Neuroblastome

Tumeur maligne du système nerveux sympathique du jeune enfant, remarquable par son hétérogénéité : de la régression spontanée (stade MS) à la maladie métastatique de très mauvais pronostic. La prise en charge est stratifiée selon la classification INRG et les facteurs biologiques (amplification MYCN).

Pédiatrie MYCN INRG MIBG Anti-GD2

📊 Épidémiologie & facteurs

Le neuroblastome est la tumeur solide extra-crânienne la plus fréquente de l'enfant et la première tumeur maligne du nourrisson. Il représente environ 8 à 10 % des cancers pédiatriques et près de 15 % des décès par cancer chez l'enfant. L'âge médian au diagnostic est d'environ 18 mois ; 90 % des cas surviennent avant 5 ans.

Origine et particularités

  • Origine : cellules de la crête neurale, dérivant du système nerveux sympathique — médullosurrénale (~40 %) et ganglions sympathiques paravertébraux (thoraciques, abdominaux, cervicaux, pelviens).
  • Formes familiales (~1–2 %) : mutations germinales de ALK (principal gène de prédisposition) et de PHOX2B (associé au syndrome d'Ondine et à la maladie de Hirschsprung).
  • Hétérogénéité clinique unique : spectre allant de la régression ou maturation spontanée à une maladie très agressive, expliquant la stratification pronostique fine.
🔑

L'âge au diagnostic est un facteur pronostique majeur : le seuil de 18 mois (547 jours) sépare classiquement les formes de meilleur pronostic (nourrisson) des formes plus agressives de l'enfant plus âgé.

🧬 Biologie & anatomopathologie

Le spectre histologique des tumeurs neuroblastiques va du neuroblastome (indifférencié → peu différencié → en différenciation) au ganglioneuroblastome puis au ganglioneurome (bénin, mature). La classification histopronostique de Shimada / INPC intègre le degré de différenciation, l'index mitose-caryorrhexis (MKI) et l'âge (stroma pauvre vs riche, histologie favorable vs défavorable).

Marqueurs biologiques déterminants

MarqueurSignificationImpact
MYCN amplifiéAmplification de l'oncogène (2p24)Défavorable → haut risque quel que soit le stade
PloïdieHyperdiploïdie / triploïdieFavorable chez le nourrisson ; diploïdie défavorable
Aberration 11qDélétion 11q (SCA)Défavorable, souvent MYCN non amplifié
Aberration 1pDélétion 1p36Défavorable, associée à l'amplification MYCN
ALKMutation/amplification (F1174L, R1275Q…)Cible thérapeutique (lorlatinib, crizotinib)

Les anomalies segmentaires du nombre de copies (SCA : 1p, 11q, 17q…) sont associées à un pronostic plus défavorable que les anomalies numériques (NCA) qui touchent le chromosome entier (typiques des formes de bon pronostic du nourrisson).

💡

L'amplification de MYCN (~20 % des cas) reste le marqueur biologique le plus robuste : elle fait basculer d'emblée dans le groupe de haut risque, même pour une tumeur localisée. Sa recherche par FISH est systématique au diagnostic.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

La présentation dépend du siège et de l'extension. Une masse abdominale ferme, irrégulière, franchissant la ligne médiane est fréquente. Les localisations paravertébrales peuvent réaliser une tumeur « en sablier » avec compression médullaire (urgence). Les formes cervicales hautes donnent un syndrome de Claude Bernard-Horner.

Signes évocateurs

  • Signes métastatiques : hématomes péri-orbitaires (« yeux de raton laveur »), exophtalmie, nodules sous-cutanés bleutés (nourrisson), douleurs osseuses, altération de l'état général.
  • Syndromes paranéoplasiques : syndrome opsomyoclonique (opsoclonus-myoclonus-ataxie, souvent de bon pronostic tumoral), diarrhée sécrétoire par VIP.
  • Biologie : élévation des catécholamines urinaires — VMA (acide vanylmandélique) et HVA (acide homovanillique) ; LDH et ferritine (facteurs de mauvais pronostic si élevés).

Imagerie & diagnostic

  • Échographie / TDM / IRM pour la tumeur primitive et les facteurs de risque à l'imagerie (IDRF).
  • Scintigraphie à la MIBG marquée à l'iode-123 : examen de référence de l'extension (fixée par ~90 % des neuroblastomes), utile aussi pour l'évaluation de la réponse.
  • Diagnostic de certitude : biopsie tumorale (histologie + biologie moléculaire) ou association cellules tumorales médullaires + catécholamines élevées.
  • Bilan médullaire : myélogrammes et biopsies ostéomédullaires bilatéraux.

📐 Stadification INRG & groupes de risque

La classification INRGSS (International Neuroblastoma Risk Group Staging System) repose, avant tout traitement, sur les facteurs de risque à l'imagerie (IDRF) plutôt que sur la résécabilité chirurgicale (contrairement à l'ancien système INSS post-chirurgical).

Stade INRGSSDéfinition
L1Tumeur localisée sans facteur de risque à l'imagerie (IDRF)
L2Tumeur locorégionale avec au moins un IDRF
MMaladie métastatique à distance
MSMétastases limitées (peau, foie, moelle <10 %) chez le nourrisson < 18 mois

Les groupes de risque INRG (très bas / bas / intermédiaire / haut risque) intègrent : stade INRGSS, âge (< ou ≥ 18 mois), histologie, grade de différenciation, statut MYCN, aberration 11q et ploïdie.

🔑

Stade MS (ancien 4S) : nourrisson < 18 mois, tumeur primitive localisée avec métastases limitées à la peau, au foie et à la moelle. Pronostic excellent avec possibilité de régression spontanée — abstention et surveillance sauf symptômes menaçants (hépatomégalie compressive) ou MYCN amplifié.

💊 Prise en charge par groupe de risque

Le traitement, harmonisé au sein des groupes coopératifs (SIOPEN en Europe, COG en Amérique du Nord, SFCE en France), est adapté au groupe de risque.

Bas risque et très bas risque

  • Chirurgie seule ou observation. Chez le nourrisson, de nombreuses tumeurs localisées ou de stade MS peuvent régresser spontanément.
  • Chimiothérapie brève réservée aux formes symptomatiques (compression, détresse respiratoire du nourrisson).

Risque intermédiaire

  • Chimiothérapie modérée associant carboplatine 200 mg/m²/j de J1 à J3, étoposide 150 mg/m²/j de J1 à J3, cyclophosphamide 1 000 mg/m²/j de J1 à J2 et doxorubicine 30 mg/m² à J1 (4 à 8 cycles selon la réponse) + chirurgie. Désescalade adaptée à la réponse et à la biologie ; radiothérapie limitée. Survie > 90 %. Chez le nourrisson, les doses sont calculées en mg/kg (règle des 30 kg / surface corporelle < 0,5 m²).

Haut risque

Stratégie multimodale intensive, la plus complexe de l'oncologie pédiatrique, en plusieurs phases :

  • Induction : chimiothérapie intensive multi-agents — protocole Rapid COJEC (SIOPEN), qui alterne tous les 10 jours et sans attendre la récupération hématologique les cures A (vincristine 1,5 mg/m² + carboplatine 750 mg/m²), B (vincristine 1,5 mg/m² + cisplatine 80 mg/m²) et C (vincristine 1,5 mg/m² + étoposide 175 mg/m²/j × 2 + cyclophosphamide 1 050 mg/m²), sous G-CSF — puis chirurgie de la tumeur primitive. Deux cures de TVD (topotécan-vincristine-doxorubicine) peuvent être ajoutées en cas de réponse insuffisante.
  • Consolidation : chimiothérapie à haute dose par busulfan 4 × 0,8 à 1,2 mg/kg/j pendant 4 jours (adapté au poids, avec suivi pharmacocinétique) + melphalan 140 mg/m² — référence SIOPEN, supérieure au CEM — avec autogreffe de cellules souches hématopoïétiques.
  • Radiothérapie du lit tumoral primitif : 21 Gy en 14 fractions de 1,5 Gy (jusqu'à 36 Gy sur un résidu macroscopique).
  • Traitement d'entretien / maladie résiduelle : immunothérapie anti-GD2 — dinutuximab bêta 10 mg/m²/j en perfusion continue sur 10 jours (ou 20 mg/m²/j sur 5 jours), 5 cycles de 35 jours — associée aux cytokines (GM-CSF 250 µg/m²/j, IL-2) et à l'acide rétinoïque (isotrétinoïne 160 mg/m²/j en 2 prises, 14 jours par cycle, 6 cycles) — pierre angulaire démontrée par l'essai ANBL0032. La perfusion d'anti-GD2 exige une analgésie morphinique systématique, les douleurs neuropathiques par expression du GD2 sur les nerfs périphériques étant sévères.
💡

L'ajout du dinutuximab (anticorps anti-GD2) à l'acide rétinoïque en phase de post-consolidation a significativement amélioré la survie sans événement du neuroblastome de haut risque (essai ANBL0032, Yu et al.), faisant de l'immunothérapie un standard.

Les rechutes restent de mauvais pronostic : options par MIBG thérapeutique (I-131), inhibiteurs d'ALK (lorlatinib) en cas d'anomalie ALK, et essais précoces.

💉 Doses & protocoles

⚠️

Support pédagogique. Posologies issues des protocoles SIOPEN, COG et SFCE. En oncologie pédiatrique, les doses se calculent sur la surface corporelle — ou en mg/kg chez l'enfant de moins de 12 kg ou de surface corporelle inférieure à 0,5 m² — et la prescription se fait exclusivement dans le cadre d'un protocole validé, en centre spécialisé. Vérifier systématiquement le calcul, les adaptations et les doses maximales absolues avant toute application.

Chimiothérapie d'induction — protocole Rapid COJEC (haut risque, SIOPEN)

CureMoléculeDoseVoie / rythmePrécisions
Cures administrées tous les 10 jours, sans attendre la récupération hématologique, sous G-CSF
AVincristine1,5 mg/m² (max 2 mg)IV directe, J1strictement IV — jamais intrathécal
ACarboplatine750 mg/m²IV, J1adapter au DFG
BVincristine + cisplatine1,5 mg/m² + 80 mg/m²IV, J1hyperhydratation, audiogramme
CVincristine1,5 mg/m²IV, J1
CÉtoposide175 mg/m²/jIV, J1 et J2
CCyclophosphamide1 050 mg/m²IV, J1uroprotection par mesna, hyperhydratation
Renforcement si réponse insuffisante — TVD
TVDTopotécan1,5 mg/m²/jIV, J1 à J52 cures
TVDVincristine + doxorubicine1,5 mg/m² + 45 mg/m²IV, J1 (perfusion continue pour la doxorubicine)surveiller la dose cumulée d'anthracycline

Le principe du Rapid COJEC est la compression du temps : les cures sont administrées à intervalle fixe de 10 jours indépendamment de la récupération hématologique, ce qui impose un support par G-CSF, une transfusion large et une prise en charge anticipée des aplasies fébriles. Toxicités structurantes : néphrotoxicité et ototoxicité du cisplatine (audiogramme de référence puis répété — l'hypoacousie est une séquelle fréquente et invalidante chez l'enfant en cours d'acquisition du langage), neuropathie et constipation sous vincristine (extravasation gravissime, molécule jamais administrée par voie intrathécale), cystite hémorragique du cyclophosphamide, cardiotoxicité cumulative de la doxorubicine. La prescription tient compte des doses cumulées de chaque agent sur l'ensemble du protocole.

Consolidation, radiothérapie et entretien

PhaseTraitementDoseVoie / rythmePrécisions
Chimiothérapie haute doseBusulfan0,8 à 1,2 mg/kg × 4/jIV, pendant 4 joursDose adaptée au poids, suivi pharmacocinétique, prophylaxie anticonvulsivante
Chimiothérapie haute doseMelphalan140 mg/m²IV, 1 jourBu-Mel supérieur au CEM (essai SIOPEN HR-NBL1)
GreffeAutogreffe de cellules souches≥ 2 × 106 CD34/kgIV, à J0Prélèvement réalisé en fin d'induction
RadiothérapieLit tumoral primitif21 Gy14 fractions de 1,5 GyJusqu'à 36 Gy sur un résidu macroscopique ; fractions réduites pour épargner les tissus en croissance
EntretienDinutuximab bêta (anti-GD2)10 mg/m²/j × 10 j ou 20 mg/m²/j × 5 jIV en perfusion continue, cycles de 35 jours5 cycles · analgésie morphinique systématique
EntretienIsotrétinoïne (acide 13-cis-rétinoïque)160 mg/m²/j en 2 prisesper os, 14 jours par cycle6 cycles · avec les repas riches en graisses
Entretien (COG)GM-CSF / IL-2250 µg/m²/j / selon protocolesous-cutanéeSchéma ANBL0032 ; l'IL-2 est abandonnée dans certains protocoles européens (toxicité sans gain)
RechuteMIBG thérapeutique (131I)selon dosimétrieIV, en médecine nucléaireRéservée aux tumeurs MIBG-fixantes
Rechute avec anomalie ALKLorlatinibselon protocole pédiatriqueper osAprès identification d'une mutation ou amplification ALK

Le busulfan à haute dose expose au syndrome d'obstruction sinusoïdale hépatique (ex-maladie veino-occlusive), d'où l'intérêt du suivi pharmacocinétique et de la prophylaxie par acide ursodésoxycholique, ainsi qu'à un risque convulsif justifiant une prophylaxie anticonvulsivante, à une mucite sévère et à une toxicité pulmonaire. L'immunothérapie anti-GD2 a un profil de toxicité très particulier, dominé par les douleurs neuropathiques intenses — le ganglioside GD2 étant exprimé sur les fibres nerveuses périphériques —, qui imposent une analgésie morphinique programmée dès le début de la perfusion, ainsi que par des réactions liées à la perfusion (hypotension, bronchospasme), une fièvre, une hypersensibilité et parfois des troubles ophtalmologiques (mydriase, troubles de l'accommodation). L'isotrétinoïne est tératogène — contraception impérative chez l'adolescente — et provoque sécheresse cutanéo-muqueuse, chéilite, hypertriglycéridémie et cytolyse hépatique.

Radiothérapie — contraintes et particularités pédiatriques

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Lit tumoral primitif (haut risque, après chirurgie)21 Gy14 fractions de 1,5 GyVolume pré-chirurgical adapté aux organes déplacés après exérèse
Résidu macroscopiquejusqu'à 36 Gyfractions de 1,5 à 1,8 GySurimpression sur le résidu, discutée au cas par cas
Compression médullaire (urgence)selon protocoleLa chimiothérapie est privilégiée en première intention chez l'enfant, la radiothérapie et la chirurgie décompressive étant réservées aux échecs — pour éviter les séquelles rachidiennes
Métastase osseuse symptomatique20 à 30 Gy5 à 10 fractionsVisée antalgique
Irradiation hépatique (stade MS avec hépatomégalie menaçante)4,5 Gy3 fractions de 1,5 GySituation rare, en cas d'échec de la chimiothérapie devant une détresse respiratoire du nourrisson

Les contraintes pédiatriques sont plus strictes que chez l'adulte car les tissus sont en croissance et l'espérance de vie longue : reins — préserver impérativement au moins un rein, Dmoyenne du rein controlatéral aussi basse que possible et < 12 à 15 Gy —, foie Dmoyenne < 20 Gy chez le jeune enfant, moelle épinière Dmax < 30 Gy en fractions réduites, poumons Dmoyenne < 15 Gy, cœur Dmoyenne aussi basse que possible, et épiphyses et corps vertébraux à irradier de façon symétrique lorsque cela est inévitable, pour éviter les scolioses et les inégalités de croissance. Trois enjeux propres à l'enfant : la protonthérapie, particulièrement pertinente ici pour réduire la dose intégrale et le risque de second cancer ; l'anesthésie ou sédation nécessaire pour l'immobilisation du jeune enfant à chaque séance ; et le suivi à très long terme des séquelles endocriniennes, rénales, auditives, cardiaques et de fertilité, ainsi que du risque de second cancer.

Points clés à retenir

  • Tumeur du système nerveux sympathique du jeune enfant (âge médian ~18 mois) ; diagnostic appuyé par les catécholamines urinaires (VMA/HVA) et la scintigraphie MIBG.
  • L'amplification de MYCN est le principal marqueur défavorable et fait basculer en haut risque quel que soit le stade.
  • Stadification INRGSS pré-thérapeutique fondée sur les IDRF (L1/L2/M/MS) ; groupes de risque INRG combinant âge, histologie et biologie.
  • Le stade MS (ex-4S) du nourrisson peut régresser spontanément : surveillance sauf menace vitale ou MYCN amplifié.
  • Haut risque = traitement multimodal : induction, chirurgie, chimiothérapie haute dose + autogreffe, radiothérapie, puis immunothérapie anti-GD2 (dinutuximab) + acide rétinoïque.

QCM — 10 questions

Q1. Quel facteur biologique fait classer d'emblée un neuroblastome, même localisé, en groupe de haut risque ?

Q2. Un nourrisson de 4 mois présente une petite tumeur surrénalienne localisée avec métastases hépatiques et cutanées, MYCN non amplifié. Quelle est l'attitude la plus adaptée ?

Q3. Quel traitement, démontré par l'essai ANBL0032, est devenu un standard de la phase post-consolidation du neuroblastome de haut risque ?

Q4. Quel est le principe du protocole d'induction Rapid COJEC dans le neuroblastome de haut risque ?

Q5. Quelle mesure est indispensable lors de chaque perfusion de dinutuximab bêta ?

Q6. Quelle est la particularité de la classification INRGSS par rapport à l'ancien système INSS ?

Q7. Un enfant de 3 ans présente une tumeur paravertébrale thoracique avec extension intracanalaire et un déficit moteur des membres inférieurs d'installation rapide. Quelle est la conduite ?

Q8. Quelle chimiothérapie haute dose de consolidation est la référence dans le neuroblastome de haut risque, selon l'essai SIOPEN HR-NBL1 ?

Q9. Un enfant de 2 ans présente une ataxie aiguë avec mouvements oculaires anarchiques et myoclonies. Quel diagnostic devez-vous évoquer et quelle conduite tenir ?

Q10. Quelle surveillance à long terme est indispensable chez un enfant guéri d'un neuroblastome de haut risque ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Neuroblastome de haut risque : le parcours multimodal

Garçon de 3 ans amené aux urgences pour une altération de l'état général avec fièvre intermittente, refus de marcher depuis 3 semaines et pâleur. Les parents ont remarqué des « cernes bleutés » autour des yeux. À l'examen : abdomen distendu avec une masse ferme irrégulière franchissant la ligne médiane, hématomes péri-orbitaires bilatéraux, douleurs à la mobilisation des membres inférieurs. Hémoglobine 7,8 g/dL, plaquettes 96 G/L, LDH très élevées.

0 / 6
  1. Étape 1 · Orientation diagnostique

    Q1. Quel diagnostic évoquez-vous et quel bilan demandez-vous ?

  2. Étape 2 · Classification

    Résultats : VMA et HVA très élevés. TDM : masse surrénalienne gauche de 9 cm englobant l'artère rénale gauche et au contact de l'aorte (plusieurs IDRF). Scintigraphie MIBG : fixation de la masse et de multiples foyers osseux du squelette axial et des membres. Myélogrammes : envahissement massif. Biopsie : neuroblastome peu différencié, MKI élevé, MYCN amplifié.

    Q2. Quel stade et quel groupe de risque retenez-vous ?

  3. Étape 3 · Induction

    Prise en charge : mise en place d'un cathéter central, information des parents, consultation de préservation de la fertilité et inclusion dans un protocole SIOPEN.

    Q3. Quel schéma d'induction proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Toxicité de l'induction

    Après 5 cures : bonne réponse tumorale et médullaire. Mais l'audiogramme de contrôle montre une perte auditive bilatérale de 40 dB sur les fréquences aiguës, et la créatinine est passée de 28 à 52 µmol/L. L'enfant présente également une constipation opiniâtre et une diminution des réflexes achilléens.

    Q4. Quelles adaptations proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Consolidation et entretien

    Suite : chirurgie de la tumeur primitive avec exérèse quasi complète et conservation du rein gauche, puis consolidation par busulfan-melphalan avec autogreffe, et radiothérapie du lit tumoral à 21 Gy en 14 fractions. L'enfant entre en phase d'entretien.

    Q5. Quel traitement d'entretien et quelle précaution majeure ?

  6. Étape 6 · Suivi à long terme

    Trois ans plus tard : l'enfant, âgé de 6 ans, est en rémission complète. Il porte des prothèses auditives, présente une petite taille sur la courbe et des difficultés d'apprentissage en cours préparatoire. Les parents demandent quel suivi organiser.

    Q6. Que proposez-vous ?

Synthèse du cas 1

Masse abdominale franchissant la ligne médiane + hématomes péri-orbitaires + douleurs osseuses = neuroblastome métastatique : catécholamines urinaires, IDRF pour le stade INRGSS, scintigraphie MIBG, exploration médullaire bilatérale et recherche de MYCN. Âge > 18 mois + stade M + MYCN amplifié = haut risque. Séquence : induction Rapid COJEC (cures A/B/C tous les 10 jours sous G-CSF), chirurgie, busulfan-melphalan avec autogreffe, radiothérapie 21 Gy, puis entretien par anti-GD2 + isotrétinoïne (ANBL0032) avec analgésie morphinique programmée. Surveiller audition, rein et neuropathie pendant l'induction. Guérir n'est que le début : suivi multidisciplinaire à vie et transition organisée vers l'adulte.

Cas 2

Stade MS du nourrisson : savoir ne pas traiter

Nourrisson de 3 mois, adressé par le pédiatre pour une hépatomégalie et des nodules cutanés bleutés du tronc découverts lors d'un examen systématique. L'enfant est eutrophique, se développe normalement, sans altération de l'état général. L'échographie retrouve une petite masse surrénalienne droite de 2,5 cm et de multiples nodules hépatiques.

0 / 6
  1. Étape 1 · Bilan

    Q1. Quel bilan est indispensable avant toute décision ?

  2. Étape 2 · Classification et décision

    Résultats : catécholamines urinaires modérément élevées. Masse surrénalienne droite de 2,5 cm sans IDRF. Nodules hépatiques multiples, nodules cutanés, atteinte médullaire à 4 %. MYCN non amplifié, pas d'aberration 11q, profil hyperdiploïde. Biopsie : neuroblastome en différenciation.

    Q2. Quelle est votre attitude ?

  3. Étape 3 · Annonce aux parents

    Consultation : les parents, très angoissés, ne comprennent pas qu'on ne traite pas un cancer avec des métastases et demandent « le traitement le plus fort possible ».

    Q3. Comment conduisez-vous cet entretien ?

  4. Étape 4 · Complication du stade MS

    Trois semaines plus tard : le nourrisson est amené en urgence pour une distension abdominale majeure avec hépatomégalie considérable, une polypnée à 70/min, un tirage et une désaturation à 90 %. Il refuse les biberons. L'échographie montre une augmentation nette du volume hépatique.

    Q4. Quelle est votre conduite ?

  5. Étape 5 · Évolution

    Suite : après 3 cures de chimiothérapie légère, régression du volume hépatique, sevrage de l'oxygène, reprise pondérale. À 12 mois, les nodules cutanés ont disparu, les lésions hépatiques ont fortement régressé et la masse surrénalienne mesure 1,2 cm.

    Q5. Quelle attitude adoptez-vous vis-à-vis de la masse surrénalienne résiduelle ?

  6. Étape 6 · Généralisation

    Question des parents : ils ont lu que certains neuroblastomes sont dépistés à la naissance dans d'autres pays et demandent si un dépistage aurait été utile.

    Q6. Que leur répondez-vous ?

Synthèse du cas 2

Nourrisson < 18 mois, petite tumeur primitive, métastases limitées à la peau, au foie et à la moelle (< 10 %) = stade MS, de pronostic excellent avec régression spontanée fréquente — mais le diagnostic ne peut être posé qu'après avoir écarté une amplification de MYCN. L'attitude est l'abstention avec surveillance rapprochée, qu'il faut savoir expliquer aux parents comme un choix actif, calendrier et signes d'alerte formalisés. Limite de l'abstention : la menace vitale, typiquement l'hépatomégalie compressive du nourrisson, qui appelle une chimiothérapie brève et légère à visée décompressive. Les résidus continuent de régresser ou maturent en ganglioneurome : ne pas opérer. Le dépistage systématique a été abandonné pour surdiagnostic.

Cas 3

Tumeur « en sablier » et compression médullaire

Fille de 2 ans, amenée pour une régression de la marche apparue en 10 jours, avec refus de se mettre debout et pleurs à la mobilisation. L'examen retrouve un déficit moteur des deux membres inférieurs coté à 3/5, des réflexes vifs, un signe de Babinski bilatéral et une constipation récente. La radiographie de thorax montre un élargissement du médiastin postérieur.

0 / 6
  1. Étape 1 · Urgence

    Q1. Quelle est votre priorité ?

  2. Étape 2 · Stratégie de décompression

    IRM : masse paravertébrale thoracique droite de 5 cm avec extension intracanalaire par les trous de conjugaison sur trois niveaux, comprimant la moelle sur plus de 50 % du canal. Les catécholamines urinaires sont élevées. Biopsie percutanée en cours.

    Q2. Quel traitement de décompression privilégiez-vous ?

  3. Étape 3 · Classification

    Résultats complets : neuroblastome peu différencié, MYCN non amplifié, aberration 11q présente. Extension intracanalaire et engainement vasculaire : plusieurs IDRF. Scintigraphie MIBG : fixation limitée à la tumeur primitive. Exploration médullaire négative.

    Q3. Quel stade et quel groupe de risque ?

  4. Étape 4 · Évolution neurologique

    Après 2 cures de chimiothérapie : nette réduction de la composante intracanalaire à l'IRM et récupération motrice partielle — l'enfant se remet debout avec appui. Il persiste toutefois une faiblesse et une vessie neurologique nécessitant des sondages intermittents.

    Q4. Quelle prise en charge complémentaire organisez-vous ?

  5. Étape 5 · Chirurgie de la tumeur primitive

    Après 6 cures : la tumeur mesure 2 cm, la composante intracanalaire a disparu, l'enfant marche sans aide avec une discrète boiterie. La question de la chirurgie de la tumeur primitive est posée.

    Q5. Quelle est votre position ?

  6. Étape 6 · Séquelles à long terme

    Cinq ans plus tard : l'enfant, âgée de 7 ans, est en rémission complète. Elle marche normalement mais garde une vessie neurologique équilibrée par des sondages, et la radiographie du rachis montre une scoliose thoracique de 22° évolutive.

    Q6. Quelle prise en charge proposez-vous ?

Synthèse du cas 3

Déficit moteur rapide + syndrome pyramidal + élargissement du médiastin postérieur chez un jeune enfant = compression médullaire par tumeur « en sablier » : IRM sans délai, corticoïdes, et chimiothérapie comme traitement décompressif de première intention — le neuroblastome étant très chimiosensible — pour éviter les séquelles d'une laminectomie ou d'une irradiation rachidienne chez un enfant en croissance. L'aberration 11q est un facteur défavorable propre aux tumeurs à MYCN non amplifié. Dans les risques bas et intermédiaire, la chirurgie doit rester conservatrice : aucun risque fonctionnel pour un résidu minime. Rééducation précoce, prise en charge urologique (protection rénale) et suivi orthopédique du rachis pendant toute la croissance.

Cas 4

Syndrome opsomyoclonique révélateur

Fille de 18 mois, adressée pour une instabilité à la marche d'aggravation progressive sur trois semaines, avec des chutes répétées. Les parents décrivent des « yeux qui dansent » et des secousses brusques des membres, ainsi qu'une irritabilité inhabituelle et des troubles du sommeil. L'examen retrouve une ataxie sévère, des mouvements oculaires chaotiques multidirectionnels et des myoclonies. L'examen abdominal est normal.

0 / 6
  1. Étape 1 · Reconnaître le syndrome

    Q1. Quel syndrome identifiez-vous et quelle est la conséquence immédiate ?

  2. Étape 2 · Découverte de la tumeur

    Résultats : catécholamines urinaires modérément élevées. L'IRM découvre une petite masse paravertébrale thoracique de 2 cm, fixant à la scintigraphie MIBG. Pas de métastase. La biopsie conclut à un ganglioneuroblastome, MYCN non amplifié, sans aberration segmentaire.

    Q2. Quel est le pronostic oncologique et que faut-il en attendre pour le syndrome neurologique ?

  3. Étape 3 · Traitement

    Décision : exérèse chirurgicale complète de la tumeur paravertébrale, réalisée sans complication.

    Q3. Le traitement est-il complet ?

  4. Étape 4 · Évolution neurologique

    Six mois plus tard : la tumeur est en rémission complète. Sous corticoïdes et immunoglobulines, l'ataxie a nettement régressé et les opsoclonies ont disparu. Mais l'enfant présente un retard de langage, une irritabilité persistante et des troubles du sommeil ; elle a par ailleurs pris beaucoup de poids avec un aspect cushingoïde.

    Q4. Quelle est votre conduite ?

  5. Étape 5 · Rechute neurologique

    À 2 ans du diagnostic : à l'occasion d'une rhinopharyngite, réapparition d'une ataxie et de myoclonies. L'imagerie tumorale de contrôle est normale, sans récidive.

    Q5. Comment interprétez-vous cet épisode ?

  6. Étape 6 · Devenir à long terme

    À 7 ans : l'enfant est en rémission tumorale complète et n'a plus d'opsoclonies. Elle garde un trouble du langage, des difficultés attentionnelles et un retard des apprentissages nécessitant un accompagnement scolaire.

    Q6. Quel message essentiel retenez-vous de ce cas ?

Synthèse du cas 4

Opsoclonies (« yeux qui dansent ») + myoclonies + ataxie chez un jeune enfant = syndrome opsoclonus-myoclonus-ataxie : rechercher systématiquement un neuroblastome occulte, souvent petit et cliniquement muet (imagerie corps entier, catécholamines, MIBG) — un examen abdominal normal ne l'écarte pas. Paradoxe central : pronostic tumoral excellent, mais séquelles neurologiques potentiellement définitives, le mécanisme étant auto-immun et évoluant indépendamment de la tumeur. Traitement à deux volets : exérèse tumorale et immunomodulation (corticoïdes/ACTH, immunoglobulines, rituximab). Les rechutes neurologiques sont fréquentes, déclenchées par des infections, sans récidive tumorale. Le suivi neurodéveloppemental est aussi important que le suivi oncologique.

Cas 5

Rechute de neuroblastome de haut risque et forme familiale

Garçon de 6 ans, traité 2 ans plus tôt pour un neuroblastome de haut risque (stade M, MYCN non amplifié) par induction, chirurgie, autogreffe, radiothérapie et immunothérapie anti-GD2, en rémission complète depuis. Il consulte pour des douleurs des membres inférieurs nocturnes et une asthénie. La scintigraphie MIBG montre plusieurs foyers osseux hyperfixants et l'exploration médullaire retrouve un envahissement.

0 / 6
  1. Étape 1 · Bilan de la rechute

    Q1. Quel bilan complémentaire est indispensable au moment de la rechute ?

  2. Étape 2 · Options de rechute

    Résultats : rechute osseuse et médullaire multifocale ; les lésions fixent intensément la MIBG. La rebiopsie retrouve une mutation de ALK (R1275Q). L'enfant est en bon état général, avec une audition déjà altérée et une fonction rénale limite.

    Q2. Quelles options thérapeutiques envisagez-vous ?

  3. Étape 3 · Question familiale

    Interrogatoire : les parents signalent qu'un cousin germain paternel est décédé en bas âge d'un « cancer de la surrénale » et que le père a présenté, enfant, une masse thoracique opérée dont la nature n'est pas connue précisément.

    Q3. Quelle hypothèse et quelle démarche ?

  4. Étape 4 · Toxicité et arbitrages

    Sous témozolomide-irinotécan et lorlatinib : réponse partielle avec régression des douleurs et amélioration médullaire. Mais l'enfant présente une hypercholestérolémie marquée, une prise de poids et des troubles de l'humeur avec irritabilité et labilité émotionnelle.

    Q4. Comment gérez-vous cette situation ?

  5. Étape 5 · Progression

    Après 11 mois de contrôle : progression osseuse diffuse avec douleurs importantes, altération de l'état général et anémie transfusion-dépendante. L'enfant est fatigué, souhaite rester à la maison et exprime qu'il « en a assez des piqûres ».

    Q5. Quelle prise en charge proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Suite familiale

    Résultat de l'oncogénétique : mutation germinale d'ALK confirmée, également retrouvée chez le père et chez la sœur cadette de 3 ans, asymptomatique.

    Q6. Quelle prise en charge proposez-vous pour la sœur ?

Synthèse du cas 5

À la rechute d'un neuroblastome de haut risque, rebiopsier et recaractériser : le profil moléculaire évolue et conditionne l'accès aux thérapies ciblées (anomalie d'ALK → lorlatinib) et aux essais précoces. Les options se combinent : chimiothérapies de rechute (témozolomide-irinotécan, topotécan, peu néphro- et ototoxiques), MIBG thérapeutique sur lésions fixantes, immunothérapie anti-GD2, essais. Le lorlatinib expose à une dyslipidémie et à des troubles neurocognitifs et de l'humeur. Une histoire familiale évocatrice fait rechercher une mutation germinale d'ALK ou de PHOX2B : surveillance protocolisée des porteurs pendant la petite enfance, à pénétrance incomplète, sans chirurgie prophylactique possible. En fin de vie, associer l'enfant à la décision et accompagner la fratrie.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Quels examens biologique et scintigraphique orientent le diagnostic de neuroblastome ?cliquer
Catécholamines urinaires (VMA et HVA) élevées + scintigraphie à la MIBG (I-123), fixée par ~90 % des neuroblastomes.

Que signifient les stades L1, L2, M et MS de la classification INRGSS ?cliquer
L1 = localisé sans IDRF ; L2 = locorégional avec IDRF ; M = métastatique ; MS = nourrisson <18 mois avec métastases limitées (peau, foie, moelle <10 %), pronostic excellent.

Quel marqueur biologique est le principal facteur de mauvais pronostic ?cliquer
L'amplification de l'oncogène MYCN → classement en haut risque quel que soit le stade. Autres facteurs défavorables : délétions 1p/11q, diploïdie, histologie défavorable.

Quelles sont les phases du traitement du neuroblastome de haut risque ?cliquer
Induction (chimio intensive + chirurgie) → consolidation (chimio haute dose + autogreffe) → radiothérapie → entretien : immunothérapie anti-GD2 (dinutuximab) + acide rétinoïque.

📚 Références & essais fondateurs

  1. ANBL0032 (COG) — Yu AL, et al. Anti-GD2 antibody with GM-CSF, interleukin-2, and isotretinoin for neuroblastoma. N Engl J Med 2010. PMID 20879881
  2. INRG (classification) — Cohn SL, et al. The International Neuroblastoma Risk Group (INRG) classification system. J Clin Oncol 2009. PMID 19047291
  3. INRGSS (staging) — Monclair T, et al. The International Neuroblastoma Risk Group (INRG) staging system. J Clin Oncol 2009. PMID 19047290
  4. Maris JM. Recent advances in neuroblastoma. N Engl J Med 2010. PMID 20558371
  5. Matthay KK, et al. Neuroblastoma. Nat Rev Dis Primers 2016. PMID 27830764
  6. SIOPEN HR-NBL1 — Ladenstein R, et al. Busulfan-melphalan versus carboplatin-etoposide-melphalan en consolidation du neuroblastome de haut risque. Lancet Oncol 2017. PMID 28259608
  7. SIOPEN (dinutuximab bêta) — Ladenstein R, et al. Interleukin 2 with anti-GD2 antibody ch14.18/CHO in high-risk neuroblastoma. Lancet Oncol 2018. PMID 30442501
  8. Référentiels SIOPEN, COG et SFCE (versions à jour) — protocoles coopératifs de prise en charge.