Cancer de l'ovaire

Premier cancer gynécologique en mortalité, souvent diagnostiqué à un stade avancé (péritonéal) faute de dépistage efficace. Dominé par le carcinome séreux de haut grade (TP53, BRCA, déficit de recombinaison homologue). Deux piliers : la chirurgie de cytoréduction complète et le traitement d'entretien par inhibiteurs de PARP.

Gynécologique Séreux haut grade BRCA / HRD Cytoréduction Inhibiteurs de PARP

📊 Épidémiologie & dépistage

Le cancer de l'ovaire est le cancer gynécologique le plus meurtrier dans les pays occidentaux, en raison d'un diagnostic tardif (~ 70 % au stade III-IV avec carcinose péritonéale). L'âge médian au diagnostic se situe autour de 60–65 ans.

Facteurs de risque et de protection

  • Prédisposition génétique : mutations BRCA1/BRCA2 (risque cumulé élevé), syndrome de Lynch, autres gènes de la recombinaison homologue.
  • Nulliparité, ménarche précoce/ménopause tardive (nombre d'ovulations), âge.
  • Facteurs protecteurs : multiparité, allaitement, contraception œstroprogestative prolongée, salpingectomie/ligature tubaire.
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Le dépistage de masse est inefficace : ni le dosage du CA-125 ni l'échographie n'ont démontré de réduction de mortalité (essais UKCTOCS, PLCO). Il n'existe donc pas de dépistage recommandé en population générale ; chez les femmes à haut risque (BRCA), la salpingo-ovariectomie prophylactique est la mesure la plus efficace.

🧬 Anatomopathologie & biologie

Les cancers épithéliaux représentent ~90 % des cas. Le carcinome séreux de haut grade (CSHG) est de loin le plus fréquent et le plus agressif : quasi constamment muté sur TP53, il naît le plus souvent des franges tubaires (pavillon de la trompe) à partir de lésions précurseurs (STIC — carcinome intra-épithélial tubaire séreux), et non de l'ovaire lui-même.

Sous-type épithélialParticularités
Séreux de haut gradeLe plus fréquent ; TP53 muté ; BRCA/HRD fréquents ; chimiosensible mais rechutes
Séreux de bas gradeVoie MAPK (KRAS/BRAF) ; indolent ; hormonosensible ; peu chimiosensible
Endométrioïde / à cellules clairesLiés à l'endométriose ; cellules claires plus chimiorésistantes
MucineuxRare ; éliminer une origine digestive métastatique

BRCA et déficit de recombinaison homologue (HRD)

Environ la moitié des CSHG présentent un déficit de recombinaison homologue (HRD), par mutation BRCA1/2 (germinale ou somatique) ou par d'autres altérations. Ce statut confère une sensibilité au sels de platine et surtout aux inhibiteurs de PARP (létalité synthétique). La détermination du statut BRCA et HRD est indispensable dès le diagnostic pour orienter l'entretien.

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Origine tubaire du CSHG : la salpingectomie opportuniste (lors d'une chirurgie pelvienne bénigne) est désormais proposée comme stratégie de prévention primaire, y compris en population générale.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

Symptomatologie tardive et peu spécifique : ballonnements, distension et douleurs abdomino-pelviennes, satiété précoce, troubles du transit, ascite, altération de l'état général. La découverte au stade avancé se fait souvent devant une carcinose péritonéale.

Démarche diagnostique

  • Marqueurs : CA-125 (élevé dans les formes séreuses, utile au suivi mais peu spécifique), HE4 et score ROMA pour estimer le risque de malignité d'une masse annexielle ; ACE si suspicion mucineuse/digestive.
  • Imagerie : échographie pelvienne (masse suspecte), TDM thoraco-abdomino-pelvien (extension, carcinose, résécabilité), ± IRM.
  • Confirmation : histologique (chirurgie ou biopsie de la carcinose) avec détermination du statut BRCA/HRD.

📐 Stadification FIGO & TNM

Stadification chirurgicale FIGO (ovaire, trompe et péritoine partagent la même classification), en parallèle du TNM (AJCC).

FIGODéfinition (synthèse)TNM
ILimité aux ovaires/trompes (IA un côté, IB les deux, IC rupture capsulaire/cytologie +)T1
IIExtension pelvienne (utérus, autres organes pelviens/péritoine pelvien)T2
IIIExtension péritonéale extra-pelvienne et/ou ganglions rétropéritonéaux (IIIA1 ganglions ; IIIB ≤ 2 cm ; IIIC > 2 cm)T3 et/ou N1
IVMétastases à distance : épanchement pleural cytologie + (IVA), parenchyme/organes extra-abdominaux (IVB)M1
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La stadification est chirurgicale et repose sur une exploration abdominale complète (cytologie péritonéale, biopsies, omentectomie, curage). La majorité des patientes sont diagnostiquées au stade III-IV.

💊 Prise en charge par stade

Chirurgie de cytoréduction

Objectif : résidu tumoral nul (CC-0) — le résidu post-opératoire est le principal facteur pronostique. Deux stratégies selon la résécabilité et l'état général :

  • Chirurgie première de cytoréduction complète (si résécabilité complète d'emblée), suivie de chimiothérapie.
  • Chimiothérapie néo-adjuvante (3–4 cures) puis chirurgie d'intervalle quand la maladie n'est pas résécable d'emblée ou en cas de comorbidités, puis poursuite de la chimiothérapie.

Chimiothérapie

Standard : carboplatine AUC 5-6 + paclitaxel 175 mg/m² IV toutes les 3 semaines (6 cures) ± bévacizumab 15 mg/kg IV toutes les 3 semaines (concomitant puis en entretien pour une durée totale de 15 à 22 mois) pour les stades avancés à haut risque (essais GOG-218 et ICON7). Alternative chez les patientes fragiles ou âgées : carboplatine AUC 2 + paclitaxel 60-80 mg/m² hebdomadaires (schéma dose-dense, essai MITO-7). Une chimiothérapie intrapéritonéale hyperthermique (cisplatine 100 mg/m²) peut être discutée lors d'une chirurgie d'intervalle (essai OVHIPEC).

Traitement d'entretien par inhibiteurs de PARP

Étape majeure en 1re ligne après réponse à la chimiothérapie à base de platine, guidée par le statut BRCA/HRD :

  • Olaparib 300 mg × 2/j PO pendant 2 ans si BRCA muté : bénéfice de survie sans progression prolongé (essai SOLO-1).
  • Niraparib 200 mg/j (ou 300 mg/j si poids ≥ 77 kg et plaquettes ≥ 150 G/L) PO pendant 3 ans pour toutes les patientes quel que soit le statut BRCA/HRD, avec un bénéfice maximal chez les HRD (essai PRIMA).
  • Olaparib 300 mg × 2/j pendant 2 ans + bévacizumab 15 mg/kg toutes les 3 semaines si HRD (BRCA muté ou signature HRD positive) (essai PAOLA-1).

En situation de rechute sensible au platine, reprise d'un doublet à base de platine (carboplatine-paclitaxel, carboplatine + doxorubicine liposomale pégylée 30 mg/m² ou carboplatine + gemcitabine 1 000 mg/m² à J1 et J8) ± bévacizumab ; l'entretien par PARP en rechute est réservé aux patientes non préalablement exposées, selon les données actuelles. En rechute résistante au platine : monothérapie séquentielle (doxorubicine liposomale pégylée 40-50 mg/m² toutes les 4 semaines, paclitaxel hebdomadaire 80 mg/m², topotécan 4 mg/m² à J1, J8 et J15, gemcitabine) ± bévacizumab (essai AURELIA), ou mirvétuximab soravtansine 6 mg/kg toutes les 3 semaines si le récepteur alpha du folate est fortement exprimé (essai MIRASOL).

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des essais pivots et des référentiels ESMO/ESGO/NCCN. Vérifier systématiquement la prescription, les adaptations (fonction rénale et hépatique, âge, surface corporelle, toxicités) et les interactions dans le référentiel institutionnel avant toute application.

Chimiothérapie

ProtocoleMoléculeDoseVoie / rythmeDurée · essai
1re ligne — standard
Carbo-taxolCarboplatineAUC 5–6IV, J1 toutes les 3 sem6 cycles
Carbo-taxolPaclitaxel175 mg/m²IV sur 3 h, J16 cycles
Schéma hebdomadaire (patiente fragile)Carboplatine / paclitaxelAUC 2 / 60–80 mg/m²IV, hebdomadaire18 semaines · MITO-7
GOG-218 / ICON7Bévacizumab15 mg/kg (7,5 mg/kg dans ICON7)IV, toutes les 3 sem15 à 22 mois au total
OVHIPECCisplatine intrapéritonéal hyperthermique100 mg/m²Intrapéritonéal, per-opératoire (chirurgie d'intervalle)Séance unique
Rechute sensible au platine
Carbo-DLPDoxorubicine liposomale pégylée30 mg/m²IV, J1 toutes les 4 sem (+ carboplatine AUC 5)6 cycles · CALYPSO
Carbo-gemcitabineGemcitabine1 000 mg/m²IV, J1 et J8 toutes les 3 sem (+ carboplatine AUC 4)6 cycles
Rechute résistante au platine
MonothérapieDoxorubicine liposomale pégylée40–50 mg/m²IV, toutes les 4 semjusqu'à progression (± bévacizumab, AURELIA)
MonothérapiePaclitaxel hebdomadaire80 mg/m²IV, hebdomadairejusqu'à progression
MonothérapieTopotécan4 mg/m²IV, J1, J8 et J15 toutes les 4 semjusqu'à progression
MIRASOLMirvétuximab soravtansine6 mg/kg (poids ajusté)IV, toutes les 3 semsi récepteur alpha du folate fortement exprimé

Adaptations et toxicités : carboplatine selon Calvert (AUC × [DFG + 25]), avec un risque d'hypersensibilité croissant à partir de la 6e-8e administration cumulée — situation fréquente chez ces patientes multitraitées, pouvant justifier un protocole de désensibilisation ; paclitaxel — neuropathie cumulative et réactions d'hypersensibilité (prémédication corticoïde et antihistaminique) ; doxorubicine liposomale pégylée — syndrome main-pied et stomatite dose-limitantes, cardiotoxicité moindre que la forme conventionnelle ; bévacizumab — hypertension, protéinurie et surtout risque de perforation digestive, majoré en cas d'atteinte digestive étendue ou d'occlusion (à ne pas prescrire dans ce contexte) ; mirvétuximab soravtansine — kératopathie imposant collyres lubrifiants, corticoïdes et surveillance ophtalmologique.

Inhibiteurs de PARP

MoléculeIndicationDoseVoie / rythmeDurée · essai
OlaparibEntretien 1re ligne, BRCA muté300 mg × 2/jPO, continu2 ans · SOLO-1
Olaparib + bévacizumabEntretien 1re ligne, HRD positif300 mg × 2/j + 15 mg/kgPO continu + IV / 3 sem2 ans · PAOLA-1
NiraparibEntretien 1re ligne, toutes patientes200 mg/j (300 mg si ≥ 77 kg et plaquettes ≥ 150 G/L)PO, continu3 ans · PRIMA
RucaparibEntretien en rechute sensible au platine600 mg × 2/jPO, continujusqu'à progression · ARIEL3

Toxicités des inhibiteurs de PARP : anémie (la plus fréquente, surtout sous olaparib), thrombopénie (surtout sous niraparib, d'où la dose adaptée au poids et aux plaquettes), neutropénie, nausées, asthénie ; surveillance de la numération mensuelle. Le niraparib expose de plus à une hypertension. Un risque rare mais grave de syndrome myélodysplasique ou de leucémie aiguë secondaire justifie l'exploration de toute cytopénie persistante. La détermination du statut BRCA germinal et somatique ainsi que du statut HRD doit être faite dès le diagnostic, ces résultats conditionnant l'entretien.

Radiothérapie

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Rôle généralLa radiothérapie n'a pas de place dans le traitement standard du cancer de l'ovaire, dont la prise en charge repose sur la chirurgie et la chimiothérapie
Oligométastase ou récidive isolée (SBRT)24–45 Gy3 à 5 fractionsGanglion isolé, lésion hépatique ou pulmonaire unique — permet de différer une ligne systémique
Récidive ganglionnaire lombo-aortique45–50 Gy25 à 28 fractionsContrôle local d'une atteinte symptomatique ou isolée
Palliative (douleur, saignement, compression)20–30 Gy5 à 10 fractionsMasse pelvienne symptomatique, saignement vaginal
Métastases cérébrales (rares)18–24 Gy ou 30 GyRadiochirurgie ou 10 fractionsSelon le nombre de lésions
Métastases osseuses8 Gy ou 20 Gy1 fraction ou 5 fractionsAntalgique

Contraintes principales aux organes à risque en cas d'irradiation abdomino-pelvienne : intestin grêle Dmax < 45–50 Gy et V45 < 195 cm³ — organe critique chez des patientes multi-opérées dont les anses sont fixées par des adhérences, ce qui majore nettement le risque d'occlusion et de perforation radiques ; reins Dmoyenne < 15–18 Gy ; foie Dmoyenne < 28 Gy ; moelle épinière Dmax < 45 Gy ; moelle osseuse pelvienne à préserver si une chimiothérapie est prévue. L'irradiation abdominale totale, autrefois pratiquée, a été abandonnée du fait de sa toxicité.

Points clés à retenir

  • Carcinome séreux de haut grade : TP53 muté, origine tubaire (STIC), diagnostic souvent au stade avancé (carcinose péritonéale).
  • Pas de dépistage efficace en population générale ; la prévention chez les BRCA repose sur la salpingo-ovariectomie prophylactique.
  • CA-125 (suivi), HE4/ROMA pour évaluer une masse annexielle ; statut BRCA/HRD indispensable dès le diagnostic.
  • Chirurgie : le résidu tumoral nul (CC-0) est le facteur pronostique majeur ; chirurgie d'intervalle après chimio néo-adjuvante si non résécable.
  • Entretien par inhibiteurs de PARP : olaparib si BRCA muté (SOLO-1), niraparib pour toutes (PRIMA), olaparib + bévacizumab si HRD (PAOLA-1).

QCM — 10 questions

Q1. Quel est le principal facteur pronostique modifiable après la chirurgie d'un cancer de l'ovaire avancé ?

Q2. Une patiente avec un cancer de l'ovaire séreux de haut grade BRCA muté répond à la chimiothérapie de 1re ligne. Quel entretien est validé par l'essai SOLO-1 ?

Q3. À propos du dépistage du cancer de l'ovaire en population générale, quelle affirmation est exacte ?

Q4. Quelle est l'origine aujourd'hui admise de la majorité des carcinomes séreux de haut grade dits « ovariens » ?

Q5. Qu'entend-on par « déficience de la recombinaison homologue » (HRD) et pourquoi ce statut importe-t-il ?

Q6. Quel essai a validé l'entretien par niraparib chez toutes les patientes, indépendamment du statut BRCA ou HRD ?

Q7. Pourquoi la dose de niraparib en entretien est-elle individualisée à 200 ou 300 mg par jour ?

Q8. Chez une patiente occluse sur carcinose péritonéale, quelle molécule est formellement à éviter ?

Q9. Quelle mesure réduit le plus efficacement le risque de cancer de l'ovaire chez une femme porteuse d'une mutation BRCA1 ?

Q10. Comment définit-on une rechute « résistante au platine » et quelle en est la conséquence ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Carcinome séreux de haut grade avancé

Femme de 62 ans, consultant pour un ballonnement abdominal, une augmentation du périmètre abdominal et une perte d'appétit depuis 3 mois. L'examen retrouve une ascite de moyenne abondance. Le CA-125 est à 1 850 U/mL. Le scanner montre une carcinose péritonéale diffuse avec un gâteau épiploïque et des masses annexielles bilatérales.

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  1. Étape 1 · Diagnostic

    Q1. Quelle démarche diagnostique privilégiez-vous ?

  2. Étape 2 · Stratégie chirurgicale

    Cœlioscopie : carcinose diffuse avec atteinte du mésentère rétracté et de la racine du mésentère, jugée non résécable en totalité d'emblée. Carcinome séreux de haut grade confirmé.

    Q2. Quelle stratégie retenez-vous ?

  3. Étape 3 · Chirurgie d'intervalle

    Après 4 cures : le CA-125 est descendu à 42 U/mL, l'ascite a disparu, la carcinose a nettement régressé. La chirurgie d'intervalle permet une cytoréduction complète (CC-0).

    Q3. Quelle option peut se discuter lors de cette chirurgie d'intervalle ?

  4. Étape 4 · Entretien

    Résultats moléculaires : pas de mutation BRCA germinale ni somatique, mais signature HRD positive. La patiente est en réponse complète après 6 cures et a reçu du bévacizumab.

    Q4. Quel entretien proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Tolérance

    Après 4 mois d'olaparib : hémoglobine à 8,6 g/dL avec asthénie marquée, sans saignement.

    Q5. Quelle conduite ?

  6. Étape 6 · Rechute

    À 30 mois : ascension du CA-125 à 320 U/mL avec réapparition de nodules péritonéaux au scanner, 14 mois après la fin du platine. La patiente est OMS 1, asymptomatique.

    Q6. Quelle stratégie proposez-vous ?

Synthèse du cas 1

Carcinose ovarienne : preuve histologique et évaluation de la résécabilité par cœlioscopie, avec statut BRCA/HRD d'emblée. Si non résécable : chimiothérapie néo-adjuvante puis chirurgie d'intervalle visant CC-0, éventuellement avec CHIP (OVHIPEC). Entretien guidé par la biologie : olaparib si BRCA (SOLO-1), olaparib-bévacizumab si HRD (PAOLA-1), niraparib pour toutes (PRIMA). Anémie sous PARP : suspendre et réduire. Rechute sensible : platine ± chirurgie secondaire (DESKTOP III).

Cas 2

Mutation BRCA1 et prévention

Femme de 38 ans, dont la mère est décédée d'un cancer de l'ovaire à 54 ans et une sœur traitée pour un cancer du sein triple négatif à 36 ans. Elle est adressée en oncogénétique et une mutation germinale pathogène de BRCA1 est identifiée. Elle a deux enfants et ne souhaite pas d'autre grossesse.

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  1. Étape 1 · Risque

    Q1. Quel est l'ordre de grandeur du risque de cancer de l'ovaire chez une femme BRCA1 mutée ?

  2. Étape 2 · Prévention ovarienne

    Question : la patiente demande comment réduire ce risque.

    Q2. Que lui proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Modalités

    Préparation : la patiente accepte l'intervention et s'inquiète des conséquences d'une ménopause à 38 ans.

    Q3. Quelles précautions et informations lui donnez-vous ?

  4. Étape 4 · Découverte occulte

    Anatomopathologie : l'analyse SEE-FIM retrouve un carcinome intra-épithélial tubaire séreux (STIC) du pavillon droit, sans lésion invasive. La cytologie péritonéale est négative.

    Q4. Quelle conduite ?

  5. Étape 5 · Risque mammaire

    Consultation : la patiente interroge sur le risque de cancer du sein.

    Q5. Que lui proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Famille

    Enquête familiale : la patiente a une fille de 16 ans, un fils de 19 ans et un frère de 41 ans.

    Q6. Que proposez-vous ?

Synthèse du cas 2

BRCA1 : risque ovarien de 40-45 %, plus précoce que BRCA2. Aucun dépistage efficace — la salpingo-ovariectomie prophylactique (35-40 ans pour BRCA1) est la seule mesure améliorant la survie. Analyse tubaire exhaustive (SEE-FIM), l'origine étant tubaire. Traitement hormonal substitutif licite jusqu'à 50 ans en l'absence d'antécédent mammaire. Choix mammaire personnel : IRM annuelle ou mastectomie prophylactique. Test familial chez les majeurs, hommes compris.

Cas 3

Rechute résistante au platine

Femme de 68 ans, traitée 3 ans plus tôt pour un carcinome séreux de haut grade stade IIIC, ayant reçu chirurgie, carboplatine-paclitaxel, bévacizumab et un entretien par niraparib. Elle a présenté deux rechutes traitées par platine. La dernière progression survient 4 mois après la fin de sa dernière ligne de platine, avec ascite récidivante et douleurs abdominales.

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  1. Étape 1 · Qualification

    Q1. Comment qualifiez-vous cette rechute et quelle en est la conséquence ?

  2. Étape 2 · Choix thérapeutique

    Bilan : pas d'atteinte digestive infiltrante ni d'antécédent d'occlusion. L'expression du récepteur alpha du folate est forte sur la tumeur.

    Q2. Quelle option privilégiez-vous ?

  3. Étape 3 · Toxicité

    Après 3 cures : la patiente se plaint d'une vision floue et de picotements oculaires. L'examen ophtalmologique montre une kératopathie superficielle.

    Q3. Quelle conduite ?

  4. Étape 4 · Ascite

    À 5 mois : l'ascite se reconstitue rapidement, nécessitant des ponctions toutes les deux semaines, avec inconfort et dyspnée.

    Q4. Quelle prise en charge symptomatique proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Complication

    À 8 mois : hospitalisation pour vomissements, arrêt des matières et des gaz. Le scanner montre une occlusion grêle sur carcinose, à plusieurs niveaux.

    Q5. Quelle prise en charge ?

  6. Étape 6 · Projet de soins

    Évolution : l'occlusion se lève partiellement mais l'état général se dégrade (OMS 3), avec dénutrition et progression sous traitement.

    Q6. Quelle attitude ?

Synthèse du cas 3

Intervalle libre < 6 mois = résistance au platine : monothérapies séquentielles ± bévacizumab (AURELIA), ou mirvétuximab soravtansine si récepteur alpha du folate fortement exprimé (MIRASOL) — avec prophylaxie oculaire de la kératopathie. Ascite réfractaire : ponctions puis cathéter tunnelisé à domicile. Occlusion sur carcinose : traitement médical d'abord, et bévacizumab formellement contre-indiqué. Soins de support intégrés.

Cas 4

Tumeur borderline chez une femme jeune

Femme de 27 ans, nullipare, consultant pour des douleurs pelviennes. L'échographie retrouve une masse ovarienne droite de 9 cm, multiloculaire, avec quelques végétations endokystiques et une vascularisation modérée. Le CA-125 est à 62 U/mL. Il n'y a pas d'ascite.

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  1. Étape 1 · Évaluation

    Q1. Quels examens permettent de caractériser cette masse annexielle ?

  2. Étape 2 · Chirurgie

    Bilan : masse d'aspect intermédiaire, marqueurs germinaux normaux, pas de carcinose au scanner. Une cœlioscopie exploratrice est réalisée.

    Q2. Quel geste chirurgical privilégiez-vous chez cette femme jeune ?

  3. Étape 3 · Anatomopathologie

    Résultat définitif : tumeur séreuse borderline (à faible potentiel de malignité), sans implants péritonéaux invasifs, cytologie négative, ovaire controlatéral macroscopiquement normal.

    Q3. Quelle est la conduite ?

  4. Étape 4 · Fertilité

    Consultation : la patiente souhaite une grossesse et s'inquiète de sa fertilité après kystectomie.

    Q4. Que lui répondez-vous ?

  5. Étape 5 · Récidive

    À 4 ans : après une grossesse menée à terme, l'échographie de surveillance retrouve une récidive kystique de l'ovaire droit restant, de 4 cm.

    Q5. Quelle conduite ?

  6. Étape 6 · Situation contrastée

    Cas comparatif : imaginons que l'anatomopathologie initiale ait montré des implants péritonéaux invasifs.

    Q6. Quelle en serait la conséquence ?

Synthèse du cas 4

Masse annexielle chez une femme jeune : échographie experte (IOTA/O-RADS), IRM, marqueurs épithéliaux et germinaux ; jamais de ponction. Chirurgie conservatrice avec extraction protégée, cytologie et exploration complète. Tumeur borderline : excellent pronostic, chimiorésistante, aucun adjuvant, conservation possible avec grossesse autorisée. Récidives fréquentes mais bénignes. Les implants invasifs changent tout : ils correspondent à un carcinome séreux de bas grade.

Cas 5

Urgence révélatrice et carcinome de bas grade

Femme de 45 ans admise aux urgences pour douleur pelvienne aiguë et défense. Le scanner retrouve une volumineuse masse annexielle gauche de 14 cm, avec une infiltration de la graisse et un épanchement, faisant suspecter une torsion ou une rupture. Le CA-125 est à 210 U/mL.

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  1. Étape 1 · Urgence

    Q1. Quelle est la conduite immédiate ?

  2. Étape 2 · Anatomopathologie

    Résultat : carcinome séreux de bas grade avec quelques implants péritonéaux, sans atteinte de l'ovaire controlatéral. Récepteurs hormonaux fortement positifs. Une mutation de KRAS est retrouvée, sans mutation de TP53.

    Q2. En quoi cette entité diffère-t-elle du carcinome séreux de haut grade ?

  3. Étape 3 · Traitement

    Bilan complémentaire : quelques implants péritonéaux résiduels après la chirurgie en urgence, sans autre localisation.

    Q3. Quelle stratégie proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Fertilité et ménopause

    Situation : la patiente de 45 ans a subi une annexectomie bilatérale et une hystérectomie dans le cadre de la cytoréduction. Elle présente des bouffées de chaleur invalidantes.

    Q4. Quelle conduite vis-à-vis d'un traitement hormonal substitutif ?

  5. Étape 5 · Progression

    À 3 ans : progression péritonéale lente sous anti-aromatase, avec majoration des implants et douleurs modérées. La patiente reste OMS 1.

    Q5. Quelle option envisagez-vous ?

  6. Étape 6 · Vision d'ensemble

    Réflexion : la patiente, en vie 6 ans après le diagnostic avec une maladie stable, interroge sur son pronostic.

    Q6. Quelle est la caractéristique évolutive de cette entité ?

Synthèse du cas 5

Une complication aiguë ne dispense pas des règles carcinologiques (extraction protégée, cytologie, exploration). Carcinome séreux de bas grade : femmes plus jeunes, voie MAPK (KRAS/BRAF) sans TP53, chimiorésistance relative et forte hormonosensibilité — d'où le poids de la chirurgie complète, de l'hormonothérapie et des inhibiteurs de MEK. Traitement hormonal substitutif contre-indiqué. Maladie chronique : stratégie de long cours centrée sur la qualité de vie.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Quelle est l'origine et l'altération génétique constante du carcinome séreux de haut grade ?cliquer
Origine tubaire (franges/pavillon, lésion STIC) ; mutation quasi constante de TP53. Déficit HRD/BRCA fréquent.

Facteur pronostique majeur après chirurgie du cancer de l'ovaire ?cliquer
L'absence de résidu tumoral (cytoréduction complète, CC-0). D'où la chirurgie d'intervalle après chimio néo-adjuvante si non résécable d'emblée.

Trois essais fondateurs de l'entretien par inhibiteurs de PARP en 1re ligne ?cliquer
SOLO-1 (olaparib si BRCA muté), PRIMA (niraparib pour toutes), PAOLA-1 (olaparib + bévacizumab si HRD).

Le dépistage de masse du cancer de l'ovaire est-il recommandé ?cliquer
Non : ni le CA-125 ni l'échographie n'ont réduit la mortalité (UKCTOCS, PLCO). Prévention BRCA = salpingo-ovariectomie prophylactique.

📚 Références & essais fondateurs

  1. SOLO-1 — Moore K, et al. Olaparib en entretien, cancer de l'ovaire BRCA muté nouvellement diagnostiqué. N Engl J Med 2018. PMID 30345884
  2. PRIMA — González-Martín A, et al. Niraparib en entretien, cancer de l'ovaire avancé. N Engl J Med 2019. PMID 31562799
  3. PAOLA-1 — Ray-Coquard I, et al. Olaparib + bévacizumab en entretien de 1re ligne (HRD). N Engl J Med 2019. PMID 31851799
  4. GOG-218 — Burger RA, et al. Bévacizumab dans le traitement de 1re ligne du cancer de l'ovaire. N Engl J Med 2011. PMID 22204724
  5. ICON7 — Perren TJ, et al. Bévacizumab dans le cancer de l'ovaire (phase 3). N Engl J Med 2011. PMID 22204725
  6. EORTC 55971 — Vergote I, et al. Chimiothérapie néo-adjuvante vs chirurgie première, ovaire stade avancé. N Engl J Med 2010. PMID 20818904
  7. Labidi-Galy SI, et al. Origine tubaire (trompe de Fallope) des carcinomes séreux de haut grade. Nat Commun 2017. PMID 29061967
  8. Référentiels ESMO et NCCN Ovarian Cancer (versions à jour) — recommandations de pratique clinique.