Gliomes pédiatriques et DIPG

Les gliomes forment le groupe le plus vaste des tumeurs cérébrales de l'enfant. Ils vont des gliomes de bas grade (les plus fréquents, souvent guérissables et pilotés par la voie MAPK/BRAF) au redoutable gliome infiltrant du tronc cérébral (DIPG) porteur de la mutation H3 K27M, de pronostic sombre.

Pédiatrie BRAF / MEK NF1 H3 K27M DIPG

📊 Épidémiologie & classification

Les gliomes représentent près de la moitié des tumeurs du système nerveux central de l'enfant. On distingue schématiquement :

  • Gliomes de bas grade (LGG) : les plus fréquents (~30 % des tumeurs cérébrales pédiatriques), incluant l'astrocytome pilocytique (grade 1) ; pronostic généralement bon, évolution souvent indolente, mais morbidité liée à la localisation (voies optiques, hypothalamus, tronc).
  • Gliomes de haut grade (HGG) : plus rares, agressifs (grade 3–4), pronostic réservé.
  • Gliomes diffus de la ligne médiane / DIPG : gliome infiltrant du tronc cérébral (protubérance), entité distincte de très mauvais pronostic.
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La neurofibromatose de type 1 (NF1) prédispose au gliome des voies optiques de bas grade : souvent surveillé, traité (chimiothérapie ou thérapie ciblée) surtout en cas de menace visuelle ou de progression. Éviter la radiothérapie chez ces patients (risque de tumeurs radio-induites et de vasculopathie).

🧬 Biologie moléculaire

Gliomes de bas grade : la voie MAPK / BRAF

Les LGG pédiatriques sont caractérisés par une activation quasi constante de la voie RAS-MAPK, offrant des cibles thérapeutiques :

  • Fusion KIAA1549-BRAF : l'anomalie la plus fréquente, typique de l'astrocytome pilocytique (duplication en tandem 7q34).
  • Mutation BRAF V600E : présente dans une fraction des LGG (et de certains HGG), cible du dabrafénib.
  • NF1 : perte de fonction (neurofibromine, régulateur négatif de RAS) → gliome des voies optiques.

Gliomes diffus de la ligne médiane / DIPG

Le DIPG et les gliomes diffus de la ligne médiane sont définis par la mutation de l'histone H3 K27M (gènes H3F3A / HIST1H3B), entraînant une perte de la marque répressive H3K27me3. La classification OMS 2021 les désigne « gliome diffus de la ligne médiane, H3 K27-altéré », grade 4, quelle que soit l'apparence histologique.

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Le paradigme a changé : les LGG pédiatriques sont désormais vus comme des « MAPK-pathies ». Cela ouvre l'ère des inhibiteurs ciblés BRAF/MEK, alternative aux chimiothérapies classiques et à la radiothérapie, avec des réponses parfois prolongées.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

La symptomatologie dépend de la localisation :

  • LGG des voies optiques / hypothalamus : baisse de l'acuité visuelle, strabisme, nystagmus, troubles endocriniens, syndrome diencéphalique du nourrisson.
  • Tumeur cérébelleuse / hémisphérique : HTIC, ataxie, déficit focal, épilepsie.
  • DIPG : triade évocatrice — atteinte de plusieurs nerfs crâniens (diplopie, paralysie faciale), syndrome cérébelleux et signes pyramidaux (voies longues), d'installation rapide (semaines).

Diagnostic

  • IRM : caractérisation de la lésion. Pour le DIPG, l'aspect IRM d'un gliome infiltrant, expansif, de la protubérance est très évocateur — le diagnostic peut être radiologique, mais la biopsie stéréotaxique est de plus en plus réalisée pour le profil moléculaire (H3 K27M) et l'inclusion dans les essais.
  • Biologie moléculaire systématique : statut BRAF (fusion / V600E), H3 K27M, NF1, pour orienter le traitement.

📐 Grade & pronostic

TypeGrade OMSPronostic
Astrocytome pilocytique / LGG1–2Bon ; survie prolongée, morbidité selon site
Gliome de haut grade (HGG)3–4Réservé
Gliome diffus ligne médiane / DIPG, H3 K27-altéré4Sombre (survie médiane ~9–12 mois)

Les LGG évoluent souvent comme une maladie chronique : la guérison n'est pas toujours l'objectif, l'enjeu étant le contrôle tumoral durable en préservant la fonction (vision, endocrinologie, cognition). À l'inverse, le DIPG reste l'un des cancers pédiatriques les plus létaux, sans traitement curatif à ce jour.

💊 Prise en charge

Gliomes de bas grade

  • Chirurgie : l'exérèse complète, quand elle est possible sans risque fonctionnel (ex. cervelet), peut être curative. Ailleurs (voies optiques, tronc), résection partielle ou biopsie.
  • Chimiothérapie de première ligne en cas de progression ou de tumeur non résécable : carboplatine 175 mg/m² + vincristine 1,5 mg/m² (max 2 mg) hebdomadaires selon le schéma de Packer (induction de 10 semaines puis cycles d'entretien, durée totale d'environ 12 à 18 mois), ou vinblastine 6 mg/m² hebdomadaire pendant 70 semaines — schéma bien toléré et ambulatoire.
  • Thérapies ciblées :
    • Inhibiteurs BRAF + MEK : dabrafénib (5,25 mg/kg/j en 2 prises chez l'enfant de moins de 12 ans, 4,5 mg/kg/j au-delà) + tramétinib (0,032 mg/kg/j avant 6 ans, 0,025 mg/kg/j après) pour les LGG mutés BRAF V600E — supériorité démontrée vs chimiothérapie standard (essai de Bouffet et al.).
    • Inhibiteur de MEK : sélumétinib 25 mg/m² × 2/j per os pour les LGG NF1 ou avec altération BRAF (fusion), réponses durables.
    • Inhibiteurs pan-RAF de nouvelle génération (tovorafénib 420 mg/m² une fois par semaine) pour les LGG avec fusion BRAF.
  • Radiothérapie : à limiter, surtout chez le jeune enfant et en cas de NF1 (toxicité, tumeurs radio-induites, vasculopathie de type Moyamoya). Si elle est retenue : 50,4 à 54 Gy en 28 à 30 fractions de 1,8 Gy, en protonthérapie de préférence.

Gliomes de haut grade

Chirurgie d'exérèse maximale + radiothérapie 54 à 59,4 Gy en fractions de 1,8 Gy ± chimiothérapie (témozolomide 75 mg/m²/j pendant l'irradiation puis 150 à 200 mg/m²/j de J1 à J5 toutes les 4 semaines, dont le bénéfice est moins établi que chez l'adulte) ; pronostic globalement réservé. Recherche de cibles moléculaires actionnables (dont BRAF V600E, fusions NTRK ou ALK).

DIPG / gliome diffus de la ligne médiane

  • Radiothérapie focale 54 Gy en 30 fractions de 1,8 Gy (ou schéma hypofractionné 39 Gy en 13 fractions de 3 Gy, non inférieur et plus court — argument de qualité de vie) : seul traitement apportant un bénéfice symptomatique et une amélioration transitoire chez environ 70 % des enfants, mais palliative (pas de guérison). Une ré-irradiation de 20 à 24 Gy peut être proposée à la progression après un intervalle libre de plus de 3 à 6 mois.
  • La chimiothérapie conventionnelle n'a pas démontré de bénéfice de survie.
  • ONC201 / dordaviprone (antagoniste de DRD2 / agoniste de ClpP) : molécule évaluée dans les gliomes H3 K27M, avec des signaux d'activité justifiant des essais dédiés ; à réserver au cadre des essais / usages compassionnels.
  • Prise en charge palliative et de support essentielle.
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Message clé : pour les LGG, l'essor des thérapies ciblées BRAF/MEK (dabrafénib-tramétinib, sélumétinib) transforme la prise en charge et permet d'épargner chimio et radiothérapie. Pour le DIPG H3 K27M, la radiothérapie reste palliative et l'espoir repose sur les essais (ONC201/dordaviprone et autres).

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des protocoles SIOP-E, COG, SFCE et des essais pivots. En oncologie pédiatrique, les doses se calculent sur la surface corporelle — ou en mg/kg chez l'enfant de moins de 12 kg — et plusieurs thérapies ciblées ont des posologies pédiatriques spécifiques exprimées en mg/kg selon l'âge. Prescription exclusivement dans le cadre d'un protocole validé, en centre spécialisé.

Chimiothérapie des gliomes de bas grade

ProtocoleMoléculeDoseVoie / rythmeDurée · précisions
Schéma de Packer — référence historique
InductionCarboplatine175 mg/m²IV, hebdomadaire4 semaines de traitement puis 2 de repos, × 2
InductionVincristine1,5 mg/m² (max 2 mg)IV directe, hebdomadairesurveiller constipation et réflexes
EntretienCarboplatine + vincristinemêmes dosescycles de 6 semainesdurée totale 12 à 18 mois
Alternative bien tolérée
VinblastineVinblastine6 mg/m² (max 10 mg)IV, hebdomadaire70 semaines · ambulatoire, peu émétisant
Autres options
Nourrisson (protocole BB-SFOP)Carboplatine, procarbazine, étoposide, cisplatine, vincristine, cyclophosphamideselon protocoleIV, cycles alternésObjectif : éviter l'irradiation avant 5 ans
RéfractaireVinorelbine ou témozolomide20 à 25 mg/m² ou 150-200 mg/m²/j × 5IV hebdomadaire ou per os / 4 semOptions de deuxième ou troisième ligne

Le carboplatine expose à un risque d'hypersensibilité qui croît avec le nombre d'administrations — elle survient typiquement après plusieurs mois de traitement hebdomadaire et impose une désensibilisation ou un changement de molécule ; il est myélotoxique et modérément ototoxique. La vincristine a une neuropathie dose-limitante, dont la constipation est le signe d'alerte précoce, et elle est vésicante — sa perfusion doit être sécurisée et elle ne doit jamais être administrée par voie intrathécale. La vinblastine hebdomadaire, essentiellement myélotoxique, a l'avantage d'un traitement ambulatoire prolongé de bonne tolérance, adapté à une maladie que l'on gère comme une pathologie chronique. Un principe transversal aux gliomes de bas grade : l'objectif n'est pas toujours la disparition tumorale mais la stabilisation avec préservation fonctionnelle, notamment visuelle.

Thérapies ciblées de la voie MAPK

Indication moléculaireMoléculeDose pédiatriqueVoie / rythmeEssai · précisions
BRAF V600EDabrafénib5,25 mg/kg/j (< 12 ans) ou 4,5 mg/kg/j (≥ 12 ans), en 2 prisesper os, en continuEssai de Bouffet · supérieur au carboplatine-vincristine
BRAF V600ETramétinib0,032 mg/kg/j (< 6 ans) ou 0,025 mg/kg/j (≥ 6 ans)per os, en 1 priseToujours associé au dabrafénib
NF1 ou fusion BRAFSélumétinib25 mg/m² × 2/jper os, à jeunRéponses durables ; également actif sur les neurofibromes plexiformes
Fusion BRAF (pan-RAF)Tovorafénib420 mg/m² (max 600 mg)per os, une fois par semaineFIREFLY-1 · rythme hebdomadaire favorable à l'observance
Fusion NTRKLarotrectinib100 mg/m² × 2/jper osIndication agnostique de l'organe
Gliome H3 K27-altéréONC201 / dordaviproneselon protocoleper os, hebdomadaireÀ réserver aux essais ou usages compassionnels

Ces molécules sont administrées au long cours, ce qui déplace les enjeux vers la tolérance chronique et l'observance. Toxicités des inhibiteurs de MEK chez l'enfant : rash acnéiforme parfois sévère et mal vécu à l'adolescence, paronychies, diarrhée, baisse de la fraction d'éjection ventriculaire gauche (échocardiographie de référence puis périodique), rétinopathie séreuse (examen ophtalmologique devant tout trouble visuel — vigilance particulière chez ces enfants dont la vision est déjà menacée par la tumeur), élévation des CPK, et ralentissement de la croissance. Le dabrafénib provoque des épisodes fébriles fréquents, gérés par suspension temporaire et non par arrêt définitif. Un point crucial à annoncer aux familles : un rebond de croissance tumorale est fréquent à l'arrêt du traitement ciblé, ce qui pose la question difficile de la durée optimale, encore mal définie. Attention enfin aux interactions avec le CYP3A4 et à la prise à jeun du sélumétinib.

Radiothérapie

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Gliome de bas grade progressif (après échec des autres options)50,4 à 54 Gy28 à 30 fractions de 1,8 GyVolume focal ; à différer au maximum chez le jeune enfant, protonthérapie privilégiée
Gliome de haut grade54 à 59,4 Gy30 à 33 fractions de 1,8 GyLit tumoral + marge, avec témozolomide concomitant
DIPG / gliome diffus de la ligne médiane54 Gy30 fractions de 1,8 GyVolume focal sur le pont ; amélioration symptomatique chez ~70 % des enfants
DIPG — schéma hypofractionné39 Gy13 fractions de 3 GyNon inférieur et deux fois plus court : gain de qualité de vie dans une maladie à espérance de vie limitée
DIPG — ré-irradiation à la progression20 à 24 Gy10 à 12 fractionsSi intervalle libre > 3 à 6 mois ; bénéfice symptomatique réel
Gliome des voies optiques sur NF1à éviterContre-indication relative : risque majoré de second cancer et de vasculopathie de type Moyamoya — privilégier chimiothérapie ou sélumétinib

Contraintes principales : tronc cérébral Dmax < 54 Gy (jusqu'à 56-59 Gy tolérés lorsque la tumeur l'infiltre, comme dans le DIPG où le tronc est la cible), chiasma et nerfs optiques Dmax < 54 Gy — contrainte déterminante dans les gliomes des voies optiques, où la vision restante doit être préservée —, rétines < 45 Gy, cristallins aussi bas que possible, cochlées Dmoyenne < 35-45 Gy, et hypophyse et hypothalamus à limiter, l'atteinte endocrinienne étant quasi inévitable dans les localisations suprasellaires. Deux enjeux propres à ces enfants : la préservation neurocognitive, qui justifie de différer l'irradiation aussi longtemps que possible chez le jeune enfant et explique le développement des thérapies ciblées ; et le cas particulier de la NF1, où l'irradiation est à éviter du fait du risque de tumeurs radio-induites et de vasculopathie cérébrale. La protonthérapie est particulièrement indiquée pour réduire la dose intégrale.

Points clés à retenir

  • Les gliomes de bas grade sont les tumeurs cérébrales les plus fréquentes de l'enfant ; souvent chroniques, l'enjeu est le contrôle durable en préservant la fonction.
  • LGG = « MAPK-pathies » : fusion KIAA1549-BRAF (astrocytome pilocytique), BRAF V600E, NF1 (gliome des voies optiques).
  • Thérapies ciblées : dabrafénib + tramétinib si BRAF V600E ; sélumétinib pour NF1/altération BRAF ; épargne de la radiothérapie.
  • DIPG = gliome infiltrant de la protubérance, mutation H3 K27M → « gliome diffus de la ligne médiane, H3 K27-altéré », grade 4.
  • DIPG : radiothérapie palliative (pas de guérison), survie médiane ~9–12 mois ; ONC201/dordaviprone à l'étude.

QCM — 10 questions

Q1. Quelle altération moléculaire est la plus caractéristique de l'astrocytome pilocytique de l'enfant ?

Q2. Un gliome de bas grade progressif porte une mutation BRAF V600E. Quelle option ciblée est aujourd'hui privilégiée ?

Q3. Concernant le DIPG (gliome diffus de la ligne médiane H3 K27M), quelle affirmation est exacte ?

Q4. Pourquoi la radiothérapie est-elle à éviter chez un enfant porteur d'une neurofibromatose de type 1 et d'un gliome des voies optiques ?

Q5. Quel est l'objectif thérapeutique principal dans un gliome de bas grade des voies optiques chez un jeune enfant ?

Q6. Quel schéma d'irradiation du DIPG présente l'avantage d'un gain de qualité de vie sans perte d'efficacité ?

Q7. Quelle surveillance est indispensable chez un enfant traité par sélumétinib ou par l'association dabrafénib-tramétinib ?

Q8. Que faut-il annoncer aux parents concernant l'arrêt d'une thérapie ciblée efficace dans un gliome de bas grade ?

Q9. Un enfant de 6 ans présente en 6 semaines une diplopie, une paralysie faciale, une ataxie et un syndrome pyramidal. L'IRM montre un élargissement diffus du pont. Quelle est votre conduite ?

Q10. Quel élément distingue fondamentalement les gliomes de bas grade pédiatriques des gliomes de bas grade de l'adulte ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Gliome des voies optiques sur neurofibromatose de type 1

Fille de 4 ans, suivie pour une neurofibromatose de type 1 (taches café au lait multiples, lentigines axillaires, nodules de Lisch, antécédent maternel de NF1). Le bilan ophtalmologique systématique retrouve une baisse de l'acuité visuelle de l'œil droit à 3/10 et un début de pâleur papillaire. L'IRM montre un épaississement fusiforme du nerf optique droit s'étendant au chiasma.

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  1. Étape 1 · Faut-il traiter ?

    Q1. Quelle est votre attitude initiale ?

  2. Étape 2 · Choix du traitement

    Décision : un traitement est indiqué devant la menace visuelle. L'enfant a 4 ans, la lésion s'étend au chiasma et n'est pas résécable.

    Q2. Quelle option proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Évaluation de la réponse

    Après 12 mois de traitement : l'IRM montre une lésion stable en taille, sans régression. L'acuité visuelle de l'œil droit est remontée à 5/10 et s'est stabilisée. Les parents s'inquiètent de l'absence de diminution de la tumeur.

    Q3. Comment interprétez-vous ce résultat ?

  4. Étape 4 · Toxicité

    Sous sélumétinib depuis 8 mois : l'enfant présente un rash acnéiforme du visage et du tronc, des paronychies douloureuses des doigts et des orteils gênant la marche, et sa courbe de croissance montre un fléchissement.

    Q4. Quelle est votre conduite ?

  5. Étape 5 · Question de l'arrêt

    Après 3 ans de traitement : la tumeur est stable, la vision conservée à 5/10 à droite et 10/10 à gauche. L'équipe envisage un arrêt du sélumétinib. Les parents demandent quel est le risque.

    Q5. Que leur expliquez-vous ?

  6. Étape 6 · Suivi de la NF1

    À 12 ans : la tumeur reste stable après arrêt du traitement. La patiente présente une scoliose, des difficultés d'apprentissage avec un trouble de l'attention, et deux neurofibromes cutanés d'apparition récente.

    Q6. Quelle prise en charge globale organisez-vous ?

Synthèse du cas 1

Dans la NF1, le gliome des voies optiques se diagnostique sans biopsie sur le contexte et l'IRM ; l'indication de traitement repose sur la menace visuelle et la progression, beaucoup de lésions étant simplement surveillées. On évite la radiothérapie (second cancer, vasculopathie de type Moyamoya) au profit de la chimiothérapie (carboplatine-vincristine, vinblastine) ou du sélumétinib. Le critère de succès est la stabilité avec préservation visuelle, non la régression radiologique — à expliquer aux familles. Sous inhibiteur de MEK : rash, paronychies, croissance, cœur et rétine à surveiller. À l'arrêt, rebond fréquent : surveillance rapprochée. Enfin, la NF1 impose un suivi multisystémique, les troubles des apprentissages étant au premier plan.

Cas 2

DIPG : annoncer, traiter, accompagner

Garçon de 6 ans, en bonne santé jusqu'alors, dont les parents consultent pour une vision double apparue il y a 5 semaines, avec une asymétrie du visage et des chutes récentes. À l'examen : paralysie du VI droit et du VII périphérique droit, ataxie à la marche, réflexes vifs aux membres inférieurs avec Babinski bilatéral. L'IRM montre un élargissement diffus et expansif de la protubérance, en hyposignal T1 et hypersignal T2, avec peu de prise de contraste et englobement de l'artère basilaire.

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  1. Étape 1 · Diagnostic

    Q1. Quel diagnostic retenez-vous et sur quels arguments ?

  2. Étape 2 · Faut-il biopsier ?

    Discussion : l'aspect radiologique est typique. Le diagnostic pourrait être posé sans prélèvement.

    Q2. Quelle est votre position sur la biopsie ?

  3. Étape 3 · Annonce

    Résultat : gliome diffus de la ligne médiane, H3 K27M muté, grade 4. Les parents demandent « si c'est grave » et « ce qu'on peut faire ».

    Q3. Comment conduisez-vous cet entretien ?

  4. Étape 4 · Choix du schéma d'irradiation

    Décision : une radiothérapie focale est indiquée. L'enfant habite à 90 km du centre et nécessiterait une sédation quotidienne pour l'immobilisation.

    Q4. Quel schéma proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Amélioration puis progression

    Après l'irradiation : nette amélioration — la diplopie régresse, la marche redevient stable, l'enfant retourne à l'école. Puis, cinq mois plus tard, réapparition et aggravation des signes avec dysphagie, dysarthrie et somnolence. L'IRM confirme la progression.

    Q5. Quelles options envisagez-vous ?

  6. Étape 6 · Fin de vie

    Trois mois plus tard : aggravation avec troubles majeurs de la déglutition, encombrement, somnolence quasi permanente et épisodes de détresse respiratoire. Les parents souhaitent que leur fils reste à la maison.

    Q6. Quelle prise en charge organisez-vous ?

Synthèse du cas 2

Triade atteinte de plusieurs nerfs crâniens + syndrome cérébelleux + signes pyramidaux installée en semaines, avec élargissement diffus du pont = DIPG, diagnostic radioclinique. La biopsie stéréotaxique est aujourd'hui encouragée, non pour le diagnostic mais pour documenter H3 K27M et accéder aux essais. L'annonce doit être honnête et progressive, en présentant ce qui peut être fait. Le schéma hypofractionné 39 Gy en 13 fractions est non inférieur et deux fois plus court : gain réel de qualité de vie. À la progression après un intervalle > 3-6 mois, la ré-irradiation (20-24 Gy) apporte un bénéfice symptomatique. En fin de vie, l'anticipation écrite des symptômes permet le maintien à domicile.

Cas 3

Astrocytome pilocytique du cervelet : guérir par la chirurgie

Garçon de 8 ans amené pour des céphalées matinales avec vomissements évoluant depuis deux mois, et une maladresse de la main gauche remarquée par son instituteur. À l'examen : dysmétrie du membre supérieur gauche, ataxie avec élargissement du polygone, nystagmus. L'IRM montre une lésion de l'hémisphère cérébelleux gauche de 45 mm, kystique avec un nodule mural fortement rehaussé, comprimant le 4e ventricule avec hydrocéphalie modérée.

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  1. Étape 1 · Orientation

    Q1. Quel diagnostic évoquez-vous devant cet aspect ?

  2. Étape 2 · Traitement

    Confirmation : l'exérèse chirurgicale est complète, avec ablation du nodule et du kyste. Histologie : astrocytome pilocytique, grade 1 OMS, avec fusion KIAA1549-BRAF. L'IRM postopératoire ne montre pas de résidu.

    Q2. Quel traitement complémentaire proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Séquelle postopératoire

    À J2 postopératoire : l'enfant, qui parlait normalement au réveil, devient mutique, très labile émotionnellement, avec une hypotonie axiale. Le scanner ne montre ni saignement ni hydrocéphalie résiduelle.

    Q3. Quel diagnostic évoquez-vous ?

  4. Étape 4 · Localisation difficile

    Autre patient : fille de 3 ans avec un astrocytome pilocytique de la région hypothalamo-chiasmatique, non résécable, avec une baisse visuelle bilatérale et un retard de croissance. La biologie retrouve une fusion KIAA1549-BRAF.

    Q4. En quoi la stratégie diffère-t-elle du cas cérébelleux ?

  5. Étape 5 · Récidive du cas cérébelleux

    Retour au premier patient, 3 ans après l'exérèse complète : l'IRM de surveillance montre un petit nodule de 8 mm en bordure de la cavité opératoire, rehaussé, chez un enfant asymptomatique.

    Q5. Quelle est votre conduite ?

  6. Étape 6 · Message de synthèse

    Comparaison des deux enfants : le premier, opéré d'un astrocytome pilocytique cérébelleux, est guéri sans traitement adjuvant ; la seconde, porteuse de la même histologie en région hypothalamo-chiasmatique, reçoit des lignes successives de traitement depuis des années.

    Q6. Quel principe retenez-vous ?

Synthèse du cas 3

Lésion cérébelleuse hémisphérique kystique à nodule mural rehaussé d'évolution lente = astrocytome pilocytique (grade 1, fusion KIAA1549-BRAF) : l'exérèse complète est curative, sans aucun traitement adjuvant — à distinguer absolument du médulloblastome médian, plein, de grade 4. Le syndrome de la fosse postérieure peut survenir après toute chirurgie de cette région, avec un mutisme différé de 1 à 4 jours : orthophonie précoce. À histologie identique, la localisation fait le pronostic fonctionnel : en région hypothalamo-chiasmatique, la tumeur devient une maladie chronique traitée par lignes successives (chimiothérapie, sélumétinib, tovorafénib) avec préservation de la vision et des fonctions endocriniennes. Une récidive cérébelleuse peut être de nouveau opérée : épargner l'irradiation.

Cas 4

Gliome de bas grade BRAF V600E : l'ère des thérapies ciblées

Fille de 7 ans porteuse d'un gliome de bas grade thalamique diagnostiqué à 4 ans, non résécable, ayant déjà reçu une première ligne de carboplatine-vincristine puis une deuxième ligne de vinblastine hebdomadaire. L'IRM de contrôle montre une nouvelle progression avec apparition d'une hémiparésie droite débutante. La relecture moléculaire retrouve une mutation BRAF V600E.

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  1. Étape 1 · Choix thérapeutique

    Q1. Quelle option privilégiez-vous ?

  2. Étape 2 · Pourquoi l'association ?

    Question de l'interne : pourquoi ne pas prescrire le dabrafénib seul, plus simple, plutôt qu'une association ?

    Q2. Que répondez-vous ?

  3. Étape 3 · Tolérance

    Après 6 semaines de traitement : nette amélioration clinique avec régression de l'hémiparésie et réduction tumorale de 40 %. Mais l'enfant présente des épisodes fébriles récurrents à 38,8-39,2 °C, sans foyer infectieux, avec frissons et fatigue.

    Q3. Quelle est votre conduite ?

  4. Étape 4 · Surveillance au long cours

    Après 18 mois de traitement : la tumeur est stable, l'hémiparésie a disparu. L'enfant a 9 ans. Les parents demandent quels contrôles sont nécessaires puisque « tout va bien ».

    Q4. Que leur expliquez-vous ?

  5. Étape 5 · Arrêt et rebond

    Après 3 ans : le traitement est arrêté devant la stabilité prolongée et la lassitude de l'enfant. Six mois plus tard, l'IRM montre une reprise de croissance de la lésion thalamique, sans symptôme.

    Q5. Comment interprétez-vous cette évolution et que proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Perspective à long terme

    À 14 ans : l'adolescente est sous dabrafénib-tramétinib réintroduit, tumeur stable, sans déficit neurologique. Elle est scolarisée normalement mais exprime une lassitude vis-à-vis des prises quotidiennes et « voudrait vivre comme les autres ».

    Q6. Comment abordez-vous cette situation ?

Synthèse du cas 4

Dans un gliome de bas grade progressif muté BRAF V600E, l'association dabrafénib + tramétinib est supérieure à la chimiothérapie standard (essai de Bouffet) et permet d'épargner l'irradiation. L'inhibiteur de MEK est associé pour bloquer la réactivation paradoxale de la voie MAPK : plus efficace et moins de toxicité cutanée. La fièvre sous dabrafénib est une toxicité classique, à traiter par suspension temporaire et non par arrêt définitif. Surveillance au long cours : cœur, rétine, peau, CPK, foie et croissance. À l'arrêt, un rebond est attendu — la réintroduction est habituellement de nouveau efficace. À l'adolescence, l'observance devient l'enjeu central : associer le patient à la décision.

Cas 5

Gliome de haut grade de l'enfant et syndrome de prédisposition

Garçon de 9 ans amené pour des crises convulsives partielles motrices du membre supérieur gauche, avec un déficit progressif installé en un mois et des céphalées. L'IRM montre une lésion hémisphérique droite pariétale de 5 cm, hétérogène, avec prise de contraste irrégulière, nécrose centrale et œdème péri-lésionnel important.

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  1. Étape 1 · Prise en charge initiale

    Q1. Quelle est votre conduite ?

  2. Étape 2 · Diagnostic et prédisposition

    Résultat : gliome de haut grade, grade 4, H3 K27 non altéré, sans mutation BRAF, mais avec une mutation de TP53. L'interrogatoire familial révèle que la mère a eu un cancer du sein à 31 ans, un oncle maternel un sarcome dans l'enfance et un cousin une tumeur cérébrale.

    Q2. Quelle hypothèse évoquez-vous et quelle en est la conséquence majeure ?

  3. Étape 3 · Dilemme thérapeutique

    Situation : gliome de haut grade de grade 4, exérèse subtotale. La radiothérapie est le traitement de référence, mais l'enfant est porteur d'une mutation germinale de TP53.

    Q3. Comment tranchez-vous ?

  4. Étape 4 · Traitement

    Décision : radiothérapie focale à 54-59,4 Gy en fractions de 1,8 Gy, en protonthérapie, associée à une chimiothérapie.

    Q4. Quelle est la place du témozolomide dans les gliomes de haut grade pédiatriques ?

  5. Étape 5 · Surveillance renforcée

    Deux ans plus tard : l'enfant est en rémission de son gliome. La mutation germinale de TP53 a été confirmée chez lui et chez sa mère.

    Q5. Quel suivi spécifique organisez-vous au titre du syndrome de Li-Fraumeni ?

  6. Étape 6 · Second événement

    À 15 ans : la surveillance par IRM corps entier détecte une lésion osseuse du fémur droit chez cet adolescent toujours en rémission de son gliome. La biopsie conclut à un ostéosarcome, dans le territoire de sortie du faisceau d'irradiation cérébrale — mais surtout dans le cadre de sa prédisposition.

    Q6. Quel enseignement retenez-vous ?

Synthèse du cas 5

Devant un gliome de haut grade de l'enfant : antiépileptique non inducteur (lévétiracétam), corticoïdes à dose minimale, exérèse maximale en sécurité et analyse moléculaire complète. Une mutation de TP53 avec histoire familiale de cancer du sein précoce, sarcome et tumeur cérébrale évoque le syndrome de Li-Fraumeni, dont la radiosensibilité accrue fait reconsidérer les indications d'irradiation — mais devant un gliome de haut grade, le bénéfice immédiat l'emporte généralement, avec minimisation du volume et protonthérapie. Le témozolomide a un bénéfice moins établi que chez l'adulte : rechercher des cibles actionnables et un essai. Surveillance de type Toronto (IRM corps entier, éviter l'irradiant) et dépistage familial : elle permet de détecter les seconds cancers à un stade curable.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Quelles altérations définissent les gliomes de bas grade pédiatriques (MAPK) ?cliquer
Fusion KIAA1549-BRAF (astrocytome pilocytique), mutation BRAF V600E, perte de NF1 (gliome des voies optiques). Voie RAS-MAPK activée.

Quelles thérapies ciblées pour les LGG selon l'anomalie ?cliquer
BRAF V600E → dabrafénib + tramétinib (BRAF + MEK). NF1 / fusion BRAF → sélumétinib (inhibiteur de MEK). Épargne de la radiothérapie.

Comment nomme-t-on le DIPG dans la classification OMS 2021 et quelle mutation ?cliquer
« Gliome diffus de la ligne médiane, H3 K27-altéré », grade 4. Mutation de l'histone H3 K27M (H3F3A/HIST1H3B).

Quel est le traitement de référence et le pronostic du DIPG ?cliquer
Radiothérapie focale palliative (amélioration transitoire), pas de guérison ; survie médiane ~9–12 mois. ONC201/dordaviprone évalué en essais.

📚 Références & essais fondateurs

  1. Bouffet E, et al. Dabrafenib plus Trametinib in pediatric glioma with BRAF V600 mutations. N Engl J Med 2023. PMID 37733309
  2. Fangusaro J, et al. Selumetinib in paediatric patients with BRAF-aberrant or NF1-associated recurrent, refractory, or progressive low-grade glioma. Lancet Oncol 2019. PMID 31151904
  3. Louis DN, et al. The 2021 WHO Classification of Tumors of the Central Nervous System. Neuro Oncol 2021. PMID 34185076
  4. Mackay A, et al. Integrated molecular meta-analysis of 1,000 pediatric high-grade and diffuse intrinsic pontine glioma. Cancer Cell 2017. PMID 28966033
  5. Kilburn LB, et al. Tovorafenib in pediatric low-grade glioma with BRAF alterations (FIREFLY-1). Nat Med 2024. PMID 37978284
  6. Venneti S, et al. ONC201 (dordaviprone) dans le gliome diffus de la ligne médiane H3 K27M : efficacité clinique et mécanisme. Cancer Discov 2023. PMID 37584601
  7. Référentiels SIOP-E, COG et SFCE (versions à jour) — protocoles de prise en charge des gliomes de l'enfant.