Mélanome cutané

Tumeur maligne des mélanocytes, au pronostic transformé par l'immunothérapie et les thérapies ciblées BRAF/MEK. L'indice de Breslow et le ganglion sentinelle structurent la prise en charge locorégionale ; le statut BRAF guide le traitement systémique.

Cutané Breslow BRAF V600 Anti-PD-1 Ganglion sentinelle

📊 Épidémiologie & facteurs de risque

Le mélanome représente environ 10 % des cancers cutanés mais la majorité des décès par cancer de la peau. Incidence en augmentation dans les populations à peau claire. Âge médian au diagnostic autour de 60 ans, mais il touche aussi des sujets jeunes.

Facteurs de risque

  • Exposition aux UV : expositions solaires intermittentes et intenses, coups de soleil dans l'enfance, cabines de bronzage.
  • Phototype clair : peau claire, cheveux roux/blonds, yeux clairs, éphélides, faible capacité de bronzage (phototypes I–II).
  • Nævus : nombre élevé de nævus communs, nævus atypiques/dysplasiques, nævus congénital géant.
  • Génétiques : antécédents familiaux, mutations CDKN2A, CDK4, syndrome des nævus atypiques ; immunodépression.
🔑

La règle ABCDE (Asymétrie, Bords irréguliers, Couleur inhomogène, Diamètre > 6 mm, Évolution) et le signe du « vilain petit canard » guident le dépistage clinique et dermoscopique.

🧬 Anatomopathologie & biologie

Principaux sous-types histologiques : mélanome à extension superficielle (le plus fréquent), nodulaire (croissance verticale rapide), de Dubreuilh (lentigo malin, zones photo-exposées du sujet âgé), acral-lentigineux (paumes, plantes, ongles). Les facteurs histopronostiques majeurs sont l'indice de Breslow (épaisseur en mm), l'ulcération et l'index mitotique.

Biologie moléculaire

AltérationFréquence / contexteImplication
BRAF V600~40–50 % des mélanomes cutanésÉligibilité aux inhibiteurs BRAF + MEK
NRAS~15–20 %Pronostic, pas de ciblage direct validé
KITMélanomes acraux, muqueuxSensibilité possible à l'imatinib
💡

Le statut BRAF V600 doit être recherché dès le stade III résécable (adjuvant) et au stade métastatique : il conditionne l'accès aux associations BRAF+MEK (dabrafénib-tramétinib, encorafénib-binimétinib).

🩺 Présentation clinique & diagnostic

Lésion pigmentée nouvelle ou modifiée, répondant aux critères ABCDE. La dermoscopie augmente la performance diagnostique. Le diagnostic repose sur l'exérèse-biopsie complète de la lésion (jamais de biopsie partielle superficielle qui sous-estime le Breslow).

Compte-rendu anatomopathologique indispensable

  • Indice de Breslow (épaisseur maximale en mm) — déterminant pour les marges et l'indication de sentinelle.
  • Ulcération (facteur pronostique péjoratif, intégré au T).
  • Index mitotique, marges, présence d'un envahissement lymphovasculaire, régression.

📐 Bilan d'extension & stadification

Stadification TNM (AJCC 8e édition) : le T repose sur le Breslow et l'ulcération, le N sur l'atteinte ganglionnaire (microscopique via sentinelle ou macroscopique) et les métastases en transit, le M sur les sites métastatiques et le taux de LDH.

CatégorieDéfinition (synthèse)
T1≤ 1,0 mm (T1a < 0,8 mm sans ulcération ; T1b 0,8–1,0 mm ou ulcéré)
T2> 1,0 et ≤ 2,0 mm
T3> 2,0 et ≤ 4,0 mm
T4> 4,0 mm (a/b selon ulcération)
N1–N3Nombre de ganglions atteints, métastases en transit / satellites
M1Métastases à distance (peau/ganglion à distance, poumon, viscères, SNC) ± LDH élevées

Ganglion sentinelle recommandé à partir d'un Breslow > 0,8 mm ou en présence d'ulcération : geste de stadification (pronostique) plus que thérapeutique. TEP-TDM et IRM cérébrale pour les stades avancés.

💊 Prise en charge par stade & situation

Maladie localisée

Exérèse large de reprise avec marges adaptées au Breslow (de 0,5 cm pour l'in situ à 2 cm pour les tumeurs épaisses). En cas de sentinelle positif, la tendance actuelle est à la surveillance ganglionnaire (échographie) plutôt qu'au curage de complément systématique (essai MSLT-II : pas de bénéfice de survie du curage complémentaire).

Traitement adjuvant (stade III et IIB/IIC)

  • Anti-PD-1 : nivolumab 480 mg IV toutes les 4 semaines (ou 3 mg/kg toutes les 2 semaines), pendant 1 an (essai CheckMate 238, stade III/IV réséqué) ou pembrolizumab 200 mg IV toutes les 3 semaines (ou 400 mg toutes les 6 semaines), 18 cycles soit environ 1 an (essai KEYNOTE-054 au stade III ; KEYNOTE-716 aux stades IIB/IIC).
  • Thérapie ciblée si BRAF muté : dabrafénib 150 mg × 2/j per os + tramétinib 2 mg/j per os pendant 1 an (essai COMBI-AD).

Maladie métastatique / non résécable

  • Immunothérapie : anti-PD-1 en monothérapie (pembrolizumab 200 mg/3 sem ou nivolumab 480 mg/4 sem), ou association nivolumab 1 mg/kg + ipilimumab 3 mg/kg IV toutes les 3 semaines pour 4 administrations, puis nivolumab 480 mg toutes les 4 semaines en entretien (essai CheckMate 067, réponses durables au prix d'une toxicité accrue — plus de la moitié des patients ont un effet indésirable de grade 3-4), ou nivolumab 480 mg + relatlimab 160 mg IV toutes les 4 semaines (anti-LAG-3, essai RELATIVITY-047, toxicité intermédiaire).
  • Thérapie ciblée BRAF + MEK si BRAF V600 muté : dabrafénib 150 mg × 2/j + tramétinib 2 mg/j, encorafénib 450 mg/j + binimétinib 45 mg × 2/j, vémurafénib 960 mg × 2/j + cobimétinib 60 mg/j 21 jours sur 28 — réponses rapides, utiles en cas de forte masse tumorale symptomatique ou de LDH élevées.
  • Métastases cérébrales : double immunothérapie (nivolumab-ipilimumab, active en intracérébral) et/ou radiothérapie stéréotaxique 20 à 24 Gy en 1 fraction pour les lésions < 2 cm, ou 27 à 30 Gy en 3 fractions pour les lésions plus volumineuses.
🔑

Chez un patient BRAF muté avancé, immunothérapie et thérapie ciblée sont toutes deux actives ; l'immunothérapie est souvent privilégiée en 1re ligne pour la durabilité des réponses, la thérapie ciblée offrant un contrôle rapide en cas de maladie volumineuse/symptomatique.

💉 Doses & protocoles

⚠️

Support pédagogique. Posologies issues des essais pivots et des référentiels ESMO/NCCN. Vérifier systématiquement la prescription, les adaptations (fonction rénale et hépatique, âge, poids, toxicités) et les interactions médicamenteuses — nombreuses avec les inhibiteurs de BRAF et de MEK, métabolisés par le CYP3A4 — avant toute application clinique.

Immunothérapie

SituationMoléculeDoseVoie / rythmeDurée · essai
Adjuvant (stade IIB/IIC et III réséqués)
Anti-PD-1Nivolumab480 mg ou 3 mg/kgIV, toutes les 4 ou 2 sem1 an · CheckMate 238
Anti-PD-1Pembrolizumab200 mg ou 400 mgIV, toutes les 3 ou 6 sem18 cycles (~1 an) · KEYNOTE-054 / 716
Métastatique ou non résécable
MonothérapiePembrolizumab200 mg ou 400 mgIV, toutes les 3 ou 6 semjusqu'à 2 ans ou progression
MonothérapieNivolumab240 mg ou 480 mgIV, toutes les 2 ou 4 semjusqu'à progression
Double immunothérapie (induction)Nivolumab + ipilimumab1 mg/kg + 3 mg/kgIV, toutes les 3 sem4 administrations · CheckMate 067
Double immunothérapie (entretien)Nivolumab480 mgIV, toutes les 4 semjusqu'à progression ou toxicité
Anti-PD-1 + anti-LAG-3Nivolumab + relatlimab480 mg + 160 mgIV, toutes les 4 semjusqu'à progression · RELATIVITY-047
Injection intratumoraleTalimogène laherparepvec (T-VEC)106 puis 108 UFP/mLintralésionnel, toutes les 2 semlésions cutanées ou en transit accessibles

Toxicités immunologiques : la double immunothérapie nivolumab-ipilimumab expose à plus de 50 % d'effets indésirables de grade 3-4 (colite, hépatite, hypophysite, thyroïdite, pneumopathie, néphrite, myocardite). Règle générale de gestion : grade 2 → suspension et corticoïdes 0,5–1 mg/kg/j ; grade 3-4 → arrêt (définitif pour l'ipilimumab) et corticoïdes 1–2 mg/kg/j avec décroissance sur au moins 4 à 6 semaines, en ajoutant un immunosuppresseur de deuxième ligne (infliximab pour la colite, mycophénolate pour l'hépatite) en cas de corticorésistance à 72 h. Exception majeure : les endocrinopathies (dysthyroïdie, insuffisance surrénalienne, diabète auto-immun) se traitent par substitution hormonale et n'imposent pas l'arrêt définitif. Surveillance avant chaque cure : TSH, cortisol, bilan hépatique, créatinine, glycémie.

Thérapies ciblées (BRAF V600 muté)

AssociationMoléculeDoseVoie / rythmeDurée · précisions
Dabrafénib-tramétinibDabrafénib (anti-BRAF)150 mg × 2/jper os, à jeunen continu · COMBI-AD (1 an en adjuvant)
Dabrafénib-tramétinibTramétinib (anti-MEK)2 mg/jper os, à jeunen continu
Encorafénib-binimétinibEncorafénib450 mg/jper osen continu · COLUMBUS
Encorafénib-binimétinibBinimétinib45 mg × 2/jper osen continu
Vémurafénib-cobimétinibVémurafénib960 mg × 2/jper osen continu · coBRIM
Vémurafénib-cobimétinibCobimétinib60 mg/jper os21 jours sur 28
Mélanome muqueux/acral KIT mutéImatinib400 à 800 mg/jper oshors AMM, sur mutation exon 11 ou 13

L'inhibiteur de MEK n'est jamais prescrit seul : il est associé à l'anti-BRAF pour bloquer la réactivation paradoxale de la voie MAPK, ce qui améliore l'efficacité et réduit paradoxalement la toxicité cutanée (carcinomes épidermoïdes secondaires, kératoacanthomes) observée sous anti-BRAF seul. Toxicités caractéristiques : fièvre sous dabrafénib (imposant parfois une suspension temporaire, jamais un arrêt définitif), photosensibilité et arthralgies sous vémurafénib, baisse de la fraction d'éjection et rétinopathie séreuse sous inhibiteurs de MEK (échographie cardiaque et examen ophtalmologique de référence puis périodiques), élévation des CPK, hypertension artérielle. Examen dermatologique régulier sous anti-BRAF. Attention aux interactions avec les inducteurs et inhibiteurs du CYP3A4.

Chirurgie — marges d'exérèse selon le Breslow

Indice de BreslowMarge latérale de repriseGanglion sentinelle
Mélanome in situ0,5 cmNon
≤ 1,0 mm1 cmÀ discuter si > 0,8 mm ou ulcération
1,01 à 2,0 mm1 à 2 cmOui
> 2,0 mm2 cmOui

Des marges supérieures à 2 cm n'apportent aucun bénéfice de survie et majorent la morbidité. Le ganglion sentinelle est un geste de stadification : après MSLT-II, un sentinelle positif n'impose plus de curage complémentaire systématique, la surveillance échographique rapprochée étant une alternative validée.

Radiothérapie

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Métastase cérébrale unique ou peu nombreuse (< 2 cm)20 à 24 Gy1 fraction (stéréotaxie)Marge de 1 à 2 mm, association possible à l'immunothérapie
Métastase cérébrale de 2 à 3 cm27 à 30 Gy3 fractions de 9 à 10 GyStéréotaxie hypofractionnée
Métastases cérébrales multiples ou miliaires20 à 30 Gy5 à 10 fractions (irradiation encéphalique totale)De plus en plus supplantée par la stéréotaxie multi-cibles et l'immunothérapie
Adjuvant ganglionnaire (rupture capsulaire, résidu, récidive)48 Gy20 fractions de 2,4 GyAméliore le contrôle local sans gain de survie (essai TROG 02.01) ; à mettre en balance avec le lymphœdème
Mélanome de Dubreuilh inopérable50 à 60 Gyfractionnement classique ou radiothérapie de contactSujet âgé, lésion faciale étendue
Métastase osseuse douloureuse8 Gy ou 20 à 30 Gy1 fraction ou 5 à 10 fractionsVisée antalgique ; le mélanome est classiquement radiorésistant, d'où le recours à des doses par fraction élevées
Métastase en transit ou cutanée symptomatique24 à 30 Gy3 à 6 fractions de 6 à 8 GyHypofractionnement privilégié

Contraintes principales aux organes à risque en stéréotaxie encéphalique : tronc cérébral Dmax < 12,5 Gy en fraction unique, nerfs optiques et chiasma Dmax < 8 à 10 Gy en fraction unique (< 15 à 17 Gy en 3 fractions), cochlée Dmoyenne < 4 Gy, cristallin le plus bas possible ; volume d'encéphale sain recevant 12 Gy (V12Gy) à maintenir sous 10 cm³ pour limiter le risque de radionécrose. En irradiation encéphalique totale, épargner l'hippocampe (D100 % < 9 Gy, Dmax < 16 Gy) et associer la mémantine réduit le déclin cognitif. En irradiation ganglionnaire axillaire ou inguinale, le principal enjeu est le lymphœdème, dont le risque est majoré par l'association curage + irradiation — ce qui pèse dans la décision, le bénéfice se limitant au contrôle local. L'association concomitante d'une stéréotaxie encéphalique et d'une immunothérapie est faisable et pourrait être synergique, mais impose de surveiller le risque de radionécrose et de pseudo-progression.

Points clés à retenir

  • Le diagnostic passe par l'exérèse complète ; Breslow et ulcération sont les facteurs pronostiques majeurs.
  • Le ganglion sentinelle est un outil de stadification ; MSLT-II a rendu le curage de complément optionnel.
  • Adjuvant stade III (et IIB/IIC) : anti-PD-1 (CheckMate 238, KEYNOTE-054/716) ou dabrafénib-tramétinib si BRAF (COMBI-AD).
  • Métastatique : immunothérapie (nivolumab ± ipilimumab CheckMate 067 ; nivolumab-relatlimab RELATIVITY-047) ou BRAF+MEK.
  • Toujours déterminer le statut BRAF V600 avant traitement systémique.

QCM — 10 questions

Q1. Quel paramètre histologique est le principal déterminant des marges d'exérèse et de l'indication du ganglion sentinelle ?

Q2. Un mélanome de stade III BRAF V600 réséqué. Quelles sont les deux grandes options adjuvantes ?

Q3. Que montre l'essai MSLT-II concernant le curage ganglionnaire complémentaire après sentinelle positif ?

Q4. Une lésion pigmentée suspecte du dos chez une femme de 41 ans. Quel geste diagnostique réalisez-vous ?

Q5. Quelles sont les posologies de l'association nivolumab-ipilimumab en première ligne du mélanome métastatique selon CheckMate 067 ?

Q6. Pourquoi associe-t-on systématiquement un inhibiteur de MEK à un inhibiteur de BRAF ?

Q7. Un patient sous nivolumab-ipilimumab présente 6 à 8 selles liquides par jour avec douleurs abdominales, apparues après la 3e cure. Quelle est la conduite ?

Q8. Chez un patient porteur d'un mélanome métastatique BRAF V600E muté, très symptomatique, avec une masse tumorale importante et des LDH à 3 fois la normale, quel argument fait préférer la thérapie ciblée en première intention ?

Q9. Concernant les métastases cérébrales de mélanome, quelle affirmation est exacte ?

Q10. Quelle surveillance biologique et clinique est nécessaire sous inhibiteur de MEK ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Nævus modifié du dos : du diagnostic à la surveillance

Femme de 38 ans, phototype II, nombreux coups de soleil dans l'enfance, une trentaine de nævus. Son conjoint a remarqué qu'une lésion pigmentée du haut du dos s'était élargie et assombrie en quelques mois. À l'examen : lésion de 9 mm, asymétrique, à bords irréguliers, polychrome brun-noir avec une zone rosée. La dermoscopie montre un réseau pigmentaire atypique et des structures de régression.

0 / 6
  1. Étape 1 · Geste diagnostique

    Q1. Quelle est votre conduite ?

  2. Étape 2 · Anatomopathologie

    Résultat : mélanome à extension superficielle, Breslow 1,6 mm, non ulcéré, index mitotique 3/mm², présence de zones de régression, marges saines à 2 mm. Pas d'embole vasculaire.

    Q2. Quelle est la prise en charge locorégionale ?

  3. Étape 3 · Résultat du sentinelle

    Résultat : le ganglion sentinelle axillaire gauche est envahi par un dépôt métastatique de 0,9 mm. La reprise cutanée est saine. Le bilan d'extension (TEP-TDM et IRM cérébrale) est négatif. Stade IIIA. Le statut BRAF est en cours.

    Q3. Faut-il réaliser un curage axillaire de complément ?

  4. Étape 4 · Traitement adjuvant

    Résultat moléculaire : BRAF V600E muté. La patiente, active professionnellement, est OMS 0 et n'a aucun antécédent auto-immun.

    Q4. Quelles options adjuvantes lui proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Toxicité

    Choix retenu : pembrolizumab 200 mg toutes les 3 semaines. Après 5 cycles, la patiente décrit une asthénie, une frilosité, une constipation et une prise de poids de 3 kg. La TSH est à 34 mUI/L avec une T4 libre effondrée. Elle avait présenté 6 semaines plus tôt un épisode de palpitations avec TSH freinée, spontanément résolutif.

    Q5. Quelle est votre interprétation et votre conduite ?

  6. Étape 6 · Surveillance

    Fin du traitement adjuvant : la patiente a reçu ses 18 cycles, est en rémission complète et équilibrée sous lévothyroxine. Elle demande quel suivi organiser et quels conseils suivre.

    Q6. Que lui proposez-vous ?

Synthèse du cas 1

Lésion ABCDE + dermoscopie atypique = exérèse-biopsie complète à marge étroite, jamais de biopsie partielle. Le Breslow détermine la marge de reprise (1 à 2 cm ici) et l'indication du sentinelle (dès 0,8 mm ou ulcération), les deux gestes se faisant dans le même temps. Sentinelle positif : pas de curage systématique depuis MSLT-II, surveillance échographique. En adjuvant du stade III, anti-PD-1 un an ou dabrafénib-tramétinib un an si BRAF muté. La dysthyroïdie immuno-induite se substitue sans arrêter le traitement — mais on vérifie toujours l'axe corticotrope. Surveillance clinique, auto-examen, photoprotection, second primitif.

Cas 2

Maladie métastatique d'emblée avec forte masse tumorale

Homme de 54 ans, adressé pour altération de l'état général et douleurs de l'hypochondre droit. Il avait eu l'exérèse d'un mélanome nodulaire du mollet (Breslow 4,2 mm, ulcéré) 14 mois plus tôt, sans ganglion sentinelle réalisé. Le scanner montre six métastases hépatiques dont une de 8 cm, trois nodules pulmonaires et deux adénopathies inguinales. LDH à 3,2 fois la normale. OMS 2.

0 / 6
  1. Étape 1 · Bilan avant traitement

    Q1. Quels examens sont indispensables avant toute décision thérapeutique ?

  2. Étape 2 · Choix de la première ligne

    Résultat : BRAF V600E muté. IRM cérébrale : pas de métastase. Le patient est algique, ictérique débutant, avec une bilirubine à 32 µmol/L sur compression biliaire par la masse hépatique.

    Q2. Quelle première ligne privilégiez-vous ?

  3. Étape 3 · Toxicité précoce

    Après 3 semaines d'encorafénib-binimétinib : nette amélioration clinique, régression des douleurs, normalisation de la bilirubine. Mais le patient présente une baisse de l'acuité visuelle bilatérale avec vision floue centrale, apparue en 48 heures.

    Q3. Quel diagnostic évoquez-vous et quelle est votre conduite ?

  4. Étape 4 · Réponse et poursuite

    À 3 mois : réponse partielle majeure (régression de plus de 70 % des cibles), LDH normalisées, OMS 0, reprise de 5 kg. La rétinopathie a régressé après reprise du binimétinib à dose réduite.

    Q4. Quelle est la conduite à tenir ?

  5. Étape 5 · Progression

    À 11 mois : progression hépatique et apparition de deux lésions surrénaliennes. LDH de nouveau élevées mais patient OMS 1, asymptomatique. IRM cérébrale toujours négative.

    Q5. Quelle deuxième ligne proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Pseudo-progression

    Après 2 cures de nivolumab-ipilimumab : le scanner montre une augmentation de 25 % de la taille des lésions hépatiques et une nouvelle lésion pulmonaire infracentimétrique. Le patient est cliniquement bien, sans douleur, LDH stables.

    Q6. Quelle est votre interprétation ?

Synthèse du cas 2

Mélanome métastatique : statut BRAF et IRM cérébrale sont indispensables d'emblée, LDH est un facteur pronostique majeur. Devant une forte masse tumorale symptomatique avec LDH élevées chez un patient BRAF muté, la thérapie ciblée offre la rapidité nécessaire. Sous inhibiteur de MEK, penser rétinopathie séreuse devant tout trouble visuel (OCT, suspension, reprise à dose réduite). La thérapie ciblée se poursuit jusqu'à progression, avec un contrôle médian d'environ un an. À la progression, bascule vers la double immunothérapie. Enfin, une augmentation de taille sous immunothérapie chez un patient cliniquement bien peut être une pseudo-progression : confirmer à 4-8 semaines (iRECIST).

Cas 3

Mélanome acral de la plante et métastases en transit

Femme de 66 ans, phototype IV, originaire des Antilles, sans exposition solaire particulière. Elle consulte pour une lésion plantaire du pied droit prise pour un « durillon » depuis deux ans, devenue bourgeonnante et saignante. Lésion pigmentée hétérogène de 3 cm avec une zone ulcérée. Pas d'adénopathie palpable.

0 / 6
  1. Étape 1 · Reconnaître l'entité

    Q1. Quelle particularité épidémiologique du mélanome acral-lentigineux devez-vous connaître ?

  2. Étape 2 · Stadification

    Résultat de l'exérèse-biopsie : mélanome acral-lentigineux, Breslow 5,8 mm, ulcéré, index mitotique 8/mm². TEP-TDM : hyperfixation d'un ganglion inguinal droit de 15 mm, sans autre anomalie. IRM cérébrale normale.

    Q2. Quelle est la prise en charge locorégionale ?

  3. Étape 3 · Adjuvant

    Résultat opératoire : marges saines. Curage inguinal : 2 ganglions envahis sur 12, dont un avec rupture capsulaire. Stade IIIC. Le statut moléculaire montre un BRAF sauvage, sans mutation KIT.

    Q3. Quel traitement adjuvant proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Métastases en transit

    Huit mois plus tard, sous nivolumab : apparition de six nodules cutanés et sous-cutanés pigmentés de 5 à 15 mm sur le trajet jambe-cuisse droite, entre la cicatrice plantaire et l'aine. Biopsie : métastases de mélanome. Le bilan d'extension reste par ailleurs négatif.

    Q4. Comment qualifiez-vous cette situation et quelles options envisagez-vous ?

  5. Étape 5 · Complication

    Après curage inguinal et traitements locorégionaux : la patiente développe un œdème du membre inférieur droit augmentant de volume, avec sensation de lourdeur, majoré en fin de journée, sans signe inflammatoire ni thrombose au doppler.

    Q5. Quelle est votre prise en charge ?

  6. Étape 6 · Évolution

    À 20 mois : le contrôle locorégional est obtenu, mais le scanner découvre trois métastases pulmonaires et une lésion surrénalienne. LDH normales, OMS 1. La patiente est toujours BRAF sauvage et a progressé sous nivolumab en monothérapie.

    Q6. Quelle option systémique retenez-vous ?

Synthèse du cas 3

Le mélanome acral-lentigineux est indépendant des UV, forme relativement dominante chez les sujets à peau foncée, de diagnostic souvent tardif et plus rarement BRAF muté (penser à KIT). Devant une adénopathie prouvée, pas de sentinelle mais un curage thérapeutique. Adjuvant sans mutation BRAF : anti-PD-1 seul. Les métastases en transit restent classées N et disposent d'options locorégionales spécifiques (T-VEC, électrochimiothérapie, perfusion isolée de membre). Le lymphœdème après curage inguinal se traite par compression et drainage, jamais par diurétiques. En progression sous anti-PD-1 chez un BRAF sauvage : intensification de l'immunothérapie et recherche d'un essai.

Cas 4

Métastases cérébrales révélatrices

Homme de 49 ans, amené aux urgences pour une crise convulsive généralisée inaugurale. L'examen retrouve un déficit moteur discret du membre supérieur gauche. Le scanner puis l'IRM cérébrale montrent quatre lésions supratentorielles de 8 à 26 mm, spontanément hyperdenses avec composante hémorragique, entourées d'œdème. L'interrogatoire retrouve l'exérèse d'un mélanome dorsal (Breslow 3,1 mm) trois ans plus tôt, sans suivi.

0 / 6
  1. Étape 1 · Prise en charge immédiate

    Q1. Quelles sont vos premières mesures ?

  2. Étape 2 · Bilan complet

    Résultats : TEP-TDM montrant deux nodules pulmonaires de 12 et 18 mm et une adénopathie médiastinale. Biopsie pulmonaire : métastase de mélanome, BRAF V600E muté. LDH modérément élevées. Sous corticoïdes, le patient est asymptomatique, OMS 1.

    Q2. Quelle stratégie retenez-vous ?

  3. Étape 3 · Modalités de la stéréotaxie

    Planification : quatre lésions — trois de moins de 20 mm et une de 26 mm en région frontale droite, à distance des voies optiques et du tronc.

    Q3. Quelles doses proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Toxicité grave

    Après la 2e cure de nivolumab-ipilimumab : le patient consulte pour une dyspnée d'effort d'aggravation rapide, une toux sèche et une désaturation à 92 % en air ambiant, sans fièvre. Le scanner thoracique montre des opacités en verre dépoli bilatérales diffuses, distinctes des nodules métastatiques.

    Q4. Quelle est votre conduite ?

  5. Étape 5 · Poursuite du traitement

    Évolution : régression complète de la pneumopathie sous corticothérapie décroissante sur 8 semaines. Le bilan d'imagerie montre une réponse partielle des lésions pulmonaires et un contrôle complet des lésions cérébrales irradiées.

    Q5. Quelle attitude adoptez-vous vis-à-vis du traitement systémique ?

  6. Étape 6 · Anomalie cérébrale tardive

    Quatorze mois après la stéréotaxie : réapparition de céphalées. L'IRM montre, au niveau de la plus volumineuse lésion frontale irradiée, une prise de contraste augmentée avec œdème périlésionnel. La perfusion montre un rapport de volume sanguin cérébral abaissé et la spectroscopie ne retrouve pas de pic de choline.

    Q6. Quel diagnostic évoquez-vous ?

Synthèse du cas 4

Métastases cérébrales hémorragiques = penser mélanome. Urgence symptomatique (corticoïdes à dose minimale, antiépileptique), puis stratégie combinée : double immunothérapie, active en intracérébral, et stéréotaxie (20-24 Gy en 1 fraction < 2 cm ; 27-30 Gy en 3 fractions au-delà, V12Gy < 10 cm³). Sevrer les corticoïdes, qui compromettent l'immunothérapie. Devant une dyspnée avec verre dépoli : pneumopathie immuno-induite, arrêt, corticoïdes forte dose et prophylaxie de la pneumocystose ; l'ipilimumab n'est pas réintroduit après un grade 3. Enfin, une prise de contraste tardive sur une lésion irradiée avec perfusion abaissée et sans pic de choline évoque une radionécrose, non une récidive.

Cas 5

Mélanomes multiples et suspicion de prédisposition familiale

Femme de 34 ans, phototype I, cheveux roux, éphélides nombreuses. Elle a eu l'exérèse d'un mélanome à extension superficielle de l'épaule (Breslow 0,6 mm, non ulcéré) à 29 ans. Elle consulte aujourd'hui pour une nouvelle lésion pigmentée de la cuisse. Son père est décédé d'un mélanome à 52 ans, une tante paternelle a été opérée d'un mélanome et un oncle paternel d'un cancer du pancréas à 58 ans.

0 / 6
  1. Étape 1 · Suspicion syndromique

    Q1. Quelle prédisposition évoquez-vous devant cette histoire familiale ?

  2. Étape 2 · Prise en charge de la nouvelle lésion

    Résultat : l'exérèse-biopsie de la lésion de la cuisse conclut à un mélanome à extension superficielle, Breslow 0,9 mm, non ulcéré, index mitotique 1/mm². Il s'agit donc d'un second mélanome primitif et non d'une métastase.

    Q2. Quelle prise en charge locorégionale ?

  3. Étape 3 · Consultation d'oncogénétique

    Résultat : la recherche germinale identifie une mutation pathogène de CDKN2A. La patiente s'interroge sur les conséquences pour elle-même et pour ses proches.

    Q3. Quelles mesures découlent de ce résultat ?

  4. Étape 4 · Troisième primitif

    Quatre ans plus tard : la photographie corporelle totale détecte une lésion nouvelle du mollet, de 5 mm, non visible sur les clichés antérieurs. L'exérèse conclut à un troisième mélanome primitif, Breslow 0,4 mm, non ulcéré.

    Q4. Quelle est la prise en charge ?

  5. Étape 5 · Grossesse

    Deux ans plus tard : la patiente, en rémission de ses trois mélanomes, souhaite débuter une grossesse et s'inquiète du risque de récidive et de la transmission de la mutation.

    Q5. Que lui répondez-vous ?

  6. Étape 6 · Prévention familiale

    Suite du dépistage familial : le frère de la patiente, 31 ans, est porteur de la même mutation. Il est asymptomatique, phototype II, travaille en extérieur et pratique la voile.

    Q6. Quelle prise en charge lui proposez-vous ?

Synthèse du cas 5

Mélanome avant 40 ans, mélanomes multiples, ou agrégation familiale mélanome + cancer du pancréas : évoquer CDKN2A et adresser en oncogénétique. Chaque primitif est stadifié pour lui-même : marge de 1 cm et pas de sentinelle si Breslow < 0,8 mm sans ulcération, discussion du sentinelle au-delà. Pas de bilan d'imagerie au stade IA. Chez le porteur, la surveillance dermatologique à vie avec photographie corporelle totale, l'auto-examen et la photoprotection sont le traitement ; le dépistage pancréatique se fait en centre expert. La grossesse n'est pas contre-indiquée après un stade précoce en rémission ; transmission autosomique dominante à 50 %.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Quels sont les 3 facteurs histopronostiques majeurs du mélanome primitif ?cliquer
Indice de Breslow (épaisseur), ulcération et index mitotique.

Association immunothérapique de référence dans le mélanome métastatique (réponses durables) ?cliquer
Nivolumab + ipilimumab (CheckMate 067) ; alternative nivolumab + relatlimab anti-LAG-3 (RELATIVITY-047).

Thérapie ciblée si BRAF V600 muté ?cliquer
Association inhibiteur de BRAF + inhibiteur de MEK (dabrafénib-tramétinib, encorafénib-binimétinib, vémurafénib-cobimétinib).

Message principal de l'essai MSLT-II ?cliquer
Pas de bénéfice de survie spécifique du curage ganglionnaire complémentaire après sentinelle positif ; surveillance échographique possible.

📚 Références & essais fondateurs

  1. CheckMate 067 — Larkin J, et al. Combined nivolumab and ipilimumab in advanced melanoma. N Engl J Med 2015. PMID 26027431
  2. CheckMate 067 (5 ans) — Larkin J, et al. Five-year survival with nivolumab plus ipilimumab. N Engl J Med 2019. PMID 31562797
  3. CheckMate 238 — Weber J, et al. Adjuvant nivolumab versus ipilimumab in resected stage III/IV melanoma. N Engl J Med 2017. PMID 28891423
  4. KEYNOTE-054 — Eggermont AMM, et al. Adjuvant pembrolizumab in resected stage III melanoma. N Engl J Med 2018. PMID 29658430
  5. KEYNOTE-716 — Luke JJ, et al. Adjuvant pembrolizumab, stade IIB/IIC. Lancet 2022. PMID 35367007
  6. COMBI-AD — Long GV, et al. Adjuvant dabrafenib plus trametinib in stage III BRAF-mutated melanoma. N Engl J Med 2017. PMID 28891408
  7. RELATIVITY-047 — Tawbi HA, et al. Nivolumab plus relatlimab versus nivolumab in untreated advanced melanoma. N Engl J Med 2022. PMID 34986285
  8. MSLT-II — Faries MB, et al. Completion dissection or observation for sentinel-node metastasis in melanoma. N Engl J Med 2017. PMID 28591523
  9. Référentiels ESMO et NCCN Melanoma (versions à jour) — recommandations de pratique clinique.