Rhabdomyosarcome

Sarcome des tissus mous le plus fréquent de l'enfant. Prise en charge multimodale (chimiothérapie, chirurgie, radiothérapie) stratifiée sur le sous-type histologique, le statut de fusion FOXO1, le site, le groupe post-chirurgical IRS et le groupe de risque EpSSG.

Pédiatrie Embryonnaire Alvéolaire PAX-FOXO1 EpSSG

📊 Épidémiologie & facteurs de risque

Le rhabdomyosarcome (RMS) est le sarcome des tissus mous le plus fréquent de l'enfant et de l'adolescent (environ la moitié des sarcomes des tissus mous pédiatriques, ~4,5 cas/million d'enfants/an). Deux pics d'incidence : la petite enfance (2–6 ans), surtout de forme embryonnaire, et l'adolescence, avec une part croissante de formes alvéolaires et de sièges des membres.

Facteurs de risque

  • Syndromes de prédisposition : TP53 (Li-Fraumeni), neurofibromatose de type 1 (NF1), syndrome de Costello (HRAS), Beckwith-Wiedemann, Noonan, DICER1.
  • La majorité des cas sont toutefois sporadiques, sans facteur environnemental clairement établi.
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Un RMS survenant très jeune, multifocal, ou associé à d'autres cancers familiaux doit faire évoquer une prédisposition génétique (Li-Fraumeni, DICER1) et orienter vers une consultation d'oncogénétique.

🧬 Anatomopathologie & biologie moléculaire

Le RMS est une tumeur à différenciation myogénique : expression de la desmine, de la myogénine (MYF4) et de MyoD1 en immunohistochimie. Deux grands sous-types histologiques pédiatriques dominent.

Sous-typeSièges typiquesBiologiePronostic
Embryonnaire (dont botryoïde, à cellules fusiformes)Tête-cou, orbite, génito-urinaire (vessie, prostate, vagin)Perte d'hétérozygotie 11p15, absence de fusionFavorable
AlvéolaireMembres, tronc, sites paraméningésFusion PAX3-FOXO1 t(2;13) ou PAX7-FOXO1 t(1;13)Défavorable

Environ 20–25 % des RMS alvéolaires histologiques sont en réalité fusion-négatifs et se comportent alors comme des embryonnaires.

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Le statut de fusion FOXO1 (PAX3/PAX7-FOXO1) prime aujourd'hui sur l'histologie pour la stratification pronostique : ce sont les tumeurs fusion-positives, et non « alvéolaires » au sens histologique strict, qui définissent le haut risque. La recherche de la fusion par RT-PCR / FISH est désormais systématique.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

La présentation dépend du site primitif : masse indolore d'évolution rapide (membres, tronc), exophtalmie et strabisme (orbite), obstruction nasale/épistaxis ou atteinte des paires crâniennes (paraméningé), hématurie ou rétention (vessie/prostate), masse polypoïde « en grappe de raisin » (botryoïde vaginal), grosse bourse (paratesticulaire).

Démarche diagnostique

  • Imagerie locale : IRM du site primitif (extension locorégionale, envahissement).
  • Histologie : biopsie avec immunohistochimie (desmine, myogénine, MyoD1) et recherche de la fusion FOXO1 (biologie moléculaire).
  • Bilan d'extension : TDM thoracique, TEP-TDM au 18F-FDG, IRM/scintigraphie et biopsie/aspiration médullaire selon le site ; ponction lombaire pour les sites paraméningés.

📐 Bilan d'extension & stadification

La stratification combine plusieurs systèmes : le stade TNM pré-thérapeutique (site favorable/défavorable, taille, ganglions), le groupe post-chirurgical IRS, et le statut de fusion.

Groupes post-chirurgicaux (IRS)

Groupe IRSDéfinition
IExérèse complète, marges saines, sans atteinte ganglionnaire
IIRésidu microscopique et/ou atteinte ganglionnaire régionale réséquée
IIIRésidu macroscopique (biopsie ou exérèse incomplète) — cas le plus fréquent
IVMétastases à distance d'emblée

Groupes de risque EpSSG

L'European paediatric Soft tissue sarcoma Study Group (EpSSG) définit 4 catégories de risque intégrant histologie/fusion, site, taille, âge, groupe IRS et statut ganglionnaire :

Risque EpSSGCaractéristiques (synthèse)
BasFusion-négatif, groupe I, site favorable, < 5 cm, N0
StandardFusion-négatif, groupes I–III selon site/taille/âge, N0
HautFusion-positif N0, ou fusion-négatif défavorable / N1
Très hautFusion-positif avec atteinte ganglionnaire (N1)

Les formes métastatiques (IRS IV) constituent une catégorie à part, de pronostic réservé.

💊 Prise en charge

La prise en charge est toujours multimodale et repose sur trois piliers : chimiothérapie, chirurgie et radiothérapie, adaptés au groupe de risque.

Chimiothérapie

Ossature de traitement (tumeur chimiosensible). En Europe, protocole IVA : ifosfamide 3 g/m²/j à J1-J2 (avec mesna), vincristine 1,5 mg/m² — plafonnée à 2 mg — hebdomadaire pendant l'induction puis à J1 de chaque cure, et actinomycine D 1,5 mg/m² à J1, cycles de 3 semaines, 9 cures. Adjonction de la doxorubicine 30 mg/m²/j à J1-J2 dans les hauts risques (protocole IVADo). En Amérique du Nord (COG), schéma VAC : vincristine 1,5 mg/m², actinomycine D 0,045 mg/kg et cyclophosphamide 1,2 g/m², avec alternance VAC/VI (vincristine-irinotécan) dans certains bras. Chez le nourrisson de moins de 12 kg, les doses sont calculées en mg/kg avec réduction.

Contrôle local

Chirurgie d'exérèse complète chaque fois qu'elle est possible sans mutilation (exérèse initiale ou différée après chimiothérapie de réduction), et/ou radiothérapie du site primitif : 41,4 Gy en 23 fractions de 1,8 Gy en cas de résidu microscopique (groupe II), 50,4 Gy en 28 fractions en cas de résidu macroscopique (groupe III), jusqu'à 55,8 Gy pour un résidu volumineux persistant. La radiothérapie est quasi systématique en cas de résidu et dans les formes fusion-positives ; la protonthérapie est utile pour épargner les organes critiques (orbite, base du crâne).

Traitement d'entretien

Pour les hauts risques, l'essai EpSSG RMS2005 a démontré qu'un entretien de 6 mois par vinorelbine 25 mg/m² IV à J1, J8 et J15 + cyclophosphamide oral 25 mg/m²/j en continu (schéma métronomique), après le traitement d'induction, améliore significativement la survie sans événement et la survie globale. C'est devenu un standard des formes à haut risque non métastatiques.

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Le RMS de l'orbite non paraméningé (embryonnaire) a un excellent pronostic (> 90 % de survie) avec chimiothérapie + radiothérapie, sans chirurgie mutilante. À l'opposé, les formes métastatiques fusion-positives restent de pronostic sombre.

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des protocoles EpSSG (RMS2005, FaR-RMS) et COG. En oncologie pédiatrique, les doses se calculent sur la surface corporelle — ou en mg/kg chez l'enfant de moins de 12 kg, avec réduction — et la prescription se fait exclusivement dans le cadre d'un protocole validé, en centre spécialisé. Vérifier systématiquement le calcul, les doses maximales absolues et les doses cumulées.

Chimiothérapie d'induction

ProtocoleMoléculeDoseVoie / rythmeDurée · précisions
IVA — référence européenne (EpSSG)
IVAIfosfamide3 g/m²/jIV, J1 et J2Uroprotection par mesna et hyperhydratation obligatoires
IVAVincristine1,5 mg/m² (max 2 mg)IV directe, hebdomadaire en induction puis J1Vésicante · jamais intrathécal
IVAActinomycine D1,5 mg/m² (max 2 mg)IV, J1Cycles de 3 semaines, 9 cures
IVADo — hauts risques (ajout de l'anthracycline)
IVADoDoxorubicine30 mg/m²/jIV, J1 et J24 premières cures · surveiller la dose cumulée (< 300 mg/m²)
VAC — référence nord-américaine (COG)
VACVincristine1,5 mg/m² (max 2 mg)IV, hebdomadaire puis J1
VACActinomycine D0,045 mg/kg (max 2,5 mg)IV, J1
VACCyclophosphamide1,2 g/m²IV, J1, avec mesnaAlternance possible avec VI (vincristine-irinotécan)
Entretien — hauts risques non métastatiques (RMS2005)
EntretienVinorelbine25 mg/m²IV, J1, J8 et J15Cycles de 4 semaines, 6 mois
EntretienCyclophosphamide oral25 mg/m²/jper os, en continuSchéma métronomique · bénéfice de survie globale démontré
Rechute
RechuteVincristine + irinotécan ± témozolomideirinotécan 50 mg/m²/j × 5IV, cycles de 3 semainesOu topotécan-cyclophosphamide ; recherche d'essai

L'ifosfamide impose une uroprotection par mesna et une hyperhydratation pour prévenir la cystite hémorragique, et expose à deux toxicités spécifiques : l'encéphalopathie (confusion, hallucinations, favorisées par l'hypoalbuminémie, traitées par arrêt et bleu de méthylène) et une tubulopathie rénale de type syndrome de Fanconi — fuite de phosphate, glucose et bicarbonates —, à surveiller par ionogramme, phosphorémie et bilan tubulaire, potentiellement définitive et responsable d'un rachitisme hypophosphatémique. L'actinomycine D est vésicante, hépatotoxique, radiosensibilisante et expose au syndrome d'obstruction sinusoïdale hépatique. La vincristine donne une neuropathie dont la constipation est le signe précoce ; elle ne doit jamais être administrée par voie intrathécale. Les alkylants (ifosfamide, cyclophosphamide) sont gonadotoxiques : la préservation de la fertilité doit être discutée avant traitement chez l'adolescent.

Radiothérapie

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Groupe I fusion-positif41,4 Gy23 fractions de 1,8 GyIrradiation même après exérèse complète si fusion-positif
Groupe II (résidu microscopique ou N1)41,4 Gy23 fractions de 1,8 GyLit tumoral et aires ganglionnaires atteintes
Groupe III (résidu macroscopique)50,4 Gy28 fractions de 1,8 GyVolume pré-chimiothérapie adapté, jusqu'à 55,8 Gy si résidu volumineux
Site paraméningé avec extension intracrânienne50,4 Gy28 fractionsIrradiation à débuter précocement (dès la 3e cure) en cas de signes neurologiques ou d'extension méningée
Orbite (embryonnaire non paraméningé)45 à 50,4 Gy25 à 28 fractionsChimiothérapie + radiothérapie sans chirurgie mutilante : survie > 90 % · protonthérapie privilégiée
Métastases pulmonaires (IRS IV)15 Gy10 fractions de 1,5 GyIrradiation pulmonaire bilatérale, discutée selon la réponse
Curiethérapie (vessie-prostate, vagin)selon protocolehaut débit de doseAlternative conservatrice dans les sites génito-urinaires, en centre expert

Deux principes propres au rhabdomyosarcome. Le délai : l'irradiation est habituellement délivrée après quelques cures de chimiothérapie, mais elle doit être anticipée — dès la 3e cure — dans les sites paraméningés avec extension intracrânienne ou signes neurologiques, où le retard coûte cher. Le volume : il est défini sur l'imagerie initiale, avant la réduction chimio-induite, avec adaptation aux organes déplacés. Contraintes selon le site : pour l'orbite, cristallin et rétine aussi bas que possible, nerf optique et chiasma Dmax < 50 Gy — l'irradiation orbitaire chez le jeune enfant entraîne une hypoplasie osseuse avec asymétrie faciale, une cataracte et une sécheresse oculaire ; pour la base du crâne, tronc cérébral < 54 Gy, hypophyse et hypothalamus limités (déficits hormonaux) ; pour le pelvis, vessie, rectum et gonades à épargner — transposition ovarienne à discuter chez la fille, l'irradiation utérine compromettant les grossesses ultérieures ; pour les membres, épargner une bande de tissu sain et irradier symétriquement les cartilages de croissance. La protonthérapie est une indication de choix pour réduire la dose intégrale et le risque de second cancer.

Points clés à retenir

  • Sarcome des tissus mous le plus fréquent de l'enfant, à différenciation myogénique (desmine, myogénine, MyoD1).
  • Deux sous-types : embryonnaire (favorable, tête-cou / génito-urinaire) et alvéolaire (défavorable, membres/tronc).
  • Le statut de fusion FOXO1 (PAX3/PAX7-FOXO1) prime sur l'histologie pour la stratification du risque.
  • Stratification combinée : TNM pré-thérapeutique, groupe post-chirurgical IRS (I–IV) et risque EpSSG (bas / standard / haut / très haut).
  • Traitement multimodal : chimiothérapie (IVA / VAC), contrôle local (chirurgie et/ou radiothérapie), et entretien vinorelbine-cyclophosphamide dans les hauts risques (RMS2005).

QCM — 10 questions

Q1. Quel élément biologique prime aujourd'hui pour la stratification pronostique du rhabdomyosarcome ?

Q2. Quel siège de rhabdomyosarcome est associé au meilleur pronostic ?

Q3. Quel traitement d'entretien a démontré un bénéfice de survie dans les RMS à haut risque (essai EpSSG RMS2005) ?

Q4. Quelles sont les molécules et les doses du protocole IVA, référence européenne du rhabdomyosarcome ?

Q5. Un enfant traité par ifosfamide présente une glycosurie, une hypophosphatémie et une acidose métabolique. Quel diagnostic évoquez-vous ?

Q6. Quelles sont les doses de radiothérapie selon le groupe post-chirurgical IRS ?

Q7. Dans quelle situation la radiothérapie doit-elle être débutée précocement, sans attendre plusieurs cures de chimiothérapie ?

Q8. Quel est le principe du traitement d'entretien validé par l'essai EpSSG RMS2005 ?

Q9. Chez un adolescent de 15 ans devant recevoir un protocole IVADo, quelle mesure doit être anticipée avant le début du traitement ?

Q10. Pourquoi le rhabdomyosarcome de l'orbite non paraméningé a-t-il un pronostic aussi favorable ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Rhabdomyosarcome de l'orbite : préserver l'œil

Garçon de 4 ans amené pour une exophtalmie droite d'installation rapide sur trois semaines, avec un œdème palpébral et une discrète déviation du globe vers le bas et le dehors. Pas de fièvre, pas de douleur importante, état général conservé. L'acuité visuelle est difficile à évaluer mais l'enfant semble suivre du regard.

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  1. Étape 1 · Orientation

    Q1. Quelle est votre démarche devant cette exophtalmie de l'enfant ?

  2. Étape 2 · Bilan

    Résultats : IRM montrant une masse orbitaire droite de 3 cm, intraconique, sans extension à la base du crâne ni aux sinus ni aux méninges. Biopsie : rhabdomyosarcome embryonnaire, desmine et myogénine positives, fusion FOXO1 négative. Bilan d'extension (TDM thoracique, TEP-TDM, exploration médullaire) : négatif. La tumeur n'est pas résécable sans exentération.

    Q2. Comment classez-vous cette tumeur ?

  3. Étape 3 · Stratégie

    Décision : tumeur non résécable sans exentération, risque standard.

    Q3. Quelle stratégie proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Toxicité aiguë

    Pendant la 3e cure d'IVA : le bilan biologique montre une phosphorémie basse à 0,6 mmol/L, une glycosurie sans hyperglycémie et une bicarbonatémie abaissée. L'enfant est asymptomatique.

    Q4. Quel diagnostic et quelle conduite ?

  5. Étape 5 · Réponse

    Après 4 cures et l'irradiation : régression complète de l'exophtalmie, IRM montrant une réponse quasi complète avec un résidu fibreux non évolutif. L'acuité visuelle de l'œil droit est mesurée à 7/10.

    Q5. Faut-il opérer ce résidu ?

  6. Étape 6 · Séquelles

    À 12 ans : l'enfant est en rémission complète depuis 8 ans. Il présente une cataracte de l'œil droit, une sécheresse oculaire, et une discrète asymétrie faciale avec une orbite droite moins développée. Le bilan hormonal est normal.

    Q6. Quelle prise en charge organisez-vous ?

Synthèse du cas 1

Exophtalmie rapide chez un jeune enfant sans signe infectieux = tumeur orbitaire : IRM (rechercher une extension paraméningée, qui change tout) et biopsie avec immunohistochimie myogénique et fusion FOXO1. Orbite non paraméningée + embryonnaire + fusion-négatif = risque standard, survie > 90 %. Traitement par IVA puis radiothérapie 45-50,4 Gy, sans chirurgie mutilante ; protonthérapie privilégiée. Sous ifosfamide, dépister la tubulopathie de type Fanconi (hypophosphatémie, glycosurie sans hyperglycémie, acidose), souvent asymptomatique et potentiellement définitive. Un résidu fibreux non évolutif ne s'opère pas. Séquelles à suivre : cataracte, sécheresse oculaire, hypoplasie orbitaire, seconds cancers.

Cas 2

Forme alvéolaire fusion-positive du membre

Adolescent de 14 ans consultant pour une masse de la face postérieure de la cuisse gauche, apparue il y a deux mois et de croissance rapide, mesurant 7 cm, ferme et profonde. Il rapporte une gêne à la course. L'examen retrouve par ailleurs une adénopathie inguinale gauche de 2 cm, ferme.

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  1. Étape 1 · Démarche

    Q1. Quelle est votre démarche diagnostique ?

  2. Étape 2 · Classification

    Résultats : rhabdomyosarcome alvéolaire, myogénine fortement positive, fusion PAX3-FOXO1 présente. L'adénopathie inguinale est envahie (N1). TDM thoracique, TEP-TDM et exploration médullaire sans métastase à distance. Tumeur de 7 cm, non résécable sans mutilation majeure : groupe IRS III.

    Q2. Quel groupe de risque retenez-vous ?

  3. Étape 3 · Anticipations avant traitement

    Avant de débuter : l'adolescent est pubère, en bon état général. Le protocole prévu est IVADo avec doxorubicine, suivi d'un entretien.

    Q3. Quelles mesures anticipez-vous ?

  4. Étape 4 · Contrôle local

    Après 4 cures d'IVADo : réponse partielle avec réduction de la masse à 3 cm et régression ganglionnaire. La question du contrôle local se pose.

    Q4. Quelle stratégie de contrôle local proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Entretien

    Fin de l'induction et du contrôle local : réponse complète. L'adolescent est fatigué et souhaite « arrêter les traitements pour reprendre le lycée normalement ».

    Q5. Que lui proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Rechute

    Quatorze mois après la fin du traitement : apparition de multiples nodules pulmonaires bilatéraux et de deux lésions osseuses. La biopsie confirme une rechute de rhabdomyosarcome alvéolaire fusion-positif. L'adolescent est en bon état général.

    Q6. Quelle prise en charge envisagez-vous ?

Synthèse du cas 2

Masse profonde > 5 cm à croissance rapide chez un adolescent : biopsie planifiée en centre expert, jamais d'exérèse d'emblée ; prouver l'atteinte ganglionnaire, qui change le groupe de risque. Fusion-positif + N1 = très haut risque EpSSG. Avant traitement : conservation de sperme (alkylants gonadotoxiques) et échocardiographie de référence (doxorubicine). Le contrôle local associe chirurgie conservatrice et radiothérapie — obligatoire dans les formes fusion-positives même après exérèse complète, en incluant les aires ganglionnaires. L'entretien métronomique de 6 mois (vinorelbine + cyclophosphamide oral) améliore la survie globale (RMS2005) et reste compatible avec la scolarité. La rechute métastatique fusion-positive est de pronostic sombre : essai précoce.

Cas 3

Site paraméningé : une urgence de traitement local

Garçon de 6 ans amené pour une obstruction nasale droite avec épistaxis récidivantes depuis six semaines, initialement traitée comme une rhinite. Depuis dix jours sont apparues une diplopie et une hypoesthésie de la joue droite. L'examen retrouve une masse comblant la fosse nasale droite, une paralysie du VI droit et une atteinte du territoire du V2.

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  1. Étape 1 · Reconnaître la gravité

    Q1. Quels éléments de ce tableau vous alarment particulièrement ?

  2. Étape 2 · Bilan

    Résultats : IRM montrant une masse de la fosse nasale et du sinus maxillaire droit avec lyse de la base du crâne et extension intracrânienne extradurale. Biopsie : rhabdomyosarcome embryonnaire, fusion FOXO1 négative. Cytologie du liquide céphalorachidien négative. Pas de métastase à distance.

    Q2. Quelle est la conséquence de l'extension intracrânienne sur le calendrier thérapeutique ?

  3. Étape 3 · Traitement

    Décision : chimiothérapie IVA, avec irradiation anticipée. La tumeur est classée site défavorable (paraméningé), groupe IRS III, fusion-négative, N0.

    Q3. Quelles modalités d'irradiation retenez-vous ?

  4. Étape 4 · Évolution neurologique

    Après l'irradiation et 6 cures : réponse quasi complète, régression de la diplopie et récupération partielle de l'hypoesthésie faciale. L'enfant est en rémission.

    Q4. Quelles séquelles devez-vous anticiper et surveiller ?

  5. Étape 5 · Suivi endocrinien

    Trois ans plus tard : l'enfant, âgé de 9 ans, est en rémission complète. Sa courbe de croissance a décroché du 50e au 10e percentile. Le bilan montre un déficit en hormone de croissance et une TSH élevée avec T4 libre basse.

    Q5. Quelle prise en charge proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Message stratégique

    Synthèse : cet enfant est guéri d'un rhabdomyosarcome paraméningé avec extension intracrânienne, au prix de séquelles endocriniennes et faciales.

    Q6. Quel message retenez-vous des sites paraméningés ?

Synthèse du cas 3

Symptômes ORL traînants chez un enfant + atteinte des paires crâniennes = site paraméningé, le plus défavorable de la tête et du cou : IRM explorant la base du crâne et les méninges, ponction lombaire avec cytologie. Particularité stratégique majeure : en cas d'extension intracrânienne, d'atteinte méningée ou de signes neurologiques, la radiothérapie doit être anticipée (dès la 3e cure). Groupe IRS III = 50,4 Gy focaux (et non cranio-spinaux si le liquide céphalorachidien est négatif), en protonthérapie de préférence. Séquelles à anticiper et traiter : déficits endocriniens (hormone de croissance, thyroïde), hypoacousie, croissance faciale, seconds cancers — suivi multidisciplinaire à vie.

Cas 4

Forme génito-urinaire du jeune enfant

Fille de 3 ans amenée pour des saignements vaginaux intermittents depuis un mois, ayant fait évoquer une possible maltraitance avant l'examen. L'examen sous anesthésie retrouve une masse polypoïde translucide « en grappe de raisin » s'extériorisant par la vulve. L'enfant est par ailleurs en bon état général.

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  1. Étape 1 · Reconnaître l'entité

    Q1. Quel diagnostic évoquez-vous devant cet aspect ?

  2. Étape 2 · Bilan et classification

    Résultats : biopsie confirmant un rhabdomyosarcome embryonnaire de type botryoïde, fusion FOXO1 négative. IRM pelvienne : tumeur vaginale de 4 cm sans envahissement de la vessie ni du rectum, sans adénopathie. Bilan d'extension négatif.

    Q2. Quel groupe de risque et quelle stratégie initiale ?

  3. Étape 3 · Contrôle local conservateur

    Après 4 cures d'IVA : réponse majeure, la masse a régressé à moins de 1 cm avec un aspect résiduel discret. La question du contrôle local se pose.

    Q3. Quelle modalité privilégiez-vous ?

  4. Étape 4 · Préservation de la fertilité

    Question soulevée : l'enfant a 3 ans, reçoit de l'ifosfamide et va bénéficier d'une curiethérapie pelvienne. Les parents interrogent sur sa fertilité future.

    Q4. Que leur répondez-vous ?

  5. Étape 5 · Rechute locale

    Dix-huit mois après la fin du traitement : réapparition de saignements. L'examen sous anesthésie et l'IRM retrouvent une récidive vaginale locale de 15 mm, sans autre localisation. L'enfant a 5 ans.

    Q5. Quelle prise en charge envisagez-vous ?

  6. Étape 6 · Suivi à long terme

    À 14 ans : l'adolescente est en rémission depuis 9 ans après traitement de sa rechute. Elle n'a pas encore eu de règles. Le bilan montre un profil d'insuffisance ovarienne débutante.

    Q6. Quelle prise en charge organisez-vous ?

Synthèse du cas 4

Masse polypoïde « en grappe de raisin » vaginale chez une petite fille = rhabdomyosarcome botryoïde (variante embryonnaire), site favorable de bon pronostic — tout saignement génital de l'enfant impose un examen sous anesthésie. Stratégie centrée sur la conservation des organes : chimiothérapie IVA première, puis contrôle local par chirurgie limitée et/ou curiethérapie, qui épargne vessie, rectum, ovaires, utérus et cartilages de croissance — bien préférable à l'irradiation externe pelvienne. Aborder la préservation de la fertilité dès le diagnostic et la réévaluer à l'adolescence. Une rechute locale isolée d'une forme favorable reste curable. Suivi à long terme : insuffisance ovarienne (induction pubertaire), capacité utérine, seconds cancers.

Cas 5

Prédisposition génétique et forme métastatique

Fille de 2 ans adressée pour une masse du tronc de croissance rapide. L'interrogatoire familial révèle que sa mère a été traitée d'un cancer du sein à 29 ans, qu'un oncle maternel a eu un sarcome dans l'enfance et qu'une cousine est décédée d'une tumeur cérébrale à 8 ans. Le bilan retrouve, outre la masse pariétale de 6 cm, plusieurs nodules pulmonaires bilatéraux.

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  1. Étape 1 · Suspicion syndromique

    Q1. Quelle prédisposition évoquez-vous devant cette histoire familiale ?

  2. Étape 2 · Classification

    Résultats : rhabdomyosarcome alvéolaire, fusion PAX3-FOXO1 positive. Nodules pulmonaires bilatéraux confirmés métastatiques. Exploration médullaire négative. La mutation germinale de TP53 est confirmée chez l'enfant et chez sa mère.

    Q2. Comment évaluez-vous le pronostic ?

  3. Étape 3 · Dilemme de l'irradiation

    Question thérapeutique : le contrôle local de la masse pariétale nécessiterait une irradiation, et une irradiation pulmonaire bilatérale est discutée pour les métastases. L'enfant est porteuse d'une mutation germinale de TP53.

    Q3. Comment abordez-vous cette décision ?

  4. Étape 4 · Conséquences familiales

    Suite de l'enquête génétique : la mère, porteuse de la mutation, a 34 ans et n'a pas de suivi structuré depuis son cancer du sein. Un frère de l'enfant, âgé de 6 ans, est également porteur.

    Q4. Quelle prise en charge familiale organisez-vous ?

  5. Étape 5 · Évolution de l'enfant

    Après l'induction : réponse partielle avec régression de la masse pariétale et des nodules pulmonaires, permettant un contrôle local et un entretien métronomique. Puis, à 10 mois, progression pulmonaire et apparition de lésions osseuses.

    Q5. Quelle attitude adoptez-vous ?

  6. Étape 6 · Accompagnement

    Quatre mois plus tard : progression malgré deux lignes, douleurs osseuses importantes, altération de l'état général. Les parents, eux-mêmes concernés par la prédisposition familiale, expriment une grande détresse et une culpabilité liée à la transmission.

    Q6. Quelle prise en charge globale proposez-vous ?

Synthèse du cas 5

Rhabdomyosarcome du très jeune enfant + histoire familiale de cancer du sein précoce, sarcome et tumeur cérébrale = syndrome de Li-Fraumeni (TP53) ; d'autres prédispositions existent (NF1, Costello, Beckwith-Wiedemann, Noonan, DICER1). Métastatique (IRS IV) + fusion-positif = pronostic sombre : annonce honnête et recherche d'essai d'emblée. La radiosensibilité du Li-Fraumeni s'intègre à la décision d'irradiation, mais le bénéfice immédiat prime généralement — minimiser le volume, protonthérapie. Pour les apparentés porteurs : surveillance de type Toronto (IRM corps entier, éviter l'irradiant), qui améliore la survie. En phase avancée, soins palliatifs actifs et accompagnement de la culpabilité de transmission et de la fratrie porteuse.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Quelles translocations définissent le RMS alvéolaire ?cliquer
PAX3-FOXO1 t(2;13) (la plus fréquente) et PAX7-FOXO1 t(1;13). Le statut de fusion prime sur l'histologie.

Que signifie un groupe IRS III ?cliquer
Résidu tumoral macroscopique après chirurgie (biopsie seule ou exérèse incomplète) — situation la plus fréquente au diagnostic.

Protocoles de chimiothérapie d'ossature du RMS ?cliquer
IVA (ifosfamide-vincristine-actinomycine D) en Europe ; VAC (vincristine-actinomycine D-cyclophosphamide) chez le COG.

Apport de l'essai EpSSG RMS2005 ?cliquer
L'entretien vinorelbine + cyclophosphamide à faible dose améliore la survie dans les RMS à haut risque non métastatiques.

📚 Références & essais fondateurs

  1. EpSSG RMS2005 (entretien) — Bisogno G, et al. Vinorelbine and continuous low-dose cyclophosphamide as maintenance chemotherapy in patients with high-risk rhabdomyosarcoma. Lancet Oncol 2019. PMID 31562043
  2. EpSSG RMS2005 (doxorubicine) — Bisogno G, et al. Addition of dose-intensified doxorubicin to standard chemotherapy for rhabdomyosarcoma. Lancet Oncol 2018. PMID 29941280
  3. IRS-IV — Crist WM, et al. Intergroup Rhabdomyosarcoma Study-IV : results for patients with nonmetastatic disease. J Clin Oncol 2001. PMID 11408506
  4. Statut de fusion — Missiaglia E, et al. PAX3/FOXO1 fusion gene status is the key prognostic molecular marker in rhabdomyosarcoma. J Clin Oncol 2012. PMID 22454413
  5. COG ARST0531 — Hawkins DS, et al. VAC vs VAC/VI dans le RMS de risque intermédiaire : pas d'amélioration de la survie. J Clin Oncol 2018. PMID 30091945
  6. Groupes de risque — Oberlin O, et al. Facteurs pronostiques du rhabdomyosarcome localisé des extrémités : analyse poolée de quatre groupes coopératifs internationaux. Pediatr Blood Cancer 2015. PMID 26257045
  7. Référentiels COG (Children's Oncology Group) et EpSSG — protocoles coopératifs à jour du rhabdomyosarcome pédiatrique.