Tumeurs neuroendocrines (digestives et pulmonaires)

Tumeurs issues du système neuroendocrine diffus, allant des tumeurs neuroendocrines bien différenciées (indolentes à intermédiaires, gradées par le Ki-67) aux carcinomes neuroendocrines peu différenciés, très agressifs. Leur expression des récepteurs de la somatostatine guide imagerie et traitement.

Endocrinien Ki-67 / grade Somatostatine PRRT NEM1

📊 Épidémiologie & facteurs de risque

Tumeurs rares mais d'incidence et de prévalence en augmentation (meilleure détection). Localisations les plus fréquentes : tube digestif (grêle, pancréas, appendice, rectum) et poumon (tumeurs carcinoïdes bronchiques). Le pronostic dépend surtout de la différenciation, du grade et de l'extension.

Facteurs de risque / contexte

  • Syndromes héréditaires : NEM1 (tumeurs neuroendocrines pancréatiques, hyperparathyroïdie, adénome hypophysaire), von Hippel-Lindau, neurofibromatose de type 1, complexe de la sclérose tubéreuse.
  • La plupart des cas sont toutefois sporadiques.
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Devant une tumeur neuroendocrine pancréatique, surtout multiple ou chez un sujet jeune, évoquer une NEM1 et rechercher les atteintes associées (parathyroïdes, hypophyse).

🧬 Anatomopathologie & biologie

Distinction fondamentale entre tumeurs bien différenciées (TNE), gradées selon l'index de prolifération Ki-67 et l'index mitotique, et carcinomes neuroendocrines (CNE) peu différenciés, de haut grade et de comportement très agressif.

CatégorieKi-67Comportement
TNE G1< 3 %Bien différenciée, indolente
TNE G23–20 %Bien différenciée, intermédiaire
TNE G3> 20 %Bien différenciée mais prolifération élevée
CNE (peu différencié)> 20 % (souvent très élevé)Peu différencié, agressif (petites/grandes cellules)

Certaines TNE sont fonctionnelles (sécrétantes) : syndrome carcinoïde (sérotonine → flush, diarrhée, atteinte cardiaque droite), gastrinome (syndrome de Zollinger-Ellison), insulinome (hypoglycémies), glucagonome, VIPome. La plupart des TNE expriment les récepteurs de la somatostatine (SSTR), base de l'imagerie et du traitement.

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La différenciation prime sur le seul Ki-67 : une TNE G3 bien différenciée n'a ni le même pronostic ni la même stratégie qu'un carcinome neuroendocrine peu différencié, traité comme un carcinome à petites cellules (platine-étoposide).

🩺 Présentation clinique & diagnostic

Présentation variable : découverte fortuite, symptômes liés à la masse/métastases, ou syndrome fonctionnel de sécrétion. Le syndrome carcinoïde (flush, diarrhée) apparaît surtout en cas de métastases hépatiques (TNE du grêle).

Bilan biologique et imagerie

  • Marqueurs : chromogranine A (marqueur général), sérotonine / 5-HIAA urinaire (carcinoïde), dosages hormonaux spécifiques (gastrine, insuline/peptide C…).
  • Imagerie morphologique : TDM/IRM.
  • Imagerie des récepteurs de la somatostatine : TEP au 68Ga-DOTATOC / DOTATATE (haute sensibilité, sélectionne les candidats à la PRRT). La TEP-FDG est utile pour les tumeurs de haut grade.

📐 Bilan & stadification

Stadification TNM spécifique de l'organe d'origine (grêle, pancréas, poumon…), combinée au grade (Ki-67) et à la différenciation, qui restent les déterminants pronostiques majeurs.

ParamètreRôle
DifférenciationTNE bien différenciée vs CNE peu différencié — oriente toute la stratégie
Grade (Ki-67)G1 / G2 / G3 — pronostic et choix thérapeutique
Site primitifTNM propre à chaque organe
ExtensionMétastases (foie surtout) ; expression des SSTR en imagerie

💊 Prise en charge

Chirurgie

Exérèse curative chaque fois que possible pour les formes localisées ; la chirurgie de la tumeur primitive et des métastases (hépatiques) peut être discutée dans les formes métastatiques bien différenciées.

Traitement médical des TNE bien différenciées

  • Analogues de la somatostatine : octréotide LAR 30 mg IM toutes les 4 semaines (essai PROMID dans les TNE du grêle) ou lanréotide autogel 120 mg en injection sous-cutanée profonde toutes les 4 semaines (essai CLARINET dans les TNE entéro-pancréatiques) : contrôle des symptômes sécrétoires et effet antitumoral. En cas de symptômes non contrôlés, ajout d'octréotide sous-cutané d'action immédiate 100 à 200 µg × 3/j en interdose.
  • Évérolimus (inhibiteur de mTOR) : 10 mg/j per os en continu — TNE pancréatiques et non pancréatiques progressives (essais RADIANT-3, RADIANT-4).
  • Sunitinib (anti-angiogénique) : 37,5 mg/j per os en continu — TNE pancréatiques bien différenciées progressives.
  • Radiothérapie interne vectorisée (PRRT) par 177Lu-DOTATATE 7,4 GBq (200 mCi) en perfusion IV toutes les 8 semaines, 4 administrations (activité cumulée 29,6 GBq), sous perfusion d'acides aminés néphroprotectrice : TNE du grêle et gastro-entéro-pancréatiques exprimant les SSTR et progressant sous analogues (essai NETTER-1).
  • Chimiothérapie des TNE pancréatiques progressives ou de forte masse tumorale : capécitabine 750 mg/m² × 2/j de J1 à J14 + témozolomide 200 mg/m²/j de J10 à J14, toutes les 4 semaines (protocole CAPTEM), ou streptozotocine-5-FU.

Carcinomes neuroendocrines peu différenciés

Traités comme les carcinomes à petites cellules : chimiothérapie platine-étoposide en 1re ligne — cisplatine 75 à 80 mg/m² à J1 (ou carboplatine AUC 5) + étoposide 100 mg/m²/j de J1 à J3, toutes les 3 semaines, 4 à 6 cycles. En 2e ligne : FOLFIRI ou topotécan.

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Chez une TNE bien différenciée métastatique exprimant les SSTR et progressant sous analogues, la PRRT au 177Lu-DOTATATE (NETTER-1) est une option majeure ; l'imagerie 68Ga-DOTA sélectionne les candidats.

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des essais pivots et des référentiels ESMO/ENETS/NCCN. Vérifier systématiquement la prescription, les adaptations (fonction rénale et hépatique, âge, surface corporelle, glycémie, toxicités) et les interactions avant toute application clinique. La radiothérapie interne vectorisée relève de la médecine nucléaire et de la radioprotection.

Analogues de la somatostatine

IndicationMoléculeDoseVoie / rythmeEssai · précisions
TNE du grêle bien différenciéeOctréotide LAR30 mgIM profonde, toutes les 4 semPROMID · effet antitumoral démontré
TNE entéro-pancréatique G1-G2Lanréotide autogel120 mgsous-cutanée profonde, toutes les 4 semCLARINET
Symptômes non contrôlés (interdose)Octréotide immédiat100 à 200 µg × 3/jsous-cutanéeOu raccourcissement de l'intervalle / augmentation de dose
Crise carcinoïde (prévention et traitement)Octréotide IV50 à 100 µg/hIV continu (bolus initial de 100 à 500 µg)Avant tout geste invasif chez un patient carcinoïde
Diarrhée carcinoïde réfractaireTélotristat250 mg × 3/jper os, avec les repasTELESTAR · inhibiteur de la tryptophane hydroxylase

Tolérance généralement bonne : douleurs au point d'injection, ballonnement, diarrhée ou stéatorrhée par insuffisance pancréatique exocrine (justifiant parfois des extraits pancréatiques), et surtout lithiase biliaire — fréquente et souvent asymptomatique, dont il faut connaître le risque avant une chirurgie abdominale (une cholécystectomie est volontiers réalisée dans le même temps opératoire). Surveiller également la glycémie, les analogues modifiant la sécrétion d'insuline et de glucagon. Point capital de sécurité : chez tout patient porteur d'un syndrome carcinoïde, une prophylaxie par octréotide IV doit encadrer tout geste invasif (chirurgie, embolisation, anesthésie), sous peine de déclencher une crise carcinoïde avec collapsus et bronchospasme.

Thérapies ciblées et chimiothérapie

SituationMoléculeDoseVoie / rythmeEssai · précisions
TNE bien différenciées progressives
TNE pancréatiques et non pancréatiquesÉvérolimus10 mg/jper os, en continuRADIANT-3 et RADIANT-4
TNE pancréatiquesSunitinib37,5 mg/jper os, en continuEssai de Raymond · schéma continu, non intermittent
CAPTEM — TNE pancréatiques (forte masse ou progression)
CAPTEMCapécitabine750 mg/m² × 2/jper os, J1 à J14cycles de 4 semaines
CAPTEMTémozolomide200 mg/m²/jper os, J10 à J14taux de réponse élevé dans le pancréas
Alternative historiqueStreptozotocine + 5-FU500 mg/m²/j × 5 + 400 mg/m²/j × 5IV, toutes les 6 semnéphrotoxicité de la streptozotocine
Carcinomes neuroendocrines peu différenciés
1re ligneCisplatine (ou carboplatine)75 à 80 mg/m² (ou AUC 5)IV, J1 toutes les 3 sem4 à 6 cycles
1re ligneÉtoposide100 mg/m²/jIV, J1 à J3comme un carcinome à petites cellules
2e ligneFOLFIRI ou topotécanirinotécan 180 mg/m² ou topotécan 1,5 mg/m²/j × 5IV, toutes les 2 ou 3 semselon l'état général

L'évérolimus expose à une stomatite (fréquente et invalidante, prévenue par des bains de bouche sans alcool et parfois des corticoïdes topiques), à une hyperglycémie et à une dyslipidémie imposant une surveillance métabolique, et surtout à une pneumopathie interstitielle non infectieuse — toute dyspnée ou toux sèche impose un scanner et une suspension. Réductions de dose : 5 mg/j puis 5 mg un jour sur deux. Le sunitinib se prescrit ici en schéma continu à 37,5 mg/j, et non selon le rythme intermittent 4 semaines sur 6 du carcinome rénal ; surveiller la pression artérielle, la TSH, la fonction cardiaque et le syndrome main-pied. Le CAPTEM est bien toléré mais expose à la myélotoxicité et au syndrome main-pied ; vérifier l'absence de déficit en dihydropyrimidine déshydrogénase avant toute fluoropyrimidine.

Radiothérapie interne vectorisée (PRRT) et traitements locorégionaux

TraitementDose / activitéRythmePrécisions
177Lu-DOTATATE (Lutathera)7,4 GBq (200 mCi)IV, toutes les 8 semaines, 4 administrations (cumul 29,6 GBq)NETTER-1 · prérequis : fixation intense en TEP 68Ga-DOTA, DFG > 40-50 mL/min, réserve médullaire suffisante
Perfusion d'acides aminés (néphroprotection)Lysine-arginineIV, débutée 30 min avant et poursuivie 4 h aprèsRéduit la réabsorption tubulaire du radiopeptide — indispensable
Embolisation ou chimioembolisation hépatiqueSéances itératives, par territoireMétastases hépatiques dominantes ; prophylaxie par octréotide IV obligatoire
Radiofréquence ou micro-ondesSéance unique par lésionLésions hépatiques < 3 cm, en complément de la chirurgie

Les organes critiques de la PRRT sont le rein (dose absorbée cumulée à limiter à environ 23 Gy, d'où la perfusion d'acides aminés et la surveillance prolongée de la créatinine) et la moelle osseuse (dose limitée à environ 2 Gy ; cytopénies habituellement modérées et réversibles, mais risque tardif de syndrome myélodysplasique ou de leucémie chez environ 2 % des patients, à mentionner lors de l'information). Autres effets : nausées liées à la perfusion d'acides aminés, asthénie, exacerbation transitoire du syndrome hormonal après la première injection — d'où la nécessité d'une couverture par analogue de la somatostatine, l'injection retard étant décalée d'au moins 4 semaines avant chaque cure pour ne pas saturer les récepteurs. Contraception recommandée.

Radiothérapie externe

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Métastase osseuse douloureuse8 Gy ou 20 à 30 Gy1 fraction ou 5 à 10 fractionsVisée antalgique
Oligométastase (foie, poumon, os)45 à 54 Gy3 à 5 fractions (stéréotaxie)Alternative à la chirurgie ou à l'ablation percutanée
Compression médullaire20 à 30 Gy5 à 10 fractionsUrgence : corticoïdes et avis neurochirurgical d'abord
Métastase cérébrale20 à 24 Gy1 fraction (stéréotaxie)Rare, surtout dans les carcinomes peu différenciés
Carcinome neuroendocrine peu différencié localisé60 à 66 Gy30 à 33 fractionsRadiochimiothérapie concomitante, sur le modèle du carcinome à petites cellules

Contraintes principales aux organes à risque, selon le volume traité : moelle épinière Dmax < 45 Gy en fractionnement classique (< 18 Gy en 3 fractions de stéréotaxie), reins Dmoyenne < 15 à 18 Gy et V12Gy < 55 % du volume rénal total — contrainte particulièrement importante ici, car ces patients reçoivent souvent une PRRT néphrotoxique dont il faut préserver la faisabilité —, foie sain Dmoyenne < 28 à 30 Gy avec au moins 700 mL de foie recevant moins de 15 Gy, grêle Dmax < 50 Gy, poumons V20 < 30 % et Dmoyenne < 20 Gy, œsophage Dmoyenne < 34 Gy. Deux précautions propres aux TNE : encadrer tout geste par une prophylaxie par octréotide chez un patient carcinoïde, et rechercher une cardiopathie carcinoïde (échocardiographie) avant toute anesthésie, l'atteinte valvulaire droite modifiant la gestion hémodynamique.

Points clés à retenir

  • Distinguer TNE bien différenciées (grade Ki-67 G1/G2/G3) des carcinomes neuroendocrines peu différenciés (agressifs, chimio platine-étoposide).
  • Le syndrome carcinoïde traduit une sécrétion de sérotonine, souvent avec métastases hépatiques.
  • Chromogranine A comme marqueur général ; TEP au 68Ga-DOTATOC/DOTATATE pour l'imagerie des récepteurs.
  • Analogues de la somatostatine (PROMID, CLARINET) : contrôle symptomatique et antitumoral.
  • Évérolimus (RADIANT), sunitinib (pancréas), PRRT 177Lu-DOTATATE (NETTER-1) pour les formes progressives.

QCM — 10 questions

Q1. Quel examen d'imagerie fonctionnelle sélectionne le mieux les candidats à la radiothérapie interne vectorisée (PRRT) ?

Q2. Quelle classe thérapeutique contrôle à la fois les symptômes sécrétoires et la croissance tumorale des TNE bien différenciées ?

Q3. Comment traite-t-on en 1re ligne un carcinome neuroendocrine peu différencié métastatique ?

Q4. Quelles sont les posologies des analogues de la somatostatine dans les essais PROMID et CLARINET ?

Q5. Quels sont les prérequis avant d'administrer une PRRT au 177Lu-DOTATATE ?

Q6. Un patient porteur d'une TNE du grêle métastatique avec syndrome carcinoïde doit être opéré. Quelle précaution est indispensable ?

Q7. Quelle toxicité de l'évérolimus doit être évoquée devant une toux sèche et une dyspnée ?

Q8. Quelle est la particularité du schéma d'administration du sunitinib dans les TNE pancréatiques ?

Q9. Devant une TNE pancréatique chez un homme de 28 ans, avec plusieurs lésions pancréatiques et une hypercalcémie, quel diagnostic évoquez-vous ?

Q10. Pourquoi une TNE G3 bien différenciée ne se traite-t-elle pas comme un carcinome neuroendocrine peu différencié, malgré un Ki-67 supérieur à 20 % dans les deux cas ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Syndrome carcinoïde révélant une TNE du grêle

Femme de 58 ans, adressée pour une diarrhée chronique évoluant depuis deux ans, étiquetée « syndrome de l'intestin irritable ». Elle décrit 6 à 8 selles liquides par jour, impérieuses, et des bouffées vasomotrices du visage et du décolleté, déclenchées par les repas et l'alcool. À l'examen : télangiectasies faciales, souffle systolique xiphoïdien. Le scanner montre une masse mésentérique rétractile de 3 cm et six lésions hépatiques.

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  1. Étape 1 · Orientation

    Q1. Quel diagnostic évoquez-vous et quels examens demandez-vous ?

  2. Étape 2 · Résultats

    Résultats : 5-HIAA urinaire à 8 fois la normale, chromogranine A élevée. Biopsie hépatique : tumeur neuroendocrine bien différenciée, Ki-67 à 4 % (G2), positive pour la chromogranine et la synaptophysine, CDX2 positif (origine grêlique). TEP au 68Ga-DOTA : fixation intense de la masse mésentérique et des six lésions hépatiques, sans autre site. Échocardiographie : insuffisance tricuspide modérée avec épaississement valvulaire.

    Q2. Quel traitement de première intention proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Chirurgie et prévention de la crise

    Six mois plus tard : les symptômes sont bien contrôlés, mais la patiente présente des douleurs abdominales postprandiales avec un syndrome subocclusif lié à la fibrose mésentérique rétractile. Une chirurgie de résection grêlique avec curage mésentérique est décidée.

    Q3. Quelle précaution péri-opératoire est impérative ?

  4. Étape 4 · Progression

    Deux ans après la chirurgie : sous octréotide LAR 30 mg, réapparition d'une diarrhée à 5 selles par jour et progression des lésions hépatiques, désormais au nombre de dix, avec ascension du 5-HIAA. La TEP au 68Ga-DOTA montre toujours une fixation intense. Fonction rénale normale, numération normale.

    Q4. Quelle option privilégiez-vous ?

  5. Étape 5 · Toxicité de la PRRT

    Après la 3e cure de 177Lu-DOTATATE : réponse partielle avec régression hépatique et normalisation du transit. Mais la numération montre des plaquettes à 78 G/L et des leucocytes à 2,4 G/L. La créatinine est stable.

    Q5. Quelle est votre conduite ?

  6. Étape 6 · Cardiopathie carcinoïde

    Un an après la PRRT : la maladie est stable, mais la patiente présente une dyspnée d'effort croissante, des œdèmes des membres inférieurs et une turgescence jugulaire. L'échocardiographie montre une insuffisance tricuspide devenue sévère avec dilatation du ventricule droit et atteinte de la valve pulmonaire.

    Q6. Quelle prise en charge proposez-vous ?

Synthèse du cas 1

Diarrhée motrice + flushes déclenchés par repas et alcool = syndrome carcinoïde, souvent diagnostiqué avec retard : 5-HIAA urinaire, chromogranine A, TEP au 68Ga-DOTA, biopsie et échocardiographie. Première intention d'une TNE grêlique bien différenciée SSTR-positive : analogue de la somatostatine, qui traite à la fois symptômes et tumeur (PROMID, CLARINET). Tout geste invasif exige une prophylaxie par octréotide IV pour prévenir la crise carcinoïde. À la progression sous analogue avec forte fixation : PRRT au 177Lu-DOTATATE (NETTER-1), dont les organes limitants sont le rein et la moelle. Enfin, la cardiopathie carcinoïde droite peut devenir le facteur pronostique dominant et justifier un remplacement valvulaire.

Cas 2

Insulinome et néoplasie endocrinienne multiple de type 1

Homme de 27 ans, adressé pour des malaises matinaux répétés avec sueurs, tremblements, troubles de la concentration et deux épisodes de perte de connaissance, tous résolutifs après une prise alimentaire. Il a pris 9 kg en un an en fractionnant ses repas. Sa mère a été opérée d'une hyperparathyroïdie et son oncle maternel d'un « adénome de l'hypophyse ».

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  1. Étape 1 · Prouver l'hypoglycémie organique

    Q1. Quel examen affirme le diagnostic d'insulinome ?

  2. Étape 2 · Contexte familial

    Résultats : l'épreuve de jeûne confirme un hyperinsulinisme endogène. L'échoendoscopie et l'IRM pancréatique retrouvent trois lésions pancréatiques de 9, 14 et 22 mm. La calcémie est à 2,78 mmol/L avec une PTH inadaptée élevée.

    Q2. Quel diagnostic syndromique portez-vous ?

  3. Étape 3 · Stratégie chirurgicale

    Bilan complet : IRM hypophysaire montrant un microadénome de 5 mm non sécrétant. Test génétique : mutation germinale du gène MEN1 confirmée. La TEP au 68Ga-DOTA localise les trois lésions pancréatiques, sans métastase. L'hypercalcémie est symptomatique (lithiase rénale).

    Q3. Comment ordonnez-vous la prise en charge ?

  4. Étape 4 · Suivi et nouvelle lésion

    Six ans plus tard : les hypoglycémies ont disparu après énucléation de la lésion caudale. La surveillance annuelle par IRM découvre une nouvelle lésion céphalique de 24 mm, non fonctionnelle, fixant en TEP au 68Ga-DOTA, sans métastase.

    Q4. Quelle attitude adoptez-vous ?

  5. Étape 5 · Évolution métastatique

    À 40 ans : apparition de quatre métastases hépatiques biopsiées — TNE bien différenciée, Ki-67 à 9 % (G2) —, en progression sur deux imageries à six mois d'intervalle. Le patient est asymptomatique, OMS 0. La TEP au 68Ga-DOTA montre une fixation intense.

    Q5. Quelles options thérapeutiques envisagez-vous ?

  6. Étape 6 · Dépistage familial

    Enquête familiale : la fille du patient, 16 ans, est porteuse de la mutation MEN1. Elle est asymptomatique, avec une calcémie normale.

    Q6. Quelle prise en charge lui proposez-vous ?

Synthèse du cas 2

Malaises hypoglycémiques avec prise de poids : prouver l'hyperinsulinisme endogène par épreuve de jeûne (insuline et peptide C non freinés, recherche de sulfamides). Lésions pancréatiques multiples chez un sujet jeune + hyperparathyroïdie + histoire familiale = NEM1 : IRM hypophysaire, test génétique MEN1, dépistage familial. Chirurgie conservatrice (énucléations, résections limitées) car la maladie est diffuse et récidivante ; seuil de 20 mm pour opérer une lésion non fonctionnelle. En métastatique bien différencié : analogue puis évérolimus, sunitinib continu 37,5 mg/j, CAPTEM, PRRT et traitements locorégionaux hépatiques. Contrairement à la NEM2, pas de chirurgie prophylactique : surveillance multi-organes annuelle à vie.

Cas 3

Carcinome neuroendocrine peu différencié

Homme de 66 ans, tabagique à 45 paquets-années, adressé pour une altération rapide de l'état général avec perte de 11 kg en deux mois, douleurs abdominales et ictère. Le scanner montre une masse pancréatique céphalique de 5 cm, de multiples métastases hépatiques et des adénopathies rétropéritonéales. Les LDH sont à 3 fois la normale.

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  1. Étape 1 · Diagnostic

    Q1. Quel élément anatomopathologique est déterminant sur la biopsie ?

  2. Étape 2 · Résultat et bilan fonctionnel

    Résultat : carcinome neuroendocrine peu différencié à grandes cellules, Ki-67 à 70 %, synaptophysine positive, avec nécrose extensive. La TEP au 68Ga-DOTA est faiblement fixante alors que la TEP-FDG montre un hypermétabolisme intense de toutes les lésions.

    Q2. Comment interprétez-vous cette discordance d'imagerie ?

  3. Étape 3 · Traitement de première ligne

    Situation : patient OMS 2, ictère à 120 µmol/L de bilirubine sur compression biliaire, clairance de la créatinine à 68 mL/min. Il souhaite un traitement actif.

    Q3. Quelle est votre conduite ?

  4. Étape 4 · Réponse puis rechute

    Après 4 cycles : réponse partielle majeure, régression de l'ictère, reprise de 5 kg, OMS 1. Puis, trois mois après la fin des 6 cycles, progression hépatique et péritonéale rapide.

    Q4. Quelle deuxième ligne proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Complication

    Sous FOLFIRI : le patient présente à J8 du deuxième cycle une fièvre à 38,8 °C avec des neutrophiles à 0,3 G/L, une diarrhée profuse et une mucite. La pression artérielle est à 100/58 mmHg.

    Q5. Quelle est votre conduite ?

  6. Étape 6 · Situation avancée

    Deux mois plus tard : progression malgré la deuxième ligne, OMS 3, ascite carcinomateuse, douleurs abdominales importantes et dénutrition sévère. Le patient et sa famille demandent « s'il y a encore quelque chose à faire ».

    Q6. Quelle réponse et quelle prise en charge ?

Synthèse du cas 3

Sur une biopsie neuroendocrine, la différenciation commande la stratégie, pas le seul Ki-67. Un profil « TEP 68Ga-DOTA faible, TEP-FDG intense » signe la dédifférenciation et exclut la PRRT. Le carcinome neuroendocrine peu différencié se traite comme un carcinome à petites cellules : platine-étoposide, après drainage d'un éventuel ictère obstructif. En rechute, l'intervalle libre décide — au-delà de 6 mois, réintroduction du platine possible ; en deçà, FOLFIRI ou topotécan et recherche d'essai. Une neutropénie fébrile est une urgence : antibiothérapie large dans l'heure, puis réduction de dose et prophylaxie par G-CSF. En phase avancée, énoncer honnêtement les limites et proposer une prise en charge palliative active.

Cas 4

Gastrinome et syndrome de Zollinger-Ellison

Homme de 44 ans, suivi depuis trois ans pour des ulcères duodénaux récidivants malgré un traitement bien conduit par inhibiteur de la pompe à protons, avec deux hémorragies digestives. Il présente également une diarrhée chronique. L'endoscopie retrouve de multiples ulcérations duodénales et une hypertrophie des plis gastriques. La recherche d'Helicobacter pylori est négative et il ne prend pas d'anti-inflammatoires.

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  1. Étape 1 · Suspicion diagnostique

    Q1. Quel diagnostic évoquez-vous et comment le confirmez-vous ?

  2. Étape 2 · Localisation

    Résultats : gastrinémie à 12 fois la limite supérieure avec pH gastrique à 1,8, confirmant le gastrinome. La calcémie est normale et il n'y a pas d'antécédent familial. Le scanner ne montre pas de lésion évidente.

    Q2. Quels examens réalisez-vous pour localiser la tumeur ?

  3. Étape 3 · Contrôle symptomatique

    Localisation : lésion duodénale de 12 mm avec deux adénopathies péri-pancréatiques, sans métastase hépatique. Une chirurgie est envisagée.

    Q3. Quel traitement médical instaurez-vous en attendant ?

  4. Étape 4 · Rechercher une NEM1

    Avant la chirurgie : le bilan est complété. La calcémie est finalement à 2,62 mmol/L avec une PTH à la limite supérieure, et l'IRM hypophysaire est normale.

    Q4. Que faites-vous de cette donnée ?

  5. Étape 5 · Après chirurgie

    Résultat : le test génétique est négatif — gastrinome sporadique. La chirurgie retire la lésion duodénale et les deux ganglions envahis. À 3 mois, la gastrinémie est normalisée et le patient est asymptomatique sous inhibiteur de la pompe à protons à dose réduite.

    Q5. Quelle surveillance organisez-vous ?

  6. Étape 6 · Récidive métastatique

    Sept ans plus tard : réascension de la gastrinémie et récidive des symptômes ulcéreux. Le scanner et la TEP au 68Ga-DOTA montrent cinq métastases hépatiques fortement fixantes, sans autre site. Biopsie : TNE bien différenciée, Ki-67 à 6 %. Le patient est OMS 0.

    Q6. Quelle stratégie proposez-vous ?

Synthèse du cas 4

Ulcères duodénaux multiples récidivants sans H. pylori ni AINS + diarrhée = syndrome de Zollinger-Ellison : gastrinémie élevée avec pH gastrique acide, en tenant compte de l'élévation induite par les inhibiteurs de la pompe à protons. Localisation difficile : TEP au 68Ga-DOTA, échoendoscopie, IRM, en connaissant le « triangle du gastrinome » et la fréquence des formes duodénales et ganglionnaires. Contrôle sécrétoire par inhibiteur de la pompe à protons à forte dose. Rechercher systématiquement une NEM1 (un quart des gastrinomes), qui change la stratégie chirurgicale et le suivi. Surveillance prolongée car les récidives sont tardives. En métastatique bien différencié : contrôle sécrétoire + analogue, options locorégionales hépatiques, puis PRRT et traitements systémiques.

Cas 5

Découvertes fortuites : TNE appendiculaire, rectale et bronchique

Trois situations de découverte fortuite adressées dans la même semaine. D'abord une femme de 24 ans appendicectomisée en urgence pour appendicite aiguë, dont l'examen anatomopathologique révèle une tumeur neuroendocrine de 8 mm de la pointe appendiculaire, bien différenciée, Ki-67 à 1 %, sans envahissement du méso-appendice.

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  1. Étape 1 · TNE appendiculaire

    Q1. Quelle est votre conduite chez cette patiente de 24 ans ?

  2. Étape 2 · TNE rectale

    Deuxième situation : homme de 51 ans, coloscopie de dépistage retrouvant une petite lésion sous-muqueuse jaunâtre du bas rectum de 6 mm, retirée par mucosectomie. Anatomopathologie : TNE bien différenciée, Ki-67 à 2 %, limitée à la sous-muqueuse, marges saines.

    Q2. Quelle est votre conduite ?

  3. Étape 3 · Tumeur carcinoïde bronchique

    Troisième situation : femme de 39 ans, non fumeuse, explorée pour des pneumopathies récidivantes du même territoire et une toux chronique. Le scanner montre une opacité endobronchique lobaire moyenne avec atélectasie. La biopsie endoscopique conclut à une tumeur carcinoïde typique (TNE bien différenciée, Ki-67 à 2 %, moins de 2 mitoses/2 mm², sans nécrose).

    Q3. Quelle prise en charge proposez-vous ?

  4. Étape 4 · La même tumeur, une autre histologie

    Résultat opératoire de la troisième patiente : la relecture de la pièce conclut finalement à un carcinoïde atypique (Ki-67 à 15 %, 6 mitoses/2 mm², foyers de nécrose), avec 2 ganglions hilaires envahis sur 12.

    Q4. Qu'est-ce que cela change ?

  5. Étape 5 · Syndrome de Cushing paranéoplasique

    Trois ans plus tard : cette patiente présente une prise de poids facio-tronculaire, une hypertension artérielle, des vergetures pourpres, une hypokaliémie à 2,9 mmol/L et un diabète. Le cortisol libre urinaire est très élevé, l'ACTH est élevée, et le scanner montre deux nouvelles lésions pulmonaires et une lésion hépatique.

    Q5. Quel diagnostic et quelle conduite ?

  6. Étape 6 · Synthèse du raisonnement

    Bilan des trois situations : une TNE appendiculaire de 8 mm guérie par appendicectomie, une TNE rectale de 6 mm guérie par mucosectomie, et un carcinoïde bronchique atypique devenu métastatique avec sécrétion ectopique d'ACTH.

    Q6. Quel principe général retenez-vous ?

Synthèse du cas 5

TNE appendiculaire < 10 mm, bien différenciée, sans envahissement du méso-appendice : appendicectomie curatrice, aucune surveillance lourde ; colectomie droite au-delà de 20 mm ou en présence de facteurs de risque. TNE rectale < 10 mm, G1, sous-muqueuse, marges saines : résection endoscopique suffisante. Carcinoïde bronchique : penser aux pneumopathies récidivantes du même territoire ; traitement chirurgical avec épargne parenchymateuse, pronostic excellent pour les formes typiques, nettement moins bon pour les atypiques (index mitotique, nécrose). Les carcinoïdes bronchiques sont la première cause de sécrétion ectopique d'ACTH : l'hypercortisolisme est une urgence à traiter en parallèle de la tumeur. Site, taille, différenciation et grade commandent tout.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Comment gradue-t-on les TNE bien différenciées ?cliquer
Par l'index Ki-67 (et l'index mitotique) : G1 < 3 %, G2 3–20 %, G3 > 20 %.

Essai fondateur de la PRRT dans les TNE du grêle ?cliquer
NETTER-1 : 177Lu-DOTATATE améliore la survie sans progression dans les TNE du grêle progressives sous analogues.

Marqueur biologique général des TNE ?cliquer
La chromogranine A (marqueur général) ; le 5-HIAA urinaire pour le syndrome carcinoïde.

Deux essais des analogues de la somatostatine (effet antitumoral) ?cliquer
PROMID (octréotide, TNE du grêle) et CLARINET (lanréotide, TNE entéro-pancréatiques).

📚 Références & essais fondateurs

  1. PROMID — Rinke A, et al. Placebo-controlled trial of octreotide LAR in metastatic midgut NET. J Clin Oncol 2009. PMID 19704057
  2. CLARINET — Caplin ME, et al. Lanreotide in metastatic enteropancreatic neuroendocrine tumors. N Engl J Med 2014. PMID 25014687
  3. RADIANT-3 — Yao JC, et al. Everolimus for advanced pancreatic neuroendocrine tumors. N Engl J Med 2011. PMID 21306238
  4. Raymond E, et al. Sunitinib dans les tumeurs neuroendocrines pancréatiques. N Engl J Med 2011. PMID 21306237
  5. RADIANT-4 — Yao JC, et al. Everolimus dans les TNE non fonctionnelles digestives/pulmonaires. Lancet 2016. PMID 26703889
  6. NETTER-1 — Strosberg J, et al. Phase 3 trial of 177Lu-Dotatate for midgut neuroendocrine tumors. N Engl J Med 2017. PMID 28076709
  7. Référentiels ENETS et ESMO tumeurs neuroendocrines (versions à jour) — recommandations de pratique clinique.