Médulloblastome

Tumeur embryonnaire maligne de la fosse postérieure (cervelet), la plus fréquente des tumeurs cérébrales malignes de l'enfant. La classification moléculaire en quatre groupes (WNT, SHH, groupe 3, groupe 4) a transformé la stratification pronostique et guide la désescalade thérapeutique.

Pédiatrie Fosse postérieure WNT / SHH Groupe 3 / 4 RT cranio-spinale

📊 Épidémiologie

Le médulloblastome représente environ 20 % des tumeurs cérébrales de l'enfant et la tumeur cérébrale maligne (embryonnaire) la plus fréquente en pédiatrie. Le pic d'incidence se situe entre 3 et 8 ans, avec une légère prédominance masculine. Il survient aussi chez l'adulte jeune (plus souvent SHH).

Terrain et prédisposition

  • Syndrome de Gorlin (mutation PTCH1, voie SHH) : prédispose au médulloblastome SHH du jeune enfant.
  • Syndrome de Turcot / polypose (APC) : lié aux médulloblastomes de type WNT.
  • Li-Fraumeni (TP53) : médulloblastomes SHH de mauvais pronostic.
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Le médulloblastome est classé grade 4 (OMS) — c'est une tumeur embryonnaire agressive, à distinguer nettement des astrocytomes de bas grade du cervelet, de bien meilleur pronostic.

🧬 Groupes moléculaires

La classification OMS 2021 intègre les quatre groupes moléculaires consensuels, de pronostic très différent. Sur le plan histologique, on distingue les formes classique, desmoplasique/nodulaire (souvent SHH, bon pronostic chez le nourrisson), à nodularité extensive, et anaplasique/à grandes cellules (défavorable).

GroupeVoie / gènesTerrainPronostic
WNTCTNNB1, monosomie 6Enfant plus âgé / adulteExcellent (> 90 %)
SHHPTCH1, SMO, SUFU, TP53Nourrisson & adulte (bimodal)Variable (TP53 muté = mauvais)
Groupe 3Amplification MYCNourrisson / jeune enfantMauvais (métastases fréquentes)
Groupe 4Le plus fréquent, KDM6A, i17qEnfantIntermédiaire
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Le groupe WNT a un pronostic excellent : il fait l'objet d'essais de désescalade thérapeutique (réduction de la dose de radiothérapie cranio-spinale) pour limiter les séquelles. À l'inverse, le groupe 3 avec amplification de MYC est le plus agressif, souvent métastatique d'emblée.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

Le tableau typique associe un syndrome d'hypertension intracrânienne (céphalées matinales, vomissements, œdème papillaire) par hydrocéphalie obstructive (compression du 4e ventricule) et un syndrome cérébelleux (ataxie, troubles de l'équilibre et de la marge, nystagmus). Chez le nourrisson : macrocrânie, irritabilité, régression des acquisitions.

Bilan diagnostique

  • IRM cérébrale : masse de la fosse postérieure, souvent médiane (vermis) chez l'enfant, prenant le contraste.
  • IRM cranio-spinale complète pré-opératoire (ou à distance de la chirurgie) : recherche de métastases leptoméningées (dissémination dans le névraxe, caractéristique).
  • Analyse du LCR (cytologie), réalisée à distance de la chirurgie (≥ 15 jours) pour rechercher des cellules tumorales.
  • Histologie + biologie moléculaire pour le classement en groupe (WNT/SHH/3/4) et sous-type histologique.
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Le bilan d'extension repose sur le couple IRM cranio-spinale + cytologie du LCR : la dissémination leptoméningée est un facteur de haut risque majeur (stadification de Chang M0–M4).

📐 Stratification du risque

Chez l'enfant de plus de 3–5 ans, la stratification combine des critères cliniques classiques et, de plus en plus, les groupes moléculaires.

Risque standardHaut risque
Résidu post-opératoire < 1,5 cm²Résidu ≥ 1,5 cm²
Pas de métastase (M0)Métastases (M+ leptoméningées ou LCR positif)
Histologie non anaplasiqueHistologie anaplasique / à grandes cellules
Biologie favorable (ex. WNT)Amplification MYC/MYCN, SHH avec TP53 muté

Une catégorie particulière est celle des jeunes enfants (< 3 ans), chez qui la radiothérapie cranio-spinale est évitée ou fortement retardée en raison de sa toxicité neurocognitive et endocrinienne majeure sur le cerveau en développement.

💊 Prise en charge

La prise en charge, multidisciplinaire, s'inscrit dans les protocoles coopératifs (SIOP-E / PNET5, COG, SFCE).

Chirurgie

Exérèse maximale sans risque neurologique (l'étendue de la résection est pronostique) et dérivation de l'hydrocéphalie si besoin. Surveillance du syndrome de la fosse postérieure (mutisme cérébelleux) post-opératoire.

Radiothérapie

  • Radiothérapie cranio-spinale (encéphale + axe spinal) avec surimpression portant la dose totale à 54 à 55,8 Gy sur la fosse postérieure ou le lit tumoral (fractions de 1,8 Gy) : pilier du traitement de l'enfant > 3 ans.
  • Dose cranio-spinale adaptée au risque : 23,4 Gy en 13 fractions de 1,8 Gy dans le risque standard, 36 Gy en 20 fractions dans le haut risque, avec surimpression des métastases visibles (jusqu'à 45 à 50 Gy sur les dépôts spinaux). Les essais de désescalade du groupe WNT évaluent 18 Gy.
  • L'irradiation doit débuter dans les 4 semaines suivant la chirurgie et la durée totale ne doit pas être allongée. Évitée chez l'enfant < 3 ans ; la protonthérapie est privilégiée quand disponible pour épargner cœur, thyroïde, cochlées et corps vertébraux.

Chimiothérapie

  • Chimiothérapie concomitante par vincristine 1,5 mg/m² hebdomadaire (max 2 mg) pendant l'irradiation, puis chimiothérapie adjuvante chez l'enfant plus âgé : 8 cycles alternant cisplatine 70 mg/m² à J1, lomustine (CCNU) 75 mg/m² à J1 et vincristine 1,5 mg/m² à J1, J8 et J15, toutes les 6 semaines — ou schéma cyclophosphamide 1 000 mg/m²/j à J1-J2 + cisplatine + vincristine selon le protocole.
  • Chez le jeune enfant de moins de 3 ans : chimiothérapie première intensive (carboplatine, étoposide, cyclophosphamide, méthotrexate haute dose 5 g/m² avec sauvetage folinique), éventuellement méthotrexate intraventriculaire 2 mg par réservoir, et chimiothérapie haute dose (carboplatine-thiotépa-étoposide) avec autogreffe pour retarder ou éviter l'irradiation. Une forme desmoplasique/nodulaire du nourrisson peut ainsi être guérie sans irradiation.
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Désescalade pour le groupe WNT : son excellent pronostic justifie des essais réduisant l'intensité (dose de radiothérapie cranio-spinale, chimiothérapie) afin de diminuer les séquelles neurocognitives, endocriniennes et le risque de second cancer — enjeu central de la recherche actuelle.

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des protocoles SIOP-E / PNET5, COG et SFCE. En oncologie pédiatrique, les doses se calculent sur la surface corporelle — ou en mg/kg chez l'enfant de moins de 12 kg — et la prescription se fait exclusivement dans le cadre d'un protocole validé, en centre spécialisé. Vérifier systématiquement le calcul, les doses maximales absolues et les doses cumulées.

Chimiothérapie de l'enfant de plus de 3 ans

PhaseMoléculeDoseVoie / rythmePrécisions
Phase concomitante à l'irradiation
ConcomitantVincristine1,5 mg/m² (max 2 mg)IV directe, hebdomadairePendant toute l'irradiation · jamais intrathécal
Chimiothérapie adjuvante — 8 cycles de 6 semaines
Cycle typeCisplatine70 mg/m²IV, J1Hyperhydratation, audiogramme avant chaque cure
Cycle typeLomustine (CCNU)75 mg/m²per os, J1Myélotoxicité cumulative et retardée
Cycle typeVincristine1,5 mg/m²IV, J1, J8 et J15Surveiller constipation et réflexes
VarianteCyclophosphamide1 000 mg/m²/jIV, J1 et J2Uroprotection par mesna ; alternative à la lomustine
Désescalade en cours d'évaluation
Groupe WNTRéduction de dose18 Gy cranio-spinalprotocoles de rechercheObjectif : réduire les séquelles neurocognitives et endocriniennes

Trois toxicités dominent et se cumulent avec celles de l'irradiation. L'ototoxicité du cisplatine, cumulative et irréversible, est particulièrement critique ici car l'irradiation de la fosse postérieure inclut les cochlées : un audiogramme est réalisé avant chaque cure, et l'hypoacousie impose une bascule vers le carboplatine ou une réduction de dose — chez un enfant scolarisé, la perte auditive aggrave les difficultés d'apprentissage déjà liées à l'irradiation. La lomustine a une myélotoxicité cumulative et retardée, imposant de respecter les intervalles de 6 semaines et de contrôler la numération avant chaque cure. La vincristine expose à une neuropathie qui se surajoute à l'ataxie cérébelleuse post-chirurgicale, rendant l'évaluation délicate : la constipation est un signe d'alerte précoce, et la molécule ne doit jamais être administrée par voie intrathécale.

Stratégie du jeune enfant (moins de 3 à 5 ans)

ComposanteMoléculeDoseVoie / rythmeObjectif
Chimiothérapie d'inductionCarboplatine200 mg/m²/jIV, J1 à J3Retarder ou éviter l'irradiation
Chimiothérapie d'inductionÉtoposide150 mg/m²/jIV, J1 à J3
Chimiothérapie d'inductionCyclophosphamide1 500 mg/m²IV, avec mesna
Chimiothérapie d'inductionMéthotrexate haute dose5 g/m²IV sur 24 hBonne pénétration méningée · sauvetage folinique et alcalinisation obligatoires
Voie intraventriculaireMéthotrexate2 mgintraventriculaire (réservoir), selon protocoleTraitement de la dissémination leptoméningée
ConsolidationCarboplatine-thiotépa-étoposidehaute dose selon protocoleIV, puis autogreffeAlternative à l'irradiation chez le très jeune enfant
Formes desmoplasiques du nourrissonProtocole sans irradiationGuérison possible sans irradiation dans cette histologie favorable

Toute la stratégie du jeune enfant est organisée autour d'un objectif unique : épargner le cerveau en développement. Avant 3 ans, l'irradiation cranio-spinale provoque des séquelles neurocognitives majeures — perte de plusieurs dizaines de points de quotient intellectuel —, des déficits hormonaux multiples et un retard de croissance sévère. On accepte donc une intensification chimiothérapique lourde, incluant méthotrexate à haute dose et parfois autogreffe, pour retarder ou éviter l'irradiation. Le méthotrexate à haute dose impose une hyperhydratation alcaline, un sauvetage folinique guidé par les dosages plasmatiques, l'éviction des médicaments interférant avec son élimination (anti-inflammatoires, cotrimoxazole, inhibiteurs de la pompe à protons) et la surveillance des mucites et de la fonction rénale. La voie intraventriculaire expose au risque infectieux sur réservoir et à la leucoencéphalopathie.

Radiothérapie

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Cranio-spinal, risque standard23,4 Gy13 fractions de 1,8 GyEncéphale entier + axe spinal jusqu'à S2-S3, avec vincristine concomitante
Cranio-spinal, haut risque36 Gy20 fractions de 1,8 GyDose majorée en cas de métastases ou de biologie défavorable
Surimpression fosse postérieure / lit tumoraljusqu'à 54 à 55,8 Gy au totalfractions de 1,8 GyVolume ciblé sur le lit tumoral plutôt que la fosse postérieure entière, pour épargner cochlées et tronc
Surimpression des métastases spinales45 à 50 Gyfractions de 1,8 GySur les dépôts visibles à l'IRM
Désescalade groupe WNT (recherche)18 Gy cranio-spinal10 fractions de 1,8 GyUniquement en protocole de recherche
Enfant < 3 ansévitéeChimiothérapie intensive ± autogreffe ; irradiation focale différée discutée au cas par cas

L'irradiation cranio-spinale est l'un des traitements les plus lourds en séquelles de toute l'oncologie pédiatrique, et sa planification est un exercice d'épargne. Contraintes principales : tronc cérébral Dmax < 54 Gy, chiasma et nerfs optiques Dmax < 54 Gy, cochlées Dmoyenne < 35 à 40 Gy — contrainte critique du fait de la potentialisation par le cisplatine —, cristallins et rétines aussi bas que possible, hypophyse et hypothalamus à limiter pour préserver les axes hormonaux, thyroïde, cœur, poumons et reins traversés par le champ spinal, et corps vertébraux irradiés symétriquement sur toute la hauteur pour éviter une asymétrie de croissance. Les séquelles attendues justifient un suivi organisé : déficit neurocognitif (d'autant plus sévère que l'enfant est jeune et la dose élevée), déficit en hormone de croissance quasi constant, hypothyroïdie, puberté précoce ou retardée, infertilité, perte auditive, réduction de la taille assise par irradiation vertébrale, et risque de second cancer. La protonthérapie, en supprimant la dose de sortie, réduit fortement l'exposition du cœur, de la thyroïde, du tube digestif et des corps vertébraux : c'est l'indication pédiatrique par excellence.

Points clés à retenir

  • Tumeur embryonnaire (grade 4) de la fosse postérieure, la plus fréquente des tumeurs cérébrales malignes de l'enfant ; HTIC + syndrome cérébelleux.
  • Quatre groupes moléculaires : WNT (excellent), SHH (variable, TP53 muté = mauvais), groupe 3 (MYC, mauvais), groupe 4 (le plus fréquent, intermédiaire).
  • Bilan d'extension = IRM cranio-spinale + cytologie du LCR (métastases leptoméningées).
  • Traitement : chirurgie maximale + radiothérapie cranio-spinale (dose selon le risque) + chimiothérapie ; radiothérapie évitée avant 3 ans.
  • Désescalade thérapeutique pour le groupe WNT afin de limiter les séquelles à long terme.

QCM — 10 questions

Q1. Quel groupe moléculaire de médulloblastome a le meilleur pronostic et fait l'objet d'essais de désescalade ?

Q2. Quel bilan est indispensable pour la stadification (extension) d'un médulloblastome ?

Q3. Pourquoi la radiothérapie cranio-spinale est-elle évitée chez l'enfant de moins de 3 ans ?

Q4. Quelles sont les doses de radiothérapie cranio-spinale selon le groupe de risque chez l'enfant de plus de 3 ans ?

Q5. Un enfant présente, deux jours après l'exérèse d'un médulloblastome, une absence totale de parole, une labilité émotionnelle et une hypotonie axiale. Quel diagnostic évoquez-vous ?

Q6. Pourquoi la cytologie du liquide céphalorachidien doit-elle être réalisée à distance de la chirurgie ?

Q7. Quelle est la surveillance indispensable pendant la chimiothérapie adjuvante associant cisplatine et irradiation de la fosse postérieure ?

Q8. Quel est l'intérêt principal de la protonthérapie dans le médulloblastome de l'enfant ?

Q9. Un nourrisson de 20 mois présente un médulloblastome desmoplasique/nodulaire, sans métastase, complètement résequé. Quelle stratégie privilégiez-vous ?

Q10. Quelles séquelles à long terme faut-il anticiper et surveiller chez un enfant guéri d'un médulloblastome traité par irradiation cranio-spinale ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Médulloblastome de risque standard : du diagnostic aux séquelles

Garçon de 7 ans amené pour des céphalées matinales avec vomissements en jet depuis 3 semaines, initialement mises sur le compte d'une gastro-entérite. Depuis quelques jours, les parents notent une démarche instable et une écriture dégradée. À l'examen : ataxie à la marche avec élargissement du polygone de sustentation, nystagmus horizontal, dysmétrie bilatérale, et œdème papillaire au fond d'œil.

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  1. Étape 1 · Urgence diagnostique

    Q1. Quelle est votre conduite immédiate ?

  2. Étape 2 · Bilan d'extension

    IRM : masse médiane du vermis cérébelleux de 4 cm, prenant le contraste, comblant le 4e ventricule avec hydrocéphalie triventriculaire. L'enfant est opéré en semi-urgence après dérivation : exérèse macroscopiquement complète, résidu estimé à moins de 1,5 cm². Histologie : médulloblastome classique, non anaplasique.

    Q2. Quel bilan complémentaire et à quel moment ?

  3. Étape 3 · Complication postopératoire

    À J3 postopératoire : l'enfant, qui parlait normalement au réveil, ne prononce plus un mot. Il est irritable, pleure facilement, présente une hypotonie axiale et refuse de s'alimenter. Le scanner ne montre ni saignement ni dilatation ventriculaire.

    Q3. Quel diagnostic et quelle conduite ?

  4. Étape 4 · Stratification et traitement

    Résultats à J20 : IRM cranio-spinale sans métastase, cytologie du liquide céphalorachidien négative. Caractérisation moléculaire : groupe 4, sans amplification de MYC, i17q présent. Résidu inférieur à 1,5 cm². Le mutisme s'améliore progressivement.

    Q4. Quel traitement proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Toxicité pendant le traitement

    Au 4e cycle de chimiothérapie adjuvante : l'audiogramme montre une perte auditive bilatérale de 35 dB sur les fréquences aiguës. L'enfant, scolarisé en CE1, présente des difficultés de concentration et l'institutrice signale qu'il « n'entend pas les consignes ». La créatinine est normale.

    Q5. Quelle est votre conduite ?

  6. Étape 6 · Séquelles à long terme

    Quatre ans plus tard : l'enfant, âgé de 11 ans, est en rémission complète. Il porte des prothèses auditives. Sa courbe de croissance a décroché avec une taille au 3e percentile, sa taille assise est disproportionnellement réduite, et le bilan hormonal montre un déficit en hormone de croissance et une hypothyroïdie. Il redouble sa classe.

    Q6. Quelle prise en charge organisez-vous ?

Synthèse du cas 1

Hypertension intracrânienne + syndrome cérébelleux chez l'enfant = tumeur de la fosse postérieure : IRM en urgence, ponction lombaire contre-indiquée. Bilan d'extension par IRM cranio-spinale et cytologie du liquide céphalorachidien, réalisés au moins 15 jours après la chirurgie pour éviter les faux positifs qui feraient surtraiter. Connaître le syndrome de la fosse postérieure : mutisme d'apparition différée de 1 à 4 jours, régressif mais laissant des séquelles langagières. Risque standard = 23,4 Gy cranio-spinal + surimpression à 54 Gy + vincristine concomitante puis 8 cycles cisplatine-lomustine-vincristine. Surveiller l'audition (cisplatine + irradiation cochléaire). Séquelles à vie : cognition, hormone de croissance, thyroïde, taille assise, audition.

Cas 2

Médulloblastome du nourrisson : éviter l'irradiation

Nourrisson de 16 mois amené pour une irritabilité inhabituelle, des vomissements et une régression des acquisitions — il ne tient plus assis alors qu'il marchait avec appui. Le périmètre crânien est passé du 50e au 90e percentile en trois mois. La fontanelle est bombée. L'IRM montre une volumineuse masse de la fosse postérieure avec hydrocéphalie majeure.

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  1. Étape 1 · Reconnaître la présentation du nourrisson

    Q1. Quels éléments de ce tableau sont caractéristiques de l'hypertension intracrânienne du nourrisson ?

  2. Étape 2 · Histologie et enjeu thérapeutique

    Suite : dérivation puis exérèse quasi complète. Histologie : médulloblastome desmoplasique/nodulaire, groupe SHH, TP53 non muté. IRM cranio-spinale et cytologie du liquide céphalorachidien, réalisées à 3 semaines : négatives (M0).

    Q2. Quelle stratégie thérapeutique privilégiez-vous ?

  3. Étape 3 · Prescription du méthotrexate haute dose

    Protocole : chimiothérapie incluant du méthotrexate à haute dose (5 g/m² en perfusion de 24 heures). L'enfant reçoit par ailleurs un traitement par oméprazole pour un reflux et du cotrimoxazole en prophylaxie.

    Q3. Quelles précautions sont indispensables ?

  4. Étape 4 · Complication

    Après la 3e cure : l'enfant présente une fièvre à 39,2 °C avec des neutrophiles à 0,2 G/L, une mucite buccale sévère l'empêchant de boire, et une diarrhée. Il est porteur d'un cathéter central et d'un réservoir intraventriculaire.

    Q4. Quelle est votre prise en charge ?

  5. Étape 5 · Fin de traitement

    Après la fin du protocole : l'enfant, âgé de 2 ans et demi, est en rémission complète, sans avoir reçu de radiothérapie. Il a rattrapé la marche mais présente une ataxie résiduelle et un retard de langage.

    Q5. Quel suivi organisez-vous ?

  6. Étape 6 · Évolution favorable

    À 6 ans : l'enfant est toujours en rémission complète, n'a jamais été irradié. Il est scolarisé en grande section avec un léger retard, présente une ataxie modérée et suit une orthophonie. Sa croissance et son bilan hormonal sont normaux.

    Q6. Quel enseignement tirez-vous de ce parcours ?

Synthèse du cas 2

Chez le nourrisson, l'hypertension intracrânienne se manifeste par une macrocrânie évolutive, une fontanelle bombée, une irritabilité et une régression des acquisitions — reporter le périmètre crânien sur la courbe est essentiel. La forme desmoplasique/nodulaire de groupe SHH sans mutation de TP53, sans métastase, peut être guérie par chimiothérapie sans irradiation, ce qui préserve croissance, fonctions endocriniennes et cognition. Le méthotrexate haute dose exige hyperhydratation alcaline, sauvetage folinique guidé par les dosages, et arrêt des médicaments interférant (inhibiteurs de la pompe à protons, cotrimoxazole, anti-inflammatoires). Toute fièvre chez un porteur de réservoir intraventriculaire doit faire évoquer une ventriculite. L'irradiation reste en réserve pour une rechute.

Cas 3

Médulloblastome métastatique de groupe 3

Garçon de 5 ans, opéré d'une tumeur de la fosse postérieure avec résidu postopératoire estimé à 2 cm². L'IRM cranio-spinale réalisée à 3 semaines montre plusieurs dépôts leptoméningés spinaux et la cytologie du liquide céphalorachidien retrouve des cellules tumorales. L'histologie conclut à un médulloblastome à grandes cellules/anaplasique, groupe 3, avec amplification de MYC.

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  1. Étape 1 · Stratification

    Q1. Comment classez-vous cet enfant et pourquoi ?

  2. Étape 2 · Traitement

    Décision thérapeutique : l'enfant a 5 ans, un état général conservé, une audition normale et une fonction rénale normale.

    Q2. Quel traitement proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Tolérance de l'irradiation

    Pendant l'irradiation cranio-spinale à 36 Gy : apparition d'une thrombopénie à 42 G/L et d'une neutropénie à 0,8 G/L à la troisième semaine, avec asthénie marquée, nausées et perte de 1,2 kg.

    Q3. Quelle est votre conduite ?

  4. Étape 4 · Réponse

    Fin du traitement : l'IRM cranio-spinale montre une disparition des dépôts spinaux et l'absence de résidu mesurable dans la fosse postérieure ; la cytologie du liquide céphalorachidien est négative. L'enfant a perdu 20 dB d'audition et présente une asthénie persistante.

    Q4. Quelle attitude adoptez-vous ?

  5. Étape 5 · Rechute

    Quatorze mois après la fin du traitement : réapparition de céphalées et de douleurs rachidiennes. L'IRM montre de multiples dépôts leptoméningés spinaux et une lésion nodulaire de la fosse postérieure. L'enfant est en état général conservé.

    Q5. Quelles options envisagez-vous ?

  6. Étape 6 · Accompagnement

    Six mois plus tard : progression malgré deux lignes, avec céphalées, vomissements, douleurs rachidiennes et somnolence croissante. Les parents demandent s'il reste « quelque chose à essayer ».

    Q6. Quelle réponse et quelle organisation ?

Synthèse du cas 3

Résidu ≥ 1,5 cm², métastases leptoméningées (M+), histologie anaplasique et groupe 3 avec amplification de MYC = haut risque cumulé. Traitement intensifié : cranio-spinal à 36 Gy, surimpression du lit tumoral à 54-55,8 Gy et surimpression des dépôts spinaux à 45-50 Gy, chimiothérapie intensifiée ± autogreffe. La cytopénie sous irradiation cranio-spinale est attendue (moelle hématopoïétique irradiée) : la gérer sans interrompre ni allonger l'irradiation. En surveillance, contrôler l'axe spinal autant que l'encéphale, la rechute étant souvent leptoméningée. Une rechute après irradiation cranio-spinale à dose pleine est de pronostic très sombre : essai précoce, ré-irradiation focale limitée, et honnêteté de l'information.

Cas 4

Groupe WNT et désescalade thérapeutique

Fille de 10 ans opérée d'une tumeur de la fosse postérieure latéralisée, avec exérèse complète. L'histologie conclut à un médulloblastome classique et la biologie moléculaire retrouve une mutation de CTNNB1 avec monosomie 6, définissant le groupe WNT. L'IRM cranio-spinale et la cytologie du liquide céphalorachidien, réalisées à 3 semaines, sont négatives.

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  1. Étape 1 · Pronostic

    Q1. Quelle est la signification pronostique de ce profil moléculaire ?

  2. Étape 2 · Décision thérapeutique

    Situation : risque standard sur tous les critères classiques (exérèse complète, M0, histologie non anaplasique) et biologie WNT favorable. Les parents ont lu que « certains enfants reçoivent moins de radiothérapie ».

    Q2. Que leur proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Recherche d'une prédisposition

    Interrogatoire : le père a été opéré à 38 ans de « nombreux polypes du colon » et un oncle paternel est décédé d'un cancer colorectal à 45 ans.

    Q3. Quelle hypothèse évoquez-vous et quelle démarche ?

  4. Étape 4 · Conséquence de la prédisposition

    Résultat : mutation germinale d'APC confirmée chez l'enfant et chez son père. L'enfant doit débuter sa radiothérapie.

    Q4. Cette information modifie-t-elle la prise en charge ?

  5. Étape 5 · Fin de traitement

    À la fin du traitement : rémission complète. L'enfant, âgée de 11 ans, présente une fatigue persistante, une prise de poids et un ralentissement scolaire. Le bilan hormonal montre une TSH élevée avec T4 libre basse et un déficit en hormone de croissance débutant.

    Q5. Quelle prise en charge ?

  6. Étape 6 · Devenir

    À 18 ans : la patiente est en rémission depuis 8 ans, substituée en lévothyroxine et en hormone de croissance jusqu'à la fin de la croissance. Elle poursuit des études avec un aménagement. Elle demande quelles précautions garder à l'âge adulte.

    Q6. Que lui expliquez-vous ?

Synthèse du cas 4

Mutation de CTNNB1 + monosomie 6 = groupe WNT, meilleur pronostic (> 90 %) et cible des essais de désescalade — mais la réduction de dose (18 Gy) reste une hypothèse de recherche : ne pas l'appliquer hors protocole. Un médulloblastome WNT associé à une polypose colique familiale évoque un syndrome de Turcot (APC, voie WNT) : oncogénétique, dépistage digestif à vie et familial (à distinguer de Gorlin/PTCH1 → SHH, et de Li-Fraumeni/TP53 → SHH défavorable). Les séquelles endocriniennes sont durables : lévothyroxine, hormone de croissance, surveillance pubertaire, bilan neuropsychologique et aménagements scolaires. La transition vers la médecine adulte doit être formalisée, avec un document récapitulatif des traitements.

Cas 5

Diagnostic différentiel d'une tumeur de la fosse postérieure

Quatre enfants adressés pour une tumeur de la fosse postérieure. Le premier est un garçon de 6 ans avec une ataxie d'installation très lente sur un an, sans hypertension intracrânienne marquée. L'IRM montre une lésion kystique de l'hémisphère cérébelleux avec un nodule mural prenant le contraste.

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  1. Étape 1 · Lésion kystique à nodule mural

    Q1. Quel diagnostic évoquez-vous chez ce premier enfant ?

  2. Étape 2 · Deuxième enfant

    Deuxième situation : fille de 4 ans avec des vomissements et une ataxie. L'IRM montre une lésion du 4e ventricule qui s'insinue par les trous de Luschka et de Magendie, avec des calcifications.

    Q2. Quel diagnostic évoquez-vous ?

  3. Étape 3 · Troisième enfant

    Troisième situation : garçon de 7 ans avec une diplopie, une paralysie faciale et une hémiparésie d'aggravation rapide sur 6 semaines. L'IRM montre un élargissement diffus du tronc cérébral (pont), infiltrant, avec peu de prise de contraste.

    Q3. Quel diagnostic et quel pronostic ?

  4. Étape 4 · Quatrième enfant

    Quatrième situation : nourrisson de 14 mois avec une volumineuse tumeur de la fosse postérieure. L'histologie montre des cellules rhabdoïdes et l'immunohistochimie une perte d'expression de INI1/SMARCB1.

    Q4. Quel diagnostic et quelle implication ?

  5. Étape 5 · Conséquence pratique

    Question de synthèse : ces quatre enfants ont tous été adressés pour « tumeur de la fosse postérieure ».

    Q5. Quel élément conditionne le plus la stratégie thérapeutique ?

  6. Étape 6 · Principe général

    Bilan : un astrocytome pilocytique guéri par chirurgie, un épendymome relevant d'une irradiation focale, un gliome infiltrant de pronostic sombre, une ATRT du nourrisson, et le médulloblastome comme entité de référence.

    Q6. Quel message retenez-vous ?

Synthèse du cas 5

Devant une tumeur de la fosse postérieure de l'enfant, quatre différentiels majeurs. Astrocytome pilocytique : hémisphérique, kystique à nodule mural, évolution lente, grade 1 — guéri par exérèse seule. Épendymome : 4e ventricule, croissance plastique par les trous de Luschka et Magendie, calcifications — exérèse maximale (facteur pronostique majeur) puis irradiation focale. Médulloblastome : médian, plein, grade 4 — traitement multimodal avec irradiation cranio-spinale. Gliome infiltrant de la ligne médiane (H3 K27M) : élargissement diffus du pont, atteinte des paires crâniennes — non opérable, pronostic très sombre. ATRT : nourrisson, perte de INI1 — protocole intensif, mutation germinale et imagerie rénale à rechercher.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Quels sont les 4 groupes moléculaires et leur pronostic ?cliquer
WNT (excellent), SHH (variable ; TP53 muté = mauvais), groupe 3 (MYC, mauvais, métastatique), groupe 4 (le plus fréquent, intermédiaire).

Quelle est la présentation clinique typique ?cliquer
HTIC par hydrocéphalie obstructive (céphalées, vomissements) + syndrome cérébelleux (ataxie, nystagmus). Nourrisson : macrocrânie.

Quels critères définissent le haut risque ?cliquer
Résidu post-op ≥ 1,5 cm², métastases (M+/LCR+), histologie anaplasique/grandes cellules, amplification MYC/MYCN, SHH-TP53 muté.

Piliers du traitement chez l'enfant > 3 ans ?cliquer
Chirurgie maximale + radiothérapie cranio-spinale (dose adaptée au risque, ~23,4 vs 36 Gy) + chimiothérapie adjuvante. RT évitée avant 3 ans.

📚 Références & essais fondateurs

  1. Packer RJ, et al. Phase III study of craniospinal radiation therapy followed by adjuvant chemotherapy for newly diagnosed average-risk medulloblastoma. J Clin Oncol 2006. PMID 16943538
  2. Taylor MD, et al. Molecular subgroups of medulloblastoma: the current consensus. Acta Neuropathol 2012. PMID 22134537
  3. Northcott PA, et al. Medulloblastoma. Nat Rev Dis Primers 2019. PMID 30765705
  4. SIOP PNET5 MB — Mynarek M, et al. Essai SIOP PNET5 MB : concept et stratification moléculaire des traitements adaptés au risque. Cancers (Basel) 2021. PMID 34885186
  5. Louis DN, et al. The 2021 WHO Classification of Tumors of the Central Nervous System. Neuro Oncol 2021. PMID 34185076
  6. Ramaswamy V, et al. Risk stratification of childhood medulloblastoma in the molecular era: the current consensus. Acta Neuropathol 2016. PMID 27040285
  7. Référentiels SIOP-E, COG et SFCE (versions à jour) — protocoles de prise en charge des tumeurs embryonnaires.