Gliomes de l'adulte / glioblastome

Tumeurs gliales primitives du système nerveux central. La classification OMS 2021 intègre les données moléculaires (statut IDH, codélétion 1p/19q) aux critères histologiques. Le glioblastome IDH-sauvage reste le plus fréquent et le plus agressif.

SNC OMS 2021 IDH MGMT Protocole de Stupp

📊 Épidémiologie & facteurs de risque

Les gliomes sont les tumeurs cérébrales primitives malignes les plus fréquentes de l'adulte. Le glioblastome (IDH-sauvage, grade 4) en constitue la forme la plus commune et la plus agressive, avec un pic d'incidence après 60 ans. Les gliomes IDH-mutants touchent des adultes plus jeunes.

Facteurs de risque

  • Radiations ionisantes (seul facteur environnemental clairement établi, ex. irradiation crânienne antérieure).
  • Syndromes génétiques rares : neurofibromatose, syndrome de Li-Fraumeni (TP53), syndrome de Turcot/Lynch.
  • Pas de lien démontré avec l'usage du téléphone portable.
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Le pronostic est désormais indissociable du profil moléculaire : un gliome IDH-mutant a une évolution bien plus favorable qu'un glioblastome IDH-sauvage, même à histologie proche.

🧬 Classification OMS 2021 & biologie

La classification OMS 2021 des tumeurs du SNC est intégrée : le diagnostic combine histologie et marqueurs moléculaires. Les grades sont notés en chiffres arabes (CNS WHO grade 2 à 4) et attribués au sein d'un type tumoral.

Trois grandes entités des gliomes diffus de l'adulte

EntitéMarqueursGrade
Astrocytome IDH-mutéIDH1/2 muté, sans codélétion 1p/19q (souvent ATRX perdu, TP53)CNS WHO 2, 3 ou 4
Oligodendrogliome IDH-mutéIDH muté et codélétion 1p/19qCNS WHO 2 ou 3
Glioblastome IDH-sauvageIDH sauvage (± amplification EGFR, gain chr7/perte chr10, TERT)CNS WHO grade 4

La méthylation du promoteur MGMT est un facteur prédictif majeur de la réponse au témozolomide (agent alkylant) et un facteur pronostique favorable, particulièrement dans le glioblastome.

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La codélétion 1p/19q définit l'oligodendrogliome : elle est associée à une meilleure réponse à la chimiothérapie (PCV) et à un meilleur pronostic. Un gliome IDH-muté non codélété est un astrocytome.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

Symptomatologie variable selon la localisation : crises d'épilepsie (souvent inaugurales, surtout gliomes de bas grade), signes d'hypertension intracrânienne (HTIC) (céphalées, nausées matinales, œdème papillaire), déficit neurologique focal progressif, troubles cognitifs ou du comportement.

Démarche diagnostique

  • IRM cérébrale avec injection : lésion infiltrante ; le glioblastome se présente typiquement en cocarde avec prise de contraste annulaire, nécrose centrale et œdème péri-lésionnel.
  • Diagnostic histomoléculaire indispensable : biopsie ou exérèse, avec recherche systématique du statut IDH, de la codélétion 1p/19q et de la méthylation MGMT.

📐 Bilan & facteurs pronostiques

Les gliomes ne relèvent pas d'une classification TNM (pas de dissémination ganglionnaire/métastatique systémique). Le pronostic repose sur des facteurs cliniques et moléculaires.

FacteurImpact pronostique
Statut IDHIDH-muté = pronostic nettement plus favorable
Codélétion 1p/19qFavorable (oligodendrogliome, chimiosensible)
Méthylation MGMTPrédictif de réponse au témozolomide, favorable
Grade CNS WHO (2–4)Plus le grade est élevé, plus le pronostic est péjoratif
Âge, état général (KPS), étendue de la résectionFacteurs pronostiques cliniques classiques

💊 Prise en charge

Chirurgie

Objectif de résection maximale en sécurité (chirurgie éveillée, cartographie fonctionnelle, guidage par fluorescence) : l'étendue de l'exérèse est un facteur pronostique. Biopsie seule si tumeur inextirpable.

Glioblastome IDH-sauvage (grade 4)

  • Protocole de Stupp (essai EORTC-NCIC 26981) : radiothérapie 60 Gy en 30 fractions de 2 Gy avec témozolomide concomitant 75 mg/m²/j per os, tous les jours pendant toute la durée de l'irradiation (week-ends inclus, soit 42 jours), suivie après 4 semaines de repos de témozolomide adjuvant 150 mg/m²/j au 1er cycle puis 200 mg/m²/j de J1 à J5, toutes les 4 semaines, 6 cycles. Standard depuis 2005. Une prophylaxie de la pneumocystose est nécessaire pendant la phase concomitante.
  • Champs électriques alternatifs (TTFields) : dispositif porté sur le scalp rasé, au moins 18 heures par jour, ajouté au témozolomide adjuvant, améliore la survie (essai EF-14).
  • Chez le sujet âgé ou fragile : radiothérapie hypofractionnée (40 Gy en 15 fractions de 2,67 Gy, ou 25 Gy en 5 fractions chez le patient très fragile) ± témozolomide concomitant puis adjuvant, notamment si MGMT méthylé (essai de Perry). Si MGMT méthylé et patient très âgé, le témozolomide seul (200 mg/m²/j, J1-J5, toutes les 4 semaines) est une alternative à l'irradiation.

Gliomes IDH-mutants (grade 2/3)

  • Après chirurgie, radiothérapie (50,4 Gy en 28 fractions de 1,8 Gy pour les grades 2 ; 59,4 Gy en 33 fractions pour les grades 3) suivie de chimiothérapie PCV (lomustine 110 mg/m² per os à J1, procarbazine 60 mg/m²/j per os de J8 à J21, vincristine 1,4 mg/m² IV — plafonnée à 2 mg — à J8 et J29, cycles de 6 à 8 semaines, 4 à 6 cycles) pour les formes à risque (essai RTOG 9802), ou témozolomide 150 à 200 mg/m²/j de J1 à J5 toutes les 4 semaines, 12 cycles selon les situations et la tolérance.
  • Vorasidénib (inhibiteur d'IDH1/2, 40 mg/j per os en continu) : pour les gliomes IDH-mutés de grade 2 résiduels ou récidivants après chirurgie, il retarde la progression et diffère la radiochimiothérapie (essai INDIGO). Surveillance du bilan hépatique, principale toxicité.
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Le protocole de Stupp (radiothérapie + témozolomide concomitant puis adjuvant), éventuellement complété des TTFields, reste le socle du glioblastome. Le vorasidénib inaugure une approche ciblée des gliomes IDH-mutés de bas grade.

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des essais pivots et des référentiels EANO/NCCN. Vérifier systématiquement la prescription, les adaptations (numération, fonction hépatique et rénale, âge, surface corporelle, toxicités) et les interactions — notamment avec les antiépileptiques inducteurs enzymatiques — avant toute application clinique.

Chimiothérapie

ProtocoleMoléculeDoseVoie / rythmeDurée · essai
Protocole de Stupp — glioblastome (EORTC-NCIC 26981)
Phase concomitanteTémozolomide75 mg/m²/jper os, tous les jours (week-ends inclus) pendant l'irradiation42 jours · avec prophylaxie de la pneumocystose
Phase adjuvante — cycle 1Témozolomide150 mg/m²/jper os, J1 à J5, toutes les 4 sem1 cycle, après 4 semaines de repos
Phase adjuvante — cycles 2 à 6Témozolomide200 mg/m²/jper os, J1 à J5, toutes les 4 sem5 cycles (si tolérance du cycle 1)
PCV — gliomes IDH-mutés (RTOG 9802)
PCVLomustine (CCNU)110 mg/m²per os, J14 à 6 cycles de 6 à 8 semaines
PCVProcarbazine60 mg/m²/jper os, J8 à J21régime pauvre en tyramine, pas d'alcool
PCVVincristine1,4 mg/m² (max 2 mg)IV, J8 et J29strictement IV — jamais intrathécal
Sujet âgé ou fragile
Témozolomide seul (si MGMT méthylé)Témozolomide150 à 200 mg/m²/jper os, J1 à J5, toutes les 4 semjusqu'à progression · essai NOA-08 / Nordic
Récidive
Nitroso-uréeLomustine90 à 110 mg/m²per os, J1 toutes les 6 semoption de référence à la récidive
Anti-angiogéniqueBévacizumab10 mg/kgIV, toutes les 2 semeffet antiœdémateux, sans bénéfice de survie globale démontré
Régime dose-denseTémozolomide75 à 100 mg/m²/jper os, 21 jours sur 28option à la récidive après un intervalle libre

Le témozolomide est pris à jeun, à distance des repas, avec un antiémétique. Toxicité limitante : thrombopénie et lymphopénie — numération hebdomadaire pendant la phase concomitante, puis à J21 et avant chaque cycle adjuvant ; reporter le cycle si plaquettes < 100 G/L ou neutrophiles < 1,5 G/L. La lymphopénie CD4 profonde de la phase concomitante justifie une prophylaxie de la pneumocystose (cotrimoxazole). Le PCV est nettement plus myélotoxique, avec une toxicité cumulative de la lomustine imposant de respecter les intervalles ; la procarbazine impose un régime pauvre en tyramine et l'abstinence alcoolique (effet antabuse), et la vincristine expose à une neuropathie périphérique dose-limitante — elle ne doit jamais être administrée par voie intrathécale, erreur mortelle. Vorasidénib 40 mg/j per os : surveiller les transaminases (élévation dans environ un cas sur dix, imposant parfois une suspension). Attention enfin aux antiépileptiques inducteurs enzymatiques (carbamazépine, phénytoïne, phénobarbital), qui accélèrent le métabolisme de nombreuses molécules : préférer le lévétiracétam.

Radiothérapie

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Glioblastome, patient apte60 Gy30 fractions de 2 GyCavité opératoire et prise de contraste résiduelle + marge de 1,5 à 2 cm, adaptée aux barrières anatomiques ; témozolomide concomitant
Glioblastome, sujet âgé ou KPS bas40,05 Gy15 fractions de 2,67 GySchéma hypofractionné, non inférieur après 65-70 ans (essai de Roa) ; ± témozolomide (essai de Perry)
Glioblastome, patient très fragile25 Gy5 fractions de 5 GySchéma court (IAEA), visée de contrôle symptomatique
Gliome IDH-muté grade 250,4 Gy28 fractions de 1,8 GyDoses plus basses : pas de bénéfice au-delà, et enjeu de préservation neurocognitive à long terme
Gliome IDH-muté grade 359,4 Gy33 fractions de 1,8 GySuivi de PCV (oligodendrogliome codélété) ou de témozolomide
Ré-irradiation à la récidive30 à 36 Gy10 à 18 fractions, ou stéréotaxie fractionnéeCentre expert ; intervalle libre > 6 à 12 mois souhaitable, volume limité, risque de radionécrose

Contraintes principales aux organes à risque : tronc cérébral Dmax < 54 à 60 Gy, chiasma et nerfs optiques Dmax < 54 Gy (55 Gy tolérés si la tumeur les jouxte, en acceptant un risque de neuropathie optique), rétines Dmax < 45 Gy, cristallins Dmax < 10 Gy, cochlées Dmoyenne < 45 Gy, moelle épinière Dmax < 45 Gy. Deux enjeux spécifiques aux gliomes : l'épargne hippocampique et la limitation de la dose au cerveau sain, déterminantes pour la mémoire et les fonctions exécutives — un enjeu majeur chez les patients IDH-mutés dont l'espérance de vie se compte en années, ce qui justifie précisément les doses plus basses au grade 2 ; et la distinction entre pseudo-progression et vraie progression dans les 3 mois suivant la radiochimiothérapie, où une majoration de la prise de contraste et de l'œdème est fréquente et régressive (critères RANO : ne pas conclure à une progression sur une imagerie réalisée moins de 12 semaines après la fin de l'irradiation, sauf lésion nouvelle hors du champ irradié). La corticothérapie doit être maintenue à la dose minimale efficace : elle contrôle l'œdème mais son usage prolongé expose au syndrome de Cushing, au diabète, à la myopathie et aux infections opportunistes.

Points clés à retenir

  • Classification OMS 2021 intégrée : le diagnostic combine histologie et biologie moléculaire (IDH, 1p/19q).
  • IDH-muté sans codélétion = astrocytome ; IDH-muté avec codélétion 1p/19q = oligodendrogliome ; IDH-sauvage = glioblastome grade 4.
  • La méthylation MGMT est prédictive de la réponse au témozolomide.
  • Glioblastome : chirurgie maximale sûre puis protocole de Stupp (RT + témozolomide), ± TTFields (EF-14).
  • Gliome IDH-muté grade 2 résiduel : vorasidénib retarde la progression (INDIGO).

QCM — 10 questions

Q1. Un gliome diffus IDH-muté présentant une codélétion 1p/19q correspond à quel diagnostic (OMS 2021) ?

Q2. Quel biomarqueur est prédictif de la réponse au témozolomide dans le glioblastome ?

Q3. Quel traitement, évalué dans l'essai INDIGO, retarde la progression des gliomes IDH-mutés de grade 2 résiduels ?

Q4. Quelles sont les posologies exactes du témozolomide dans le protocole de Stupp ?

Q5. Quelle prophylaxie anti-infectieuse est nécessaire pendant la phase concomitante du protocole de Stupp ?

Q6. Deux mois après la fin d'une radiochimiothérapie pour glioblastome, l'IRM montre une majoration de la prise de contraste et de l'œdème. Le patient est cliniquement stable. Quelle est votre interprétation ?

Q7. Chez un patient de 78 ans porteur d'un glioblastome avec MGMT méthylé et un indice de Karnofsky à 60, quelle stratégie est la plus adaptée ?

Q8. Quelle toxicité limitante caractérise le protocole PCV et impose une vigilance particulière ?

Q9. Quel antiépileptique est à privilégier chez un patient porteur d'un gliome traité par chimiothérapie ?

Q10. Quelle est la place du bévacizumab dans le glioblastome ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Glioblastome de l'adulte : le parcours complet

Homme de 61 ans, sans antécédent, amené aux urgences pour une aphasie d'installation progressive sur trois semaines, avec céphalées matinales et un épisode de vomissement en jet. L'examen retrouve une aphasie de production et une discrète parésie faciale droite. L'IRM cérébrale montre une lésion temporo-pariétale gauche de 45 mm, prenant le contraste en cocarde avec nécrose centrale et œdème péri-lésionnel important, sans engagement.

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  1. Étape 1 · Prise en charge initiale

    Q1. Quelles sont vos premières mesures ?

  2. Étape 2 · Diagnostic histomoléculaire

    Résultat : l'exérèse en chirurgie éveillée retire environ 95 % du volume tumoral, avec récupération partielle de l'aphasie. Anatomopathologie : tumeur gliale de haut grade avec prolifération microvasculaire et nécrose palissadique. Moléculaire : IDH1/2 sauvage, promoteur TERT muté, amplification de EGFR, gain du chromosome 7 et perte du 10. Promoteur MGMT méthylé.

    Q2. Quel est le diagnostic selon la classification OMS 2021 et que signifie le statut MGMT ?

  3. Étape 3 · Traitement de première ligne

    Bilan post-opératoire : patient de 61 ans, indice de Karnofsky à 90, aphasie résiduelle discrète, pas de comorbidité. Numération normale.

    Q3. Quel traitement proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Toxicité

    À la 5e semaine de la phase concomitante : les plaquettes sont à 62 G/L, les neutrophiles à 1,1 G/L et les lymphocytes à 0,5 G/L. Le patient est asymptomatique, sans fièvre ni saignement.

    Q4. Quelle est votre conduite ?

  5. Étape 5 · Imagerie précoce

    IRM réalisée 6 semaines après la fin de l'irradiation : augmentation de la prise de contraste péri-cavitaire et majoration de l'œdème. Le patient est cliniquement stable, sans nouveau déficit, et a même poursuivi la décroissance de sa corticothérapie. L'IRM de perfusion montre un volume sanguin cérébral relatif abaissé.

    Q5. Comment interprétez-vous ces images ?

  6. Étape 6 · Récidive

    Dix-huit mois après le diagnostic : après 6 cycles adjuvants complétés et une période de stabilité, réapparition de l'aphasie et d'une hémiparésie droite. L'IRM montre une lésion en marge de la cavité opératoire, de 30 mm, avec perfusion élevée et pic de choline en spectroscopie. Karnofsky à 70. Le patient est sous 6 mg/j de dexaméthasone.

    Q6. Quelles options thérapeutiques envisagez-vous ?

Synthèse du cas 1

Lésion en cocarde : corticoïdes à dose minimale, puis exérèse maximale en sécurité — l'étendue de la résection est pronostique — avec analyse histomoléculaire obligatoire. IDH sauvage + TERT muté + amplification EGFR + gain 7/perte 10 = glioblastome grade 4. MGMT méthylé est pronostique et prédictif de réponse au témozolomide. Protocole de Stupp : 60 Gy/30 fractions + témozolomide 75 mg/m²/j en continu (week-ends inclus) avec prophylaxie de la pneumocystose, puis 6 cycles à 150-200 mg/m² J1-J5. Devant une thrombopénie, on suspend le témozolomide, pas l'irradiation. Majoration de contraste avant 12 semaines avec perfusion abaissée : pseudo-progression (RANO). À la récidive, décision individualisée et recherche d'essai.

Cas 2

Crise inaugurale chez un adulte jeune : gliome de bas grade

Femme de 33 ans, enseignante, sans antécédent. Elle présente une crise partielle motrice du membre supérieur droit avec généralisation secondaire, sans facteur déclenchant. L'examen neurologique intercritique est normal. L'IRM montre une lésion frontale gauche de 42 mm, en hypersignal T2/FLAIR homogène, sans prise de contraste, aux limites floues, sans œdème significatif.

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  1. Étape 1 · Orientation

    Q1. Quelle est votre démarche ?

  2. Étape 2 · Diagnostic intégré

    Résultat : exérèse en chirurgie éveillée, estimée à 80 % du volume FLAIR. Histologie : gliome diffus de faible densité cellulaire, sans mitose, sans nécrose ni prolifération vasculaire. Moléculaire : IDH1 R132H muté, codélétion 1p/19q présente, ATRX conservé, promoteur TERT muté.

    Q2. Quel est le diagnostic intégré ?

  3. Étape 3 · Décision post-opératoire

    Situation : patiente de 33 ans, sans déficit, épilepsie contrôlée sous lévétiracétam, avec un résidu tumoral FLAIR mesurable de 15 mm. Elle exerce un métier intellectuel et souhaite avoir des enfants.

    Q3. Quelle stratégie discutez-vous ?

  4. Étape 4 · Surveillance sous traitement ciblé

    Sous vorasidénib depuis 8 mois : le résidu tumoral est stable, l'épilepsie contrôlée. Le bilan biologique montre des transaminases à 4 fois la normale, sans ictère ni signe clinique.

    Q4. Quelle est votre conduite ?

  5. Étape 5 · Progression

    À 4 ans : le résidu FLAIR a augmenté de 40 % et une zone de prise de contraste nodulaire est apparue, avec une perfusion élevée. Cliniquement, l'épilepsie est devenue pharmacorésistante avec plusieurs crises par mois.

    Q5. Que suspectez-vous et quelle est votre conduite ?

  6. Étape 6 · Choix de la chimiothérapie

    Résultat de la ré-exérèse : oligodendrogliome IDH-muté et codélété 1p/19q, désormais CNS WHO grade 3 (index mitotique élevé, prolifération microvasculaire). La patiente a désormais 37 ans, un enfant de 2 ans, un indice de Karnofsky à 90.

    Q6. Quelle chimiothérapie discutez-vous après l'irradiation, et quel argument tiré du profil moléculaire soutient votre choix ?

Synthèse du cas 2

Crise inaugurale chez l'adulte jeune avec lésion FLAIR non rehaussée : gliome de bas grade, prise en charge active (exérèse maximale avec cartographie fonctionnelle) et non attentiste ; lévétiracétam pour l'épilepsie. IDH muté + codélétion 1p/19q = oligodendrogliome ; ATRX conservé conforte le diagnostic. Résidu de grade 2 : le vorasidénib (INDIGO) permet de différer la radiochimiothérapie et sa toxicité cognitive — surveiller les transaminases. Une prise de contraste nodulaire avec perfusion élevée signe la transformation anaplasique : rebiopsier et traiter comme un haut grade. La codélétion 1p/19q justifie le PCV après irradiation, le témozolomide étant l'alternative mieux tolérée.

Cas 3

Glioblastome du sujet âgé et fragile

Femme de 81 ans, vivant seule, hypertendue et diabétique, avec une fibrillation auriculaire sous anticoagulant oral direct. Sa fille signale une apathie et des troubles de la marche depuis 6 semaines, avec deux chutes. L'examen retrouve un syndrome frontal et une hémiparésie gauche discrète ; l'indice de Karnofsky est estimé à 60. L'IRM montre une lésion frontale droite de 40 mm en cocarde avec nécrose et œdème.

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  1. Étape 1 · Évaluation

    Q1. Quel élément conditionne le plus la décision thérapeutique chez cette patiente ?

  2. Étape 2 · Preuve histologique

    Discussion : la lésion frontale droite est accessible. La patiente est sous anticoagulant oral direct pour sa fibrillation auriculaire. Sous 8 mg/j de dexaméthasone, son état s'améliore nettement : le syndrome frontal régresse et l'indice de Karnofsky remonte à 75.

    Q2. Quelle est votre attitude ?

  3. Étape 3 · Choix du schéma

    Résultat : glioblastome IDH-sauvage, CNS WHO grade 4, promoteur MGMT méthylé. L'exérèse a été subtotale, avec bonne récupération post-opératoire ; Karnofsky à 80 après décroissance des corticoïdes.

    Q3. Quel schéma proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Complication du traitement

    Pendant le traitement : les glycémies capillaires s'élèvent à 3,2 g/L sous dexaméthasone, la patiente présente une candidose buccale, une insomnie et une faiblesse des cuisses gênant le lever d'une chaise.

    Q4. Quelle est votre priorité ?

  5. Étape 5 · Évolution favorable puis dégradation

    À 10 mois : la patiente a terminé 6 cycles adjuvants, avec un contrôle radiologique satisfaisant. Puis apparition en 3 semaines d'une aggravation du syndrome frontal, d'une somnolence et d'une hémiparésie. L'IRM montre une progression nette avec effet de masse. Karnofsky à 50.

    Q5. Quelle attitude proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Accompagnement

    Six semaines plus tard : la patiente est grabataire, somnolente une grande partie de la journée, avec des troubles de la déglutition et une aphasie. Sa fille demande s'il faut poser une sonde de nutrition et rediscuter d'un traitement.

    Q6. Quelle réponse et quelle organisation proposez-vous ?

Synthèse du cas 3

Chez le sujet âgé, c'est la fragilité et non l'âge civil qui décide : évaluation oncogériatrique globale et statut MGMT. La preuve histomoléculaire reste nécessaire (métastase, lymphome, abcès sont des diagnostics différentiels), et l'amélioration sous corticoïdes peut rendre opérable un patient qui semblait dépassé. Schéma de référence : 40 Gy en 15 fractions ± témozolomide, dont le bénéfice se concentre chez les MGMT méthylés (essai de Perry). Sous corticoïdes prolongés, penser diabète, candidose et myopathie cortisonique — souvent confondue avec une progression. À la progression avec Karnofsky bas, priorité à la qualité de vie, anticipation du projet de soins, et explication claire de l'inutilité de la nutrition artificielle en phase terminale.

Cas 4

Astrocytome IDH-muté et transformation en grade 4

Homme de 42 ans, suivi depuis 6 ans pour un astrocytome IDH-muté de grade 2 pariétal droit, opéré à l'époque de façon subtotale puis simplement surveillé. Il consulte pour des crises partielles sensitives devenues plus fréquentes et une maladresse de la main gauche. L'IRM montre une extension du volume FLAIR et l'apparition d'une prise de contraste hétérogène de 22 mm.

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  1. Étape 1 · Interprétation

    Q1. Que suspectez-vous ?

  2. Étape 2 · Nouveau diagnostic

    Résultat de la ré-exérèse : astrocytome IDH-muté, ATRX perdu, sans codélétion 1p/19q, avec délétion homozygote de CDKN2A/B, index mitotique élevé et prolifération microvasculaire. Promoteur MGMT non méthylé.

    Q2. Quel grade attribuez-vous et pourquoi ?

  3. Étape 3 · Traitement

    Situation : patient de 42 ans, Karnofsky 90, déficit sensitif discret de la main gauche, épilepsie contrôlée sous lévétiracétam. Exérèse macroscopiquement complète de la composante rehaussée.

    Q3. Quel traitement proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Préservation de la fertilité et effets tardifs

    Avant de débuter : le patient, en couple, n'a pas d'enfant et souhaite en avoir. Il travaille comme ingénieur et s'inquiète des conséquences sur ses capacités intellectuelles.

    Q4. Quelles informations et mesures anticipez-vous ?

  5. Étape 5 · Complication tardive

    Trois ans après l'irradiation : le patient est en rémission radiologique mais rapporte des troubles de la mémoire de travail, une lenteur d'idéation et une fatigabilité qui compromettent son activité professionnelle. Le bilan neuropsychologique confirme une atteinte des fonctions exécutives et de la mémoire. L'IRM ne montre pas de récidive mais une leucoencéphalopathie diffuse.

    Q5. Quelle prise en charge proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Récidive à distance

    À 5 ans de l'irradiation : réapparition d'une prise de contraste de 18 mm en périphérie du volume irradié, avec perfusion élevée et pic de choline. Karnofsky 80. Le patient a eu un enfant grâce au sperme conservé.

    Q6. Quelles options envisagez-vous ?

Synthèse du cas 4

Apparition d'une prise de contraste sur un gliome de bas grade jamais irradié = transformation anaplasique, à rebiopsier. En OMS 2021, la délétion homozygote de CDKN2A/B confère à elle seule le grade 4 à un astrocytome IDH-muté, et l'appellation « glioblastome IDH-muté » est abandonnée. Le vorasidénib n'est validé qu'au grade 2 résiduel : un grade 4 relève de l'irradiation à dose pleine et d'une chimiothérapie alkylante. Chez un patient jeune, anticiper la conservation de sperme et informer des séquelles neurocognitives tardives, dont la prise en charge est rééducative et sociale. À la récidive, perfusion élevée et pic de choline distinguent la tumeur des complications post-radiques ; un long intervalle libre rend la ré-irradiation envisageable.

Cas 5

Diagnostic différentiel d'une lésion cérébrale rehaussée

Homme de 57 ans, adressé pour des céphalées et une confusion d'aggravation progressive sur deux semaines. L'IRM montre deux lésions périventriculaires prenant fortement et de façon homogène le contraste, avec un œdème péri-lésionnel marqué et une restriction de diffusion. Pas d'antécédent connu. L'interrogatoire retrouve une perte de 6 kg et des sueurs nocturnes.

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  1. Étape 1 · Hypothèses diagnostiques

    Q1. Quelle hypothèse devez-vous impérativement évoquer avant toute corticothérapie ?

  2. Étape 2 · Bilan

    Décision : les corticoïdes sont différés. Le bilan comprend une sérologie VIH, un scanner thoraco-abdomino-pelvien, un examen ophtalmologique à la lampe à fente et une analyse du liquide céphalorachidien.

    Q2. Quel est l'intérêt de l'examen ophtalmologique dans ce contexte ?

  3. Étape 3 · Diagnostic

    Résultats : sérologie VIH négative, scanner corporel sans anomalie, examen ophtalmologique normal, liquide céphalorachidien peu contributif. La biopsie stéréotaxique conclut à un lymphome B diffus à grandes cellules de localisation cérébrale primitive.

    Q3. Quelle est la conséquence de ce diagnostic sur la stratégie ?

  4. Étape 4 · Variante : le vrai gliome multifocal

    Autre patient, même service : homme de 64 ans, trois lésions cérébrales rehaussées en cocarde avec nécrose centrale. La biopsie conclut cette fois à un glioblastome IDH-sauvage multifocal, MGMT non méthylé. Karnofsky 70.

    Q4. Quelle stratégie proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Autre différentiel

    Troisième situation : femme de 68 ans, ancienne fumeuse, quatre lésions cérébrales rehaussées de petite taille à la jonction substance grise-substance blanche, avec un œdème disproportionné. Le scanner thoracique montre une masse pulmonaire spiculée de 35 mm et des adénopathies médiastinales.

    Q5. Quelle est votre démarche ?

  6. Étape 6 · Synthèse du raisonnement

    Bilan des trois situations : un lymphome cérébral primitif, un glioblastome multifocal et des métastases cérébrales, tous initialement présentés comme des « lésions cérébrales rehaussées ».

    Q6. Quel principe général retenez-vous ?

Synthèse du cas 5

Une lésion cérébrale rehaussée impose un raisonnement différentiel avant tout traitement. Lésions périventriculaires homogènes avec restriction de diffusion : penser lymphome cérébral primitif et différer les corticoïdes, qui peuvent faire disparaître les lésions et rendre la biopsie non contributive ; bilan par LCR, examen ophtalmologique (atteinte vitréo-rétinienne) et biopsie stéréotaxique ; traitement par méthotrexate haute dose, sans exérèse. Glioblastome multifocal : pas de chirurgie, irradiation adaptée + témozolomide, pronostic aggravé par la multifocalité et l'absence de méthylation de MGMT. Lésions à la jonction cortico-sous-corticale avec œdème disproportionné et masse pulmonaire : biopsier le primitif pour l'analyse moléculaire, qui commande le traitement.

🃏 Flashcards — répétition espacée

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En quoi consiste le protocole de Stupp ?cliquer
Radiothérapie (~60 Gy) avec témozolomide concomitant, suivie de témozolomide adjuvant : standard du glioblastome (EORTC-NCIC 26981).

Que définit la codélétion 1p/19q ?cliquer
L'oligodendrogliome (avec mutation IDH) : chimiosensibilité (PCV) et meilleur pronostic.

Rôle de la méthylation MGMT ?cliquer
Facteur prédictif de réponse au témozolomide et facteur pronostique favorable (glioblastome notamment).

Apport thérapeutique de l'essai EF-14 ?cliquer
Les champs électriques alternatifs (TTFields) ajoutés au témozolomide adjuvant améliorent la survie du glioblastome.

📚 Références & essais fondateurs

  1. Stupp (EORTC-NCIC 26981) — Stupp R, et al. Radiotherapy plus concomitant and adjuvant temozolomide for glioblastoma. N Engl J Med 2005. PMID 15758009
  2. MGMT — Hegi ME, et al. MGMT gene silencing and benefit from temozolomide in glioblastoma. N Engl J Med 2005. PMID 15758010
  3. EF-14 (TTFields) — Stupp R, et al. Tumor-treating fields plus temozolomide vs temozolomide alone in glioblastoma. JAMA 2017. PMID 29260225
  4. RTOG 9802 — Buckner JC, et al. Radiation plus procarbazine, CCNU, and vincristine in low-grade glioma. N Engl J Med 2016. PMID 27050206
  5. INDIGO — Mellinghoff IK, et al. Vorasidenib in IDH1/2-mutant low-grade glioma. N Engl J Med 2023. PMID 37272516
  6. Louis DN, et al. Classification OMS 2021 des tumeurs du système nerveux central. Neuro Oncol 2021. PMID 34185076
  7. Référentiels EANO et NCCN CNS (versions à jour) — recommandations de pratique clinique.