Sarcome d'Ewing

Tumeur maligne à petites cellules rondes de l'os (et des tissus mous) de l'adolescent et du jeune adulte, définie par une translocation de la famille EWSR1. Prise en charge multimodale : chimiothérapie intensive à intervalle compressé, contrôle local (chirurgie et/ou radiothérapie) et consolidation.

Pédiatrie Cellules rondes EWSR1-FLI1 CD99 VDC/IE

📊 Épidémiologie & facteurs de risque

Le sarcome d'Ewing est la deuxième tumeur osseuse maligne primitive de l'enfant (après l'ostéosarcome). Le pic d'incidence se situe à l'adolescence et chez le jeune adulte (10–20 ans), avec une légère prédominance masculine. Il est nettement plus fréquent dans les populations d'origine caucasienne que d'origine africaine ou asiatique.

Facteurs de risque

  • Aucun facteur de risque environnemental ou syndrome de prédisposition majeur clairement établi ; la maladie est essentiellement sporadique.
  • La translocation caractéristique est une anomalie somatique acquise, non héritée.
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Devant une douleur osseuse persistante et une masse chez un adolescent, notamment sur un os plat (bassin, côtes) ou une diaphyse, il faut évoquer un sarcome d'Ewing. Un tableau fébrile avec syndrome inflammatoire peut mimer une ostéomyélite et retarder le diagnostic.

🧬 Anatomopathologie & biologie moléculaire

Le sarcome d'Ewing appartient aux tumeurs à petites cellules rondes bleues. En immunohistochimie, expression membranaire diffuse et forte de CD99 (MIC2) et de NKX2-2. Le diagnostic repose sur la mise en évidence de la translocation.

TranslocationGènes de fusionFréquence
t(11;22)(q24;q12)EWSR1-FLI1~85 %
t(21;22)(q22;q12)EWSR1-ERG~10 %
Variants plus raresEWSR1-FEV, -ETV1, -E1AF, ou FUS-ERG< 5 %

La fusion crée un facteur de transcription aberrant (EWSR1-ETS) moteur oncogénique. À distinguer des « sarcomes de type Ewing » (round cell sarcomas) portant d'autres fusions (CIC-DUX4, BCOR), de pronostic et de biologie différents.

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CD99 est très sensible mais peu spécifique (exprimé aussi par les lymphoblastes, certains RMS…) : la confirmation moléculaire de la translocation EWSR1 est indispensable au diagnostic.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

Signes révélateurs : douleur osseuse d'aggravation progressive (souvent nocturne), masse des tissus mous, parfois fièvre et altération de l'état général. Sièges préférentiels : os plats (bassin, côtes, scapula) et diaphyses des os longs (fémur, tibia, humérus). Des formes extra-osseuses (tissus mous) existent.

Démarche diagnostique

  • Radiographie / IRM : lésion ostéolytique perméative, réaction périostée « en bulbe d'oignon », volumineuse composante des tissus mous.
  • Biopsie avec immunohistochimie (CD99, NKX2-2) et confirmation moléculaire de la fusion EWSR1.
  • Bilan d'extension : TDM thoracique, TEP-TDM au 18F-FDG, IRM du primitif, et biopsies/aspirations médullaires (recherche d'envahissement de la moelle).

📐 Bilan d'extension & stadification

La distinction majeure est celle entre maladie localisée et métastatique, cette dernière étant le principal facteur pronostique.

Facteur pronostiqueImpact
Métastases au diagnosticDéfavorable ++ (poumon < os/moelle)
Site primitifBassin/axial > membres (moins bon pour l'axial)
Volume tumoral> 200 mL / grande taille : défavorable
Réponse histologique à la chimiothérapie néoadjuvanteFaible nécrose : défavorable

Les sites métastatiques préférentiels sont le poumon, l'os et la moelle osseuse. Les métastases exclusivement pulmonaires ont un meilleur pronostic que les métastases osseuses/médullaires.

💊 Prise en charge

Traitement multimodal systématique, en centre spécialisé.

Chimiothérapie d'induction

Chimiothérapie intensive combinant l'alternance de VDC (vincristine 2 mg/m² — plafonnée à 2 mg —, doxorubicine 75 mg/m² et cyclophosphamide 1 200 mg/m² à J1, avec mesna) et IE (ifosfamide 1 800 mg/m²/j et étoposide 100 mg/m²/j de J1 à J5, avec mesna). Chez le COG (essai AEWS0031), l'administration à intervalle compressé (dose-dense, toutes les 2 semaines au lieu de 3, sous G-CSF) a amélioré la survie sans augmenter la toxicité (Womer). En Europe, le protocole VIDE (vincristine, ifosfamide, doxorubicine, étoposide) est également utilisé en induction.

Contrôle local

Après l'induction : chirurgie d'exérèse large chaque fois qu'elle est possible, radiothérapie, ou association des deux. Le sarcome d'Ewing est radiosensible (contrairement à l'ostéosarcome), ce qui rend la radiothérapie utile pour les sites inopérables (bassin, rachis) ou en cas de marges limites : 45 Gy en 25 fractions de 1,8 Gy en postopératoire pour des marges insuffisantes, 54 à 60 Gy en 30 à 33 fractions en irradiation définitive d'une tumeur non opérée, et irradiation pulmonaire bilatérale de 15 à 18 Gy en cas de métastases pulmonaires.

Consolidation

Poursuite de la chimiothérapie de consolidation après le contrôle local (durée totale d'environ 9 à 12 mois). Dans les formes à haut risque (essais Euro-EWING), une chimiothérapie à haute dose par busulfan-melphalan avec autogreffe de cellules souches a démontré un bénéfice pour les formes localisées à mauvaise réponse histologique ou de gros volume, et est évaluée dans les formes métastatiques pulmonaires isolées.

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Le pronostic des formes localisées atteint 65–75 % de survie prolongée avec le traitement multimodal, mais reste réservé pour les formes métastatiques (surtout osseuses/médullaires, < 30 %).

💉 Doses & protocoles

⚠️

Support pédagogique. Posologies issues des protocoles COG (AEWS0031) et Euro-EWING. En oncologie pédiatrique, les doses se calculent sur la surface corporelle — ou en mg/kg chez l'enfant de moins de 12 kg — et la prescription se fait exclusivement dans le cadre d'un protocole validé, en centre spécialisé. Vérifier systématiquement le calcul, les doses maximales absolues et les doses cumulées.

Chimiothérapie — alternance VDC / IE

CureMoléculeDoseVoie / rythmePrécisions
VDC — alterné avec IE toutes les 2 semaines (intervalle compressé, sous G-CSF)
VDCVincristine2 mg/m² (max 2 mg)IV directe, J1Vésicante · jamais intrathécal
VDCDoxorubicine75 mg/m²IV, J1 (perfusion prolongée)Dose cumulée maximale 375 à 450 mg/m²
VDCCyclophosphamide1 200 mg/m²IV, J1, avec mesnaHyperhydratation
IE
IEIfosfamide1 800 mg/m²/jIV, J1 à J5, avec mesnaSurveiller la fonction tubulaire
IEÉtoposide100 mg/m²/jIV, J1 à J5Risque de leucémie secondaire
VIDE — induction européenne (Euro-EWING)
VIDEVincristine, ifosfamide, doxorubicine, étoposideselon protocoleIV, cycles de 3 semaines6 cures d'induction
Consolidation haute dose (hauts risques)
Bu-MelBusulfan + melphalanbusulfan adapté au poids (suivi pharmacocinétique) + melphalan 140 mg/m²IV, puis autogreffeBénéfice démontré dans les formes localisées à mauvaise réponse ou de gros volume
Rechute
RechuteIrinotécan + témozolomideirinotécan 20 mg/m²/j × 5 (× 2 sem) + témozolomide 100 mg/m²/j × 5per os / IVOu topotécan-cyclophosphamide, gemcitabine-docétaxel · recherche d'essai

Le principe de l'intervalle compressé est central : administrer les cures toutes les 2 semaines au lieu de 3, sous couvert de G-CSF, améliore la survie sans majorer la toxicité (AEWS0031) — c'est l'intensité de dose dans le temps, et non l'augmentation des doses unitaires, qui apporte le bénéfice. Toxicités structurantes : cardiotoxicité cumulative de la doxorubicine, dose totale à limiter à 375-450 mg/m² avec échocardiographie de référence puis périodique ; tubulopathie et encéphalopathie de l'ifosfamide (syndrome de Fanconi avec hypophosphatémie, bleu de méthylène pour l'encéphalopathie) ; cystite hémorragique des oxazaphosphorines, prévenue par le mesna et l'hyperhydratation ; neuropathie de la vincristine, dont la constipation est le signe précoce ; risque de leucémie secondaire lié à l'étoposide et aux alkylants. La gonadotoxicité est majeure : préservation de la fertilité à discuter systématiquement avant traitement chez l'adolescent, d'autant que le busulfan de la consolidation est stérilisant.

Radiothérapie

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Postopératoire, marges insuffisantes ou mauvaise réponse histologique45 Gy25 fractions de 1,8 GyVolume tumoral initial avec marge ; ± surimpression de 10,8 Gy sur un résidu
Irradiation définitive (tumeur non opérée : bassin, rachis)54 à 60 Gy30 à 33 fractions de 1,8 GyLe sarcome d'Ewing est radiosensible, à la différence de l'ostéosarcome
Métastases pulmonaires15 à 18 Gy10 à 12 fractions de 1,5 GyIrradiation pulmonaire bilatérale, en fin de traitement
Métastases osseuses45 à 54 Gy25 à 30 fractionsSur les sites métastatiques osseux, selon la faisabilité
Palliative (douleur, compression)20 à 30 Gy5 à 10 fractionsVisée antalgique ou décompressive

La radiosensibilité du sarcome d'Ewing est la différence fondamentale avec l'ostéosarcome : elle fait de la radiothérapie une véritable alternative de contrôle local pour les sites inopérables — bassin, rachis, base du crâne — là où l'ostéosarcome relève exclusivement de la chirurgie. Contraintes selon la localisation : pour le bassin, grêle Dmax < 45 à 50 Gy, vessie et rectum limités, gonades à épargner (transposition ovarienne à discuter chez la fille, protection testiculaire chez le garçon) et têtes fémorales pour prévenir la nécrose ; pour le rachis, moelle épinière Dmax < 45 Gy ; pour les membres, épargner une bande de tissu sain, limiter la dose à l'os adjacent pour prévenir la fracture, et irradier symétriquement les cartilages de croissance lorsque c'est inévitable, sous peine d'inégalité de longueur ou de scoliose. Deux enjeux à long terme : la fonction du membre, qui justifie une kinésithérapie prolongée, et le risque de sarcome radio-induit et de second cancer, non négligeable chez ces patients traités à l'adolescence avec des espérances de vie longues — d'où l'intérêt croissant de la protonthérapie.

Points clés à retenir

  • Tumeur à petites cellules rondes de l'os (et extra-osseuse) de l'adolescent / jeune adulte.
  • Translocation EWSR1-FLI1 t(11;22) (ou EWSR1-ERG) ; immunomarquage CD99/NKX2-2 ; confirmation moléculaire indispensable.
  • Sièges : os plats (bassin, côtes) et diaphyses ; métastases poumon, os, moelle.
  • Chimiothérapie VDC/IE alternée à intervalle compressé (AEWS0031, Womer) ; ajout de l'ifosfamide-étoposide (Grier).
  • Tumeur radiosensible : contrôle local par chirurgie et/ou radiothérapie ; pronostic métastatique réservé.

QCM — 10 questions

Q1. Quelle anomalie moléculaire définit le sarcome d'Ewing classique ?

Q2. Concernant le contrôle local, quelle différence essentielle sépare le sarcome d'Ewing de l'ostéosarcome ?

Q3. Qu'a démontré l'essai COG AEWS0031 (Womer) dans le sarcome d'Ewing localisé ?

Q4. Quelles sont les molécules et les doses de l'alternance VDC/IE ?

Q5. Quel est le principe et le bénéfice de la chimiothérapie à « intervalle compressé » dans le sarcome d'Ewing localisé ?

Q6. Un adolescent présente une douleur osseuse fémorale avec fièvre, syndrome inflammatoire et une image de réaction périostée. Quel piège diagnostique devez-vous éviter ?

Q7. Pourquoi l'immunomarquage CD99 ne suffit-il pas au diagnostic de sarcome d'Ewing ?

Q8. Quels sont les principaux sites métastatiques du sarcome d'Ewing et leur valeur pronostique respective ?

Q9. Quelle mesure doit impérativement être anticipée chez un adolescent de 16 ans avant de débuter un protocole VDC/IE avec éventuelle consolidation par busulfan-melphalan ?

Q10. Un sarcome d'Ewing du bassin, non résécable sans séquelles majeures, a bien répondu à la chimiothérapie. Quelle option de contrôle local retenez-vous ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Douleur fémorale prise pour une ostéomyélite

Garçon de 13 ans, footballeur, consultant pour une douleur de la cuisse droite évoluant depuis deux mois, d'abord attribuée à un traumatisme sportif, devenue permanente et nocturne. Il présente depuis dix jours une fièvre à 38,3 °C. La protéine C-réactive est à 68 mg/L, les LDH élevées. La radiographie montre une lésion diaphysaire fémorale ostéolytique avec une réaction périostée « en bulbe d'oignon ». Une antibiothérapie pour ostéomyélite a été débutée par le médecin traitant.

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  1. Étape 1 · Éviter le piège

    Q1. Quelle est votre conduite ?

  2. Étape 2 · Diagnostic et bilan

    Résultats : IRM montrant une lésion diaphysaire fémorale de 9 cm avec une volumineuse composante des tissus mous. Biopsie : tumeur à petites cellules rondes, CD99 fortement positif, NKX2-2 positif, avec confirmation d'une fusion EWSR1-FLI1. Bilan d'extension : TDM thoracique et TEP-TDM sans métastase, exploration médullaire négative.

    Q2. Pourquoi la confirmation moléculaire était-elle indispensable ?

  3. Étape 3 · Traitement d'induction

    Situation : sarcome d'Ewing localisé du fémur, tumeur de 9 cm. L'adolescent a 13 ans, est pubère, en bon état général.

    Q3. Quel traitement et quelles mesures préalables ?

  4. Étape 4 · Contrôle local

    Après 6 cures : réduction tumorale nette de la composante des tissus mous. La lésion diaphysaire fémorale est résécable avec reconstruction. L'analyse de la pièce opératoire montre une nécrose tumorale de 30 % seulement, avec des marges saines.

    Q4. Comment interprétez-vous ce résultat histologique et qu'en déduisez-vous ?

  5. Étape 5 · Consolidation intensive

    Décision : consolidation par busulfan-melphalan et autogreffe. La famille interroge sur les conséquences à long terme.

    Q5. Quelles conséquences devez-vous expliquer ?

  6. Étape 6 · Suivi à long terme

    À 20 ans, sept ans après le diagnostic : le patient est en rémission complète. Il présente une inégalité de longueur des membres inférieurs de 2 cm avec une gêne à la marche prolongée, une prothèse fémorale en place, et le bilan montre un hypogonadisme avec azoospermie.

    Q6. Quelle prise en charge organisez-vous ?

Synthèse du cas 1

Fièvre, syndrome inflammatoire et réaction périostée « en bulbe d'oignon » peuvent mimer une ostéomyélite : c'est le piège classique du sarcome d'Ewing, et une douleur osseuse nocturne persistante de l'adolescent impose IRM et biopsie planifiée. Le CD99 est sensible mais peu spécifique : la confirmation d'une fusion EWSR1 est indispensable, notamment pour écarter les « sarcomes de type Ewing » (CIC-DUX4, BCOR). Séquence : induction VDC/IE à intervalle compressé (AEWS0031), puis contrôle local. Avant traitement : conservation de sperme et échocardiographie. Une mauvaise réponse histologique fait discuter une intensification par busulfan-melphalan et autogreffe, stérilisante. Suivi de survivant multidisciplinaire à vie.

Cas 2

Sarcome d'Ewing du bassin : la radiothérapie comme contrôle local

Adolescente de 15 ans consultant pour des douleurs de la fesse et de la hanche gauche évoluant depuis quatre mois, avec une boiterie et des irradiations sciatiques. L'examen retrouve une masse fessière profonde peu accessible. L'IRM montre une volumineuse tumeur de l'aile iliaque gauche de 13 cm, avec extension aux tissus mous, au contact du plexus sacré et de l'articulation sacro-iliaque.

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  1. Étape 1 · Facteurs pronostiques

    Q1. Quels éléments de ce tableau sont pronostiquement défavorables ?

  2. Étape 2 · Bilan complet

    Résultats : biopsie confirmant un sarcome d'Ewing avec fusion EWSR1-FLI1. TDM thoracique et TEP-TDM : pas de métastase. Exploration médullaire négative. LDH élevées.

    Q2. Pourquoi l'exploration médullaire fait-elle partie du bilan d'extension ?

  3. Étape 3 · Contrôle local

    Après 6 cures de VDC/IE : bonne réponse avec réduction de la composante des tissus mous. La discussion chirurgicale conclut qu'une résection carcinologique nécessiterait une hémipelvectomie interne avec sacrifice du plexus sacré, au prix d'un déficit neurologique majeur et de troubles sphinctériens.

    Q3. Quelle option de contrôle local retenez-vous ?

  4. Étape 4 · Dosimétrie et préservation

    Planification de l'irradiation pelvienne : l'adolescente a 15 ans, n'a pas d'enfant, et le volume cible est proche de l'utérus, des ovaires et des têtes fémorales.

    Q4. Quelles précautions dosimétriques et préalables retenez-vous ?

  5. Étape 5 · Rechute pulmonaire

    Vingt mois après la fin du traitement : le scanner de surveillance découvre quatre nodules pulmonaires bilatéraux de 8 à 15 mm. Le site pelvien est contrôlé. La patiente est en bon état général.

    Q5. Quelle prise en charge envisagez-vous ?

  6. Étape 6 · Séquelles pelviennes

    À 24 ans : la patiente est en rémission après traitement de sa rechute. Elle présente une aménorrhée avec insuffisance ovarienne, des douleurs de hanche gauche avec une nécrose de la tête fémorale débutante, et interroge sur un projet de grossesse.

    Q6. Quelle prise en charge proposez-vous ?

Synthèse du cas 2

Siège axial (bassin) et volume tumoral important sont deux facteurs pronostiques défavorables. Le bilan d'extension comprend obligatoirement une exploration médullaire, la moelle étant un site métastatique préférentiel avec le poumon et l'os — l'atteinte osseuse ou médullaire étant bien plus défavorable que l'atteinte pulmonaire isolée. Dans les sites où la chirurgie serait mutilante, la radiosensibilité du sarcome d'Ewing autorise une irradiation définitive à 54-60 Gy : ne pas sacrifier un plexus sacré quand une alternative existe. Anticiper la transposition ovarienne et la préservation de la fertilité, épargner les têtes fémorales. Une rechute pulmonaire isolée reste accessible à un traitement à visée curative.

Cas 3

Forme métastatique d'emblée

Garçon de 16 ans consultant pour des douleurs thoraciques et une masse pariétale costale droite, avec une altération de l'état général et un amaigrissement de 6 kg. Le bilan retrouve une tumeur costale de 10 cm avec envahissement pleural, de multiples nodules pulmonaires bilatéraux et deux lésions osseuses vertébrales. La biopsie confirme un sarcome d'Ewing avec fusion EWSR1-FLI1. L'exploration médullaire est envahie.

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  1. Étape 1 · Pronostic

    Q1. Comment évaluez-vous le pronostic de cette situation ?

  2. Étape 2 · Traitement

    Décision : le patient a 16 ans, est motivé pour un traitement actif malgré l'information donnée.

    Q2. Quelle stratégie proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Complication du traitement

    Pendant la 4e cure (IE) : le patient développe en 48 heures une confusion avec désorientation et hallucinations visuelles, sans fièvre. L'albuminémie est à 26 g/L et la créatinine légèrement augmentée.

    Q3. Quel diagnostic et quelle conduite ?

  4. Étape 4 · Réponse partielle

    Après 6 cures : réponse partielle avec régression du primitif costal et des nodules pulmonaires, mais persistance d'une atteinte médullaire minime et des lésions vertébrales.

    Q4. Comment poursuivez-vous ?

  5. Étape 5 · Progression

    À 13 mois du diagnostic : progression osseuse multifocale avec douleurs rachidiennes intenses, un début de compression médullaire dorsale et une altération de l'état général (OMS 2-3).

    Q5. Quelle est votre conduite ?

  6. Étape 6 · Accompagnement de l'adolescent

    Deux mois plus tard : le patient, âgé de 17 ans, est en phase palliative avancée. Il souhaite être associé aux décisions, exprime des questions sur sa fin de vie et demande à rester chez lui.

    Q6. Comment organisez-vous cet accompagnement ?

Synthèse du cas 3

Les métastases osseuses et médullaires du sarcome d'Ewing ont une survie inférieure à 30 %, nettement plus défavorable que les métastases pulmonaires isolées : annonce honnête et recherche d'essai d'emblée, sans renoncer à une prise en charge active. Les soins de support et palliatifs doivent être introduits en parallèle du traitement spécifique, non après épuisement des lignes. Sous ifosfamide, savoir reconnaître l'encéphalopathie (hypoalbuminémie favorisante, bleu de méthylène). La radiosensibilité permet d'irradier les sites métastatiques accessibles. Une compression médullaire est une urgence fonctionnelle : corticoïdes et irradiation décompressive. Chez l'adolescent, reconnaître sa capacité à participer aux décisions.

Cas 4

Sarcome d'Ewing extra-osseux et diagnostic différentiel

Jeune femme de 19 ans consultant pour une masse de la paroi thoracique postérieure gauche, apparue il y a trois mois, de croissance rapide, mesurant 8 cm, sans lésion osseuse visible sur le scanner. La biopsie décrit une prolifération de petites cellules rondes bleues, avec un CD99 positif.

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  1. Étape 1 · Diagnostic différentiel

    Q1. Le CD99 est positif. Pouvez-vous conclure à un sarcome d'Ewing ?

  2. Étape 2 · Résultat moléculaire

    Résultats complémentaires : desmine et myogénine négatives (écartant un rhabdomyosarcome), marqueurs lymphoïdes négatifs. L'analyse moléculaire ne retrouve pas de fusion EWSR1, mais met en évidence une fusion CIC-DUX4.

    Q2. Quelle est la conséquence de ce résultat ?

  3. Étape 3 · Autre situation

    Autre patient : homme de 22 ans avec une carcinose péritonéale et de multiples masses abdominales. La biopsie montre des petites cellules rondes bleues, avec une coexpression de la desmine et de marqueurs épithéliaux, et une fusion EWSR1-WT1.

    Q3. Quel diagnostic évoquez-vous ?

  4. Étape 4 · Conséquence pratique

    Question de synthèse : trois tumeurs à petites cellules rondes bleues, trois fusions différentes — EWSR1-FLI1, CIC-DUX4, EWSR1-WT1.

    Q4. Quel principe en tirez-vous pour la pratique ?

  5. Étape 5 · Retour au premier cas

    Prise en charge de la jeune femme de 19 ans porteuse du sarcome à fusion CIC-DUX4 de la paroi thoracique, sans métastase.

    Q5. Quelle stratégie retenez-vous ?

  6. Étape 6 · Enseignement

    Bilan : la reclassification moléculaire a permis d'identifier ces entités, autrefois toutes appelées « famille des tumeurs d'Ewing ».

    Q6. Pourquoi cette distinction importe-t-elle au-delà de la nosologie ?

Synthèse du cas 4

« Petites cellules rondes bleues » est une catégorie morphologique, pas un diagnostic : le différentiel comprend lymphome lymphoblastique, rhabdomyosarcome, neuroblastome, tumeur desmoplastique, sarcome d'Ewing et sarcomes de type Ewing. Le CD99 est peu spécifique : l'analyse moléculaire est indispensable. Trois signatures à connaître : EWSR1-FLI1 (Ewing classique), CIC-DUX4 ou BCOR (sarcomes de type Ewing, plus agressifs et moins chimiosensibles), EWSR1-WT1 (tumeur desmoplastique à petites cellules rondes, carcinose péritonéale du sujet jeune, pronostic très défavorable). Le sarcome d'Ewing peut être extra-osseux. Relecture en centre expert avant toute décision, et recherche d'essai dédié.

Cas 5

Contrôle local d'un membre chez un enfant en croissance

Garçon de 9 ans porteur d'un sarcome d'Ewing localisé de la diaphyse tibiale droite, de 7 cm, sans métastase. Il a reçu six cures d'induction avec une bonne réponse. La question du contrôle local se pose : le siège est accessible chirurgicalement, mais la lésion est proche du cartilage de croissance tibial proximal.

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  1. Étape 1 · Enjeux du contrôle local chez l'enfant

    Q1. Quel enjeu spécifique à l'enfant en croissance devez-vous intégrer ?

  2. Étape 2 · Choix de la modalité

    Discussion en réunion : la tumeur diaphysaire est résécable avec des marges satisfaisantes et une reconstruction possible, sans sacrifice du cartilage de croissance proximal.

    Q2. Que privilégiez-vous ?

  3. Étape 3 · Résultat histologique

    Pièce opératoire : marges saines, mais nécrose tumorale évaluée à 95 % — soit une excellente réponse histologique à la chimiothérapie d'induction.

    Q3. Quelle est la conséquence de ce résultat ?

  4. Étape 4 · Suivi orthopédique

    À 13 ans : l'enfant est en rémission complète. Il présente une inégalité de longueur des membres inférieurs de 3 cm, avec une bascule du bassin et un début de scoliose compensatrice. Le matériel de reconstruction est en place.

    Q4. Quelle prise en charge organisez-vous ?

  5. Étape 5 · Question de la fertilité

    À 16 ans : le patient, en rémission depuis 7 ans, interroge sur sa fertilité. Il avait 9 ans au diagnostic et aucune conservation de sperme n'avait été possible (âge prépubère).

    Q5. Que lui proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Transition

    À 18 ans : le patient va quitter le suivi pédiatrique. Il a reçu des anthracyclines, des alkylants et de l'étoposide, avec une reconstruction orthopédique en place.

    Q6. Comment organisez-vous la transition vers la médecine adulte ?

Synthèse du cas 5

Chez l'enfant en croissance, le contrôle local doit intégrer la croissance résiduelle : atteinte d'un cartilage de croissance = inégalité de longueur progressive, à anticiper (prothèse de croissance, allogreffe, épiphysiodèse, allongement) avec un suivi orthopédique sur toute la croissance. Quand la chirurgie est réalisable avec des marges satisfaisantes sans séquelle majeure, elle est préférée à l'irradiation d'un membre en croissance (trouble de croissance, fracture, sarcome radio-induit) ; la radiothérapie s'ajoute si marges insuffisantes ou mauvaise réponse. Une excellente réponse histologique permet la désescalade (pas d'intensification, pas d'irradiation). Réévaluer la fertilité à l'adolescence chez les patients traités en période prépubère. Transition formalisée avec document récapitulatif.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Marqueur immunohistochimique typique du sarcome d'Ewing ?cliquer
CD99 (MIC2), membranaire, diffus et fort, + NKX2-2. Sensible mais non spécifique : confirmer la fusion EWSR1.

Sites métastatiques préférentiels du sarcome d'Ewing ?cliquer
Poumon, os et moelle osseuse. Les métastases pulmonaires isolées ont un meilleur pronostic que les métastases osseuses/médullaires.

Ossature de la chimiothérapie du sarcome d'Ewing ?cliquer
Alternance VDC (vincristine-doxorubicine-cyclophosphamide) et IE (ifosfamide-étoposide), à intervalle compressé.

Ewing vs ostéosarcome : radiosensibilité ?cliquer
Le sarcome d'Ewing est radiosensible (radiothérapie possible pour le contrôle local) ; l'ostéosarcome est radiorésistant.

📚 Références & essais fondateurs

  1. INT-0091 — Grier HE, et al. Addition of ifosfamide and etoposide to standard chemotherapy for Ewing's sarcoma and primitive neuroectodermal tumor of bone. N Engl J Med 2003. PMID 12594313
  2. COG AEWS0031 (intervalle compressé) — Womer RB, et al. Randomized controlled trial of interval-compressed chemotherapy for the treatment of localized Ewing sarcoma. J Clin Oncol 2012. PMID 23091096
  3. Euro-E.W.I.N.G. 99 / EE2008 — Whelan J, et al. High-dose chemotherapy and blood autologous stem-cell rescue vs standard chemotherapy in localized high-risk Ewing sarcoma. J Clin Oncol 2018. PMID 30188789
  4. EE2012 (VDC/IE vs VIDE) — Brennan B, et al. Comparison of two chemotherapy regimens in Ewing sarcoma (EE2012). Lancet 2022. PMID 36522207
  5. Biologie EWSR1-FLI1 — Delattre O, et al. Gene fusion with an ETS DNA-binding domain caused by chromosome translocation in human tumours. Nature 1992. PMID 1522903
  6. COG AEWS1031 — Leavey PJ, et al. Ajout de vincristine-topotécan-cyclophosphamide au traitement initial du sarcome d'Ewing localisé (essai de phase III). J Clin Oncol 2021. PMID 34652968
  7. Référentiels COG (Children's Oncology Group) et Euro Ewing Consortium — protocoles coopératifs à jour du sarcome d'Ewing.