat embryonnaire rénal). L'histologie classique est triphasique : composantes blastémateuse, épithéliale (tubes) et stromale (mésenchymateuse). Les restes néphrogéniques (nephrogenic rests) sont des lésions précurseurs, particulièrement dans les formes bilatérales.

Facteurs biologiques et histologiques

  • Anaplasie (noyaux volumineux et hyperchromatiques, mitoses atypiques polyploïdes) : histologie défavorable, souvent associée à des mutations de TP53 ; l'anaplasie diffuse confère chimiorésistance et moins bon pronostic.
  • Gènes : WT1 (11p13), WT2/IGF2 (11p15), mutations de CTNNB1 (bêta-caténine), WTX/AMER1, DROSHA, SIX1/2.
  • Marqueurs pronostiques moléculaires : perte d'hétérozygotie combinée 1p et 16q et gain 1q = facteurs de plus mauvais pronostic (utilisés pour la stratification COG).
💡

Après chimiothérapie préopératoire (approche SIOP), une tumeur riche en composante blastémateuse résiduelle est considérée de haut risque (chimiorésistance relative), tandis qu'une réponse marquée avec régression est de bon pronostic. L'anaplasie diffuse reste dans tous les cas une histologie défavorable.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

La présentation typique est une masse abdominale ou du flanc, indolore, souvent découverte fortuitement par les parents lors du bain ou de l'habillage chez un enfant en bon état général. La masse est habituellement lisse, ferme, ne franchissant pas la ligne médiane (contrairement au neuroblastome).

Autres signes

  • Hématurie (macro ou micro), hypertension artérielle (par production de rénine), douleurs abdominales.
  • Rechercher les anomalies syndromiques : aniridie, hémihypertrophie, anomalies génito-urinaires.
  • Rare : rupture tumorale (abdomen aigu), thrombus tumoral dans la veine rénale / cave inférieure.

Imagerie & bilan

  • Échographie abdominale (première intention, recherche thrombus cave) puis TDM / IRM abdominale ; TDM thoracique pour les métastases pulmonaires (site le plus fréquent).
  • Évaluation du rein controlatéral (formes bilatérales, restes néphrogéniques).
  • Attention : dans l'approche SIOP, la biopsie préalable n'est en général pas réalisée — le diagnostic est présomptif sur l'imagerie avant chimiothérapie néo-adjuvante (risque d'upstaging et de dissémination par la biopsie).

📐 Stadification & approches SIOP vs COG

Deux grands groupes coopératifs ont façonné la prise en charge, avec des philosophies différentes mais des résultats globalement équivalents :

SIOP (Europe) — SIOP-RTSG / UMBRELLACOG (Amérique du Nord) — ex-NWTS
SéquenceChimiothérapie préopératoire puis chirurgieChirurgie (néphrectomie) d'emblée puis chimiothérapie
AvantageRéduit le volume tumoral, diminue les ruptures per-opératoires, downstagingStadification et histologie sur tumeur non modifiée par la chimio
StadificationPost-chimiothérapie, intègre la réponse histologique (dont blastème résiduel)Sur pièce native ; intègre LOH 1p/16q et gain 1q

Dans les deux systèmes, la stadification locale/à distance va du stade I (tumeur limitée au rein, réséquée) au stade V (atteinte bilatérale) :

  • Stade I : limitée au rein, exérèse complète.
  • Stade II : extension au-delà du rein (graisse péri-rénale) mais réséquée complètement.
  • Stade III : résidu tumoral locorégional (ganglions, rupture, marges, atteinte péritonéale).
  • Stade IV : métastases à distance (poumon surtout, foie).
  • Stade V : néphroblastome bilatéral d'emblée.
🔑

Point d'examen classique : SIOP = chimiothérapie néo-adjuvante d'abord (sans biopsie systématique) ; COG = chirurgie première. Cela conditionne la stadification et l'interprétation de l'histologie.

💊 Prise en charge

Chirurgie

Néphro-urétérectomie totale avec exploration et échantillonnage ganglionnaire (indispensable à la stadification). Chirurgie conservatrice (néphron-sparing) privilégiée dans les formes bilatérales (stade V) ou sur rein unique, après chimiothérapie préopératoire, pour préserver la fonction rénale.

Chimiothérapie

  • Chimiothérapie préopératoire SIOP : vincristine 1,5 mg/m² hebdomadaire (max 2 mg) + actinomycine D 45 µg/kg à J1 et J15, pendant 4 semaines pour une tumeur localisée ; 6 semaines avec ajout de doxorubicine 50 mg/m² à J1 et J29 en cas de maladie métastatique.
  • Base postopératoire : vincristine 1,5 mg/m² + actinomycine D 45 µg/kg (régime AV) pour les stades favorables — 4 semaines au stade I à bas risque, 27 semaines aux stades II-III ; ajout de doxorubicine 50 mg/m² (régime AVD) pour les stades plus avancés ou l'histologie intermédiaire, avec une dose cumulée limitée à 250 à 300 mg/m² pour préserver le cœur.
  • Formes de haut risque (anaplasie diffuse, blastème résiduel prédominant, stades avancés) : régimes intensifiés multi-agents alternant cyclophosphamide 450 mg/m²/j × 3 + doxorubicine 50 mg/m² et étoposide 150 mg/m²/j × 3 + carboplatine 200 mg/m²/j × 3.
  • Chez le nourrisson de moins de 12 mois, les doses sont réduites d'environ 50 à 67 % et calculées en mg/kg, en raison d'une toxicité accrue.

Radiothérapie

Indiquée selon le stade et l'histologie : notamment stade III (résidu locorégional, rupture, atteinte ganglionnaire) et histologie défavorable — irradiation du flanc à 14,4 Gy en 8 fractions de 1,8 Gy, avec surimpression de 10,8 Gy sur un résidu macroscopique ; irradiation abdominale totale à 10,5 Gy en 7 fractions de 1,5 Gy en cas de rupture tumorale ou d'atteinte péritonéale diffuse ; irradiation pulmonaire bilatérale à 12 à 15 Gy en 8 à 10 fractions en cas de métastases pulmonaires ne répondant pas suffisamment à la chimiothérapie. L'irradiation doit débuter dans les 14 jours suivant la chirurgie.

💡

Excellent pronostic global : survie > 90 % pour les formes d'histologie favorable. L'enjeu actuel est la désescalade (réduction de la doxorubicine, de la radiothérapie) pour limiter les séquelles à long terme (cardiotoxicité, second cancer, fonction rénale), tout en intensifiant pour les rares formes défavorables (anaplasie, blastème).

💉 Doses & protocoles

⚠️

Support pédagogique. Posologies issues des protocoles SIOP-RTSG / UMBRELLA et COG. En oncologie pédiatrique, les doses se calculent sur la surface corporelle — ou en mg/kg chez l'enfant de moins de 12 kg — avec des réductions spécifiques chez le nourrisson de moins de 12 mois, et la prescription se fait exclusivement dans le cadre d'un protocole validé, en centre spécialisé. Vérifier systématiquement le calcul, les doses maximales absolues et les doses cumulées.

Chimiothérapie préopératoire (approche SIOP)

SituationMoléculeDoseVoie / rythmeDurée
Tumeur localisée — 4 semaines de chimiothérapie préopératoire
AVVincristine1,5 mg/m² (max 2 mg)IV directe, hebdomadaire4 injections
AVActinomycine D (dactinomycine)45 µg/kg (max 2 mg)IV, J1 et J152 injections
Maladie métastatique — 6 semaines de chimiothérapie préopératoire
AVDVincristine1,5 mg/m²IV, hebdomadaire6 injections
AVDActinomycine D45 µg/kgIV, J1 et J152 injections
AVDDoxorubicine50 mg/m²IV, J1 et J292 injections
Adaptation au très jeune âge
Nourrisson < 12 moisToutes moléculesréduction de 50 à 67 %doses en mg/kgtoxicité accrue, surveillance renforcée

Deux particularités doivent être connues. La vincristine est vésicante — une extravasation impose un protocole d'urgence — et ne doit jamais être administrée par voie intrathécale, erreur mortelle ; sa toxicité limitante est neurologique, la constipation étant un signe d'alerte précoce à rechercher activement. L'actinomycine D expose à une hépatotoxicité pouvant aller jusqu'au syndrome d'obstruction sinusoïdale hépatique, particulièrement chez le jeune enfant et lorsqu'elle est associée à l'irradiation du flanc droit : surveiller le bilan hépatique, les plaquettes et le poids, et savoir évoquer ce diagnostic devant une hépatomégalie douloureuse avec prise de poids et thrombopénie. Elle est également radiosensibilisante et vésicante. Un principe majeur de l'approche SIOP : la chimiothérapie préopératoire réduit le volume tumoral et le risque de rupture peropératoire — qui ferait passer au stade III et imposerait une irradiation abdominale totale.

Chimiothérapie postopératoire

Stade / risqueProtocoleDosesDurée totalePrécisions
Stade I, bas risqueAucune ou AV court0 à 4 semainesDésescalade : certains stades I à histologie favorable ne reçoivent aucune chimiothérapie postopératoire
Stade I-II, risque intermédiaireAV (vincristine + actinomycine)1,5 mg/m² + 45 µg/kg4 à 27 semainesPas de doxorubicine : épargne cardiaque
Stade III, risque intermédiaireAVD+ doxorubicine 50 mg/m²27 semainesAssociée à l'irradiation du flanc
Haut risque (anaplasie diffuse, blastème résiduel)Régime intensifié alternécyclophosphamide 450 mg/m²/j × 3 + doxorubicine 50 mg/m² alterné avec étoposide 150 mg/m²/j × 3 + carboplatine 200 mg/m²/j × 334 semainesUroprotection par mesna, G-CSF
Stade IV (métastases pulmonaires)AVD ± intensificationselon réponse à 10 semaines27 à 34 semainesLa réponse complète des métastases pulmonaires permet d'éviter l'irradiation pulmonaire
RechuteICE ou CyCEifosfamide-carboplatine-étoposideselon protocole± chimiothérapie haute dose avec autogreffe

La stratégie contemporaine est celle de la désescalade guidée par le risque : le pronostic global dépassant 90 %, l'enjeu est de réduire les séquelles à long terme sans perdre en efficacité. Cela se traduit par la limitation de la doxorubicine (dose cumulée maintenue sous 250 à 300 mg/m², la cardiotoxicité étant d'autant plus marquée que l'enfant est jeune et qu'une irradiation thoracique est associée), l'omission de la chimiothérapie postopératoire dans certains stades I, et la réduction des indications d'irradiation — notamment pulmonaire, en exploitant la réponse complète obtenue par la chimiothérapie. À l'inverse, les formes à anaplasie diffuse ou à blastème résiduel prédominant justifient une intensification. Un point de surveillance transversal : la fonction rénale, la néphrectomie laissant l'enfant avec un rein unique pour la vie.

Radiothérapie

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Flanc (stade III, histologie intermédiaire)14,4 Gy8 fractions de 1,8 GyLoge de néphrectomie et aires ganglionnaires ; à débuter dans les 14 jours suivant la chirurgie
Surimpression sur résidu macroscopique+ 10,8 Gy6 fractions de 1,8 GyTotal 25,2 Gy sur le résidu
Abdomen total (rupture, atteinte péritonéale diffuse)10,5 Gy7 fractions de 1,5 GyProtection du rein restant et des têtes fémorales
Anaplasie diffusejusqu'à 19,8 à 25,2 Gyfractions de 1,8 GyDoses majorées du fait de la chimiorésistance
Métastases pulmonaires (réponse incomplète)12 à 15 Gy8 à 10 fractionsIrradiation pulmonaire bilatérale ; évitée si réponse complète sous chimiothérapie
Métastases hépatiques19,8 Gy11 fractions de 1,8 GyVolume partiel, en épargnant le foie sain

Les contraintes sont dominées par un impératif absolu : la préservation du rein restant — dose la plus basse possible, idéalement moins de 12 Gy sur l'ensemble du rein controlatéral, cet organe devant assurer seul la fonction rénale pendant des décennies. Autres contraintes : foie Dmoyenne < 20 Gy chez le jeune enfant (attention à la potentialisation par l'actinomycine D, qui majore le risque de syndrome d'obstruction sinusoïdale, notamment lors de l'irradiation du flanc droit), poumons Dmoyenne < 15 Gy, cœur aussi bas que possible en cas d'irradiation pulmonaire associée aux anthracyclines, moelle épinière Dmax < 30 Gy, et corps vertébraux à irradier symétriquement lorsque le volume les traverse, afin d'éviter une scoliose de croissance. Chez la fille, les ovaires doivent être épargnés autant que possible, une irradiation abdominale exposant à l'insuffisance ovarienne et, plus tard, à des complications obstétricales par irradiation utérine. La protonthérapie a un intérêt croissant pour réduire la dose intégrale et le risque de second cancer.

Points clés à retenir

  • Tumeur rénale la plus fréquente de l'enfant (~3–4 ans), issue du blastème métanéphrique ; masse abdominale indolore ne franchissant pas la ligne médiane.
  • WT1 (11p13) et WT2/IGF2 (11p15) ; syndromes WAGR, Denys-Drash, Beckwith-Wiedemann → surveillance échographique.
  • Histologie triphasique (blastème, épithélial, stroma) ; l'anaplasie diffuse est l'histologie défavorable de référence.
  • SIOP = chimiothérapie préopératoire sans biopsie ; COG = chirurgie d'emblée. LOH 1p/16q et gain 1q = mauvais pronostic (COG).
  • Traitement : néphrectomie + vincristine-actinomycine ± doxorubicine ± radiothérapie selon stade/histologie ; pronostic > 90 %.

QCM — 10 questions

Q1. Quelle est la principale différence de stratégie entre les approches SIOP et COG du néphroblastome ?

Q2. Un enfant avec macroglossie, hémihypertrophie et macrosomie développe une tumeur rénale. Quel syndrome est le plus probable ?

Q3. Quelle caractéristique histologique définit le mieux une tumeur de Wilms d'histologie défavorable ?

Q4. Quelles sont les molécules et les doses du régime de base du néphroblastome de risque favorable ?

Q5. Pourquoi l'approche SIOP évite-t-elle la biopsie préalable devant une masse rénale typique de l'enfant ?

Q6. Quelle est la dose d'irradiation du flanc dans un néphroblastome de stade III d'histologie intermédiaire, et dans quel délai doit-elle débuter ?

Q7. Un enfant traité par actinomycine D et irradiation du flanc droit présente une hépatomégalie douloureuse, une prise de poids rapide, un ictère et une thrombopénie. Quel diagnostic évoquez-vous ?

Q8. Chez un enfant porteur d'un néphroblastome bilatéral (stade V), quelle est la stratégie chirurgicale ?

Q9. Dans l'approche SIOP, quelle constatation histologique sur la pièce opératoire après chimiothérapie préopératoire définit un néphroblastome de haut risque ?

Q10. Quelle surveillance à long terme est prioritaire chez un enfant guéri d'un néphroblastome unilatéral ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Masse abdominale découverte au bain

Fille de 3 ans, en bon état général, dont la mère a senti une « boule » dans le ventre en la lavant. L'enfant n'a aucune plainte, mange normalement et joue. À l'examen : masse du flanc gauche, lisse, ferme, indolore, de 10 cm environ, ne franchissant pas la ligne médiane. Pression artérielle à 118/74 mmHg (au-dessus du 95e percentile). Bandelette urinaire : hématurie microscopique.

0 / 6
  1. Étape 1 · Orientation

    Q1. Quel diagnostic évoquez-vous en priorité et sur quels arguments ?

  2. Étape 2 · Bilan et question de la biopsie

    Bilan : l'échographie confirme une volumineuse masse rénale gauche hétérogène, sans thrombus de la veine rénale ni de la veine cave. L'IRM abdominale précise une tumeur intra-rénale de 11 cm sans franchissement de la ligne médiane, avec un rein droit normal. Le scanner thoracique ne montre pas de métastase. Le chirurgien propose une biopsie pour obtenir une preuve histologique avant tout traitement.

    Q2. Que répondez-vous ?

  3. Étape 3 · Chimiothérapie préopératoire

    Traitement : chimiothérapie préopératoire par vincristine 1,5 mg/m² hebdomadaire et actinomycine D 45 µg/kg à J1 et J15, pendant 4 semaines. À J20, la mère signale que l'enfant n'a pas eu de selles depuis 5 jours, se plaint du ventre et marche avec difficulté.

    Q3. Comment interprétez-vous ces signes ?

  4. Étape 4 · Chirurgie et stadification

    Après 4 semaines : la tumeur a régressé à 7 cm. Néphro-urétérectomie gauche avec échantillonnage ganglionnaire, sans rupture peropératoire. Anatomopathologie : néphroblastome de type mixte avec importante régression post-chimiothérapie, sans anaplasie ; capsule respectée, marges saines, 8 ganglions prélevés tous indemnes. Stade I, histologie de risque intermédiaire.

    Q4. Quel traitement postopératoire proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Surveillance

    Fin de traitement : l'enfant est en rémission complète. Les parents demandent quelles précautions prendre, notamment sur le plan sportif, et quel suivi organiser.

    Q5. Que leur expliquez-vous ?

  6. Étape 6 · Rechute pulmonaire

    Quatorze mois après la fin du traitement : le scanner thoracique de surveillance découvre trois nodules pulmonaires bilatéraux de 6 à 12 mm. L'enfant est asymptomatique, l'abdomen est indemne, la fonction rénale normale.

    Q6. Quelle prise en charge proposez-vous ?

Synthèse du cas 1

Masse du flanc lisse ne franchissant pas la ligne médiane chez un enfant de 1 à 8 ans en bon état général, avec hypertension et hématurie = néphroblastome (le neuroblastome est irrégulier, franchit la ligne médiane, avec altération de l'état général). Dans l'approche SIOP, pas de biopsie devant une présentation typique — risque d'upstaging au stade III — mais chimiothérapie préopératoire d'emblée. La constipation sous vincristine est un signe précoce de neuropathie : laxatifs systématiques. Stade I à histologie intermédiaire = désescalade, sans doxorubicine ni irradiation. Protéger le rein unique à vie. Une rechute pulmonaire tardive reste curable.

Cas 2

Néphroblastome bilatéral et syndrome de prédisposition

Nourrisson de 14 mois, suivi depuis la naissance pour un syndrome de Beckwith-Wiedemann (macroglossie, hémihypertrophie droite, antécédent d'hypoglycémie néonatale et d'omphalocèle opérée). L'échographie rénale de surveillance trimestrielle découvre deux masses rénales, l'une de 45 mm à droite et l'autre de 22 mm à gauche.

0 / 6
  1. Étape 1 · Intérêt du dépistage

    Q1. Quel est l'intérêt de la surveillance échographique dans ce contexte syndromique ?

  2. Étape 2 · Stratégie thérapeutique

    Bilan : IRM confirmant deux masses intra-rénales bilatérales, sans thrombus ni métastase. Le scanner thoracique est normal. Il s'agit d'un néphroblastome bilatéral, stade V.

    Q2. Quelle stratégie proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Adaptation des doses

    Prescription : l'enfant a 14 mois et pèse 10,5 kg, pour une surface corporelle estimée à 0,48 m².

    Q3. Comment prescrivez-vous la chimiothérapie ?

  4. Étape 4 · Chirurgie conservatrice

    Après 10 semaines de chimiothérapie : régression nette, la lésion droite mesure 22 mm et la gauche 9 mm. Chirurgie conservatrice bilatérale en deux temps : néphrectomie partielle droite et énucléation gauche. Anatomopathologie : néphroblastome de type mixte des deux côtés, sans anaplasie ; marges saines à droite, mais marge focalement atteinte à gauche. Des restes néphrogéniques sont retrouvés dans le parenchyme adjacent des deux côtés.

    Q4. Comment interprétez-vous ces résultats ?

  5. Étape 5 · Nouvelle lésion

    Trois ans plus tard : l'enfant, âgé de 4 ans et demi, a une fonction rénale normale avec une créatinine adaptée à son âge. L'échographie de surveillance découvre une nouvelle lésion de 14 mm dans le rein gauche, dans une zone où des restes néphrogéniques avaient été décrits.

    Q5. Quelle est votre conduite ?

  6. Étape 6 · Devenir néphrologique

    À 12 ans : l'enfant est en rémission après trois interventions conservatrices. Il présente une pression artérielle au 97e percentile, une protéinurie à 0,4 g/24 h et une clairance estimée à 68 mL/min/1,73 m².

    Q6. Quelle prise en charge organisez-vous ?

Synthèse du cas 2

Les syndromes de prédisposition (Beckwith-Wiedemann, WAGR, Denys-Drash, hémihypertrophie ou aniridie isolées) justifient une surveillance échographique trimestrielle jusqu'à ~7 ans : détecter petit permet d'opérer conservateur. Dans le stade V bilatéral, la priorité est la préservation néphronique : chimiothérapie préopératoire prolongée puis chirurgie conservatrice bilatérale, en acceptant une marge imparfaite plutôt que de sacrifier du parenchyme. Chez le nourrisson de moins de 12 kg, prescrire en mg/kg avec réductions de dose et doses maximales absolues. Les restes néphrogéniques imposent une surveillance prolongée : une nouvelle lésion peut être une seconde tumeur primitive. L'enjeu final est néphrologique : hypertension, protéinurie, néphroprotection et suivi à vie.

Cas 3

Rupture tumorale et anaplasie diffuse

Garçon de 5 ans amené aux urgences pour des douleurs abdominales intenses d'apparition brutale après une chute de vélo, avec pâleur et tachycardie. L'abdomen est distendu et défendu. L'échographie en urgence montre une volumineuse masse rénale droite avec un épanchement péritonéal abondant. L'hémoglobine est à 6,9 g/dL.

0 / 6
  1. Étape 1 · Urgence

    Q1. Quelle est votre prise en charge immédiate ?

  2. Étape 2 · Résultat anatomopathologique

    Suite : néphrectomie droite en urgence devant l'instabilité, avec lavage péritonéal. Anatomopathologie : néphroblastome avec anaplasie diffuse (noyaux volumineux hyperchromatiques, mitoses atypiques polyploïdes disséminées), rupture capsulaire confirmée, 3 ganglions envahis sur 9. Stade III, histologie défavorable.

    Q2. Quelle est la conséquence pronostique et thérapeutique de l'anaplasie diffuse ?

  3. Étape 3 · Traitement

    Réunion de concertation : stade III, anaplasie diffuse, rupture tumorale avec dissémination péritonéale, atteinte ganglionnaire. L'enfant a récupéré de l'épisode hémorragique.

    Q3. Quel traitement proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Toxicité de l'irradiation abdominale

    Pendant l'irradiation abdominale totale : l'enfant présente des nausées, une diarrhée et une perte de 1,5 kg. La numération montre des plaquettes à 68 G/L et des neutrophiles à 0,9 G/L, alors qu'il reçoit également la chimiothérapie.

    Q4. Quelle est votre conduite ?

  5. Étape 5 · Rechute précoce

    Huit mois après la fin du traitement : apparition de multiples nodules pulmonaires bilatéraux et de deux lésions hépatiques. L'enfant est en bon état général mais la rechute est précoce et multi-métastatique, sur une histologie anaplasique.

    Q5. Comment évaluez-vous la situation et que proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Accompagnement

    Six mois plus tard : progression malgré deux lignes de rattrapage, avec dyspnée, douleurs et altération de l'état général. Les parents demandent s'il faut « tout essayer » et l'enfant, qui a maintenant 6 ans, dit qu'il ne veut plus retourner à l'hôpital.

    Q6. Quelle conduite adoptez-vous ?

Synthèse du cas 3

Une rupture tumorale, spontanée ou traumatique, est une urgence hémorragique et fait passer au stade III avec dissémination péritonéale : elle impose une irradiation abdominale totale (10,5 Gy en 7 fractions) — argument majeur en faveur de la chimiothérapie préopératoire de l'approche SIOP, qui réduit le risque de rupture. L'anaplasie diffuse (mutations de TP53) est l'histologie défavorable de référence : chimiorésistance relative, régimes intensifiés multi-agents, doses d'irradiation majorées. Pendant l'irradiation abdominale, protéger le rein restant et les gonades. Toutes les rechutes ne se valent pas : précoce, multi-métastatique et anaplasique = pronostic sombre. En fin de vie, honnêteté, écoute de l'enfant et soins palliatifs actifs.

Cas 4

Syndrome de Denys-Drash : quand le rein est doublement menacé

Nourrisson de 11 mois, adressé pour une protéinurie importante découverte lors du bilan d'un œdème des paupières, avec des ambiguïtés génitales notées à la naissance (hypospadias sévère, cryptorchidie bilatérale). La protéinurie est à 3,2 g/24 h avec une hypoalbuminémie. L'échographie rénale montre deux reins de taille normale mais une petite masse de 18 mm dans le rein droit.

0 / 6
  1. Étape 1 · Reconnaître le syndrome

    Q1. Quel syndrome évoquez-vous devant cette triade ?

  2. Étape 2 · Double enjeu

    Confirmation : le test génétique retrouve une mutation ponctuelle de WT1. La biopsie rénale confirme une sclérose mésangiale diffuse. La masse rénale droite de 18 mm est en cours d'exploration.

    Q2. Quelle est la particularité de la prise en charge de cet enfant ?

  3. Étape 3 · Décision chirurgicale

    Suite : la chimiothérapie préopératoire réduit la masse à 11 mm. Parallèlement, la fonction rénale se dégrade rapidement : la clairance estimée passe de 55 à 28 mL/min/1,73 m² en six mois, avec une protéinurie persistante et une hypertension.

    Q3. Quelle stratégie discutez-vous ?

  4. Étape 4 · Anatomopathologie

    Résultat des pièces de néphrectomie bilatérale : néphroblastome de 10 mm à droite, sans anaplasie, marges saines. Le rein gauche, macroscopiquement indemne, contient de multiples restes néphrogéniques et un foyer de néphroblastome infracentimétrique non détecté à l'imagerie. Sclérose mésangiale diffuse des deux côtés.

    Q4. Que confirme ce résultat ?

  5. Étape 5 · Vers la transplantation

    Deux ans plus tard : l'enfant est en dialyse péritonéale, en rémission oncologique complète, avec une croissance ralentie. La famille demande quand une transplantation rénale sera possible.

    Q5. Que répondez-vous ?

  6. Étape 6 · Conseil génétique

    Consultation d'oncogénétique : la mutation de WT1 s'avère de novo, absente chez les deux parents. Ceux-ci envisagent une nouvelle grossesse et s'interrogent sur le risque.

    Q6. Que leur expliquez-vous ?

Synthèse du cas 4

Néphropathie précoce (sclérose mésangiale diffuse) + anomalies génitales + néphroblastome = syndrome de Denys-Drash (mutation ponctuelle de WT1) ; à distinguer du WAGR (délétion 11p13, aniridie) et du Beckwith-Wiedemann. Le rein est menacé doublement, par la tumeur et par la néphropathie : coordination oncologie-néphrologie indispensable. Contrairement aux autres formes, la préservation néphronique perd son sens quand la néphropathie condamne la fonction rénale : la néphrectomie bilatérale avec dialyse devient cohérente, d'autant que le parenchyme est truffé de restes néphrogéniques et de foyers tumoraux infraradiologiques. La transplantation est possible après un délai de rémission de 1 à 2 ans. Mutation de novo : risque de récurrence faible pour les parents, mais 50 % de transmission par l'enfant atteint.

Cas 5

Diagnostic différentiel d'une masse rénale de l'enfant

Trois enfants adressés la même semaine pour une masse rénale. Le premier est un nourrisson de 2 mois chez qui une masse rénale gauche de 4 cm a été découverte en anténatal et confirmée après la naissance ; il est asymptomatique, avec une fonction rénale normale et un aspect échographique de masse solide homogène périhilaire.

0 / 6
  1. Étape 1 · Masse rénale du nouveau-né

    Q1. Quel diagnostic évoquez-vous en priorité chez ce nourrisson de 2 mois ?

  2. Étape 2 · Deuxième enfant

    Deuxième situation : garçon de 4 ans avec une masse rénale droite de 8 cm. Le scanner découvre en outre plusieurs lésions osseuses lytiques et une adénopathie cervicale. L'histologie, après biopsie, décrit une tumeur à cellules fusiformes avec un aspect « en fuseaux » et un index mitotique élevé.

    Q2. Quel diagnostic devez-vous évoquer ?

  3. Étape 3 · Troisième enfant

    Troisième situation : fille de 14 mois avec une masse rénale gauche de 6 cm et des métastases cérébrales d'emblée. L'histologie montre une tumeur à cellules rhabdoïdes, avec perte d'expression de INI1/SMARCB1 en immunohistochimie.

    Q3. Quel diagnostic et quelle implication ?

  4. Étape 4 · Autre situation trompeuse

    Quatrième situation : garçon de 15 ans avec une masse rénale de 5 cm, une hématurie macroscopique et une douleur du flanc. Pas de syndrome de prédisposition connu.

    Q4. Quel diagnostic devez-vous envisager à cet âge ?

  5. Étape 5 · Conséquence pratique

    Question de synthèse : ces quatre présentations ont toutes débuté par « masse rénale de l'enfant ».

    Q5. Dans quelles situations la biopsie préalable est-elle justifiée, alors que l'approche SIOP l'évite habituellement ?

  6. Étape 6 · Principe général

    Bilan des quatre situations : un néphrome mésoblastique congénital traité par néphrectomie seule, un sarcome à cellules claires à tropisme osseux, une tumeur rhabdoïde avec perte de INI1 et prédisposition germinale, et un carcinome à cellules rénales de l'adolescent.

    Q6. Quel principe général retenez-vous ?

Synthèse du cas 5

Le néphroblastome représente ~90 % des tumeurs rénales de l'enfant, mais les 10 % restants ont des traitements radicalement différents. Trois indices d'orientation : l'âge — avant 3 mois, néphrome mésoblastique congénital traité par néphrectomie seule ; à l'adolescence, carcinome à cellules rénales (translocation TFE3) relevant d'une stratégie de type adulte ; le site des métastases — l'os et le cerveau plutôt que le poumon évoquent un sarcome à cellules claires ou une tumeur rhabdoïde ; et l'immunohistochimie — perte de SMARCB1/INI1 = tumeur rhabdoïde, à mutation germinale à rechercher. La règle « pas de biopsie » de l'approche SIOP ne vaut que pour les présentations typiques.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Quel gène majeur et quels syndromes prédisposent au néphroblastome ?cliquer
WT1 (11p13) et WT2/IGF2 (11p15). Syndromes : WAGR, Denys-Drash, Beckwith-Wiedemann.

Quelles sont les 3 composantes de l'histologie triphasique ?cliquer
Blastémateuse, épithéliale (tubes) et stromale (mésenchymateuse). L'anaplasie diffuse = histologie défavorable.

SIOP vs COG : quelle séquence thérapeutique ?cliquer
SIOP = chimiothérapie préopératoire (sans biopsie) puis chirurgie. COG = néphrectomie d'emblée puis chimiothérapie.

Quel est le socle de chimiothérapie et le pronostic global ?cliquer
Vincristine + actinomycine D ± doxorubicine (selon stade/histologie) + radiothérapie selon stade. Pronostic excellent : survie > 90 %.

📚 Références & protocoles coopératifs

  1. SIOP-RTSG UMBRELLA 2016 — van den Heuvel-Eibrink MM, et al. Rationale for the treatment of Wilms tumour in the UMBRELLA SIOP-RTSG 2016 protocol. Nat Rev Urol 2017. PMID 29089605
  2. COG / NWTS — Dome JS, et al. Advances in Wilms tumor treatment and biology: progress through international collaboration. J Clin Oncol 2015. PMID 26304882
  3. Nakata K, et al. / Spreafico F, et al. Wilms tumour. Nat Rev Dis Primers 2021. PMID 34650095
  4. NWTS-5 — Grundy PE, et al. Loss of heterozygosity for chromosomes 1p and 16q, facteur pronostique du néphroblastome à histologie favorable. J Clin Oncol 2005. PMID 16129848
  5. Dome JS, et al. Children's Oncology Group's 2013 blueprint for research: renal tumors. Pediatr Blood Cancer 2013. PMID 23255438
  6. Treger TD, et al. The genetic changes of Wilms tumour. Nat Rev Nephrol 2019. PMID 30705419
  7. Référentiels SIOP-RTSG, COG et SFCE (versions à jour) — protocoles de prise en charge des tumeurs rénales de l'enfant.