Ostéosarcome

Tumeur osseuse maligne primitive la plus fréquente de l'enfant et de l'adolescent, caractérisée par la production d'ostéoïde malin. Prise en charge multimodale : chimiothérapie néoadjuvante MAP, chirurgie conservatrice large et chimiothérapie adjuvante ; la réponse histologique est un facteur pronostique majeur.

Pédiatrie Ostéoïde malin MAP Huvos EURAMOS-1

📊 Épidémiologie & facteurs de risque

L'ostéosarcome est la tumeur osseuse maligne primitive la plus fréquente de l'enfant et de l'adolescent. Son incidence culmine lors du pic de croissance pubertaire (12–16 ans), avec une légère prédominance masculine ; un second pic existe chez le sujet âgé (souvent secondaire : maladie de Paget, post-radique).

Facteurs de risque

  • Syndromes de prédisposition : rétinoblastome héréditaire (RB1), syndrome de Li-Fraumeni (TP53), syndromes de Rothmund-Thomson, Werner, Bloom (RECQL).
  • Ostéosarcome secondaire : après radiothérapie, sur maladie de Paget osseuse, sur enchondrome/dysplasie fibreuse.
  • Corrélation avec la croissance osseuse rapide (métaphyses fertiles des os longs, grande taille).
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Un ostéosarcome chez un enfant ayant un antécédent de rétinoblastome bilatéral doit faire évoquer une mutation constitutionnelle de RB1 ; un ostéosarcome dans un contexte de cancers familiaux multiples oriente vers Li-Fraumeni.

🧬 Anatomopathologie & biologie

L'ostéosarcome est défini par la production de matrice ostéoïde (os) par des cellules tumorales malignes. Il existe plusieurs sous-types histologiques (ostéoblastique — le plus fréquent —, chondroblastique, fibroblastique, télangiectasique, à petites cellules, parostéal/périostéal de meilleur pronostic).

Sur le plan moléculaire, l'ostéosarcome est une tumeur à génome très instable (chaotique), sans translocation récurrente unique, avec des altérations fréquentes de TP53 et RB1, une chromothripsis et des amplifications diverses.

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Contrairement au sarcome d'Ewing (translocation unique) ou au RMS alvéolaire (fusion FOXO1), il n'existe pas de marqueur moléculaire diagnostique unique de l'ostéosarcome : le diagnostic est anatomopathologique (ostéoïde malin) et radiologique.

🩺 Présentation clinique & imagerie

Présentation typique : douleur osseuse profonde d'aggravation progressive et tuméfaction des métaphyses des os longs, surtout autour du genou (fémur distal, tibia proximal) et de l'humérus proximal. Une fracture pathologique est possible.

Imagerie

  • Radiographie : lésion métaphysaire mixte lytique et condensante, rupture corticale, réaction périostée agressive : triangle de Codman et aspect en « feu d'herbe » (rayons de soleil / spiculé), envahissement des tissus mous.
  • IRM de tout le segment osseux (extension médullaire, skip metastases, envahissement des parties molles) avant biopsie.
  • Biopsie réalisée par l'équipe chirurgicale de référence (trajet réséqué ultérieurement).
  • Bilan d'extension : TDM thoracique (métastases pulmonaires) et TEP-TDM / scintigraphie osseuse.

📐 Bilan d'extension & stadification

Le facteur pronostique dominant est la présence de métastases (surtout pulmonaires, plus rarement osseuses). On distingue les formes localisées et métastatiques (classification d'Enneking utilisée en orthopédie).

Facteur pronostiqueImpact
Métastases au diagnosticDéfavorable ++ (poumon)
Site axial / non résécableDéfavorable
Réponse histologique (nécrose)Nécrose > 90 % (bon répondeur) : favorable
Résection complète (marges saines)Indispensable au contrôle local

La réponse histologique à la chimiothérapie néoadjuvante, évaluée sur la pièce opératoire selon le grade de Huvos (pourcentage de nécrose tumorale), est un puissant marqueur pronostique : une nécrose ≥ 90 % définit le « bon répondeur ».

💊 Prise en charge

Traitement multimodal, associant chimiothérapie encadrant la chirurgie.

Chimiothérapie néoadjuvante

Protocole de référence MAP : méthotrexate 12 g/m² en perfusion de 4 heures (avec hyperhydratation alcaline et sauvetage folinique guidé par les méthotrexatémies), doxorubicine (Adriamycine) 75 mg/m² répartie sur 2 jours et cisplatine 120 mg/m². Environ 10 semaines de chimiothérapie néoadjuvante, puis chirurgie, puis poursuite en adjuvant pour une durée totale d'environ 29 semaines. La chimiothérapie néoadjuvante réduit le volume tumoral, traite les micrométastases et permet d'évaluer la réponse histologique.

Chirurgie

Exérèse chirurgicale large en marges saines, aujourd'hui le plus souvent conservatrice (chirurgie de conservation du membre avec prothèse/allogreffe), l'amputation étant réservée aux cas non conservables. La résection des métastases pulmonaires (métastasectomie) fait partie de la stratégie curative.

Chimiothérapie adjuvante

Poursuite du MAP après la chirurgie. L'essai EURAMOS-1 a montré que l'intensification en cas de mauvaise réponse histologique (ajout d'ifosfamide-étoposide, MAPIE) n'améliore pas la survie et augmente la toxicité ; de même, l'ajout d'interféron pégylé chez les bons répondeurs n'a pas montré de bénéfice significatif. Le MAP reste donc le standard.

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L'ostéosarcome est radiorésistant : la radiothérapie n'a qu'une place limitée — sites non résécables (rachis, bassin, base du crâne) où des doses élevées de 66 à 70 Gy sont nécessaires, chirurgie R1/R2, ou palliation antalgique (20 à 30 Gy en 5 à 10 fractions). Le contrôle local repose avant tout sur la chirurgie complète en marges saines.

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des protocoles EURAMOS-1 et COSS/EOI. En oncologie pédiatrique, les doses se calculent sur la surface corporelle et la prescription se fait exclusivement dans le cadre d'un protocole validé, en centre spécialisé. Le méthotrexate à haute dose est potentiellement mortel s'il est mal encadré : hyperhydratation alcaline, sauvetage folinique guidé par les dosages et éviction des interactions sont impératifs.

Protocole MAP — référence (EURAMOS-1)

MoléculeDoseVoie / rythmeEncadrementPrécisions
Méthotrexate haute dose12 g/m² (max 20 g)IV sur 4 h, hebdomadaire lors des semaines dédiéesHyperhydratation alcaline, sauvetage folinique guidé par les méthotrexatémiesÉviction des anti-inflammatoires, du cotrimoxazole et des inhibiteurs de la pompe à protons
Doxorubicine (Adriamycine)75 mg/m² au totalIV, réparti sur 2 jours (37,5 mg/m²/j)Échocardiographie de référence puis périodiqueDose cumulée maximale 450 mg/m²
Cisplatine120 mg/m²IV, sur 1 à 2 joursHyperhydratation, magnésium, audiogramme avant chaque cureClairance de la créatinine > 70 mL/min requise
Calendrier
NéoadjuvantMAP≈ 10 semainesPuis chirurgie
AdjuvantMAPjusqu'à ≈ 29 semaines au totalQuelle que soit la réponse histologique (EURAMOS-1)
Options non retenues comme standard
MAPIE (mauvais répondeurs)ajout d'ifosfamide-étoposidePas de gain de survie, toxicité accrue (EURAMOS-1)
Interféron pégylé (bons répondeurs)Pas de bénéfice significatif (EURAMOS-1)
Rechute
2e ligneifosfamide-étoposide, gemcitabine-docétaxel, ou régorafénibselon protocoleMétastasectomie pulmonaire itérative · recherche d'essai

Le méthotrexate à haute dose concentre les principaux risques : il précipite dans les tubules en milieu acide, d'où l'hyperhydratation alcaline obligatoire ; son élimination doit être suivie par des méthotrexatémies répétées qui déterminent la durée du sauvetage folinique ; et de nombreux médicaments retardent son élimination — anti-inflammatoires non stéroïdiens, cotrimoxazole, inhibiteurs de la pompe à protons, pénicillines — pouvant provoquer une toxicité sévère, voire mortelle. En cas de retard d'élimination, la glucarpidase est un recours. Les autres toxicités structurantes sont la cardiotoxicité cumulative de la doxorubicine (dose maximale 450 mg/m², échocardiographie de référence puis périodique) et le trio néphrotoxicité-ototoxicité-neuropathie du cisplatine (audiogramme avant chaque cure — l'hypoacousie est une séquelle fréquente chez ces adolescents). L'ensemble est fortement gonadotoxique : la préservation de la fertilité doit être proposée avant le traitement.

Chirurgie et place de la radiothérapie

ModalitéIndicationDose / précisions
Chirurgie conservatriceStandard : exérèse large en marges saines avec reconstruction (prothèse, allogreffe, prothèse de croissance chez l'enfant)Marges saines indispensables · pilier du contrôle local
Amputation / désarticulationCas non conservables (envahissement vasculo-nerveux majeur, fracture pathologique avec contamination, échec)Devenue minoritaire
Métastasectomie pulmonaireMétastases pulmonaires résécables, y compris itérativesFait partie de la stratégie curative : survies prolongées possibles
Radiothérapie — site non résécableRachis, bassin, base du crâne66 à 70 Gy en fractionnement classique (protons ou ions carbone si disponibles)
Radiothérapie — marges positives (R1/R2)Après chirurgie incomplète60 à 66 Gy
Radiothérapie palliativeDouleur, compression, hémostase20 à 30 Gy en 5 à 10 fractions
Radiothérapie métaboliqueMétastases osseuses multiples (samarium-153)Option de recours, en centre expert

L'ostéosarcome est radiorésistant — différence fondamentale avec le sarcome d'Ewing : la radiothérapie n'y est pas une alternative au contrôle local chirurgical, et les doses nécessaires en situation non résécable (66 à 70 Gy) atteignent les limites de tolérance des organes voisins, ce qui explique l'intérêt des protons et des ions carbone dans les localisations axiales. Contraintes selon le site : moelle épinière Dmax < 45 Gy, grêle Dmax < 45 à 50 Gy, reins et vessie limités pour le bassin, gonades à épargner avec transposition ovarienne à discuter, têtes fémorales pour prévenir la nécrose. Chez l'enfant en croissance, les cartilages doivent être irradiés symétriquement lorsque c'est inévitable, et l'os porteur protégé du risque de fracture. Deux enjeux à long terme dominent : la fonction du membre — avec kinésithérapie prolongée et révisions itératives du matériel de reconstruction pendant la croissance — et le risque de second cancer, particulièrement élevé chez les patients porteurs d'une mutation de RB1 ou de TP53, chez qui l'irradiation doit être évitée autant que possible.

Points clés à retenir

  • Tumeur osseuse maligne primitive la plus fréquente de l'enfant/adolescent, au pic pubertaire, métaphyses des os longs (genou).
  • Diagnostic : ostéoïde malin (anatomopathologie) ; imagerie évocatrice (triangle de Codman, feu d'herbe).
  • Prédisposition : rétinoblastome héréditaire (RB1), Li-Fraumeni (TP53) ; formes post-radiques.
  • Traitement : chimiothérapie néoadjuvante MAP + chirurgie conservatrice large + chimiothérapie adjuvante.
  • La réponse histologique (nécrose > 90 %, Huvos) est pronostique ; EURAMOS-1 : ni l'intensification (MAPIE) ni l'interféron n'améliorent la survie. Tumeur radiorésistante.

QCM — 10 questions

Q1. Quel est le protocole de chimiothérapie de référence de l'ostéosarcome de l'enfant ?

Q2. Quel paramètre, évalué sur la pièce opératoire, constitue un facteur pronostique majeur de l'ostéosarcome ?

Q3. Qu'a démontré l'essai EURAMOS-1 chez les mauvais répondeurs histologiques ?

Q4. Quelles sont les doses du protocole MAP ?

Q5. Quelles précautions sont impératives lors de l'administration de méthotrexate à haute dose ?

Q6. Pourquoi la radiothérapie n'est-elle pas une alternative au contrôle local chirurgical dans l'ostéosarcome ?

Q7. Un adolescent porteur d'un ostéosarcome fémoral présente au diagnostic trois métastases pulmonaires résécables. Quelle est la conséquence sur la stratégie ?

Q8. Quelle est la conséquence pratique d'une mauvaise réponse histologique (nécrose < 90 %) sur la pièce opératoire ?

Q9. Devant un ostéosarcome chez un enfant ayant eu un rétinoblastome bilatéral dans la petite enfance, quelle démarche s'impose ?

Q10. Quels signes radiologiques évoquent un ostéosarcome sur une radiographie standard ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Ostéosarcome du genou : le parcours de référence

Garçon de 14 ans, en pleine croissance (1,78 m), consultant pour une douleur du genou droit évoluant depuis dix semaines, attribuée à une « douleur de croissance » puis à une entorse. La douleur est devenue nocturne, réveillant l'enfant. À l'examen : tuméfaction douloureuse de l'extrémité inférieure du fémur droit, limitation de la flexion. La radiographie montre une lésion métaphysaire mixte lytique et condensante, avec rupture corticale, triangle de Codman et aspect en « feu d'herbe ».

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  1. Étape 1 · Démarche diagnostique

    Q1. Quelle est votre conduite ?

  2. Étape 2 · Diagnostic et bilan

    Résultats : IRM montrant une lésion métaphysaire fémorale distale de 11 cm, sans skip metastase, avec envahissement des tissus mous mais respect du paquet vasculo-nerveux. Biopsie : ostéosarcome ostéoblastique de haut grade (production d'ostéoïde malin). TDM thoracique et TEP-TDM sans métastase. Phosphatases alcalines et LDH élevées.

    Q2. Quelle stratégie proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Toxicité du méthotrexate

    Lors de la 2e cure de méthotrexate haute dose : la méthotrexatémie à 48 heures est très supérieure au seuil attendu, avec une créatinine passée de 65 à 145 µmol/L et une mucite sévère. On découvre que l'adolescent prenait de l'ibuprofène pour des céphalées et un inhibiteur de la pompe à protons.

    Q3. Que s'est-il passé et quelle est votre conduite ?

  4. Étape 4 · Chirurgie et réponse histologique

    Après l'induction : chirurgie conservatrice avec résection fémorale distale et reconstruction par prothèse. Marges saines. L'analyse de la pièce évalue la nécrose tumorale à 60 %.

    Q4. Quelle est la conséquence de ce résultat ?

  5. Étape 5 · Rechute pulmonaire

    Dix-huit mois après la fin du traitement : le scanner thoracique de surveillance découvre trois nodules pulmonaires de 8 à 14 mm, deux à droite et un à gauche. Le site fémoral est contrôlé. L'adolescent est asymptomatique, en bon état général.

    Q5. Quelle prise en charge proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Suivi de survivant

    À 22 ans, huit ans après le diagnostic : le patient est en rémission après deux métastasectomies. Il présente une hypoacousie appareillée, une fraction d'éjection ventriculaire gauche à 48 %, une prothèse fémorale nécessitant une révision, et un débit de filtration glomérulaire à 72 mL/min.

    Q6. Quelle prise en charge organisez-vous ?

Synthèse du cas 1

Douleur osseuse nocturne de l'adolescent + lésion métaphysaire avec triangle de Codman et « feu d'herbe » = ostéosarcome. IRM de tout le segment avant la biopsie, et biopsie réalisée par l'équipe chirurgicale de référence (trajet à emporter). Séquence : MAP néoadjuvant (méthotrexate 12 g/m², doxorubicine 75 mg/m², cisplatine 120 mg/m²), chirurgie conservatrice en marges saines, MAP adjuvant. Attention aux interactions du méthotrexate (anti-inflammatoires, inhibiteurs de la pompe à protons) : risque vital. Une mauvaise réponse histologique est pronostique mais ne change pas le traitement (EURAMOS-1). La métastasectomie pulmonaire, même répétée, est curative. Suivi de survivant : cœur, audition, rein, orthopédie, fertilité, seconds cancers.

Cas 2

Ostéosarcome sur prédisposition génétique

Adolescente de 13 ans adressée pour une douleur et une tuméfaction de l'humérus proximal droit. Elle a été traitée dans la petite enfance pour un rétinoblastome bilatéral, avec énucléation droite et radiothérapie externe orbitaire bilatérale. Elle porte une prothèse oculaire droite et a une vision de 6/10 à gauche.

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  1. Étape 1 · Interprétation du contexte

    Q1. Comment interprétez-vous la survenue de cette tumeur osseuse ?

  2. Étape 2 · Bilan

    Résultats : IRM montrant un ostéosarcome de l'humérus proximal de 9 cm, sans skip metastase, respectant le paquet vasculo-nerveux. Biopsie : ostéosarcome de haut grade. TDM thoracique et TEP-TDM sans métastase.

    Q2. Le traitement diffère-t-il de celui d'un ostéosarcome sporadique ?

  3. Étape 3 · Chirurgie conservatrice

    Après l'induction : bonne réponse clinique. La résection de l'humérus proximal est envisagée. L'adolescente est droitière et pratique le handball.

    Q3. Quels éléments intégrez-vous à la décision chirurgicale ?

  4. Étape 4 · Conseil génétique

    Consultation d'oncogénétique : la mutation germinale de RB1 est confirmée. L'adolescente, désormais âgée de 14 ans, pose des questions sur son avenir et ses futurs enfants.

    Q4. Quelles informations lui délivrez-vous ?

  5. Étape 5 · Troisième événement

    À 19 ans : l'adolescente est en rémission de son ostéosarcome depuis 5 ans. Le suivi clinique découvre une lésion cutanée pigmentée suspecte de la région temporale droite, dans l'ancien champ d'irradiation orbitaire. La biopsie conclut à un mélanome.

    Q5. Comment interprétez-vous cet événement ?

  6. Étape 6 · Organisation du suivi

    Bilan de la situation : une patiente de 19 ans ayant eu un rétinoblastome bilatéral, un ostéosarcome et un mélanome, porteuse d'une mutation germinale de RB1, avec une irradiation orbitaire dans les antécédents.

    Q6. Comment organisez-vous son suivi à long terme ?

Synthèse du cas 2

Un ostéosarcome chez un survivant de rétinoblastome bilatéral est un second cancer lié à la mutation germinale de RB1, avec un risque majoré par une irradiation antérieure — non une métastase. Le traitement systémique reste le MAP standard et la chirurgie le pilier du contrôle local ; ce qui change est la prudence vis-à-vis des irradiations, thérapeutiques comme diagnostiques. En chirurgie, les marges saines ne sont pas négociables, la fonction venant ensuite, avec une information réaliste. Le spectre de RB1 comprend aussi sarcomes des tissus mous, mélanome et tumeurs cérébrales : surveillance dermatologique et clinique à vie, éviction de l'irradiant, protection de l'œil unique, et éducation de la patiente.

Cas 3

Fracture pathologique révélatrice

Garçon de 15 ans amené aux urgences après une chute banale en jouant au football, avec une fracture du fémur distal droit. L'interrogatoire révèle une douleur du genou évoluant depuis six semaines avant la chute. La radiographie montre, au-delà du trait de fracture, une lésion métaphysaire suspecte avec une réaction périostée spiculée.

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  1. Étape 1 · Reconnaître la fracture pathologique

    Q1. Quelle est votre conduite immédiate ?

  2. Étape 2 · Conséquences pronostiques

    Bilan : IRM confirmant un ostéosarcome métaphysaire fémoral distal de 10 cm, avec un hématome fracturaire étendu aux tissus mous. Biopsie : ostéosarcome de haut grade. TDM thoracique : deux nodules pulmonaires infracentimétriques suspects.

    Q2. Quelle est la conséquence de la fracture sur la prise en charge ?

  3. Étape 3 · Nodules pulmonaires

    Question : deux nodules pulmonaires infracentimétriques ont été détectés au scanner initial.

    Q3. Comment les prenez-vous en compte ?

  4. Étape 4 · Décision chirurgicale difficile

    Après l'induction : bonne réponse clinique et consolidation partielle du foyer fracturaire. Mais l'IRM montre que la contamination des tissus mous par l'hématome englobe le paquet vasculo-nerveux poplité, rendant une résection conservatrice en marges saines très incertaine.

    Q4. Quelle décision prenez-vous ?

  5. Étape 5 · Accompagnement de l'amputation

    Décision : amputation transfémorale retenue après discussion collégiale. Le patient de 15 ans est effondré et refuse d'abord l'intervention.

    Q5. Comment accompagnez-vous cette situation ?

  6. Étape 6 · Suite du traitement

    Suite : amputation réalisée, marges saines, nécrose tumorale évaluée à 85 %. Le patient poursuit le MAP en adjuvant. Les deux nodules pulmonaires ont régressé mais persistent.

    Q6. Quelle est la suite de la stratégie ?

Synthèse du cas 3

Fracture sur traumatisme banal + douleurs préalables + image osseuse suspecte = fracture pathologique : surtout pas d'ostéosynthèse en urgence, qui disséminerait la tumeur dans tout le canal médullaire. La fracture aggrave le pronostic local, l'hématome contaminant les tissus mous et rendant les marges plus difficiles. Des nodules pulmonaires même infracentimétriques sont des métastases probables, sans renoncer au projet curatif. Point capital : l'ostéosarcome étant radiorésistant, une exérèse incomplète ne peut être compensée par une irradiation — si les marges saines sont inaccessibles, l'amputation est carcinologiquement nécessaire, à accompagner avec l'adolescent (appareillage, pairs, psychologue). La métastasectomie pulmonaire est curative.

Cas 4

Ostéosarcome de localisation axiale non résécable

Adolescente de 16 ans consultant pour des lombalgies avec irradiations sciatiques depuis trois mois, résistantes aux antalgiques. L'IRM montre une lésion de l'aile sacrée gauche de 8 cm avec envahissement du canal sacré et des racines. La biopsie conclut à un ostéosarcome de haut grade. Le bilan d'extension ne montre pas de métastase.

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  1. Étape 1 · Enjeu du site

    Q1. Pourquoi cette localisation est-elle particulièrement défavorable ?

  2. Étape 2 · Stratégie

    Discussion en réunion de concertation : une résection sacrée en marges saines imposerait le sacrifice des racines sacrées bilatérales, avec incontinence urinaire et fécale et déficit moteur définitifs chez une patiente de 16 ans.

    Q2. Quelle stratégie proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Décision partagée

    Après information : la patiente et sa famille, après plusieurs entretiens, choisissent la radiothérapie à haute dose par hadronthérapie plutôt que la chirurgie mutilante, en acceptant un risque de contrôle local moindre.

    Q3. Que pensez-vous de cette décision ?

  4. Étape 4 · Toxicité de l'irradiation axiale

    Pendant l'irradiation sacrée à 70 Gy : la patiente développe une diarrhée, des douleurs pelviennes et une dysurie. Le volume cible est proche du rectum, du grêle, de la vessie et des ovaires.

    Q4. Quelles contraintes et quelles précautions retenez-vous ?

  5. Étape 5 · Récidive locale

    Vingt mois plus tard : réapparition des douleurs avec aggravation neurologique. L'IRM confirme une récidive locale sacrée en territoire irradié, sans métastase à distance.

    Q5. Quelles options envisagez-vous ?

  6. Étape 6 · Enseignement

    Synthèse : une adolescente porteuse d'un ostéosarcome sacré non résécable sans mutilation, ayant choisi l'irradiation puis présenté une récidive locale.

    Q6. Quel enseignement retenez-vous des ostéosarcomes axiaux ?

Synthèse du cas 4

Le pronostic défavorable des ostéosarcomes axiaux (sacrum, bassin, rachis) tient à l'impasse du contrôle local : chirurgie mutilante ou impossible, et radiorésistance privant d'alternative — à la différence du sarcome d'Ewing. Les doses nécessaires (66 à 70 Gy) justifient l'intérêt des protons et ions carbone en centre expert. Quand aucune option n'est satisfaisante, l'arbitrage entre contrôle tumoral et qualité de vie relève d'une décision partagée et loyalement informée, l'adolescent devant y être associé. Anticiper la transposition ovarienne et la préservation de la fertilité avant une irradiation pelvienne ; épargner grêle, rectum, vessie et têtes fémorales. À la récidive, la chirurgie de rattrapage redevient l'option la plus efficace.

Cas 5

Diagnostic différentiel d'une lésion osseuse de l'adolescent

Quatre adolescents adressés pour une lésion osseuse. Le premier est un garçon de 14 ans avec une douleur nocturne de la diaphyse fémorale, calmée de façon spectaculaire par l'aspirine. La radiographie montre une petite lésion corticale de 8 mm avec un nidus central entouré d'une ostéosclérose réactionnelle.

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  1. Étape 1 · Premier adolescent

    Q1. Quel diagnostic évoquez-vous ?

  2. Étape 2 · Deuxième adolescent

    Deuxième situation : fille de 15 ans avec une douleur de l'épaule. La radiographie montre une lésion diaphysaire humérale ostéolytique perméative avec une réaction périostée « en bulbe d'oignon » et une volumineuse composante des tissus mous. Elle a une fièvre à 38 °C et une protéine C-réactive élevée.

    Q2. Quel diagnostic évoquez-vous ?

  3. Étape 3 · Troisième adolescent

    Troisième situation : garçon de 16 ans avec une douleur du genou. La radiographie montre une lésion épiphysaire lytique de l'extrémité supérieure du tibia, bien limitée, soufflant la corticale, sans réaction périostée agressive ni composante des tissus mous.

    Q3. Quel diagnostic évoquez-vous ?

  4. Étape 4 · Quatrième adolescent

    Quatrième situation : garçon de 13 ans avec une découverte fortuite sur une radiographie réalisée après un traumatisme : lésion métaphysaire fémorale bien limitée, de densité en « verre dépoli », sans réaction périostée, sans douleur ni masse.

    Q4. Quelle est votre conduite ?

  5. Étape 5 · Éléments discriminants

    Question de synthèse : ces quatre adolescents ont tous été adressés pour « lésion osseuse ».

    Q5. Quels éléments permettent le mieux d'orienter le diagnostic ?

  6. Étape 6 · Message pour la pratique

    Bilan : un ostéome ostéoïde bénin, un sarcome d'Ewing, une tumeur à cellules géantes à malignité locale et une lésion bénigne de découverte fortuite.

    Q6. Quel message retenez-vous ?

Synthèse du cas 5

Devant une lésion osseuse de l'adolescent, la topographie oriente : épiphysaire → tumeur à cellules géantes (malignité locale, chirurgie, dénosumab) ; métaphysaire avec « feu d'herbe » et triangle de Codman → ostéosarcome ; diaphysaire perméative « en bulbe d'oignon » avec tableau pseudo-infectieux → sarcome d'Ewing. Douleur nocturne spectaculairement calmée par les anti-inflammatoires + nidus = ostéome ostéoïde bénin. Les critères de bénignité (limites nettes, pas de réaction agressive, pas de masse, asymptomatique) autorisent la surveillance. Deux règles : toute douleur osseuse nocturne persistante impose une radiographie, et toute lésion suspecte une IRM puis une biopsie planifiée en centre expert — jamais d'ostéosynthèse ni d'exérèse à l'aveugle.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Localisation typique et signes radiologiques de l'ostéosarcome ?cliquer
Métaphyses des os longs (autour du genou) ; triangle de Codman et aspect en « feu d'herbe » (spiculé).

Que signifie un grade de Huvos avec nécrose ≥ 90 % ?cliquer
Bon répondeur à la chimiothérapie néoadjuvante : facteur pronostique favorable.

Composition du protocole MAP ?cliquer
Méthotrexate à haute dose (+ sauvetage folinique), doxorubicine (Adriamycine) et cisplatine.

Place de la radiothérapie dans l'ostéosarcome ?cliquer
Limitée : tumeur radiorésistante. Réservée aux sites non résécables, marges positives ou palliation. Le contrôle local repose sur la chirurgie complète.

📚 Références & essais fondateurs

  1. EURAMOS-1 (MAPIE) — Marina NM, et al. Comparison of MAPIE versus MAP in patients with a poor response to preoperative chemotherapy for newly diagnosed high-grade osteosarcoma. Lancet Oncol 2016. PMID 27569442
  2. EURAMOS-1 (interféron) — Bielack SS, et al. Methotrexate, doxorubicin, and cisplatin (MAP) plus maintenance pegylated interferon alfa-2b vs MAP alone in patients with good response. J Clin Oncol 2015. PMID 26033801
  3. EURAMOS-1 (méthotrexate) — Whelan JS, et al. EURAMOS-1, an international randomised study for osteosarcoma : results from pre-randomisation treatment. Ann Oncol 2015. PMID 25421877
  4. Réponse histologique — Bielack SS, et al. Prognostic factors in high-grade osteosarcoma of the extremities or trunk (Cooperative Osteosarcoma Study Group). J Clin Oncol 2002. PMID 11821461
  5. INT-0133 (mifamurtide) — Meyers PA, et al. Osteosarcoma : addition of muramyl tripeptide to chemotherapy improves overall survival. J Clin Oncol 2008. PMID 18235123
  6. Référentiels COG et EURAMOS (European and American Osteosarcoma Study Group) — protocoles coopératifs à jour de l'ostéosarcome.