Rétinoblastome

Tumeur maligne de la rétine du jeune enfant et modèle historique de la génétique du cancer (« deux hits » de Knudson, gène RB1). La prise en charge, très conservatrice, vise à guérir l'enfant, sauver l'œil et préserver la vision, tout en gérant le risque de second cancer des formes héréditaires.

Pédiatrie RB1 Knudson Leucocorie Conseil génétique

📊 Épidémiologie & génétique

Le rétinoblastome est la tumeur intraoculaire maligne la plus fréquente de l'enfant. Il touche le jeune enfant : la plupart des cas sont diagnostiqués avant 5 ans (âge médian ~18 mois pour les formes bilatérales, plus tardif pour les unilatérales). Le pronostic vital est excellent dans les pays à ressources élevées (survie > 95–98 %), mais reste grave dans les pays à faible revenu (diagnostic tardif, formes extraoculaires).

Formes héréditaires et sporadiques

  • Formes héréditaires / germinales (~40 %) : mutation constitutionnelle de RB1. Elles sont volontiers bilatérales et/ou multifocales, de survenue plus précoce, et transmissibles (autosomique dominant à forte pénétrance).
  • Formes sporadiques / non héréditaires (~60 %) : unilatérales, unifocales, sans mutation germinale.
  • Rétinoblastome trilatéral : association d'un rétinoblastome bilatéral et d'une tumeur neuroectodermique de la ligne médiane (pinéaloblastome), dans les formes germinales.
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Toute forme bilatérale ou multifocale est, par définition, une forme héréditaire (germinale), même sans antécédent familial (néomutation). Cela impose un conseil génétique et une surveillance du risque de second cancer.

🧬 Biologie — RB1 et modèle de Knudson

Le rétinoblastome résulte de l'inactivation biallélique du gène suppresseur de tumeur RB1 (13q14), qui code la protéine Rb, régulateur clé du cycle cellulaire (contrôle du passage G1→S via E2F). C'est le prototype de l'hypothèse des « deux hits » (two-hit hypothesis) de Knudson :

  • Forme héréditaire : le premier « hit » (mutation d'un allèle RB1) est constitutionnel (présent dans toutes les cellules) ; un second événement somatique dans une cellule rétinienne suffit à initier la tumeur → tumeurs précoces, multiples, bilatérales.
  • Forme sporadique : les deux « hits » surviennent de façon somatique dans une même cellule rétinienne → tumeur unique, unilatérale, plus tardive.
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Les porteurs d'une mutation germinale de RB1 gardent, toute leur vie, un risque accru de seconds cancers : sarcomes ostéogéniques et des tissus mous, mélanome, tumeurs cérébrales — risque majoré par la radiothérapie externe, désormais évitée autant que possible.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

Les deux signes révélateurs les plus fréquents sont :

  • Leucocorie (« reflet blanc » pupillaire, « œil de chat amaurotique ») : reflet blanc de la pupille, souvent remarqué sur une photographie au flash — signe le plus fréquent.
  • Strabisme : par baisse de la vision de l'œil atteint.
  • Plus rarement : œil rouge/inflammatoire, buphtalmie, baisse de l'acuité visuelle, hétérochromie.

Diagnostic

  • Examen du fond d'œil sous anesthésie générale (dilaté, avec dépression sclérale) : c'est l'examen clé, réalisé par un ophtalmologiste spécialisé. Le diagnostic est clinique — la biopsie est contre-indiquée (risque de dissémination extraoculaire).
  • Imagerie : échographie oculaire (calcifications intratumorales évocatrices) et IRM cérébrale et orbitaire (extension du nerf optique, atteinte pinéale/trilatérale). La TDM est évitée (irradiation) chez ces enfants prédisposés.
  • Génétique : analyse de RB1 (sang + tumeur si énucléation) pour statut germinal et conseil familial.

📐 Classification intraoculaire

La Classification Internationale du Rétinoblastome Intraoculaire (groupes A à E) évalue le potentiel de conservation de l'œil selon la taille, la localisation et l'essaimage (vitréen / sous-rétinien).

GroupeDescription (synthèse)Pronostic oculaire
APetites tumeurs (≤ 3 mm) loin de la fovéa et de la papilleTrès favorable
BTumeurs plus grandes ou proches de la macula/papille, sans essaimageFavorable
CEssaimage vitréen ou sous-rétinien localiséIntermédiaire
DEssaimage vitréen/sous-rétinien diffus, décollement rétinien étenduRéservé
EŒil « détruit » : glaucome néovasculaire, envahissement massif, etc.Énucléation souvent nécessaire

Pour les formes extraoculaires (envahissement du nerf optique au-delà de la lame criblée, extension orbitaire, métastases), on utilise une stadification TNM / systèmes internationaux qui conditionne un traitement plus lourd (chimiothérapie systémique, radiothérapie, ± intrathécale).

💊 Prise en charge

Objectifs hiérarchisés : sauver la vie, puis sauver l'œil, puis préserver la vision. La prise en charge est ultra-spécialisée (centres de référence).

Traitements conservateurs

  • Chimiothérapie de réduction (« chemoreduction ») systémique — protocole VEC : vincristine 0,05 mg/kg (max 2 mg), étoposide 5 mg/kg/j à J1-J2 et carboplatine 18,6 mg/kg à J1, toutes les 3 à 4 semaines, 6 cycles (doses en mg/kg chez le nourrisson) — pour réduire le volume tumoral, puis consolidation par traitements focaux.
  • Chimiothérapie intra-artérielle ophtalmique (intra-artérielle sélective) : perfusion de melphalan 3 à 7,5 mg selon l'âge, ± topotécan 0,3 à 1 mg et/ou carboplatine 30 à 50 mg, directement dans l'artère ophtalmique, toutes les 3 à 4 semaines, 3 à 4 séances — avancée majeure du traitement conservateur, notamment unilatéral.
  • Chimiothérapie intravitréenne : melphalan 20 à 30 µg ± topotécan 20 à 30 µg, injections hebdomadaires ou bimensuelles, avec technique de sécurité anti-essaimage (cryoapplication du point de ponction) — pour l'essaimage vitréen réfractaire.
  • Traitements focaux : thermothérapie transpupillaire au laser diode (532 ou 810 nm), cryothérapie pour les lésions périphériques, curiethérapie par plaque radioactive (ruthénium-106 ou iode-125, 40 à 45 Gy à l'apex tumoral) pour les tumeurs localisées ou en rattrapage.

Traitements non conservateurs / avancés

  • Énucléation : indiquée dans les formes avancées (groupe E, œil non fonctionnel/douloureux, envahissement) ; analyse histologique des facteurs de risque (nerf optique, choroïde) guidant la chimiothérapie adjuvante.
  • Radiothérapie externe (40 à 45 Gy en 20 à 25 fractions de 1,8 à 2 Gy) : de plus en plus évitée chez les porteurs de mutation germinale (risque de seconds cancers, notamment de sarcome dans le champ, et séquelles orbitaires avec hypoplasie osseuse) ; réservée à des situations sélectionnées, en protonthérapie de préférence.
  • Formes extraoculaires/métastatiques : chimiothérapie intensive de type carboplatine-étoposide-cyclophosphamide-vincristine puis chimiothérapie haute dose (carboplatine-thiotépa-étoposide) avec autogreffe, chimiothérapie intrathécale en cas d'atteinte méningée, et radiothérapie sur les sites résiduels (orbite : 45 Gy).

Conseil génétique & surveillance

Le conseil génétique est systématique : recherche de mutation RB1 germinale, information sur le risque de transmission (50 % pour un porteur), dépistage précoce de la fratrie et des apparentés à risque, et surveillance à long terme des seconds cancers chez les patients germinaux.

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La voie intra-artérielle ophtalmique a transformé le traitement conservateur, permettant de sauver de nombreux yeux qui auraient été énucléés, tout en limitant la toxicité systémique.

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des protocoles des centres de référence et des séries publiées. Le rétinoblastome relève exclusivement de centres ultra-spécialisés : les doses des voies intra-artérielle et intravitréenne sont propres à chaque équipe et adaptées à l'âge et au poids. Chez le nourrisson, les doses sont calculées en mg/kg. Vérifier systématiquement le protocole institutionnel avant toute application.

Chimiothérapie systémique de réduction (VEC)

ProtocoleMoléculeDoseVoie / rythmePrécisions
VECVincristine0,05 mg/kg (max 2 mg)IV directe, J1Doses en mg/kg chez le nourrisson · jamais intrathécal
VECÉtoposide5 mg/kg/jIV, J1 et J2
VECCarboplatine18,6 mg/kgIV, J1Cycles toutes les 3 à 4 semaines, 6 cycles
Adjuvant après énucléation à risqueVEC ou carboplatine-étoposidemêmes dosesIV, 4 à 6 cyclesSi envahissement du nerf optique au-delà de la lame criblée, atteinte choroïdienne massive ou marge sclérale
Forme extraoculaire / métastatiqueIntensification puis autogreffecarboplatine-thiotépa-étoposide haute doseIV, puis autogreffe± chimiothérapie intrathécale si atteinte méningée

Deux particularités doivent être soulignées. La voie systémique traite les deux yeux et prévient la maladie extraoculaire : elle garde donc toute sa place dans les formes bilatérales et après énucléation à risque histologique, là où les voies locales ne protègent qu'un œil. En contrepartie, elle expose à la myélotoxicité, au risque infectieux, à l'ototoxicité du carboplatine — audiogramme avant chaque cure, particulièrement critique chez un enfant dont la vision est déjà menacée, la double atteinte sensorielle étant catastrophique pour le développement — et à un risque de leucémie secondaire lié à l'étoposide, à considérer chez ces enfants déjà prédisposés. La vincristine est vésicante, expose à une neuropathie dont la constipation est le signe précoce, et ne doit jamais être administrée par voie intrathécale.

Voies locales et traitements focaux

TechniqueAgent / modalitéDoseRythmeIndication · précisions
Chimiothérapie intra-artérielle ophtalmiqueMelphalan3 à 7,5 mg selon l'âge et le poidsperfusion sélective, toutes les 3 à 4 sem3 à 4 séances · avancée majeure du traitement conservateur unilatéral
Intra-artérielle (association)Topotécan et/ou carboplatine0,3 à 1 mg / 30 à 50 mgmême séanceRenforcement selon la réponse
Chimiothérapie intravitréenneMelphalan20 à 30 µginjection hebdomadaire ou bimensuelleEssaimage vitréen réfractaire · technique anti-essaimage obligatoire
Intravitréenne (alternative)Topotécan20 à 30 µgidemMoins toxique pour la rétine que le melphalan
Thermothérapie transpupillaireLaser diode (532 ou 810 nm)séances répétées sous anesthésieTumeurs postérieures ≤ 3 mm, consolidation après chimioréduction
CryothérapieCryodetriple cycle gel-dégelséances répétéesTumeurs périphériques antérieures
CuriethérapiePlaque de ruthénium-106 ou iode-12540 à 45 Gy à l'apex tumoralapplication unique de quelques joursTumeur unique résiduelle ou récidive focale ; épargne le reste de l'œil

La voie intra-artérielle ophtalmique délivre une concentration élevée dans l'œil avec une exposition systémique minime : elle a permis de sauver de nombreux yeux auparavant énucléés. Ses risques sont vasculaires et ophtalmologiques — spasme ou occlusion artérielle, œdème palpébral, ischémie choroïdienne ou rétinienne, atteinte des muscles oculomoteurs — et elle exige une neuroradiologie interventionnelle experte chez des nourrissons de quelques kilogrammes. La voie intravitréenne a longtemps été proscrite par crainte d'un essaimage extraoculaire le long du trajet de l'aiguille : elle n'est devenue acceptable qu'avec des techniques de sécurité rigoureuses — abord en zone non tumorale, paracentèse préalable, cryoapplication du point de ponction — qui ont rendu ce risque négligeable. Elle a transformé le pronostic de l'essaimage vitréen, longtemps synonyme d'énucléation.

Radiothérapie

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Radiothérapie externe conservatrice (situations sélectionnées)40 à 45 Gy20 à 25 fractions de 1,8 à 2 GyGlobe oculaire ; à éviter chez les porteurs de mutation germinale — protonthérapie de préférence
Curiethérapie par plaque40 à 45 Gy à l'apexapplication continue de quelques joursAlternative focale épargnant le reste de l'œil et l'orbite
Orbite après énucléation avec résidu ou extension extrasclérale45 Gy25 fractions de 1,8 GyAssociée à la chimiothérapie
Atteinte du nerf optique au-delà de la lame criblée / marge positive45 Gy25 fractionsVolume incluant le trajet du nerf optique
Métastases (os, moelle, méninges)selon site et protocoleAprès chimiothérapie intensive ± autogreffe

L'irradiation externe est devenue un traitement de dernier recours pour une raison précise : chez un enfant porteur d'une mutation germinale de RB1, elle multiplie le risque déjà élevé de second cancer — notamment de sarcome ostéogénique dans le champ irradié — et ce risque est d'autant plus marqué que l'enfant est irradié jeune, avant l'âge d'un an. S'y ajoutent des séquelles orbitaires majeures : hypoplasie osseuse de l'orbite avec asymétrie faciale définitive, cataracte, sécheresse oculaire, rétinopathie et neuropathie optique radiques. Contraintes principales : cristallin le plus bas possible, nerf optique et chiasma Dmax < 45 à 50 Gy, glande lacrymale à épargner, encéphale adjacent limité. La protonthérapie, en supprimant la dose de sortie, réduit fortement la dose à l'orbite controlatérale et à l'encéphale : c'est une indication de choix. Toute imagerie irradiante diagnostique doit également être évitée chez ces enfants — d'où la préférence pour l'échographie et l'IRM plutôt que le scanner.

Points clés à retenir

  • Tumeur rétinienne du jeune enfant (< 5 ans) ; signe révélateur principal = leucocorie, parfois strabisme. Diagnostic clinique (fond d'œil sous AG) — biopsie contre-indiquée.
  • Gène RB1 (13q14), prototype des « deux hits » de Knudson : formes héréditaires (germinales) souvent bilatérales/multifocales, formes sporadiques unilatérales.
  • Les formes germinales exposent au risque de seconds cancers (sarcomes surtout), majoré par la radiothérapie externe — d'où son évitement.
  • Classification intraoculaire internationale A–E pour la conservation de l'œil.
  • Traitement conservateur : chimiothérapie (systémique, intra-artérielle ophtalmique, intravitréenne) + traitements focaux (laser/cryo/thermothérapie) ; énucléation si avancé ; conseil génétique systématique.

QCM — 10 questions

Q1. Un rétinoblastome bilatéral est découvert chez un nourrisson sans antécédent familial. Que peut-on en conclure ?

Q2. Quel signe clinique est le plus fréquemment révélateur d'un rétinoblastome ?

Q3. Quelle technique a transformé le traitement conservateur du rétinoblastome unilatéral ?

Q4. Pourquoi la biopsie est-elle formellement contre-indiquée devant une suspicion de rétinoblastome ?

Q5. Quelle est la hiérarchie des objectifs thérapeutiques dans le rétinoblastome ?

Q6. Quelle est la posologie et la voie d'administration du melphalan dans le traitement intra-artériel ophtalmique ?

Q7. Après énucléation, quels facteurs histologiques imposent une chimiothérapie adjuvante ?

Q8. Quel est le risque à long terme le plus préoccupant chez un enfant porteur d'une mutation germinale de RB1 ?

Q9. Un nourrisson présente un rétinoblastome bilatéral. Ses parents demandent quel est le risque pour un futur enfant. Que répondez-vous ?

Q10. Qu'est-ce que le rétinoblastome trilatéral et pourquoi faut-il le connaître ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Leucocorie découverte sur une photographie

Nourrisson de 11 mois amené par ses parents qui ont remarqué, sur plusieurs photographies prises au flash, un reflet blanc de la pupille droite alors que l'œil gauche présente le reflet rouge habituel. L'enfant se développe normalement. La grand-mère avait signalé que « l'œil part parfois vers l'extérieur ». Pas d'antécédent familial connu de maladie oculaire.

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  1. Étape 1 · Urgence diagnostique

    Q1. Quelle est votre conduite ?

  2. Étape 2 · Bilan

    Résultats : le fond d'œil sous anesthésie générale retrouve à droite une tumeur blanchâtre de 12 mm avec un essaimage vitréen localisé, et à gauche deux petites lésions de 2 et 3 mm à distance de la fovéa, non détectées cliniquement. L'échographie confirme des calcifications. L'IRM cérébro-orbitaire ne montre ni extension au nerf optique ni lésion pinéale.

    Q2. Que change la découverte des lésions de l'œil gauche ?

  3. Étape 3 · Stratégie thérapeutique

    Classification : œil droit groupe C (essaimage vitréen localisé), œil gauche groupe A (deux petites lésions périphériques). L'enfant a 11 mois.

    Q3. Quelle stratégie proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Toxicité

    Après le 4e cycle de VEC : bonne réponse tumorale bilatérale. L'audiogramme de contrôle montre une perte auditive bilatérale de 30 dB sur les fréquences aiguës.

    Q4. Pourquoi cette constatation est-elle particulièrement préoccupante chez cet enfant ?

  5. Étape 5 · Évolution de l'œil droit

    Six mois plus tard : l'œil gauche est en rémission complète après laser, avec une vision conservée. À droite, malgré la chimiothérapie et deux séries d'injections intravitréennes, l'essaimage vitréen progresse, la tumeur reprend du volume et un glaucome néovasculaire apparaît avec un œil douloureux et non fonctionnel.

    Q5. Quelle est votre décision ?

  6. Étape 6 · Suivi à long terme

    À 8 ans : l'enfant est en rémission, porteur d'une prothèse oculaire droite, avec une vision de 8/10 à gauche et des prothèses auditives. La mutation germinale de RB1 a été confirmée, absente chez les deux parents. Les parents envisagent un second enfant.

    Q6. Quel suivi et quelles informations donnez-vous ?

Synthèse du cas 1

Leucocorie, surtout sur photo au flash, et strabisme = rétinoblastome jusqu'à preuve du contraire : adresser en urgence pour fond d'œil sous anesthésie générale ; biopsie contre-indiquée (dissémination extraoculaire), scanner évité. Toute forme bilatérale ou multifocale est germinale, même sans antécédent familial : conseil génétique, IRM cérébrale (forme trilatérale), surveillance à vie des seconds cancers. La chimiothérapie systémique traite les deux yeux et prévient la maladie extraoculaire ; l'ototoxicité du carboplatine est critique chez un enfant à vision menacée (double atteinte sensorielle). Devant un œil de groupe E non fonctionnel, l'énucléation s'impose : la vie avant l'œil, l'œil avant la vision.

Cas 2

Rétinoblastome unilatéral et traitement intra-artériel

Garçon de 3 ans amené pour un strabisme convergent de l'œil gauche apparu il y a deux mois et une baisse de vision de cet œil. Le fond d'œil sous anesthésie générale retrouve une tumeur unique de 15 mm du pôle postérieur gauche, à proximité de la macula, avec un discret essaimage sous-rétinien. L'œil droit est strictement normal après examen minutieux. L'IRM ne montre pas d'extension.

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  1. Étape 1 · Statut génétique

    Q1. Comment abordez-vous la question génétique dans cette forme unilatérale unifocale ?

  2. Étape 2 · Choix du traitement

    Classification : œil gauche groupe C, avec une tumeur maculaire de 15 mm et un essaimage sous-rétinien localisé. L'œil droit est normal. L'enfant a 3 ans, la vision de l'œil gauche est déjà altérée mais l'œil est fonctionnel.

    Q2. Quelle option privilégiez-vous ?

  3. Étape 3 · Complication du geste

    Au lendemain de la deuxième séance intra-artérielle : l'enfant présente un œdème palpébral important, une rougeur conjonctivale et une limitation de l'élévation du regard. Pas de fièvre.

    Q3. Comment interprétez-vous ce tableau ?

  4. Étape 4 · Essaimage vitréen secondaire

    Après 4 séances intra-artérielles : la tumeur principale a régressé et s'est calcifiée. Mais le fond d'œil retrouve un essaimage vitréen nouveau, avec des sphères tumorales flottantes.

    Q4. Quelle option envisagez-vous ?

  5. Étape 5 · Résultat

    Après 6 injections intravitréennes : disparition de l'essaimage vitréen, tumeur calcifiée stable. L'œil est conservé mais l'acuité visuelle gauche reste limitée à 2/10 du fait de la localisation maculaire initiale. L'œil droit est normal avec 10/10.

    Q5. Comment qualifiez-vous ce résultat et quel suivi organisez-vous ?

  6. Étape 6 · Résultat génétique

    Résultat : la recherche de mutation germinale de RB1 sur sang est négative, la mutation étant retrouvée uniquement sur la tumeur (deux hits somatiques). Il s'agit donc d'une forme sporadique non héréditaire.

    Q6. Quelles conséquences en tirez-vous ?

Synthèse du cas 2

Une forme unilatérale unifocale est le plus souvent sporadique, mais 10 à 15 % sont germinales : la recherche de mutation RB1 est systématique, car elle conditionne la surveillance de l'œil controlatéral, le dépistage familial et le risque de second cancer. Dans une forme unilatérale conservable, la chimiothérapie intra-artérielle ophtalmique (melphalan 3-7,5 mg) épargne les toxicités systémiques. Ses complications sont locales (œdème, myosite) et surtout vasculaires. L'essaimage vitréen, longtemps synonyme d'énucléation, se traite par injections intravitréennes de melphalan (20-30 µg) avec techniques anti-essaimage. Un statut sporadique confirmé permet d'alléger le suivi : pas de sur-risque de second cancer, pas de transmission.

Cas 3

Diagnostic tardif et forme extraoculaire

Fille de 4 ans, arrivée récemment en France, amenée pour une exophtalmie droite majeure avec un bourgeon tumoral extériorisé à travers la fente palpébrale, évoluant depuis plusieurs mois. L'enfant est amaigrie, algique. La leucocorie avait été remarquée un an plus tôt mais aucun accès aux soins n'avait été possible. L'œil gauche présente une petite lésion rétinienne périphérique.

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  1. Étape 1 · Bilan d'extension

    Q1. Quel bilan réalisez-vous en priorité ?

  2. Étape 2 · Stratégie

    Résultats : envahissement orbitaire massif à droite avec extension au nerf optique, sans atteinte méningée ni médullaire ni osseuse. À gauche, une lésion périphérique de 3 mm, groupe A. Le bilan confirme donc une forme extraoculaire orbitaire sans métastase à distance.

    Q2. Quelle séquence thérapeutique proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Arbitrage sur l'irradiation

    Question soulevée en réunion : l'enfant est très probablement porteuse d'une mutation germinale (forme bilatérale), ce qui rend la radiothérapie orbitaire problématique.

    Q3. Comment tranchez-vous ?

  4. Étape 4 · Séquelles orbitaires

    Deux ans après : l'enfant est en rémission complète. Elle porte une prothèse oculaire droite. On note une asymétrie faciale avec un développement insuffisant de l'orbite droite et un enfoncement de la région malaire.

    Q4. Comment expliquez-vous et prenez-vous en charge ce problème ?

  5. Étape 5 · Message épidémiologique

    Réflexion : cette enfant avait présenté une leucocorie un an avant le diagnostic, sans accès aux soins.

    Q5. Quel enseignement de santé publique en tirez-vous ?

  6. Étape 6 · Suivi de l'œil restant

    À 7 ans : l'enfant est en rémission, avec un œil gauche conservé après traitement focal, vision à 9/10. La mutation germinale de RB1 est confirmée.

    Q6. Quelles priorités de suivi retenez-vous ?

Synthèse du cas 3

Une forme extraoculaire impose un bilan d'extension complet (IRM, cytologie du liquide céphalorachidien, exploration médullaire, imagerie osseuse) — inutile dans les formes intraoculaires. Une atteinte orbitaire sans métastase reste curable par un traitement multimodal : chimiothérapie néoadjuvante, chirurgie, irradiation orbitaire 45 Gy et consolidation. C'est l'une des situations où l'irradiation est maintenue malgré un statut germinal, le pronostic vital immédiat primant sur le risque tardif. Séquelle attendue : hypoplasie orbitaire avec asymétrie faciale, à prendre en charge (oculariste, conformateurs, chirurgie en fin de croissance). Le pronostic du rétinoblastome dépend surtout de la précocité du diagnostic : sensibiliser à la leucocorie. Protéger absolument l'œil unique voyant.

Cas 4

Dépistage familial et rétinoblastome trilatéral

Une femme de 28 ans, elle-même traitée dans l'enfance pour un rétinoblastome bilatéral avec énucléation droite, est enceinte. La mutation germinale de RB1 avait été identifiée chez elle. Elle consulte pour organiser la prise en charge de son futur enfant.

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  1. Étape 1 · Conseil génétique

    Q1. Quel risque annoncez-vous pour l'enfant à naître et quelle démarche proposez-vous ?

  2. Étape 2 · Bénéfice du dépistage

    Suite : l'enfant naît à terme. Le test génétique confirme la présence de la mutation. Le premier fond d'œil, réalisé à J5, est normal. La surveillance est organisée toutes les 3 à 4 semaines sous anesthésie générale.

    Q2. À 4 mois, le fond d'œil détecte deux lésions de 1,5 et 2 mm en périphérie rétinienne, asymptomatiques. Quelle est la conséquence de cette détection précoce ?

  3. Étape 3 · Surveillance de la forme trilatérale

    Question des parents : ils demandent pourquoi une IRM cérébrale est prévue alors que les yeux sont bien contrôlés.

    Q3. Que leur expliquez-vous ?

  4. Étape 4 · Suivi de la mère

    Consultation de la mère : elle a 28 ans, est porteuse d'une prothèse oculaire droite et a une vision de 7/10 à gauche. Elle a reçu, dans l'enfance, une radiothérapie externe orbitaire bilatérale. Elle n'a pas eu de suivi oncologique depuis l'adolescence.

    Q4. Quelle prise en charge lui proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Événement chez la mère

    Deux ans plus tard : la mère consulte pour une douleur de la cuisse droite persistante depuis 6 semaines, avec une tuméfaction profonde. L'IRM montre une lésion osseuse fémorale suspecte. La biopsie conclut à un ostéosarcome.

    Q5. Comment interprétez-vous cet événement ?

  6. Étape 6 · Message familial

    Bilan de la situation familiale : une mère survivante d'un rétinoblastome bilatéral développant un ostéosarcome à 30 ans, et un enfant porteur de la mutation dont les lésions rétiniennes ont été détectées et guéries à 4 mois par laser.

    Q6. Quel message essentiel retenez-vous de cette histoire ?

Synthèse du cas 4

La mutation de RB1 se transmet en autosomique dominant à forte pénétrance : risque de 50 %, justifiant un diagnostic génétique prénatal ou néonatal et un fond d'œil dès les premiers jours de vie avec surveillance rapprochée. Le bénéfice est majeur : des lésions millimétriques du groupe A se traitent par laser ou cryothérapie seuls, sans chimiothérapie, irradiation ni énucléation. L'IRM cérébrale recherche un rétinoblastome trilatéral (pinéaloblastome), troisième tumeur primitive et non une métastase. Chez l'adulte survivant, le risque de second cancer — ostéosarcome au premier rang — est majoré par la mutation et par l'irradiation reçue : suivi à vie, éviction de l'irradiant, et transition organisée vers la médecine adulte.

Cas 5

Diagnostic différentiel d'une leucocorie

Quatre nourrissons adressés pour leucocorie. Le premier est un garçon de 2 mois, né prématurément à 27 semaines avec un poids de naissance de 850 g, ayant nécessité une oxygénothérapie prolongée en réanimation néonatale. L'examen retrouve un reflet blanchâtre bilatéral avec une rétine anormale à l'examen du fond d'œil.

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  1. Étape 1 · Premier nourrisson

    Q1. Quel diagnostic évoquez-vous en priorité chez ce grand prématuré ?

  2. Étape 2 · Deuxième nourrisson

    Deuxième situation : fille de 6 mois avec une leucocorie unilatérale gauche. L'œil est de petite taille (microphtalmie), et l'échographie retrouve une bande fibreuse rétrolentale s'étendant de la papille au cristallin, sans calcification.

    Q2. Quel diagnostic évoquez-vous ?

  3. Étape 3 · Troisième nourrisson

    Troisième situation : garçon de 4 ans avec une baisse de vision et un aspect jaunâtre du fond d'œil. L'examen retrouve des télangiectasies rétiniennes avec exsudats lipidiques massifs et un décollement exsudatif, sans masse tumorale ni calcification.

    Q3. Quel diagnostic évoquez-vous ?

  4. Étape 4 · Quatrième nourrisson

    Quatrième situation : nourrisson de 14 mois avec une leucocorie unilatérale. L'échographie oculaire montre une masse rétinienne avec calcifications intratumorales et l'œil est de taille normale.

    Q4. Quelle est votre conclusion et votre conduite ?

  5. Étape 5 · Élément discriminant

    Question de synthèse : ces quatre nourrissons ont tous été adressés pour « leucocorie ».

    Q5. Quels éléments permettent le mieux de trancher ?

  6. Étape 6 · Principe général

    Bilan : une rétinopathie du prématuré, une persistance de la vascularisation fœtale, une maladie de Coats et un rétinoblastome — quatre causes de leucocorie aux prises en charge radicalement différentes.

    Q6. Quel message retenez-vous pour la pratique ?

Synthèse du cas 5

La leucocorie a un diagnostic différentiel riche : rétinopathie du prématuré (grande prématurité, faible poids, oxygénothérapie), persistance de la vascularisation fœtale (microphtalmie, bride rétrolentale, pas de calcification), maladie de Coats (télangiectasies, exsudation lipidique massive, garçon, unilatérale, sans masse ni calcification), et rétinoblastome (œil de taille normale, masse rétinienne avec calcifications). Les éléments discriminants sont le contexte, la taille du globe, l'échographie et l'IRM. Toute leucocorie s'adresse en urgence — le rétinoblastome ne doit pas être manqué — mais il ne faut pas non plus énucléer à tort un œil bénin : d'où le centre expert. Jamais de biopsie, scanner évité.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Quel gène et quel modèle génétique caractérisent le rétinoblastome ?cliquer
Gène suppresseur RB1 (13q14). Modèle des « deux hits » de Knudson : forme héréditaire = 1er hit germinal ; forme sporadique = 2 hits somatiques.

Quels sont les deux signes révélateurs principaux ?cliquer
Leucocorie (reflet pupillaire blanc, photo au flash) et strabisme. Diagnostic = fond d'œil sous AG ; biopsie contre-indiquée.

Pourquoi éviter la radiothérapie externe dans les formes germinales ?cliquer
Les porteurs germinaux de RB1 ont un risque accru de seconds cancers (surtout sarcomes), majoré par la radiothérapie externe → on la limite au maximum.

Quelles modalités composent le traitement conservateur ?cliquer
Chimiothérapie systémique, intra-artérielle ophtalmique (melphalan) et intravitréenne + traitements focaux (laser/thermothérapie, cryothérapie). Énucléation si avancé (groupe E).

📚 Références & documents fondateurs

  1. Knudson AG. Mutation and cancer: statistical study of retinoblastoma. Proc Natl Acad Sci USA 1971. PMID 5279523
  2. Dimaras H, et al. Retinoblastoma. Nat Rev Dis Primers 2015. PMID 27189421
  3. Fabian ID, et al. The management of retinoblastoma. Oncogene 2018. PMID 29321667
  4. Dimaras H, et al. Retinoblastoma (Seminar). Lancet 2012. PMID 22414599
  5. Abramson DH, et al. Ophthalmic artery chemosurgery (intra-artérielle) pour le rétinoblastome. Ophthalmology 2010. PMID 20381868
  6. Shields CL, et al. The International Classification of Retinoblastoma predicts chemoreduction success. Ophthalmology 2006. PMID 16996605
  7. Référentiels internationaux de prise en charge du rétinoblastome et SFCE (versions à jour) — recommandations et conseil génétique.