Sarcomes des tissus mous de l'adulte

Groupe hétérogène de tumeurs malignes d'origine mésenchymateuse, de plus de cent sous-types. Prise en charge en centres experts : biopsie planifiée, chirurgie large en marges saines, radiothérapie péri-opératoire et traitements systémiques adaptés à l'histologie. Les GIST forment une entité à part, ciblée par l'imatinib.

Sarcomes Grade FNCLCC GIST / KIT Centre expert Doxorubicine

📊 Épidémiologie & facteurs de risque

Tumeurs rares (~1 % des cancers de l'adulte), survenant à tout âge, le plus souvent aux membres, mais aussi au tronc, au rétropéritoine et à la sphère viscérale. Leur rareté et leur diversité justifient une prise en charge d'emblée en réseau/centre expert (réseau NetSarc en France).

Facteurs de risque

  • Radiations ionisantes (sarcome radio-induit après irradiation antérieure).
  • Syndromes génétiques : Li-Fraumeni (TP53), neurofibromatose de type 1 (tumeurs malignes des gaines nerveuses), rétinoblastome héréditaire.
  • Lymphœdème chronique (angiosarcome, syndrome de Stewart-Treves), exposition à certains toxiques.
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Toute masse profonde des tissus mous > 5 cm, ou toute masse superficielle en croissance, doit faire évoquer un sarcome et conduire à une IRM puis à une biopsie planifiée en centre expert — jamais d'exérèse « à l'aveugle ».

🧬 Anatomopathologie & biologie

Grande hétérogénéité histologique. Parmi les plus fréquents : liposarcome (bien différencié/dédifférencié, myxoïde), léiomyosarcome, sarcome pléomorphe indifférencié, synovialosarcome (sujet jeune, translocation SS18-SSX). Les GIST (tumeurs stromales gastro-intestinales) constituent une entité distincte.

Sous-typeParticularité
LiposarcomeAmplification MDM2/CDK4 (bien diff./dédifférencié)
LéiomyosarcomeDifférenciation musculaire lisse
SynovialosarcomeTranslocation SS18-SSX, sujet jeune
Sarcome indifférencié pléomorpheDiagnostic d'exclusion, souvent haut grade
GISTMutations KIT ou PDGFRA, CD117+ (entité à part)

Le grade histopronostique FNCLCC (différenciation, index mitotique, nécrose) est le principal facteur pronostique et guide l'indication de traitement (péri)opératoire systémique.

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Les GIST se distinguent des autres sarcomes : elles expriment CD117 (KIT) et sont ciblées par l'imatinib. La détection d'une mutation KIT/PDGFRA oriente la sensibilité au traitement (les mutants PDGFRA D842V sont résistants à l'imatinib).

🩺 Présentation clinique & diagnostic

Le plus souvent masse indolore des tissus mous, de croissance progressive. Les sarcomes rétropéritonéaux se révèlent tardivement (masse volumineuse, compression). Les GIST se manifestent par hémorragie digestive, douleurs ou découverte fortuite.

Démarche diagnostique

  • IRM de la masse (membres/tronc) ou TDM (rétropéritoine, GIST) pour caractériser l'extension.
  • Biopsie percutanée planifiée (trajet reprenable chirurgicalement), réalisée et lue en centre expert avec analyse moléculaire.
  • Bilan d'extension par TDM thoracique (les sarcomes métastasent préférentiellement au poumon).

📐 Bilan & stadification

Stadification TNM (AJCC 8e édition) propre aux sarcomes des tissus mous, intégrant taille (T), atteinte ganglionnaire (rare), métastases (M) et surtout le grade.

CatégorieDéfinition (synthèse, membres/tronc)
T1≤ 5 cm
T2> 5 et ≤ 10 cm
T3> 10 et ≤ 15 cm
T4> 15 cm
N1Atteinte ganglionnaire (rare, péjorative)
M1Métastases à distance (poumon principalement)
Grade FNCLCC1 à 3 — déterminant pronostique majeur intégré au stade

💊 Prise en charge

Maladie localisée

  • Chirurgie large en marges saines (R0) : traitement de référence, idéalement conservatrice pour les membres.
  • Radiothérapie péri-opératoire pour les tumeurs de haut grade, volumineuses ou profondes, afin d'améliorer le contrôle local : 50 Gy en 25 fractions de 2 Gy en préopératoire (meilleure préservation fonctionnelle à long terme, au prix de plus de complications de cicatrisation) ou 60 à 66 Gy en 30 à 33 fractions en postopératoire (essai de O'Sullivan). Un schéma hypofractionné préopératoire (25 à 30 Gy en 5 fractions) est de plus en plus utilisé.
  • Chimiothérapie néoadjuvante sélective discutée pour les formes à haut risque et chimiosensibles : doxorubicine 60 à 75 mg/m² à J1 + ifosfamide 9 g/m² répartis de J1 à J3 (avec mesna), toutes les 3 semaines, 3 cycles (essai de Gronchi).

Maladie avancée / métastatique

  • 1re ligne : doxorubicine 75 mg/m² IV à J1 toutes les 3 semaines, socle du traitement systémique — dose cumulée à ne pas dépasser 450 à 550 mg/m² du fait de la cardiotoxicité ; association à l'ifosfamide 10 g/m² répartis de J1 à J4 avec mesna si une réponse objective est recherchée (essai EORTC 62012 : meilleur taux de réponse, sans gain de survie globale).
  • Lignes ultérieures selon le sous-type : trabectédine 1,5 mg/m² en perfusion IV de 24 h toutes les 3 semaines (léiomyosarcome, liposarcome myxoïde), pazopanib 800 mg/j per os (sarcomes non adipeux, essai PALETTE), éribuline 1,4 mg/m² à J1 et J8 toutes les 3 semaines (liposarcome), gemcitabine 900 mg/m² à J1 et J8 + docétaxel 75 mg/m² à J8, toutes les 3 semaines (léiomyosarcome utérin notamment).

GIST (entité à part)

  • Imatinib (inhibiteur de KIT/PDGFRA) : 400 mg/j per os — en adjuvant pendant 3 ans après résection des GIST à risque de récidive (essai ACOSOG Z9001 pour le principe, essai SSGXVIII pour la durée de 3 ans) et traitement de référence de la maladie métastatique, poursuivi jusqu'à progression. Dose portée à 800 mg/j en cas de mutation de l'exon 9 de KIT.
  • Résistance / progression : sunitinib 50 mg/j, 4 semaines sur 6 (2e ligne), régorafénib 160 mg/j, 3 semaines sur 4 (3e ligne), ripretinib 150 mg/j (4e ligne). Les mutants PDGFRA D842V, résistants à l'imatinib, relèvent de l'avapritinib 300 mg/j.
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La chirurgie R0 est la pierre angulaire du sarcome localisé. En situation métastatique, la doxorubicine reste la 1re ligne des sarcomes des tissus mous, tandis que les GIST suivent une trajectoire propre d'inhibiteurs de tyrosine kinase (imatinib → sunitinib → régorafénib → ripretinib).

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des essais pivots et des référentiels ESMO/NCCN. Vérifier systématiquement la prescription, les adaptations (fonction rénale, hépatique et cardiaque, âge, surface corporelle, toxicités), la dose cumulée d'anthracycline et les interactions avant toute application clinique. La prise en charge des sarcomes doit se faire en centre expert.

Chimiothérapie des sarcomes des tissus mous

ProtocoleMoléculeDoseVoie / rythmeDurée · essai
1re ligne métastatique et néoadjuvant
Doxorubicine seuleDoxorubicine75 mg/m²IV, J1 toutes les 3 sem6 cycles · dose cumulée max 450 à 550 mg/m²
Doxorubicine-ifosfamideDoxorubicine75 mg/m²IV, J1 toutes les 3 semEORTC 62012 · avec G-CSF
Doxorubicine-ifosfamideIfosfamide10 g/m² au totalIV, réparti de J1 à J4uroprotection par mesna obligatoire
Néoadjuvant (haut risque)Doxorubicine 60-75 mg/m² + ifosfamide 9 g/m²selon protocoleIV, toutes les 3 sem3 cycles · essai de Gronchi
Lignes ultérieures, orientées par le sous-type histologique
Léiomyosarcome, liposarcome myxoïdeTrabectédine1,5 mg/m²IV sur 24 h (voie centrale), toutes les 3 semjusqu'à progression · prémédication par dexaméthasone
Sarcomes non adipeuxPazopanib800 mg/jper os, à jeun, en continuPALETTE
LiposarcomeÉribuline1,4 mg/m²IV, J1 et J8 toutes les 3 sembénéfice de survie globale démontré
Léiomyosarcome (utérin notamment)Gemcitabine + docétaxel900 mg/m² (J1, J8) + 75 mg/m² (J8)IV, toutes les 3 semavec G-CSF
AngiosarcomePaclitaxel80 mg/m²IV, hebdomadaire (3 sem sur 4)sous-type particulièrement sensible aux taxanes
Sarcome des parties molles alvéolaire, tumeur à cellules géantesSelon entitéentités à traitements spécifiques : discussion en centre expert

Deux toxicités structurent la prescription. La cardiotoxicité cumulative de la doxorubicine impose une échocardiographie de référence, la surveillance de la fraction d'éjection et le respect d'une dose cumulée maximale de 450 à 550 mg/m² — au-delà, le risque d'insuffisance cardiaque devient inacceptable ; la dexrazoxane peut être discutée. L'ifosfamide exige une uroprotection par mesna et une hyperhydratation pour prévenir la cystite hémorragique, et expose à une encéphalopathie (confusion, hallucinations, parfois coma), favorisée par l'hypoalbuminémie et l'insuffisance rénale, traitée par arrêt et bleu de méthylène. La trabectédine s'administre sur voie centrale en 24 heures avec prémédication par dexaméthasone (hépatotoxicité, rhabdomyolyse : surveiller transaminases et CPK). Le pazopanib impose la surveillance de la pression artérielle, du bilan hépatique — hépatotoxicité parfois grave — et de la fonction thyroïdienne.

GIST — inhibiteurs de tyrosine kinase

Ligne / situationMoléculeDoseVoie / rythmeEssai · précisions
Adjuvant (risque intermédiaire ou élevé)Imatinib400 mg/jper os, pendant 3 ansACOSOG Z9001 (principe), SSGXVIII (durée)
1re ligne métastatiqueImatinib400 mg/jper os, en continu jusqu'à progressionNe jamais interrompre en réponse : reprise évolutive rapide
Mutation exon 9 de KITImatinib800 mg/jper os (400 mg × 2/j)Dose doublée : meilleure survie sans progression
2e ligneSunitinib50 mg/jper os, 4 semaines sur 6Ou 37,5 mg/j en continu si mauvaise tolérance
3e ligneRégorafénib160 mg/jper os, 3 semaines sur 4GRID
4e ligneRipretinib150 mg/jper os, en continuINVICTUS
Mutation PDGFRA D842VAvapritinib300 mg/jper os, à jeunNAVIGATOR · imatinib inefficace sur cette mutation
GIST déficientes en SDH (« wild-type »)Discussion en centre expertPeu sensibles à l'imatinib ; rechercher un syndrome de Carney-Stratakis

Le génotypage est indispensable avant de traiter une GIST : la mutation de l'exon 11 de KIT est la plus fréquente et la plus sensible à l'imatinib ; l'exon 9 impose de doubler la dose ; la mutation PDGFRA D842V est résistante à l'imatinib et relève de l'avapritinib ; les GIST déficientes en SDH sont peu sensibles et doivent faire rechercher une prédisposition. Toxicités de l'imatinib : œdèmes périorbitaires, crampes, nausées (prise au milieu du repas), diarrhée, cytopénies, cytolyse hépatique. Un point capital : en situation métastatique, l'imatinib ne doit jamais être interrompu en réponse — l'essai BFR14 a montré une reprise évolutive rapide à l'arrêt. Attention également à l'évaluation de la réponse : une GIST peut augmenter de taille en devenant kystique ou hémorragique tout en répondant, d'où l'intérêt des critères de densité (critères de Choi) plutôt que du seul diamètre.

Radiothérapie

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Préopératoire, membres et tronc50 Gy25 fractions de 2 GyVolumes plus petits et fibrose tardive moindre, mais plus de complications de cicatrisation (essai de O'Sullivan)
Préopératoire hypofractionné25 à 30 Gy5 fractions de 5 à 6 GySchéma court en développement, séduisant pour les patients éloignés ou fragiles
Postopératoire60 Gy (66 Gy si marges positives)30 à 33 fractions de 2 GyVolumes plus larges, fibrose et raideur articulaire plus fréquentes à long terme
Sarcome rétropéritonéal (préopératoire)50,4 Gy28 fractions de 1,8 GyEssai STRASS : pas de bénéfice global, mais possible intérêt dans les liposarcomes bien différenciés — décision en centre expert
Curiethérapie peropératoire ou postopératoire45 Gy (exclusive) ou 16 à 20 Gy (complément)bas ou haut débit de doseAlternative ou complément dans les lits opératoires étroits
Métastase pulmonaire oligométastatique48 à 54 Gy3 à 4 fractions (stéréotaxie)Alternative à la métastasectomie
Palliative (masse douloureuse, hémorragique)20 à 30 Gy5 à 10 fractionsVisée symptomatique

Contraintes principales aux organes à risque selon la localisation : pour les membres, épargner une bande de tissu sain le long du trajet vasculo-nerveux et limiter la dose à l'os adjacent (V40Gy < 64 % du fémur, pour prévenir la fracture pathologique) ainsi qu'à l'articulation voisine, en évitant absolument d'irradier toute la circonférence du membre — sous peine de lymphœdème définitif ; peau et cicatrice à respecter pour limiter les complications de cicatrisation. Pour le rétropéritoine : reins Dmoyenne < 15 à 18 Gy avec au moins un rein fonctionnel largement épargné, grêle Dmax < 45 à 50 Gy et volume recevant 15 Gy limité, foie Dmoyenne < 28 Gy, moelle épinière Dmax < 45 Gy, estomac et duodénum Dmax < 50 Gy. Deux enjeux propres aux sarcomes : la fonction du membre, qui justifie une kinésithérapie précoce et prolongée, et le risque de sarcome radio-induit à très long terme, à intégrer dans la décision chez les sujets jeunes et dans le suivi des patients irradiés.

Points clés à retenir

  • Diversité histologique majeure ; prise en charge et biopsie planifiée en centre expert dès la suspicion.
  • Le grade FNCLCC est le principal facteur pronostique et guide la stratégie péri-opératoire.
  • Chirurgie large R0 + radiothérapie péri-opératoire pour les formes de haut grade/volumineuses.
  • Métastatique : doxorubicine en 1re ligne ; trabectédine, pazopanib (PALETTE), éribuline selon le sous-type.
  • GIST = entité KIT/PDGFRA traitée par imatinib (ACOSOG Z9001), puis sunitinib, régorafénib, ripretinib.

QCM — 10 questions

Q1. Devant une masse profonde des tissus mous suspecte de sarcome, quelle est la conduite appropriée ?

Q2. Quel facteur constitue le principal déterminant pronostique des sarcomes des tissus mous ?

Q3. Quel traitement caractérise la prise en charge des GIST, à la différence des autres sarcomes ?

Q4. Quelle est la particularité posologique de l'imatinib chez un patient porteur d'une GIST métastatique mutée sur l'exon 9 de KIT ?

Q5. Quelle durée de traitement adjuvant par imatinib est recommandée après résection d'une GIST à haut risque de récidive ?

Q6. Un patient recevant de la doxorubicine pour un léiomyosarcome métastatique a reçu une dose cumulée de 480 mg/m². Quelle est votre préoccupation principale ?

Q7. Quel avantage la radiothérapie préopératoire à 50 Gy présente-t-elle par rapport au schéma postopératoire à 60-66 Gy dans un sarcome des membres ?

Q8. Comment évalue-t-on au mieux la réponse d'une GIST à l'imatinib ?

Q9. Un patient sous ifosfamide développe une confusion avec hallucinations à J2 de la perfusion. Quel diagnostic évoquez-vous ?

Q10. Un patient a été opéré en ville d'une « lipome » de la cuisse de 8 cm, dont l'analyse révèle finalement un liposarcome dédifférencié de grade 3, avec des marges positives. Quelle est la conduite ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Masse de la cuisse : le parcours à ne pas rater

Homme de 54 ans, maçon, consulte pour une masse de la face postérieure de la cuisse droite, indolore, remarquée il y a 6 mois et qui a nettement grossi. À l'examen : masse profonde, ferme, fixée aux plans profonds, mesurant environ 11 cm, sans adénopathie inguinale. Il n'a pas d'antécédent, ne rapporte aucun traumatisme.

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  1. Étape 1 · Le premier geste

    Q1. Quelle est la conduite à tenir ?

  2. Étape 2 · Résultats

    Résultats : IRM montrant une masse de 11,5 cm des loges postérieures, au contact du nerf sciatique mais sans englobement, sans envahissement osseux. Biopsie : sarcome pléomorphe indifférencié, grade 3 FNCLCC (index mitotique élevé, nécrose de 30 %). Scanner thoracique normal.

    Q2. Quelle stratégie proposez-vous en réunion de concertation ?

  3. Étape 3 · Complication de cicatrisation

    Suite : radiothérapie préopératoire à 50 Gy puis chirurgie conservatrice, marges saines à 4 mm. À J14, la cicatrice présente une désunion sur 5 cm avec écoulement séreux abondant, sans fièvre.

    Q3. Comment interprétez-vous cette complication ?

  4. Étape 4 · Surveillance

    À 6 mois : cicatrisation obtenue, marche normale après kinésithérapie. Le patient demande comment il sera suivi.

    Q4. Quelle surveillance proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Métastases pulmonaires

    À 22 mois : le scanner thoracique découvre trois nodules pulmonaires de 9 à 16 mm, deux à droite et un à gauche. Le site opératoire est indemne. Le patient est asymptomatique, OMS 0.

    Q5. Quelle prise en charge envisagez-vous ?

  6. Étape 6 · Progression systémique

    Un an après la métastasectomie : réapparition de six nodules pulmonaires bilatéraux et d'une lésion hépatique. Le patient reste OMS 1. Il n'a jamais reçu de chimiothérapie.

    Q6. Quel traitement systémique proposez-vous ?

Synthèse du cas 1

Masse profonde > 5 cm : IRM puis biopsie planifiée en centre expert, jamais d'exérèse d'emblée. Grade 3, taille > 10 cm, localisation profonde = haut risque : radiothérapie préopératoire 50 Gy puis chirurgie conservatrice large, avec discussion d'une chimiothérapie néoadjuvante. Le préopératoire donne plus de complications de cicatrisation (précoces, réversibles) mais moins de fibrose tardive. Surveillance par scanner thoracique, le poumon étant le site métastatique dominant ; pas de marqueur sérique. Les métastases pulmonaires peu nombreuses relèvent d'un traitement local (métastasectomie, stéréotaxie) avec des survies prolongées. En systémique, doxorubicine ± ifosfamide, en surveillant la dose cumulée et la fonction cardiaque.

Cas 2

GIST gastrique : génotype et durée de traitement

Femme de 61 ans, hospitalisée pour une anémie ferriprive à 8,2 g/dL avec asthénie. L'endoscopie digestive haute retrouve une masse sous-muqueuse ulcérée de la grande courbure gastrique, d'environ 7 cm. Le scanner montre une lésion exophytique bien limitée, sans adénopathie ni lésion hépatique.

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  1. Étape 1 · Diagnostic

    Q1. Quel diagnostic évoquez-vous et comment le confirmez-vous ?

  2. Étape 2 · Traitement initial

    Résultats : GIST gastrique, CD117 positif, DOG1 positif, mutation de l'exon 11 de KIT. Index mitotique à 8 mitoses/5 mm². Lésion de 7 cm, résécable par gastrectomie partielle.

    Q2. Quelle est la conduite ?

  3. Étape 3 · Traitement adjuvant

    Pièce opératoire : GIST gastrique de 7,5 cm, index mitotique 8/5 mm², exérèse R0 sans rupture capsulaire. Le risque de récidive est estimé élevé.

    Q3. Quel traitement adjuvant et quelle durée ?

  4. Étape 4 · Tolérance

    Après 2 mois d'imatinib : la patiente signale des œdèmes périorbitaires matinaux gênants, des crampes des mollets nocturnes, des nausées et une diarrhée modérée. La numération montre des neutrophiles à 1,4 G/L. Elle envisage d'arrêter le traitement.

    Q4. Quelle est votre attitude ?

  5. Étape 5 · Récidive et évaluation

    Dix-huit mois après la fin des 3 ans d'imatinib : le scanner de surveillance découvre quatre lésions hépatiques de 15 à 30 mm. L'imatinib est reprise à 400 mg/j. À 3 mois, le scanner montre que deux lésions ont légèrement augmenté de taille mais sont devenues nettement hypodenses et kystiques. La patiente est asymptomatique.

    Q5. Comment interprétez-vous cette imagerie ?

  6. Étape 6 · Progression vraie

    Vingt-huit mois plus tard : apparition de nodules solides au sein de deux lésions hépatiques et de deux nouvelles lésions péritonéales. La progression est confirmée sur deux imageries. La patiente est OMS 1.

    Q6. Quelle est la séquence thérapeutique ?

Synthèse du cas 2

Masse gastrique sous-muqueuse révélée par une anémie : penser GIST, biopsier sous échoendoscopie (CD117, DOG1) et génotyper KIT/PDGFRA — l'exon 11 est sensible à 400 mg/j, l'exon 9 demande 800 mg/j, PDGFRA D842V est résistant et relève de l'avapritinib. Chirurgie complète mais économe, sans curage systématique, en évitant la rupture de la pseudocapsule. Adjuvant à risque élevé : imatinib 3 ans (SSGXVIII). Toxicités gérables (œdèmes périorbitaires, crampes, diarrhée) : l'enjeu est l'observance. Une lésion qui grossit en devenant kystique répond : utiliser les critères de Choi. À la progression vraie : sunitinib, régorafénib, ripretinib.

Cas 3

Sarcome rétropéritonéal de découverte tardive

Homme de 67 ans, consultant pour une gêne abdominale et une augmentation du périmètre abdominal depuis plusieurs mois, avec une sensation de satiété précoce et une perte de 4 kg. À l'examen, l'abdomen est distendu avec une masse profonde mal limitée du flanc gauche. Le scanner montre une masse graisseuse hétérogène rétropéritonéale gauche de 24 cm, refoulant le rein et le colon, avec des zones nodulaires denses.

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  1. Étape 1 · Orientation

    Q1. Quel diagnostic évoquez-vous et quelle est la démarche ?

  2. Étape 2 · Stratégie chirurgicale

    Résultats : liposarcome rétropéritonéal, composante bien différenciée avec foyers dédifférenciés de grade 3, amplification MDM2 confirmée. Pas de métastase. Le patient est OMS 1, sans comorbidité majeure, avec deux reins fonctionnels.

    Q2. Quelle chirurgie proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Place de la radiothérapie

    Discussion en réunion de concertation : la question d'une radiothérapie préopératoire est posée.

    Q3. Que répondez-vous ?

  4. Étape 4 · Suites opératoires

    Suite : exérèse monobloc emportant la masse, le rein gauche et le colon gauche, avec anastomose colo-colique. Marges microscopiquement atteintes en un point au contact du psoas. À J6, le patient présente une insuffisance rénale avec une créatinine à 168 µmol/L et un débit urinaire conservé.

    Q4. Quelle est votre analyse ?

  5. Étape 5 · Récidive locale

    À 20 mois : le scanner de surveillance retrouve deux nodules rétropéritonéaux de 30 et 45 mm dans la loge opératoire, de densité tissulaire, sans métastase à distance. Le patient est OMS 1, créatinine stable à 145 µmol/L.

    Q5. Quelle prise en charge envisagez-vous ?

  6. Étape 6 · Maladie non résécable

    Après deux reprises chirurgicales, à 5 ans du diagnostic : récidive multinodulaire diffuse, non résécable, avec un syndrome subocclusif intermittent et un retentissement sur l'état général (OMS 2). La composante dédifférenciée est prédominante.

    Q6. Quelles options systémiques envisagez-vous ?

Synthèse du cas 3

Masse rétropéritonéale graisseuse avec zones nodulaires denses = liposarcome à composante dédifférenciée : biopsie coaxiale planifiée avec recherche d'amplification MDM2/CDK4. Le mode d'échec est la récidive locale, d'où le principe de l'exérèse compartimentale en monobloc, emportant si nécessaire rein, colon ou psoas — la qualité de la première chirurgie en centre expert est déterminante. La radiothérapie préopératoire n'est pas systématique (essai STRASS négatif), et l'irradiation postopératoire est limitée par le grêle. Après néphrectomie, gérer le rein unique. La récidive locale isolée justifie une chirurgie itérative. En situation non résécable, traitement guidé par le sous-type : éribuline a un bénéfice de survie dans les liposarcomes.

Cas 4

Synovialosarcome de l'adulte jeune

Femme de 27 ans, étudiante, consulte pour une masse de la région poplitée droite, présente depuis un an, longtemps considérée comme un kyste poplité. Elle est devenue douloureuse avec des paresthésies du mollet. À l'examen : masse ferme de 7 cm, profonde, avec une discrète hypoesthésie du territoire du nerf tibial. Pas d'adénopathie.

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  1. Étape 1 · Ne pas se tromper de diagnostic

    Q1. Quelle est votre démarche ?

  2. Étape 2 · Diagnostic moléculaire

    Résultats : IRM montrant une masse de 7,5 cm du creux poplité, au contact intime de l'artère poplitée et englobant partiellement le nerf tibial. Biopsie : prolifération fusocellulaire monomorphe ; la biologie moléculaire retrouve une translocation SS18-SSX. Grade 3 FNCLCC. Scanner thoracique normal.

    Q2. Quel diagnostic et quelle implication ?

  3. Étape 3 · Stratégie

    Réunion de concertation : patiente de 27 ans, grade 3, 7,5 cm, au contact de l'artère poplitée et englobant partiellement le nerf tibial. Elle souhaite avant tout préserver son membre et sa fonction, et n'a pas d'enfant.

    Q3. Que proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Toxicité de la chimiothérapie

    Pendant le 2e cycle de doxorubicine-ifosfamide : la patiente présente en fin de perfusion une confusion, une désorientation temporo-spatiale et des hallucinations visuelles. Elle est apyrétique, la glycémie est normale, l'albuminémie à 28 g/L et la créatinine légèrement augmentée.

    Q4. Quel diagnostic et quelle conduite ?

  5. Étape 5 · Résultat et fonction

    Suite : réponse partielle après 3 cycles, radiothérapie préopératoire à 50 Gy, puis chirurgie conservatrice avec résection-reconstruction de l'artère poplitée par greffon veineux et sacrifice partiel du nerf tibial. Marges saines. À 4 mois, la patiente marche avec un steppage et une hypoesthésie plantaire.

    Q5. Quelle prise en charge fonctionnelle proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Métastases tardives

    À 7 ans du diagnostic : la patiente, qui a eu un enfant grâce aux ovocytes conservés, présente une toux sèche. Le scanner découvre cinq nodules pulmonaires bilatéraux de 8 à 20 mm. Biopsie : métastase de synovialosarcome. OMS 0.

    Q6. Quelle prise en charge et quel enseignement en tirez-vous ?

Synthèse du cas 4

Chez l'adulte jeune, une masse profonde > 5 cm ne doit jamais être étiquetée « kyste » : IRM et biopsie planifiée, d'autant que des signes neurologiques apparaissent. La translocation SS18-SSX est spécifique du synovialosarcome, sous-type chimiosensible justifiant une chimiothérapie péri-opératoire, et à rechutes pulmonaires tardives imposant une surveillance de plus de 10 ans. Le traitement conservateur reste possible au contact des axes vasculo-nerveux (reconstruction vasculaire, sacrifice nerveux limité) : ne jamais réduire les marges pour préserver un nerf. Penser à la préservation de la fertilité avant l'ifosfamide, dont la toxicité propre est l'encéphalopathie (bleu de méthylène). La rééducation et l'éducation d'un pied insensible font partie du traitement.

Cas 5

Angiosarcome radio-induit et prédisposition génétique

Femme de 68 ans, traitée 9 ans plus tôt par tumorectomie et radiothérapie du sein gauche pour un carcinome canalaire infiltrant, en rémission. Elle consulte pour des lésions cutanées violacées, en nappe, apparues il y a 4 mois sur le sein irradié, initialement prises pour une dermite radique tardive. Les lésions se sont étendues et l'une d'elles a saigné.

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  1. Étape 1 · Reconnaître l'entité

    Q1. Quel diagnostic devez-vous évoquer ?

  2. Étape 2 · Bilan et particularités

    Résultat : angiosarcome de haut grade, amplification de MYC confirmée. L'IRM montre une atteinte cutanée et sous-cutanée diffuse sur toute la région irradiée, aux limites floues, sans atteinte musculaire profonde. Scanner thoraco-abdomino-pelvien sans métastase.

    Q2. Quelle difficulté thérapeutique majeure anticipez-vous ?

  3. Étape 3 · Traitement systémique

    Discussion : compte tenu du haut grade et de l'étendue, un traitement systémique est envisagé en péri-opératoire. La patiente est OMS 1, avec une fraction d'éjection à 58 % et un antécédent d'anthracyclines lors du traitement de son cancer du sein (dose cumulée estimée 240 mg/m²).

    Q3. Quel traitement systémique privilégiez-vous ?

  4. Étape 4 · Question de la ré-irradiation

    Résultat opératoire : mastectomie élargie avec lambeau, marges limites en deux points malgré l'étendue de l'exérèse. La question d'une irradiation complémentaire est posée en réunion de concertation.

    Q4. Que répondez-vous ?

  5. Étape 5 · Question génétique

    Interrogatoire complémentaire : la patiente signale que sa sœur a eu un cancer du sein à 34 ans, un cousin maternel un ostéosarcome dans l'enfance, et sa mère une tumeur cérébrale vers 40 ans.

    Q5. Quelle hypothèse et quelle conduite ?

  6. Étape 6 · Évolution

    À 14 mois : récidive cutanée multifocale sur la paroi thoracique et apparition de métastases pulmonaires bilatérales. La patiente est OMS 1, la mutation TP53 germinale a été confirmée.

    Q6. Quelle prise en charge proposez-vous ?

Synthèse du cas 5

Lésions violacées en nappe plusieurs années après une irradiation = angiosarcome radio-induit jusqu'à preuve du contraire : biopsier sans attendre, rechercher l'amplification de MYC, ne pas se laisser égarer par le diagnostic de dermite radique. La maladie est multifocale aux limites trompeuses : exérèse très large du territoire irradié avec cartographie et lambeau. L'angiosarcome est sensible aux taxanes (paclitaxel hebdomadaire), argument renforcé si la dose cumulée d'anthracycline est déjà élevée. La ré-irradiation se discute en centre expert, jamais par réflexe. Cancer du sein précoce + sarcome de l'enfant + tumeur cérébrale dans la famille : évoquer le syndrome de Li-Fraumeni, dont la radiosensibilité accrue modifie les indications d'irradiation et impose un dépistage familial.

🃏 Flashcards — répétition espacée

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Quels critères composent le grade FNCLCC ?cliquer
Différenciation tumorale, index mitotique et pourcentage de nécrose : principal facteur pronostique des sarcomes.

Traitement systémique de 1re ligne des sarcomes des tissus mous métastatiques ?cliquer
Doxorubicine (± ifosfamide) ; puis trabectédine, pazopanib (PALETTE) ou éribuline selon le sous-type.

Séquence des inhibiteurs de tyrosine kinase dans les GIST avancés ?cliquer
Imatinib → sunitinib → régorafénib → ripretinib (selon les lignes et les résistances).

Pierre angulaire du traitement d'un sarcome localisé ?cliquer
La chirurgie large en marges saines (R0), complétée si besoin d'une radiothérapie péri-opératoire.

📚 Références & essais fondateurs

  1. ACOSOG Z9001 — DeMatteo RP, et al. Adjuvant imatinib after resection of localised primary GIST. Lancet 2009. PMID 19303137
  2. PALETTE — van der Graaf WTA, et al. Pazopanib for metastatic soft-tissue sarcoma. Lancet 2012. PMID 22595799
  3. Demetri GD, et al. Trabectédine versus dacarbazine dans les léiomyosarcomes/liposarcomes. J Clin Oncol 2016. PMID 26371143
  4. GRID — Demetri GD, et al. Régorafénib dans les GIST après imatinib et sunitinib. Lancet 2013. PMID 23177515
  5. INVICTUS — Blay JY, et al. Ripretinib dans les GIST avancés (≥ 4e ligne). Lancet Oncol 2020. PMID 32511981
  6. Schöffski P, et al. Éribuline versus dacarbazine dans le liposarcome/léiomyosarcome. Lancet 2016. PMID 26874885
  7. Recommandations ESMO-EURACAN-GENTURIS — Gronchi A, et al. Sarcomes des tissus mous et viscéraux. Ann Oncol 2021. PMID 34303806 · Casali PG, et al. GIST. Ann Oncol 2022. PMID 34560242