Carcinome épidermoïde des voies aéro-digestives supérieures

Regroupe les carcinomes épidermoïdes de la cavité orale, de l'oropharynx, de l'hypopharynx et du larynx. Deux grandes entités : les cancers liés au tabac-alcool et les cancers de l'oropharynx induits par l'HPV, de meilleur pronostic et stadifiés séparément.

Tête & cou Tabac-alcool HPV / p16 Préservation laryngée Immunothérapie

📊 Épidémiologie & facteurs de risque

Les cancers des VADS représentent environ 4–5 % des cancers ; nette prédominance masculine, âge médian autour de 60–65 ans. Deux tendances épidémiologiques s'opposent : diminution des cancers liés au tabac-alcool dans les pays occidentaux et augmentation des cancers de l'oropharynx liés à l'HPV, touchant des sujets plus jeunes, non ou peu fumeurs.

Facteurs de risque

  • Tabac et alcool : principaux carcinogènes, à effet synergique multiplicatif. Responsables de la majorité des cancers de la cavité orale, du larynx et de l'hypopharynx.
  • Papillomavirus humain (HPV 16) : agent causal d'une part croissante des carcinomes de l'oropharynx (amygdale, base de langue). Statut évalué par la surexpression de p16 en IHC (marqueur substitut).
  • Autres : mauvaise hygiène bucco-dentaire, chique de bétel/tabac à chiquer (cavité orale), reflux, exposition professionnelle (bois, nickel pour le cavum/sinus), virus EBV (carcinome du nasopharynx, entité distincte).
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Le statut HPV/p16 de l'oropharynx est un facteur pronostique majeur : les tumeurs p16+ ont une meilleure survie et bénéficient d'une classification TNM distincte (AJCC 8e édition). La désescalade thérapeutique de ces tumeurs reste du domaine des essais cliniques.

🧬 Anatomopathologie & biologie

Plus de 90 % sont des carcinomes épidermoïdes (malpighiens), souvent précédés de lésions précancéreuses (leucoplasie, érythroplasie, dysplasie). Le carcinome in situ précède le carcinome invasif.

Deux voies de carcinogenèse

CaractéristiqueHPV-négatif (tabac-alcool)HPV-positif (oropharynx)
Sous-sitescavité orale, larynx, hypopharynxoropharynx (amygdale, base de langue)
Biologiemutations TP53, altérations CDKN2Aoncoprotéines E6/E7, p16 surexprimé
Terrainplus âgé, fumeur-buveurplus jeune, peu ou non fumeur
Pronosticmoins favorablemeilleur

Les carcinomes des VADS surexpriment fréquemment le récepteur du facteur de croissance épidermique EGFR, cible du cétuximab. L'expression de PD-L1 (score combiné CPS) conditionne l'usage de l'immunothérapie en situation récidivante/métastatique.

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La détermination de p16 est requise pour tout carcinome de l'oropharynx : elle change la stadification, le pronostic et l'inclusion dans les essais de désescalade. Un p16+ chez un gros fumeur garde toutefois un pronostic intermédiaire.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

Signes variables selon le sous-site : dysphonie persistante (larynx glottique), dysphagie / odynophagie et otalgie réflexe (oropharynx, hypopharynx), lésion ou ulcération buccale ne cicatrisant pas (cavité orale), adénopathie cervicale révélatrice (fréquente dans les tumeurs HPV+ de l'oropharynx, parfois kystique).

Démarche diagnostique

  • Panendoscopie des VADS sous anesthésie générale avec cartographie et recherche d'une seconde localisation (champ de cancérisation).
  • Biopsie de la lésion primitive avec détermination de p16 pour l'oropharynx.
  • Imagerie : TDM et/ou IRM cervico-faciale ; échographie cervicale ± cytoponction d'une adénopathie.
  • Examen dentaire et bilan nutritionnel avant radiothérapie.

📐 Bilan d'extension & stadification

Stadification TNM (AJCC 8e édition) spécifique de chaque sous-site. Nouveauté majeure : une classification distincte pour l'oropharynx p16+ (N basé sur le nombre/taille des ganglions, meilleure valeur pronostique) et l'intégration de la profondeur d'invasion (DOI) pour la cavité orale.

CatégorieDéfinition (synthèse, sous-site dépendant)
TisCarcinome in situ
T1Tumeur ≤ 2 cm (cavité orale : DOI ≤ 5 mm)
T2> 2 et ≤ 4 cm (ou DOI 5–10 mm)
T3> 4 cm ou extension définie par le site (ex. fixité d'une hémilarynx)
T4Envahissement des structures adjacentes (os, cartilage, espaces profonds)
N (p16−)Selon taille, nombre, latéralité et extension extra-ganglionnaire (ENE)
N (p16+)Classification propre, essentiellement selon le nombre de ganglions
M1Métastases à distance (poumon surtout)

Bilan d'extension : TEP-TDM au 18F-FDG pour les stades localement avancés (recherche de métastases et second cancer), TDM thoracique au minimum.

💊 Prise en charge par stade & situation

Stades précoces (I–II)

Traitement par une seule modalité le plus souvent : chirurgie ou radiothérapie exclusive (66 à 70 Gy en 33 à 35 fractions de 2 Gy sur la tumeur, 50 Gy sur les aires ganglionnaires prophylactiques ; ou schéma modérément hypofractionné 66 Gy en 30 fractions de 2,2 Gy pour les petites lésions glottiques) selon le site et l'accessibilité, avec des résultats carcinologiques équivalents. Le choix privilégie la meilleure préservation fonctionnelle (voix, déglutition).

Stades localement avancés (III–IVA/B)

  • Chirurgie + radio(chimio)thérapie adjuvante : indiquée notamment pour la cavité orale. Irradiation postopératoire de 60 à 66 Gy en 30 à 33 fractions, associée au cisplatine 100 mg/m² IV à J1, J22 et J43 si marges positives ou rupture capsulaire ganglionnaire (ENE) (essais EORTC 22931 et RTOG 9501).
  • Radiochimiothérapie concomitante exclusive : 70 Gy en 35 fractions de 2 Gy avec cisplatine 100 mg/m² à J1, J22 et J43 (dose cumulée cible ≥ 200 mg/m²), ou cisplatine 40 mg/m² hebdomadaire chez les patients plus fragiles ; option de préservation d'organe, notamment pour larynx et hypopharynx (préservation laryngée) et oropharynx. En alternative, une chimiothérapie d'induction par TPF (docétaxel 75 mg/m² + cisplatine 75 mg/m² à J1 + 5-FU 750 mg/m²/j de J1 à J5, toutes les 3 semaines, 3 cycles) peut précéder l'irradiation dans une stratégie de préservation laryngée.
  • Cétuximab-radiothérapie (anticorps anti-EGFR : 400 mg/m² en dose de charge une semaine avant, puis 250 mg/m² IV hebdomadaire pendant l'irradiation, essai Bonner) : alternative à la chimioradiothérapie chez les patients inéligibles au cisplatine ; ne doit pas remplacer le cisplatine chez le patient p16+ apte (essais de désescalade RTOG 1016 et De-ESCALaTE négatifs).

Récidive locorégionale ou maladie métastatique

  • 1re ligne (KEYNOTE-048) : pembrolizumab 200 mg IV toutes les 3 semaines (ou 400 mg toutes les 6 semaines) seul si CPS ≥ 1, ou pembrolizumab + chimiothérapie (cisplatine 100 mg/m² ou carboplatine AUC 5 à J1 + 5-FU 1 000 mg/m²/j de J1 à J4, toutes les 3 semaines, 6 cycles) selon l'expression de PD-L1 (CPS) et le volume tumoral.
  • Après échec d'un platine (CheckMate 141) : nivolumab 240 mg IV toutes les 2 semaines (ou 480 mg toutes les 4 semaines), qui améliore la survie versus chimiothérapie standard. Autres options : méthotrexate 40 mg/m² hebdomadaire, docétaxel 75 mg/m² toutes les 3 semaines, paclitaxel-cétuximab.
  • Récidive résécable/ré-irradiable : discuter chirurgie de rattrapage ou ré-irradiation en réunion de concertation.
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Un patient non éligible au cisplatine (âge, comorbidités, fonction rénale, audition) peut recevoir cétuximab-RT (Bonner). En récidive/métastatique, l'immunothérapie anti-PD-1 est devenue le socle du traitement de 1re ligne (KEYNOTE-048).

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des essais pivots et des référentiels ESMO/NCCN. Vérifier systématiquement la prescription, les adaptations (fonction rénale et auditive, âge, surface corporelle, état nutritionnel, toxicités) et les interactions dans le référentiel institutionnel avant toute application.

Chimiothérapie & thérapies ciblées

SituationMoléculeDoseVoie / rythmeDurée · essai
Radiochimiothérapie concomitante (exclusive ou postopératoire)
StandardCisplatine haute dose100 mg/m²IV, J1, J22 et J43 de l'irradiation3 administrations (cumul cible ≥ 200 mg/m²)
Patient fragileCisplatine hebdomadaire40 mg/m²IV, hebdomadaire6 à 7 administrations
Inéligible au cisplatineCétuximab400 mg/m² puis 250 mg/m²IV, charge à J-7 puis hebdomadairetoute la durée de la RT · Bonner
AlternativeCarboplatine + 5-FUAUC 1,5–2 hebdo ou 70 mg/m²/j × 4 + 600 mg/m²/jIV, pendant l'irradiationselon protocole
Chimiothérapie d'induction (préservation laryngée)
TPFDocétaxel75 mg/m²IV, J1 toutes les 3 sem3 cycles
TPFCisplatine75 mg/m²IV, J13 cycles
TPF5-Fluorouracile750 mg/m²/jIV continu, J1 à J53 cycles (avec antibioprophylaxie)
Récidive / métastatique
KEYNOTE-048Pembrolizumab200 mg ou 400 mgIV, toutes les 3 ou 6 semjusqu'à 2 ans (seul si CPS ≥ 1, ou + chimio)
KEYNOTE-048Platine + 5-FUCisplatine 100 mg/m² ou carboplatine AUC 5 + 5-FU 1 000 mg/m²/j × 4IV, toutes les 3 sem6 cycles
CheckMate 141Nivolumab240 mg ou 480 mgIV, toutes les 2 ou 4 semjusqu'à progression
EXTREME (historique)Cétuximab + platine-5FU400 puis 250 mg/m² hebdomadaireIV6 cycles puis entretien

Adaptations : le cisplatine exige une clairance > 60 mL/min, une hyperhydratation, une supplémentation magnésienne, un audiogramme de référence — la dose cumulée d'au moins 200 mg/m² pendant l'irradiation est le déterminant de l'efficacité, ce qui justifie de tout mettre en œuvre pour l'atteindre. Cétuximab : réaction d'hypersensibilité parfois dès la première perfusion (prémédication antihistaminique, surveillance), rash acnéiforme corrélé à l'efficacité, hypomagnésémie. TPF : neutropénie fébrile fréquente imposant une prophylaxie antibiotique et par G-CSF. La prise en charge nutritionnelle est indissociable : évaluation systématique, conseils diététiques, compléments oraux, et pose éventuelle d'une gastrostomie avant l'irradiation chez les patients à haut risque de dysphagie.

Radiothérapie

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Radiothérapie exclusive (tumeur macroscopique)70 Gy35 fractions de 2 GyTumeur et ganglions envahis, RCMI systématique
Volume ganglionnaire prophylactique50–54 Gy25 à 30 fractionsAires à risque selon le site et la latéralité
Volume intermédiaire60 Gy30 fractionsAires à risque intermédiaire (surimpression intégrée simultanée)
Postopératoire60 Gy (66 Gy si marges positives ou ENE)30 à 33 fractionsLit opératoire et aires ganglionnaires · à débuter dans les 6 semaines suivant la chirurgie
Glotte T1 (cordes vocales)63–66 Gy28 à 30 fractions de 2,25 GyPetits volumes, hypofractionnement modéré — excellents résultats fonctionnels
Ré-irradiation (récidive)50–66 Gyfractionnement classique ou stéréotaxie (35–44 Gy en 5 fractions)Centre expert, risque de nécrose et d'hémorragie carotidienne
Palliative (QUAD SHOT)14 Gy par cycle4 fractions de 3,7 Gy sur 2 jours, répétées toutes les 3–4 semainesPatients fragiles, visée symptomatique

Contraintes principales aux organes à risque : moelle épinière Dmax < 45 Gy (contrainte absolue), tronc cérébral Dmax < 54 Gy, chiasma et nerfs optiques Dmax < 54 Gy, parotides Dmoyenne < 26 Gy (au moins d'un côté — seuil déterminant pour la xérostomie, principal apport de la RCMI), glandes sous-maxillaires Dmoyenne < 39 Gy, constricteurs du pharynx Dmoyenne < 50 Gy (dysphagie tardive), larynx Dmoyenne < 40–45 Gy, cochlées Dmoyenne < 45 Gy (surtout si cisplatine associé), mandibule Dmax < 70 Gy (ostéoradionécrose), cavité orale Dmoyenne aussi basse que possible. Deux règles pratiques : bilan et remise en état bucco-dentaire avant l'irradiation avec gouttières fluorées à vie, et durée totale de traitement à ne pas allonger — chaque jour d'interruption fait perdre du contrôle local dans cette localisation à repopulation rapide.

Points clés à retenir

  • Tabac et alcool ont un effet carcinogène synergique ; l'HPV (p16) est le moteur d'une part croissante des cancers de l'oropharynx.
  • L'oropharynx p16+ a une classification AJCC8 distincte et un meilleur pronostic ; la désescalade reste expérimentale.
  • Stades avancés : chirurgie + radiochimio adjuvante ou radiochimiothérapie concomitante par cisplatine (préservation d'organe).
  • Cétuximab-RT (Bonner) : alternative si contre-indication au cisplatine, pas de substitution chez le patient apte.
  • Récidive/métastase : pembrolizumab ± chimio en 1re ligne selon le CPS (KEYNOTE-048), nivolumab après platine (CheckMate 141).

QCM — 10 questions

Q1. Un carcinome épidermoïde de l'amygdale p16 positif chez un patient non fumeur. Quelle affirmation est exacte ?

Q2. Après chirurgie d'un carcinome de la cavité orale, l'examen anatomopathologique révèle une rupture capsulaire ganglionnaire (ENE). Quel traitement adjuvant est indiqué ?

Q3. En 1re ligne d'un carcinome des VADS récidivant/métastatique avec CPS ≥ 1, quelle est l'option de référence issue de KEYNOTE-048 ?

Q4. Lors d'une radiochimiothérapie concomitante exclusive par cisplatine haute dose, quel schéma correspond au standard ?

Q5. Chez un patient porteur d'un cancer de l'hypopharynx T3 chez qui une laryngectomie totale serait nécessaire, quelle stratégie de préservation d'organe est licite ?

Q6. En radiothérapie conformationnelle avec modulation d'intensité des VADS, quelle contrainte dosimétrique conditionne principalement le risque de xérostomie définitive ?

Q7. Avant de débuter une radiochimiothérapie par cisplatine haute dose, quel bilan est indispensable ?

Q8. Concernant la désescalade thérapeutique des carcinomes de l'oropharynx p16 positif, quelle affirmation est exacte ?

Q9. Un patient traité par radiochimiothérapie interrompt son traitement pendant 9 jours pour une mucite grade 3 avec déshydratation. Quelle est la conséquence principale à redouter ?

Q10. Après échec d'une chimiothérapie à base de platine chez un patient OMS 1 porteur d'un carcinome des VADS métastatique n'ayant jamais reçu d'immunothérapie, quelle option a démontré un gain de survie ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Dysphonie chronique chez un fumeur : cancer glottique débutant

Homme de 58 ans, 40 paquets-années, consommation de 3 verres de vin par jour, ouvrier du bâtiment. Il consulte pour une dysphonie permanente installée depuis 5 mois, sans dyspnée ni dysphagie. Pas d'adénopathie cervicale palpable. La nasofibroscopie montre une lésion blanchâtre bourgeonnante du tiers moyen de la corde vocale droite, avec une mobilité cordale conservée.

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  1. Étape 1 · Démarche diagnostique

    Q1. Quelle est la conduite à tenir immédiate ?

  2. Étape 2 · Stadification

    Résultat : carcinome épidermoïde bien différencié, invasif. La panendoscopie confirme une lésion limitée au tiers moyen de la corde vocale droite, sans extension à la commissure antérieure ni au ventricule, mobilité conservée. TDM cervico-thoracique : pas d'adénopathie, pas de lyse cartilagineuse, pas de lésion pulmonaire.

    Q2. Quelle est la classification et quelle en est l'implication ?

  3. Étape 3 · Décision thérapeutique

    Réunion de concertation : patient de 58 ans, profession exigeant l'usage quotidien de la voix (chef d'équipe), sans comorbidité notable.

    Q3. Quelles options thérapeutiques lui proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Toxicité aiguë

    Choix retenu : radiothérapie exclusive, 66 Gy en 30 fractions de 2,2 Gy. À la 4e semaine, le patient présente une épidermite sèche du cou, une odynophagie modérée et une aggravation transitoire de la dysphonie. Il continue de fumer une dizaine de cigarettes par jour.

    Q4. Quel élément de la prise en charge est le plus déterminant à ce stade ?

  5. Étape 5 · Surveillance

    À 3 mois : réponse complète clinique, voix satisfaisante bien qu'un peu soufflée. Le patient a arrêté de fumer. Il demande quel suivi est nécessaire.

    Q5. Quelles modalités de surveillance proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Récidive

    Vingt mois plus tard : réapparition d'une dysphonie. La nasofibroscopie montre un bourgeon de la corde vocale droite avec cette fois une fixité cordale. Biopsie : récidive de carcinome épidermoïde. TDM : pas d'adénopathie, pas de lyse cartilagineuse. TEP-TDM sans métastase.

    Q6. Quelle prise en charge proposez-vous ?

Synthèse du cas 1

Dysphonie de plus de trois semaines chez un fumeur = examen laryngé, puis panendoscopie avec cartographie et recherche d'une seconde localisation. Le T1a glottique est l'exception qui dispense d'irradier les aires ganglionnaires. Chirurgie laser et radiothérapie (63–66 Gy, fractions de 2,2–2,25 Gy) donnent des résultats équivalents : le choix est fonctionnel. Pendant le traitement, deux impératifs — sevrage tabagique et respect du calendrier, car la repopulation accélérée pénalise tout allongement. En surveillance, penser TSH et second cancer. À la récidive en territoire irradié, la chirurgie de rattrapage est le seul recours curatif.

Cas 2

Adénopathie cervicale kystique chez un quadragénaire non fumeur

Homme de 46 ans, cadre commercial, non fumeur, consommation d'alcool occasionnelle. Il consulte pour une masse cervicale droite indolore du secteur II, apparue il y a 2 mois et d'augmentation progressive, mesurant 4 cm, ferme et mobile. Pas de dysphagie, pas d'altération de l'état général. L'échographie décrit une formation partiellement kystique.

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  1. Étape 1 · Orientation diagnostique

    Q1. Quelle attitude est la plus appropriée ?

  2. Étape 2 · Recherche du primitif

    Résultat : la cytoponction ramène des cellules de carcinome épidermoïde, p16 positif. L'examen ORL et la nasofibroscopie ne montrent aucune lésion muqueuse évidente.

    Q2. Quelle démarche engagez-vous pour identifier la tumeur primitive ?

  3. Étape 3 · Stadification

    Résultat : l'amygdalectomie droite révèle un carcinome épidermoïde de 1,8 cm, p16+, sans extension au-delà de l'amygdale. La TEP-TDM montre deux ganglions cervicaux droits hypermétaboliques (4 cm et 1,5 cm), sans fixation à distance.

    Q3. Comment classez-vous cette tumeur et qu'implique cette classification ?

  4. Étape 4 · Décision thérapeutique

    Réunion de concertation : patient de 46 ans, OMS 0, clairance de la créatinine à 105 mL/min, audiogramme normal, état bucco-dentaire correct après remise en état.

    Q4. Quel traitement retenez-vous ?

  5. Étape 5 · Toxicité

    Après le 2e cycle de cisplatine (dose cumulée 200 mg/m²) : mucite grade 3, perte de 7 kg, créatininémie stable mais le patient décrit des acouphènes bilatéraux ; l'audiogramme confirme une perte auditive de 30 dB sur les fréquences aiguës. Il reste 2 semaines d'irradiation.

    Q5. Quelle conduite tenez-vous ?

  6. Étape 6 · Évaluation de la réponse

    Trois mois après la fin du traitement : l'examen clinique est normal, mais la TEP-TDM montre une fixation résiduelle modérée d'un ganglion cervical droit de 1,2 cm (SUVmax 3,8).

    Q6. Quelle est la conduite à tenir ?

Synthèse du cas 2

Adénopathie cervicale kystique chez l'adulte = carcinome oropharyngé HPV-induit jusqu'à preuve du contraire ; cytoponction, jamais d'exérèse d'emblée. p16 positif sur le ganglion oriente vers l'amygdale ou la base de langue : TEP-TDM avant biopsies, puis panendoscopie et amygdalectomie diagnostique. La classification AJCC8 propre au p16+ requalifie fortement le stade sans autoriser la désescalade : le cisplatine reste le standard chez le patient apte (RTOG 1016, De-ESCALaTE). Ototoxicité = arrêt du cisplatine, mais l'irradiation continue. Fixation TEP résiduelle à 3 mois : surveiller plutôt qu'opérer systématiquement (PET-NECK).

Cas 3

Carcinome de la cavité orale opéré : gérer les facteurs de haut risque

Femme de 63 ans, 30 paquets-années, consommation d'alcool régulière, mauvais état bucco-dentaire. Elle consulte pour une ulcération du bord latéral droit de la langue mobile évoluant depuis 4 mois, initialement traitée comme une aphtose. Lésion indurée de 3,5 cm, douloureuse, avec une adénopathie sous-mandibulaire droite de 2,5 cm.

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  1. Étape 1 · Bilan initial

    Q1. Quel bilan d'extension local et régional est le plus adapté avant décision ?

  2. Étape 2 · Décision initiale

    Résultat : carcinome épidermoïde moyennement différencié. IRM : tumeur de 3,5 cm avec DOI mesurée à 12 mm, sans envahissement mandibulaire. TEP-TDM : deux ganglions hypermétaboliques du secteur IB-IIA droit, pas de métastase. Classée cT3 N2b M0. OMS 1.

    Q2. Quelle stratégie thérapeutique est la plus adaptée ?

  3. Étape 3 · Anatomopathologie postopératoire

    Pièce opératoire : carcinome épidermoïde de 3,6 cm, DOI 13 mm, marge profonde à 1 mm, emboles vasculaires présents. Curage : 3 ganglions envahis sur 32, dont un avec rupture capsulaire (ENE). Classée pT3 pN3b.

    Q3. Quel traitement adjuvant est indiqué ?

  4. Étape 4 · Adaptation du traitement

    Bilan pré-thérapeutique : clairance de la créatinine à 52 mL/min, audiogramme montrant une presbyacousie modérée préexistante, albuminémie à 29 g/L avec perte de 6 kg depuis la chirurgie.

    Q4. Comment adaptez-vous la prise en charge ?

  5. Étape 5 · Complication tardive

    Quatorze mois après la fin de l'irradiation : la patiente présente des douleurs mandibulaires droites intenses et une zone d'os exposé de 1 cm au niveau du rebord alvéolaire, sans cicatrisation depuis 3 mois. Elle avait refusé les extractions dentaires proposées avant le traitement. TDM : ostéolyse mandibulaire irrégulière. La biopsie ne retrouve pas de cellules tumorales.

    Q5. Quel est le diagnostic et quelle prise en charge proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Récidive métastatique

    À 26 mois : apparition de trois nodules pulmonaires bilatéraux de 1 à 2 cm, biopsiés et confirmant une métastase de carcinome épidermoïde. Le site locorégional est contrôlé. OMS 1. Le CPS PD-L1 est mesuré à 15.

    Q6. Quelle est la prise en charge de première ligne ?

Synthèse du cas 3

Cavité orale : IRM pour la profondeur d'invasion (DOI, intégrée au T en AJCC8) et chirurgie première lorsque la tumeur est résécable. Sur la pièce, deux facteurs imposent d'ajouter le cisplatine à l'irradiation postopératoire — rupture capsulaire et marges positives (EORTC 22931, RTOG 9501) — dans un délai de 6 semaines. Insuffisance rénale : cisplatine hebdomadaire ou renoncement, jamais de forçage. Remise en état bucco-dentaire et gastrostomie avant irradiation : leur omission expose à l'ostéoradionécrose et à l'interruption du traitement. En rechute métastatique, pembrolizumab selon le CPS (KEYNOTE-048).

Cas 4

Préservation laryngée dans un cancer de l'hypopharynx

Homme de 61 ans, 45 paquets-années, éthylisme chronique, dénutri (IMC 18,5). Dysphagie et otalgie réflexe gauche depuis 3 mois, avec dysphonie récente. La nasofibroscopie montre une tumeur bourgeonnante du sinus piriforme gauche, avec une hypomobilité de l'hémilarynx gauche. Adénopathie jugulo-carotidienne gauche de 3 cm.

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  1. Étape 1 · Évaluation initiale

    Q1. Au-delà du bilan carcinologique, quel élément de l'évaluation conditionne le plus la faisabilité du traitement chez ce patient ?

  2. Étape 2 · Stadification et enjeu fonctionnel

    Bilan : carcinome épidermoïde peu différencié. TDM et IRM : tumeur du sinus piriforme gauche de 4,2 cm avec extension à la paroi latérale et hypomobilité laryngée, sans lyse cartilagineuse. TEP-TDM : deux ganglions gauches, pas de métastase à distance. Classée cT3 N2b M0. L'exérèse carcinologique imposerait une pharyngo-laryngectomie totale.

    Q2. Quelle option présentez-vous au patient ?

  3. Étape 3 · Induction

    Choix retenu : chimiothérapie d'induction par TPF — docétaxel 75 mg/m² et cisplatine 75 mg/m² à J1, 5-FU 750 mg/m²/j en perfusion continue de J1 à J5, toutes les 3 semaines.

    Q3. Quelle mesure de support est indispensable avec ce protocole ?

  4. Étape 4 · Évaluation de la réponse

    Après 3 cycles de TPF : la dysphagie a nettement régressé, le patient a repris 3 kg. La nasofibroscopie montre une réduction tumorale majeure avec récupération de la mobilité laryngée. TDM : réponse partielle estimée à 70 %, régression ganglionnaire.

    Q4. Quelle est la suite du protocole ?

  5. Étape 5 · Séquelles fonctionnelles

    Six mois après la fin de l'irradiation : réponse complète. Mais le patient présente une dysphagie aux solides avec deux épisodes de pneumopathie d'inhalation, une xérostomie sévère et un amaigrissement de 4 kg. La gastrostomie posée initialement est toujours en place.

    Q5. Quelle prise en charge organisez-vous ?

  6. Étape 6 · Récidive locale

    À 22 mois : réapparition d'une dysphagie et d'une otalgie. La nasofibroscopie et l'IRM montrent une récidive du sinus piriforme gauche avec fixité laryngée. TEP-TDM : pas d'atteinte ganglionnaire ni métastatique. OMS 1, nutrition stabilisée.

    Q6. Quelle est la conduite à tenir ?

Synthèse du cas 4

Hypopharynx : le pronostic est autant nutritionnel que carcinologique — support précoce, gastrostomie avant irradiation, anticipation du sevrage alcoolique. Préservation laryngée validée (EORTC 24891) par TPF d'induction avec sélection des répondeurs, ou par radiochimiothérapie concomitante ; la chirurgie reste l'option de rattrapage. La bonne réponse à l'induction, avec récupération de la mobilité laryngée, autorise à poursuivre par irradiation à 70 Gy. Séquelle dominante : dysphagie fibrosante (constricteurs < 50 Gy de dose moyenne), à rééduquer activement en sevrant la gastrostomie. Récidive locale = chirurgie de rattrapage, en assumant le risque de fistule.

Cas 5

Maladie métastatique et toxicité immunologique

Homme de 67 ans, ancien fumeur, traité 3 ans plus tôt par radiochimiothérapie pour un carcinome épidermoïde de la base de langue p16 négatif. Il consulte pour une toux et une altération de l'état général. Le scanner montre cinq lésions pulmonaires bilatérales et deux lésions hépatiques. La biopsie pulmonaire confirme une métastase de carcinome épidermoïde. OMS 1.

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  1. Étape 1 · Bilan avant traitement systémique

    Q1. Quel examen biologique ou anatomopathologique est déterminant pour choisir la première ligne ?

  2. Étape 2 · Choix de la première ligne

    Résultat : CPS = 22. Le patient est symptomatique (toux, douleurs thoraciques modérées) mais son état général reste conservé (OMS 1). Clairance de la créatinine 74 mL/min.

    Q2. Quelle première ligne retenez-vous ?

  3. Étape 3 · Toxicité immunologique

    Après 4 cycles : réponse partielle avec régression des lésions pulmonaires. Mais le patient rapporte une asthénie majeure, des nausées, une hypotension orthostatique et une natrémie à 126 mmol/L avec kaliémie à 5,3 mmol/L.

    Q3. Quel diagnostic évoquez-vous en priorité et quelle est votre conduite ?

  4. Étape 4 · Poursuite du traitement

    Évolution : le cortisol à 8 h est effondré, l'ACTH basse, confirmant une insuffisance corticotrope sur hypophysite. Sous hydrocortisone 20 mg/j, les symptômes régressent en quelques jours et l'ionogramme se normalise. La TSH est également basse avec T4 libre abaissée.

    Q4. Quelle est la suite de la prise en charge ?

  5. Étape 5 · Progression

    Après 14 mois de pembrolizumab : progression pulmonaire et hépatique avec apparition de nouvelles lésions. Le patient reste OMS 1, la substitution endocrinienne est équilibrée.

    Q5. Quelle deuxième ligne proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Situation palliative

    Neuf mois plus tard : progression sous chimiothérapie, altération de l'état général (OMS 2-3), douleurs cervicales sur une reprise locorégionale bourgeonnante et saignante, dysphagie majeure. Le patient exprime le souhait de rester à domicile.

    Q6. Quelle prise en charge organisez-vous ?

Synthèse du cas 5

En situation récidivante ou métastatique, le CPS guide la première ligne : pembrolizumab seul si CPS ≥ 1 chez un patient non menacé, associé au platine–5-FU si réponse rapide nécessaire (KEYNOTE-048). Sous anti-PD-1, hyponatrémie avec hyperkaliémie et hypotension = insuffisance surrénalienne immuno-induite : hydrocortisone en urgence, lévothyroxine seulement ensuite, substitution à vie et poursuite possible de l'immunothérapie. Après échec, chimiothérapie à base de platine (± cétuximab) et non un autre anti-PD-1. En phase palliative, la radiothérapie QUAD SHOT et l'anticipation du risque hémorragique carotidien font partie du traitement.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Quel marqueur substitut du statut HPV utilise-t-on dans l'oropharynx ?cliquer
p16 en immunohistochimie. Sa surexpression définit une entité de meilleur pronostic à stadification AJCC8 distincte.

Essai fondateur du cétuximab associé à la radiothérapie ?cliquer
Essai Bonner : cétuximab-radiothérapie améliore la survie versus radiothérapie seule ; option si contre-indication au cisplatine.

Traitement de 1re ligne du carcinome des VADS récidivant/métastatique ?cliquer
Pembrolizumab seul (CPS ≥ 1) ou pembrolizumab + chimiothérapie (platine + 5-FU) selon le CPS — KEYNOTE-048.

Deux facteurs anatomopathologiques imposant une radiochimiothérapie postopératoire ?cliquer
Marges chirurgicales positives et rupture capsulaire ganglionnaire (extension extra-ganglionnaire, ENE).

📚 Références & essais fondateurs

  1. Bonner — Bonner JA, et al. Radiotherapy plus cetuximab for squamous-cell carcinoma of the head and neck. N Engl J Med 2006. PMID 16467544
  2. Bonner (survie à 5 ans) — Bonner JA, et al. Cetuximab-radiothérapie, résultats de survie globale. Lancet Oncol 2010. PMID 19897418
  3. KEYNOTE-048 — Burtness B, et al. Pembrolizumab en 1re ligne du carcinome des VADS récidivant/métastatique. Lancet 2019. PMID 31679945
  4. CheckMate 141 — Ferris RL, et al. Nivolumab après platine dans les VADS récidivants/métastatiques. N Engl J Med 2016. PMID 27718784
  5. Stadification AJCC 8e édition — O'Sullivan B, et al. Système de stadification distinct de l'oropharynx HPV/p16+ (ICON-S). Lancet Oncol 2016. PMID 26936027
  6. Ang KK, et al. Human papillomavirus et pronostic du carcinome de l'oropharynx. N Engl J Med 2010. PMID 20530316
  7. Pignon JP, et al. Méta-analyse MACH-NC : chimiothérapie dans les cancers des VADS. Radiother Oncol 2009. PMID 19446902
  8. Référentiels ESMO et NCCN Head and Neck Cancers (versions à jour) — recommandations de pratique clinique.