Cancers de la thyroïde

Ensemble hétérogène dominé par les carcinomes différenciés (papillaire, folliculaire), de très bon pronostic, aux côtés du carcinome médullaire (dérivé des cellules C) et du carcinome anaplasique, rare et très agressif. La biologie moléculaire (BRAF, RET) guide les traitements ciblés.

Endocrinien Différencié Médullaire / RET Anaplasique Iode radioactif

📊 Épidémiologie & facteurs de risque

Cancer endocrinien le plus fréquent, à nette prédominance féminine. Incidence en hausse, en partie liée au surdiagnostic de petits cancers papillaires. La grande majorité sont des carcinomes différenciés, de pronostic excellent (survie > 95 % à long terme pour les formes localisées).

Facteurs de risque

  • Irradiation cervicale dans l'enfance (facteur établi ; carcinome papillaire).
  • Antécédents familiaux et syndromes héréditaires : NEM2 (mutation RET) pour le carcinome médullaire, polypose familiale (PAF), syndrome de Cowden.
  • Carence ou surcharge iodée (influence sur le type histologique), sexe féminin.
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Devant un carcinome médullaire, rechercher une mutation RET germinale (NEM2) : elle impose une enquête familiale et le dépistage d'un phéochromocytome et d'une hyperparathyroïdie associés.

🧬 Anatomopathologie & biologie

TypeOrigineMarqueurs / altérationsParticularités
Papillairecellules folliculairesBRAF V600E, RET/PTCLe plus fréquent, extension lymphatique, bon pronostic
Folliculairecellules folliculairesRAS, PAX8-PPARGExtension hématogène (os, poumon)
Médullairecellules C (parafolliculaires)RET, calcitonine, ACESporadique ou héréditaire (NEM2)
AnaplasiquedédifférenciationBRAF V600E, TP53Très agressif, pronostic sombre

Les carcinomes différenciés conservent la capacité de capter l'iode (expression du symporteur NIS) et de produire la thyroglobuline (marqueur de suivi). Le carcinome médullaire sécrète la calcitonine et l'ACE (marqueurs diagnostiques et de suivi).

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Le statut moléculaire oriente les thérapies ciblées : BRAF V600E (anaplasique, papillaire réfractaire), RET (médullaire et fusions RET des différenciés), NTRK (fusions rares).

🩺 Présentation clinique & diagnostic

Le plus souvent nodule thyroïdien isolé, découvert à la palpation ou fortuitement en imagerie. Signes de suspicion : nodule dur, fixé, adénopathie cervicale, dysphonie (atteinte récurrentielle), croissance rapide (évoquer l'anaplasique).

Démarche diagnostique

  • Échographie thyroïdienne avec score EU-TIRADS (stratification du risque de malignité d'un nodule).
  • Cytoponction à l'aiguille fine des nodules suspects, interprétée selon le système de Bethesda (catégories I à VI orientant la conduite).
  • Dosages : TSH ; calcitonine si suspicion de médullaire ; thyroglobuline surtout en suivi post-thérapeutique.

📐 Bilan & stadification

Stadification TNM (AJCC 8e édition). Particularité des carcinomes différenciés : l'âge du patient (seuil de 55 ans) entre dans la définition du stade, reflétant le meilleur pronostic des sujets jeunes.

CatégorieDéfinition (synthèse)
T1≤ 2 cm, limité à la thyroïde (T1a ≤ 1 cm)
T2> 2 et ≤ 4 cm, intrathyroïdien
T3> 4 cm ou extension extrathyroïdienne minime (muscles)
T4Extension aux structures adjacentes (trachée, œsophage, larynx, vaisseaux)
N1Ganglions du compartiment central (N1a) ou latéraux/médiastinaux (N1b)
M1Métastases à distance (poumon, os)

Le stade des différenciés est fortement pondéré par l'âge : chez les < 55 ans, même avec métastases, le stade reste limité (I ou II), traduisant l'excellent pronostic.

💊 Prise en charge

Carcinomes différenciés

  • Chirurgie : lobo-isthmectomie ou thyroïdectomie totale ± curage ganglionnaire selon le risque.
  • Iode radioactif (131I) : après thyroïdectomie totale, pour ablation des reliquats et traitement des formes à risque intermédiaire/élevé ; 1,1 GBq (30 mCi) pour une ablation simple de reliquat à faible risque, 3,7 GBq (100 mCi) pour un risque intermédiaire, 3,7 à 7,4 GBq (100 à 200 mCi) en situation métastatique — sous stimulation par TSH recombinante humaine 0,9 mg IM deux jours de suite ou après sevrage en lévothyroxine, avec régime pauvre en iode ; inutile dans les micro-carcinomes à faible risque.
  • Lévothyroxine freinatrice : substitution puis freination de la TSH adaptée au risque — environ 1,6 à 2 µg/kg/j pour cibler une TSH < 0,1 mUI/L dans les formes à haut risque, 0,1 à 0,5 mUI/L à risque intermédiaire, et 0,5 à 2 mUI/L (simple substitution) dans les formes à faible risque en rémission.
  • Réfractaires à l'iode : inhibiteurs multikinases lenvatinib 24 mg/j per os (essai SELECT) ou sorafénib 400 mg × 2/j per os (essai DECISION) ; thérapies ciblées selon altération — dabrafénib 150 mg × 2/j + tramétinib 2 mg/j si BRAF V600E, sélpercatinib 160 mg × 2/j si fusion RET, larotrectinib 100 mg × 2/j ou entrectinib 600 mg/j si fusion NTRK.

Carcinome médullaire

  • Thyroïdectomie totale avec curage ; suivi par calcitonine et ACE, dont le temps de doublement est le meilleur indicateur pronostique.
  • Forme avancée/progressive : inhibiteurs de RET sélectifs sélpercatinib 160 mg × 2/j per os (essai LIBRETTO-001) ou pralsétinib 400 mg/j per os à jeun si mutation RET ; alternatives multikinases vandétanib 300 mg/j (surveillance du QT) ou cabozantinib 140 mg/j.

Carcinome anaplasique

  • Urgence thérapeutique multimodale (chirurgie si résécable, radiochimiothérapie associant 60 à 66 Gy en 30 à 33 fractions et un taxane hebdomadaire — paclitaxel 50 à 80 mg/m² — ou doxorubicine 20 mg/m² hebdomadaire). Si BRAF V600E muté : association dabrafénib 150 mg × 2/j + tramétinib 2 mg/j, avec réponses parfois majeures permettant une chirurgie secondaire. La sécurisation des voies aériennes (trachéotomie) doit être anticipée.
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La séquence des différenciés est : chirurgie → iode radioactif → freination par lévothyroxine ; les thérapies ciblées (lenvatinib/sorafénib) sont réservées aux formes réfractaires à l'iode et progressives.

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des essais pivots et des référentiels ESMO/ATA/NCCN. Vérifier systématiquement la prescription, les adaptations (fonction rénale et hépatique, âge, poids, pression artérielle, QT, toxicités) et les interactions avant toute application clinique. Les activités d'iode 131 relèvent de la médecine nucléaire et de la radioprotection.

Iode radioactif (131I) — carcinomes différenciés

IndicationActivitéPréparationPrécisions
Ablation de reliquat, faible risque1,1 GBq (30 mCi)TSH recombinante humaine 0,9 mg IM à J1 et J2, administration à J3Essais ESTIMABL1 et HiLo : non-infériorité de la faible activité
Risque intermédiaire3,7 GBq (100 mCi)TSH recombinante ou sevrage en lévothyroxineObjectif d'ablation et de traitement adjuvant
Haut risque, résidu macroscopique3,7 GBq (100 mCi)Sevrage en lévothyroxine (TSH > 30 mUI/L)Cures itératives possibles
Maladie métastatique3,7 à 7,4 GBq (100 à 200 mCi)Sevrage, régime pauvre en iode 2 à 3 semainesActivité cumulée à surveiller (> 22 GBq : risque de second cancer et de leucémie)

Prérequis : thyroïdectomie totale (l'iode ne fonctionne pas sur un reliquat volumineux qui capterait tout), régime pauvre en iode, arrêt de l'amiodarone et absence de produit de contraste iodé récent, exclusion d'une grossesse (test systématique chez la femme en âge de procréer). Effets indésirables : sialadénite et xérostomie (prévenues par une hydratation abondante et l'usage de citron ou de bonbons acidulés à distance de l'administration), nausées, atteinte lacrymale, azoospermie transitoire, et à activité cumulée élevée risque de fibrose pulmonaire (métastases pulmonaires miliaires), de myélodysplasie et de second cancer. Contraception recommandée pendant 6 à 12 mois. Une tumeur devient réfractaire à l'iode lorsqu'elle ne capte pas, ou qu'elle progresse malgré la captation, ou après une activité cumulée élevée sans bénéfice.

Hormonothérapie freinatrice

Niveau de risqueCible de TSHPosologie indicative de lévothyroxinePrécisions
Haut risque ou maladie persistante< 0,1 mUI/L≈ 2 à 2,2 µg/kg/jFreination forte ; surveiller la densité osseuse et le rythme cardiaque
Risque intermédiaire0,1 à 0,5 mUI/L≈ 1,8 à 2 µg/kg/jRéévaluation du risque à chaque contrôle
Faible risque en rémission0,5 à 2 mUI/L≈ 1,6 µg/kg/j (substitution simple)Désescalade de la freination une fois la rémission confirmée
Après lobo-isthmectomieTSH normale bassesouvent aucune, ou dose faibleLe lobe restant assure fréquemment l'euthyroïdie

Prise le matin à jeun, 30 minutes avant le petit-déjeuner, à distance du calcium, du fer, des inhibiteurs de la pompe à protons et du café, qui réduisent l'absorption. Contrôle de la TSH 6 à 8 semaines après toute modification de dose. La freination n'est pas anodine : à long terme, elle expose à la fibrillation auriculaire chez le sujet âgé et à l'ostéoporose chez la femme ménopausée — d'où la logique actuelle de freination adaptée au risque évolutif, avec désescalade dès que la rémission est établie. Chez la femme enceinte, les besoins augmentent d'environ 30 % dès le premier trimestre : contrôle rapproché de la TSH.

Thérapies ciblées

SituationMoléculeDoseVoie / rythmeEssai · précisions
Carcinome différencié réfractaire à l'iode et progressif
1re intentionLenvatinib24 mg/jper os, en continuSELECT · taux de réponse élevé
AlternativeSorafénib400 mg × 2/jper os, en continuDECISION
Fusion RETSélpercatinib160 mg × 2/jper osLIBRETTO-001
Fusion NTRKLarotrectinib ou entrectinib100 mg × 2/j ou 600 mg/jper osIndication agnostique de l'organe
BRAF V600EDabrafénib + tramétinib150 mg × 2/j + 2 mg/jper osPeut restaurer la captation de l'iode (redifférenciation)
Carcinome médullaire avancé et progressif
Mutation RETSélpercatinib160 mg × 2/jper osLIBRETTO-001 · inhibiteur sélectif, mieux toléré
Mutation RETPralsétinib400 mg/jper os, à jeunARROW
MultikinaseVandétanib300 mg/jper osZETA · allongement du QT, ECG obligatoire
MultikinaseCabozantinib140 mg/jper os, à jeunEXAM
Carcinome anaplasique
BRAF V600E mutéDabrafénib + tramétinib150 mg × 2/j + 2 mg/jper osROAR · réponses rapides, chirurgie secondaire parfois possible
RadiosensibilisationPaclitaxel50 à 80 mg/m²IV, hebdomadaire pendant l'irradiationAlternative : doxorubicine 20 mg/m² hebdomadaire

Le lenvatinib impose une surveillance rapprochée de la pression artérielle — l'hypertension est très fréquente et survient dans les deux premières semaines, à traiter sans réduire d'emblée la dose —, de la protéinurie, de la fonction thyroïdienne et du risque de fistule ou d'hémorragie (prudence en cas d'envahissement trachéal ou vasculaire, où une fistule aérodigestive peut être fatale). Réductions de dose usuelles : 20 puis 14 puis 10 mg/j. Le sorafénib donne surtout un syndrome main-pied et une diarrhée. Le vandétanib expose à un allongement du QT et à des torsades de pointes, imposant un ECG de référence puis répété et la correction des troubles ioniques. Les inhibiteurs sélectifs de RET (sélpercatinib, pralsétinib) sont mieux tolérés que les multikinases, avec hypertension, cytolyse hépatique et allongement du QT à surveiller. Tous ces inhibiteurs interagissent avec le CYP3A4.

Radiothérapie externe

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Carcinome anaplasique (résécable ou non)60 à 66 Gy30 à 33 fractions de 2 GyLoge thyroïdienne et aires ganglionnaires cervico-médiastinales, RCMI, avec radiosensibilisation par taxane
Différencié : résidu non opérable et non fixant60 à 70 Gy30 à 35 fractionsSituation rare, après échec de l'iode et de la chirurgie
Médullaire : résidu cervical à haut risque60 Gy30 fractionsIndication discutée, visée de contrôle local
Métastase osseuse douloureuse8 Gy ou 20 à 30 Gy1 fraction ou 5 à 10 fractionsVisée antalgique ; stéréotaxie (24 à 27 Gy en 3 fractions) si oligométastase
Compression médullaire20 à 30 Gy5 à 10 fractionsUrgence, après avis neurochirurgical et corticothérapie

Contraintes principales aux organes à risque : moelle épinière Dmax < 45 Gy (contrainte absolue), œsophage Dmoyenne < 34 Gy et Dmax < 60 à 66 Gy (l'œsophagite est la toxicité aiguë dominante de l'irradiation cervico-médiastinale), larynx Dmoyenne < 40 à 45 Gy, poumons V20 < 30 % lorsque le volume descend dans le médiastin supérieur, constricteurs du pharynx Dmoyenne < 50 Gy, parotides Dmoyenne < 26 Gy si le volume remonte haut, plexus brachial Dmax < 60 à 66 Gy. Deux préalables pratiques : le bilan dentaire avant irradiation si les volumes remontent vers la cavité orale, et l'anticipation de la sécurisation des voies aériennes dans le carcinome anaplasique, où l'œdème radique peut décompenser une sténose trachéale préexistante.

Points clés à retenir

  • Les carcinomes différenciés (papillaire, folliculaire) dominent et ont un excellent pronostic ; l'âge (55 ans) entre dans leur stadification.
  • Bilan d'un nodule : échographie EU-TIRADS + cytoponction interprétée selon Bethesda.
  • Le médullaire (cellules C, calcitonine, RET/NEM2) et l'anaplasique (BRAF, très agressif) sont des entités à part.
  • Réfractaire à l'iode : lenvatinib (SELECT) ou sorafénib (DECISION).
  • Médullaire RET : sélpercatinib (LIBRETTO-001) ; anaplasique BRAF : dabrafénib-tramétinib.

QCM — 10 questions

Q1. Quel marqueur biologique est spécifique du carcinome médullaire de la thyroïde ?

Q2. Quel système classe le résultat de la cytoponction d'un nodule thyroïdien ?

Q3. Un carcinome papillaire métastatique devenu réfractaire à l'iode et progressif. Quelle option de 1re intention ?

Q4. Pourquoi l'âge du patient entre-t-il dans la stadification TNM des carcinomes thyroïdiens différenciés ?

Q5. Quelles sont les conditions à respecter avant une administration d'iode 131 ?

Q6. Quelle est la posologie du lenvatinib dans le carcinome différencié réfractaire à l'iode, et quelle toxicité surveiller en priorité ?

Q7. Devant un carcinome médullaire de la thyroïde, quel bilan est indispensable avant la chirurgie ?

Q8. Une patiente de 71 ans présente en 3 semaines une masse cervicale dure, d'augmentation rapide, avec dysphonie et dyspnée. Quelle est la conduite ?

Q9. Quelle est la conséquence pratique d'une freination prolongée de la TSH sous 0,1 mUI/L ?

Q10. Chez un patient opéré d'un carcinome papillaire de 8 mm, unifocal, intrathyroïdien, sans atteinte ganglionnaire ni embole, quelle est l'attitude appropriée ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Nodule thyroïdien de découverte fortuite

Femme de 44 ans, sans antécédent, chez qui une échographie cervicale demandée pour des cervicalgies découvre un nodule du lobe droit de 24 mm. Elle est asymptomatique, sans dysphonie ni dysphagie, sans adénopathie palpable. La TSH est normale à 1,8 mUI/L. L'échographie décrit un nodule solide, hypoéchogène, à contours irréguliers, avec des microcalcifications, plus haut que large.

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  1. Étape 1 · Évaluation du nodule

    Q1. Comment interprétez-vous ces données échographiques et quelle est votre conduite ?

  2. Étape 2 · Résultat cytologique

    Résultat : cytoponction classée Bethesda V (suspect de malignité), évoquant un carcinome papillaire. Le bilan échographique complémentaire ne retrouve pas d'adénopathie suspecte dans les compartiments central et latéraux. La calcitonine, dosée, est normale.

    Q2. Quelle prise en charge chirurgicale proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Résultat définitif

    Anatomopathologie : carcinome papillaire de 26 mm, variante classique, unifocal, sans extension extrathyroïdienne, marges saines, sans embole vasculaire. Six ganglions du compartiment central prélevés, tous indemnes. Classé pT2 pN0.

    Q3. Faut-il totaliser la thyroïdectomie et administrer de l'iode 131 ?

  4. Étape 4 · Complication post-opératoire

    À J2 : la patiente présente des paresthésies péribuccales et des extrémités, avec un signe de Chvostek positif. La calcémie est à 1,88 mmol/L (albuminémie normale) et la PTH est basse.

    Q4. Quel diagnostic et quelle prise en charge ?

  5. Étape 5 · Surveillance

    À 18 mois : la patiente est asymptomatique, la calcémie est normale sans supplémentation. L'échographie cervicale découvre un ganglion du secteur III droit de 11 mm, arrondi, hypoéchogène, avec disparition du hile et microcalcifications. La thyroglobuline, jusque-là stable à 2 ng/mL, est passée à 9 ng/mL.

    Q5. Quelle est votre conduite ?

  6. Étape 6 · Après traitement complet

    Suite : totalisation et curage latéral droit (3 ganglions envahis sur 18), puis iode 131 à 3,7 GBq sous TSH recombinante. À 6 mois, la thyroglobuline est indétectable sous freination, les anticorps anti-thyroglobuline sont négatifs et l'échographie est normale.

    Q6. Quelle stratégie de suivi et quelle cible de TSH retenez-vous ?

Synthèse du cas 1

Nodule solide hypoéchogène à contours irréguliers avec microcalcifications, plus haut que large = EU-TIRADS 5 : cytoponction échoguidée, résultat exprimé selon Bethesda. Une lobo-isthmectomie suffit pour une tumeur unifocale intrathyroïdienne sans atteinte ganglionnaire, et un faible risque ATA ne justifie ni totalisation, ni iode, ni freination forte. Hypocalcémie avec PTH basse après chirurgie = hypoparathyroïdie, traitée par calcium et vitamine D active, souvent transitoire. Adénopathie suspecte + thyroglobuline en ascension : cytoponction avec thyroglobuline sur le liquide de rinçage, puis chirurgie réglée avant iode. Le suivi repose sur la réévaluation dynamique du risque, avec allègement de la freination en réponse complète et dosage systématique des anticorps anti-thyroglobuline.

Cas 2

Carcinome médullaire et néoplasie endocrinienne multiple

Homme de 32 ans, adressé pour un nodule thyroïdien de 18 mm du lobe gauche avec deux adénopathies du compartiment central. La cytoponction évoque une prolifération à cellules fusiformes, difficile à classer. Il rapporte des épisodes de céphalées avec palpitations et sueurs profuses depuis un an, mis sur le compte du stress. Son père est décédé à 48 ans d'une « tumeur de la thyroïde ».

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  1. Étape 1 · Orientation diagnostique

    Q1. Quel dosage demandez-vous en priorité ?

  2. Étape 2 · Ne pas opérer trop vite

    Résultat : calcitonine à 1 240 pg/mL (norme < 10) et ACE élevé, confirmant un carcinome médullaire. Le patient est adressé au chirurgien qui propose une thyroïdectomie totale avec curage dans les 10 jours.

    Q2. Quel examen devez-vous absolument obtenir avant l'intervention ?

  3. Étape 3 · Génétique

    Résultats : métanéphrines élevées avec une masse surrénalienne droite de 35 mm à l'imagerie ; calcémie et PTH normales. La recherche génétique identifie une mutation germinale de RET au codon 634.

    Q3. Quel diagnostic syndromique portez-vous et quelles en sont les conséquences ?

  4. Étape 4 · Suivi post-opératoire

    Suite : surrénalectomie droite puis thyroïdectomie totale avec curage central et latéral gauche (7 ganglions envahis sur 24). À 3 mois, la calcitonine reste élevée à 310 pg/mL. Le scanner et la TEP à la 18F-DOPA ne localisent aucune lésion mesurable.

    Q4. Comment interprétez-vous cette situation et quelle conduite adoptez-vous ?

  5. Étape 5 · Progression

    À 4 ans : la calcitonine est passée à 4 800 pg/mL avec un temps de doublement estimé à 5 mois. Le scanner montre plusieurs métastases hépatiques et deux lésions osseuses. Le patient présente une diarrhée motrice invalidante (6 à 8 selles par jour) et des flushes.

    Q5. Quel traitement systémique proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Dépistage familial

    Enquête familiale : le test génétique retrouve la mutation RET codon 634 chez la sœur du patient, 28 ans, asymptomatique avec une calcitonine normale, et chez son neveu de 4 ans.

    Q6. Quelle prise en charge proposez-vous à ces deux porteurs ?

Synthèse du cas 2

Cytologie atypique, adénopathies centrales, antécédent familial : doser la calcitonine et l'ACE. Avant toute chirurgie d'un carcinome médullaire, dépister un phéochromocytome (métanéphrines) et une hyperparathyroïdie — le phéochromocytome s'opère en premier. Mutation RET codon 634 + phéochromocytome = NEM2A : dépistage familial et thyroïdectomie prophylactique dont l'âge dépend du codon. Une calcitonine résiduelle sans cible visible se surveille : le temps de doublement décide du moment de traiter. En maladie progressive avec mutation RET, le sélpercatinib (LIBRETTO-001) est préféré aux multikinases. Les cellules C ne captent pas l'iode : jamais d'irathérapie ici.

Cas 3

Carcinome différencié métastatique devenu réfractaire à l'iode

Homme de 63 ans, opéré 5 ans plus tôt d'un carcinome papillaire de variante à cellules hautes, pT3 pN1b, traité par thyroïdectomie totale, curage bilatéral et deux cures d'iode 131 (cumul 7,4 GBq). Il consulte pour une toux sèche et une dyspnée d'effort progressive. Le scanner thoracique montre une dizaine de nodules pulmonaires bilatéraux de 8 à 22 mm, en progression par rapport à l'examen d'il y a un an. La thyroglobuline est à 240 ng/mL.

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  1. Étape 1 · Caractériser la maladie

    Q1. Quel examen détermine la suite de la prise en charge ?

  2. Étape 2 · Définir le caractère réfractaire

    Résultats : la scintigraphie ne montre aucune captation au niveau des nodules pulmonaires, qui sont en revanche tous fortement hypermétaboliques en TEP-FDG. L'analyse moléculaire retrouve une mutation BRAF V600E, sans fusion RET ni NTRK.

    Q2. Quelle est votre conclusion ?

  3. Étape 3 · Décider de traiter, ou pas encore

    Réunion de concertation : le patient est OMS 1, dyspnéique à l'effort soutenu seulement, avec une progression lente et régulière sur 12 mois. Il est hypertendu, traité par un inhibiteur de l'enzyme de conversion.

    Q3. Quelle attitude retenez-vous ?

  4. Étape 4 · Toxicité

    Après 3 semaines de lenvatinib : la pression artérielle est à 172/104 mmHg malgré son inhibiteur de l'enzyme de conversion, avec une protéinurie à 1,2 g/24 h et une asthénie de grade 2. Le patient n'a pas de céphalée ni de trouble visuel.

    Q4. Quelle est votre conduite ?

  5. Étape 5 · Complication grave

    Après 9 mois de lenvatinib : réponse partielle avec régression de 45 % des lésions pulmonaires. Puis apparition brutale d'une hémoptysie de moyenne abondance et d'une douleur thoracique. Le scanner montre une cavitation d'un nodule au contact d'une bronche proximale.

    Q5. Quelle est votre conduite ?

  6. Étape 6 · Ligne suivante et redifférenciation

    Trois mois plus tard : l'hémoptysie a cessé, mais la maladie progresse de nouveau. Le patient est OMS 1, très demandeur d'un traitement actif.

    Q6. Quelles options envisagez-vous ?

Synthèse du cas 3

Devant une progression métastatique après irathérapie, la question est la captation de l'iode : scintigraphie corps entier, TEP-FDG (la discordance iode-négatif / FDG-positif signe la dédifférenciation) et analyse moléculaire. Le caractère réfractaire est défini par l'absence de captation, la progression malgré captation, ou l'échec après activité cumulée élevée. On ne traite que les maladies progressives ou symptomatiques : lenvatinib 24 mg/j (SELECT), avec préparation et gestion active de l'hypertension plutôt que réduction de dose précoce. Toute hémoptysie sous anti-angiogénique impose la suspension. En BRAF V600E, dabrafénib-tramétinib est une alternative, avec la possibilité d'une stratégie de redifférenciation restaurant la captation de l'iode.

Cas 4

Carcinome anaplasique : une urgence oncologique

Femme de 74 ans, connue pour un goitre multinodulaire ancien, amenée par sa famille pour une masse cervicale antérieure ayant doublé de volume en un mois. À l'examen : masse dure, fixée, de 8 cm, avec circulation veineuse collatérale, dysphonie et stridor à l'effort. Elle a perdu 5 kg. La saturation est à 94 % au repos.

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  1. Étape 1 · Reconnaître l'urgence

    Q1. Quelle est votre priorité immédiate ?

  2. Étape 2 · Bilan

    Résultats : biopsie chirurgicale — carcinome anaplasique de la thyroïde, BRAF V600E muté. Le scanner montre un envahissement trachéal avec réduction de 50 % de la lumière, un envahissement œsophagien et des adénopathies médiastinales ; la TEP-TDM révèle en outre trois métastases pulmonaires. Stade IVC.

    Q2. Quelle stratégie proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Gestion de la voie aérienne

    À J4 du traitement : aggravation du stridor, désaturation à 89 %, tirage sus-sternal. La patiente est angoissée mais consciente et communicante.

    Q3. Quelle est votre conduite ?

  4. Étape 4 · Réponse au traitement ciblé

    À 6 semaines : réponse spectaculaire — la masse cervicale a régressé de 70 %, la trachée est décomprimée, les nodules pulmonaires ont diminué. La patiente est OMS 1, a repris 2 kg, et la trachéotomie pourrait être discutée à la fermeture.

    Q4. Quelle suite proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Toxicité du traitement

    Pendant l'irradiation, sous traitement ciblé : la patiente présente une fièvre à 39 °C sans foyer infectieux identifié, frissonnante, avec une hypotension à 95/60 mmHg. Les hémocultures sont négatives, la numération et la protéine C-réactive sont peu perturbées.

    Q5. Quel diagnostic évoquez-vous et quelle conduite ?

  6. Étape 6 · Évolution

    À 11 mois : progression pulmonaire et hépatique, dégradation de l'état général (OMS 3), dyspnée de repos. La patiente exprime le souhait de ne pas retourner à l'hôpital et de rester auprès de ses proches.

    Q6. Quelle prise en charge organisez-vous ?

Synthèse du cas 4

Masse cervicale à croissance explosive chez un sujet âgé = carcinome anaplasique : double urgence, respiratoire (stridor, anticipation de la trachéotomie, première cause de décès précoce) et diagnostique (preuve histologique et BRAF V600E en quelques jours). En cas de mutation BRAF, dabrafénib-tramétinib (ROAR) peut produire une réponse majeure et rendre opérable l'inopérable ; on consolide alors par chirurgie et/ou irradiation 60-66 Gy, le contrôle local conditionnant la survie. L'iode est inefficace, la tumeur ayant perdu le symporteur NIS. La fièvre sous dabrafénib est une toxicité classique, à traiter par suspension temporaire et non par arrêt définitif. En phase avancée, les souhaits du patient guident la prise en charge palliative.

Cas 5

Cancer thyroïdien après irradiation dans l'enfance, et grossesse

Femme de 29 ans, traitée à l'âge de 8 ans par irradiation cervico-thoracique et chimiothérapie pour un lymphome de Hodgkin, en rémission depuis. Suivie dans une consultation de suivi à long terme, elle présente à l'échographie systématique deux nodules du lobe droit, de 14 et 9 mm, dont le plus grand est hypoéchogène à contours irréguliers. Elle est enceinte de 9 semaines.

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  1. Étape 1 · Contexte de risque

    Q1. Comment interprétez-vous ce contexte ?

  2. Étape 2 · Explorer pendant la grossesse

    Situation : grossesse de 9 semaines, TSH à 1,2 mUI/L. Le nodule de 14 mm est classé EU-TIRADS 5.

    Q2. Quelle exploration réalisez-vous ?

  3. Étape 3 · Résultat et calendrier

    Résultat : cytoponction Bethesda VI, carcinome papillaire. L'échographie ne montre pas d'adénopathie suspecte ni d'extension extrathyroïdienne. La patiente est très inquiète et demande si elle doit être opérée immédiatement ou interrompre sa grossesse.

    Q3. Que lui proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Suivi de la grossesse

    Au deuxième trimestre : l'échographie de contrôle montre un nodule stable à 15 mm. La patiente n'a pas de traitement thyroïdien. Sa TSH est à 3,1 mUI/L.

    Q4. Quelle attitude adoptez-vous vis-à-vis de sa fonction thyroïdienne ?

  5. Étape 5 · Après l'accouchement

    Trois mois après un accouchement à terme : la patiente allaite. Elle est opérée d'une thyroïdectomie totale — le caractère bilatéral des nodules et le contexte d'irradiation ayant fait préférer ce geste. Anatomopathologie : carcinome papillaire de 16 mm, multifocal (3 foyers), avec extension extrathyroïdienne minime et 2 ganglions centraux envahis sur 8. pT3a pN1a.

    Q5. Quelle suite proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Suivi à long terme

    Deux ans plus tard : thyroglobuline indétectable, échographie normale, anticorps anti-thyroglobuline négatifs. La patiente, désormais âgée de 32 ans, souhaite une seconde grossesse et s'interroge sur les risques liés à ses antécédents.

    Q6. Que lui répondez-vous ?

Synthèse du cas 5

L'irradiation cervicale dans l'enfance est le facteur de risque établi de carcinome papillaire, avec une latence de décennies : d'où le suivi thyroïdien systématique des survivants de cancers pédiatriques. Pendant la grossesse, la cytoponction est réalisable, mais scintigraphie, iode 131 et scanner injecté sont proscrits ; un carcinome papillaire sans facteur d'agressivité permet de différer la chirurgie après l'accouchement, le deuxième trimestre étant la fenêtre la plus sûre si l'on doit opérer. Surveiller la TSH (besoins en lévothyroxine +30 % dès le premier trimestre). Avant une irathérapie : arrêt de l'allaitement plusieurs semaines avant, test de grossesse, contraception 6 à 12 mois, régime pauvre en iode. Ne pas oublier le suivi multi-organes lié à l'irradiation pédiatrique.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Quels sont les deux outils d'évaluation d'un nodule thyroïdien ?cliquer
Échographie avec score EU-TIRADS et cytoponction interprétée selon le système de Bethesda.

Séquence thérapeutique d'un carcinome différencié à risque ?cliquer
Thyroïdectomie totale ± curage → iode radioactif (131I) → lévothyroxine freinatrice de la TSH.

Traitement ciblé du carcinome médullaire RET-muté avancé ?cliquer
Inhibiteur sélectif de RET : sélpercatinib (LIBRETTO-001) ou pralsétinib.

Option si carcinome anaplasique BRAF V600E muté ?cliquer
Association dabrafénib-tramétinib (inhibiteurs BRAF + MEK).

📚 Références & essais fondateurs

  1. DECISION — Brose MS, et al. Sorafenib in radioactive iodine-refractory differentiated thyroid cancer. Lancet 2014. PMID 24768112
  2. SELECT — Schlumberger M, et al. Lenvatinib in radioiodine-refractory thyroid cancer. N Engl J Med 2015. PMID 25671254
  3. LIBRETTO-001 — Wirth LJ, et al. Selpercatinib in RET-altered thyroid cancers. N Engl J Med 2020. PMID 32846061
  4. Elisei R, et al. Cabozantinib dans le carcinome médullaire progressif (EXAM). J Clin Oncol 2013. PMID 24002501
  5. Subbiah V, et al. Dabrafénib-tramétinib dans le carcinome anaplasique BRAF V600E. J Clin Oncol 2018. PMID 29072975
  6. Haugen BR, et al. Recommandations ATA 2015 sur les nodules et cancers différenciés de la thyroïde. Thyroid 2016. PMID 26462967
  7. Référentiels ESMO et NCCN Thyroid Carcinoma (versions à jour) — recommandations de pratique clinique.