Hépatoblastome

Tumeur hépatique maligne la plus fréquente du jeune enfant (< 3 ans), marquée par une élévation majeure de l'alpha-fœtoprotéine (AFP) et une activation de la voie Wnt/β-caténine. Bon pronostic global : chimiothérapie à base de cisplatine et chirurgie (résection ou transplantation), guidées par la stadification PRETEXT.

Pédiatrie AFP Wnt / β-caténine PRETEXT SIOPEL

📊 Épidémiologie & facteurs de risque

L'hépatoblastome est la tumeur hépatique maligne la plus fréquente de l'enfant, survenant typiquement avant l'âge de 3 ans (âge médian ~18 mois). C'est une tumeur rare mais dont l'incidence augmente, en partie liée à la survie accrue des grands prématurés.

Facteurs de risque et associations

  • Syndrome de Beckwith-Wiedemann (hémihypertrophie, macroglossie) — surveillance échographique et de l'AFP recommandée.
  • Polypose adénomateuse familiale (PAF) par mutation APC (voie Wnt).
  • Prématurité et très faible poids de naissance — facteur de risque bien établi.
  • Autres : trisomie 18, glycogénoses.
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Devant un hépatoblastome, il faut rechercher un syndrome prédisposant (Beckwith-Wiedemann, PAF) : une mutation APC impose le dépistage familial de la polypose et un suivi colique ultérieur.

🧬 Anatomopathologie & biologie

L'hépatoblastome est une tumeur embryonnaire dérivée des précurseurs hépatocytaires. Les sous-types histologiques comprennent les formes épithéliales (fœtale — de meilleur pronostic —, embryonnaire, à petites cellules indifférenciées) et mixtes épithéliales/mésenchymateuses.

Sur le plan moléculaire, l'événement central est l'activation de la voie Wnt / β-caténine (mutations de CTNNB1, ou de APC dans le contexte de PAF), avec accumulation nucléaire de β-caténine.

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La composante à petites cellules indifférenciées (perte d'expression de INI1/SMARCB1) et un AFP bas au diagnostic sont des marqueurs de mauvais pronostic, à distinguer de la tumeur rhabdoïde hépatique.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

Révélation le plus souvent par une masse abdominale volumineuse indolore de l'hypochondre droit, découverte par les parents ou à l'examen. Parfois anorexie, retard de croissance, plus rarement puberté précoce (sécrétion de hCG) ou thrombopénie/thrombocytose.

Démarche diagnostique

  • Alpha-fœtoprotéine (AFP) : très élevée dans > 90 % des cas ; marqueur diagnostique et de suivi majeur.
  • Imagerie : échographie puis IRM/TDM hépatique multiphasique pour cartographier l'extension segmentaire et vasculaire ; TDM thoracique pour les métastases pulmonaires.
  • Biopsie pour confirmation histologique (sauf situations où la présentation typique du nourrisson avec AFP très élevée est jugée suffisante selon les protocoles).
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Attention à l'interprétation de l'AFP : elle est physiologiquement très élevée chez le nouveau-né et le nourrisson et décroît progressivement pour atteindre les valeurs adultes vers 6–12 mois. Il faut interpréter l'AFP en fonction de l'âge et surtout suivre sa cinétique de décroissance sous traitement.

📐 Bilan d'extension & stadification (PRETEXT)

La stadification de référence est le système PRETEXT (PRE-Treatment EXTent of disease), évalué sur l'imagerie avant tout traitement, en fonction du nombre de secteurs hépatiques atteints (le foie étant divisé en 4 secteurs).

PRETEXTExtension
I3 secteurs adjacents libres (1 secteur atteint)
II2 secteurs adjacents libres
III1 secteur libre (ou 2 non adjacents)
IVAucun secteur libre (atteinte des 4 secteurs)

Des facteurs annotés complètent la classification (« lettres » PRETEXT) : atteinte Veineuse (veines sus-hépatiques/VCI), Portale, extension Extrahépatique, Métastases, Focalité multiple, Rupture, Caudé, Noduls ganglionnaires. Ils conditionnent la résécabilité et l'indication de transplantation.

💊 Prise en charge

Association de chimiothérapie et de chirurgie, dont l'ordre et l'ampleur dépendent du PRETEXT, des facteurs annotés et du groupe de risque.

Chimiothérapie

Le cisplatine est la pierre angulaire du traitement (essais SIOPEL). Dans les formes standard, la démonstration a été faite (SIOPEL-3) que le cisplatine seul — 80 mg/m² en perfusion de 24 heures, toutes les 2 semaines, 6 cures — est équivalent à l'association cisplatine + doxorubicine (PLADO : cisplatine 80 mg/m² à J1 + doxorubicine 60 mg/m² répartie sur J2-J3), avec moins de toxicité. Les formes à haut risque (SIOPEL-4) intensifient le cisplatine selon un schéma dose-dense hebdomadaire (70 mg/m²/semaine) associé à la doxorubicine 30 mg/m². Chez le nourrisson de moins de 10 kg, les doses sont calculées en mg/kg (cisplatine ≈ 2,7 mg/kg).

Chirurgie

  • Résection hépatique (hépatectomie partielle) après chimiothérapie néoadjuvante de réduction, chaque fois qu'une exérèse complète est possible.
  • Transplantation hépatique pour les tumeurs multifocales atteignant les 4 secteurs (PRETEXT IV) ou envahissant les structures vasculaires centrales, non résécables — de préférence avant toute tentative de résection incomplète.

Pronostic

Le pronostic global est bon (survie > 80 % dans les formes standard) grâce à la chimiosensibilité au cisplatine et aux progrès de la chirurgie/transplantation. Le suivi repose sur la cinétique de l'AFP et l'imagerie.

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des protocoles SIOPEL et PHITT. En oncologie pédiatrique, les doses se calculent sur la surface corporelle — ou en mg/kg chez le nourrisson de moins de 10 à 12 kg, situation la plus fréquente ici puisque l'âge médian est de 18 mois — et la prescription se fait exclusivement dans le cadre d'un protocole validé, en centre spécialisé disposant d'une chirurgie hépatique et d'un accès à la transplantation.

Chimiothérapie

Groupe de risqueProtocoleDoseVoie / rythmeEssai · précisions
Risque standard — cisplatine seul suffit
StandardCisplatine80 mg/m² (≈ 2,7 mg/kg si < 10 kg)IV en perfusion de 24 h, toutes les 2 semSIOPEL-3 · 4 cures préopératoires + 2 postopératoires · équivalent au PLADO avec moins de toxicité
PLADO — schéma historique
PLADOCisplatine80 mg/m²IV, J1Toutes les 3 semaines
PLADODoxorubicine60 mg/m² au totalIV, réparti sur J2 et J3Cardiotoxicité cumulative
Haut risque — intensification dose-dense (SIOPEL-4)
Haut risqueCisplatine70 mg/m²/semaineIV, hebdomadaireSchéma dose-dense
Haut risqueDoxorubicine30 mg/m²/jIV, 2 jours consécutifs par blocAssociée au cisplatine intensifié
Rechute / réfractaire
2e ligneCarboplatine + doxorubicine, ou irinotécan ± vincristineselon protocoleIVRecherche d'essai · discussion de transplantation de sauvetage

La toxicité dominante est celle du cisplatine, et elle prend une gravité particulière chez un nourrisson : l'ototoxicité est cumulative et irréversible, et une hypoacousie chez un enfant de 18 mois compromet l'acquisition du langage — d'où un audiogramme (ou otoémissions/PEA) avant chaque cure, l'usage du schéma en perfusion de 24 heures qui réduit le pic plasmatique, et l'intérêt du thiosulfate de sodium, dont l'administration après la perfusion réduit significativement le risque d'hypoacousie chez l'enfant. S'y ajoutent la néphrotoxicité — hyperhydratation, supplémentation magnésienne, surveillance de la clairance — et les nausées. La doxorubicine, réservée aux hauts risques, impose une échocardiographie de référence et le suivi de la dose cumulée. Un principe majeur du traitement de l'hépatoblastome : la chimiothérapie préopératoire rend résécables des tumeurs initialement inopérables, et l'ampleur de la chirurgie doit être réévaluée après la chimiothérapie, jamais décidée d'emblée.

Chirurgie, transplantation et traitements locaux

ModalitéIndicationPrécisions
Résection hépatique (hépatectomie partielle)Tumeur résécable après chimiothérapie néoadjuvante, avec parenchyme restant suffisantObjectif : exérèse complète (R0) · réévaluation de la résécabilité après chimiothérapie
Transplantation hépatiquePRETEXT IV multifocal, envahissement des structures vasculaires centrales, tumeur non résécableÀ envisager d'emblée en centre expert — ne pas tenter une résection incomplète préalable, qui compromet le pronostic
Métastasectomie pulmonaireMétastases pulmonaires résiduelles après chimiothérapieFait partie de la stratégie curative
Chimioembolisation / radiofréquenceSituations particulières, tumeur non résécable en attenteOptions de recours, en centre expert
RadiothérapiePlace très limitée : résidu non résécable, palliationFoie sain Dmoyenne < 20 Gy chez le jeune enfant ; l'hépatoblastome n'est pas une tumeur de traitement radiothérapique

Deux principes chirurgicaux structurent la prise en charge. Le premier est la réévaluation après chimiothérapie : une tumeur jugée inopérable au diagnostic devient fréquemment résécable après quelques cures de cisplatine, tant la chimiosensibilité est grande — d'où la règle de ne pas décider de la chirurgie sur l'imagerie initiale. Le second concerne la transplantation hépatique : lorsqu'elle est indiquée (PRETEXT IV multifocal, envahissement vasculaire central), elle doit être envisagée d'emblée et en centre expert, car une tentative préalable de résection incomplète dégrade nettement le pronostic et complique la greffe ultérieure. La radiothérapie n'a qu'une place très marginale dans cette maladie. Les contraintes hépatiques chez le jeune enfant sont strictes — foie sain à préserver largement — et le suivi post-chirurgical repose sur la cinétique de l'AFP, dont la décroissance selon sa demi-vie est le meilleur indicateur d'exérèse complète.

Points clés à retenir

  • Tumeur hépatique maligne la plus fréquente du jeune enfant (< 3 ans) ; associations Beckwith-Wiedemann, PAF (APC), prématurité.
  • AFP très élevée : marqueur diagnostique et de suivi — attention à l'AFP physiologiquement haute du nourrisson (interpréter selon l'âge et la cinétique).
  • Biologie : activation de la voie Wnt / β-caténine (CTNNB1, APC).
  • Stadification PRETEXT (extension avant traitement, nombre de secteurs atteints + facteurs annotés VPEFR…).
  • Traitement : chimiothérapie à base de cisplatine (SIOPEL/PHITT) + chirurgie (résection ou transplantation si non résécable) ; bon pronostic global.

QCM — 10 questions

Q1. Quel marqueur sérique est essentiel au diagnostic et au suivi de l'hépatoblastome ?

Q2. Sur quel principe repose la stadification PRETEXT de l'hépatoblastome ?

Q3. Quelle chimiothérapie constitue la pierre angulaire du traitement de l'hépatoblastome (essais SIOPEL) ?

Q4. Quelle est la dose et la modalité d'administration du cisplatine dans un hépatoblastome de risque standard ?

Q5. Qu'a démontré l'essai SIOPEL-3 dans les hépatoblastomes de risque standard ?

Q6. Comment interpréter une alpha-fœtoprotéine à 15 000 ng/mL chez un nourrisson de 2 mois ?

Q7. Sur quoi repose la classification PRETEXT et quelle est sa particularité ?

Q8. Devant un hépatoblastome PRETEXT IV multifocal envahissant les structures vasculaires centrales, quelle est la conduite ?

Q9. Quelle mesure permet de réduire le risque d'ototoxicité du cisplatine chez le jeune enfant ?

Q10. Un hépatoblastome est diagnostiqué chez un enfant dont le père a été opéré d'une polypose colique. Quelle démarche s'impose ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Masse abdominale du nourrisson : le parcours de référence

Nourrisson de 16 mois, amené par ses parents qui ont senti une « boule dure » dans le ventre en l'habillant. L'enfant est en bon état général, un peu anorexique depuis quelques semaines, avec une courbe de poids qui a fléchi. À l'examen : masse volumineuse de l'hypochondre droit, ferme, indolore, mobile avec la respiration. Il est né grand prématuré à 28 semaines avec un poids de naissance de 900 g.

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  1. Étape 1 · Orientation

    Q1. Quel diagnostic évoquez-vous et quel bilan demandez-vous ?

  2. Étape 2 · Stadification

    Résultats : AFP à 480 000 ng/mL (très élevée pour l'âge). IRM : tumeur occupant les secteurs antérieur et postérieur droits, avec un secteur latéral gauche libre et un secteur médial gauche partiellement atteint ; pas d'envahissement de la veine cave ni du tronc porte. TDM thoracique normale. La biopsie confirme un hépatoblastome de type mixte épithélial et mésenchymateux.

    Q2. Comment classez-vous cette tumeur ?

  3. Étape 3 · Traitement

    Décision : hépatoblastome PRETEXT III de risque standard chez un nourrisson de 16 mois pesant 9,5 kg. La tumeur n'est pas résécable d'emblée sans risque de résection incomplète.

    Q3. Quelle stratégie proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Toxicité

    Après 3 cures : l'AFP a chuté de 480 000 à 3 200 ng/mL et la tumeur a nettement régressé. Mais les otoémissions acoustiques montrent une altération bilatérale débutante et la créatinine est passée de 22 à 41 µmol/L.

    Q4. Quelle est votre conduite ?

  5. Étape 5 · Chirurgie et suivi de l'AFP

    Suite : hépatectomie droite élargie, exérèse complète (R0), avec un parenchyme restant suffisant. L'AFP postopératoire décroît régulièrement selon sa demi-vie attendue et devient normale pour l'âge à 8 semaines.

    Q5. Comment interprétez-vous cette évolution et quel suivi organisez-vous ?

  6. Étape 6 · Séquelles et suivi à long terme

    À 6 ans : l'enfant est en rémission complète. Il porte des prothèses auditives pour une hypoacousie bilatérale sur les fréquences aiguës, bénéficie d'un suivi orthophonique, et sa fonction hépatique est normale après régénération.

    Q6. Quel suivi à long terme organisez-vous ?

Synthèse du cas 1

Masse de l'hypochondre droit mobile à la respiration chez un nourrisson, surtout avec un antécédent de grande prématurité = hépatoblastome : AFP, imagerie hépatique multiphasique pour le PRETEXT et ses facteurs annotés, TDM thoracique. Risque standard : cisplatine seul suffit (SIOPEL-3), en perfusion de 24 h, doses en mg/kg chez le nourrisson. La chimiothérapie préopératoire rend résécables des tumeurs initialement inopérables : réévaluer la résécabilité après, jamais décider sur l'imagerie initiale. Surveiller l'ototoxicité (audiogramme avant chaque cure, thiosulfate de sodium) — enjeu majeur pour le langage. La cinétique de l'AFP guide le suivi. Séquelles : audition, rein.

Cas 2

Hépatoblastome non résécable et transplantation

Nourrisson de 20 mois adressé pour une distension abdominale majeure avec anorexie et perte de poids. L'imagerie montre une tumeur hépatique multifocale atteignant les quatre secteurs, avec envahissement de la veine cave inférieure et du confluent portal. L'AFP est à 1 200 000 ng/mL. La TDM thoracique montre trois nodules pulmonaires infracentimétriques.

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  1. Étape 1 · Classification

    Q1. Comment classez-vous cette tumeur et qu'en déduisez-vous ?

  2. Étape 2 · Stratégie

    Décision : hépatoblastome PRETEXT IV, haut risque, avec métastases pulmonaires.

    Q2. Quelle stratégie proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Piège chirurgical

    Discussion : après 4 cures, l'AFP a chuté à 12 000 ng/mL, les nodules pulmonaires ont disparu et la tumeur hépatique a régressé. Un chirurgien propose de tenter une hépatectomie « la plus large possible », en acceptant un éventuel résidu, pour éviter une transplantation.

    Q3. Que répondez-vous ?

  4. Étape 4 · Transplantation

    Décision : la réévaluation confirme le caractère non résécable en marges saines. Une transplantation hépatique est réalisée à partir d'un donneur vivant apparenté. L'examen du foie explanté confirme une exérèse complète.

    Q4. Quelles particularités du suivi post-transplantation dans ce contexte oncologique ?

  5. Étape 5 · Réascension de l'AFP

    Quatorze mois après la greffe : l'AFP, normalisée depuis la transplantation, remonte de 4 à 85 ng/mL sur deux dosages successifs. L'échographie hépatique et la TDM thoracique sont normales.

    Q5. Quelle est votre interprétation et votre conduite ?

  6. Étape 6 · Rechute confirmée

    Suite : l'IRM de contrôle à 6 semaines révèle deux nodules pulmonaires de 7 et 9 mm, résécables, sans atteinte du greffon.

    Q6. Quelle prise en charge proposez-vous ?

Synthèse du cas 2

PRETEXT IV multifocal avec facteurs V, P, F, M = haut risque non résécable : chimiothérapie intensifiée (cisplatine dose-dense + doxorubicine, SIOPEL-4) avec pour objectif la disparition des métastases pulmonaires, prérequis à la transplantation, et orientation précoce vers un centre de transplantation pédiatrique. Règle capitale : ne jamais tenter une résection délibérément incomplète — elle dégrade le pronostic et complique la greffe ; en revanche réévaluer la résécabilité après chimiothérapie est légitime. Après greffe, double suivi hépatologique et oncologique, avec vigilance sur le syndrome lymphoprolifératif. Une réascension de l'AFP précède l'imagerie : ne jamais la négliger. Une rechute pulmonaire résécable reste curable.

Cas 3

Hépatoblastome et syndrome de prédisposition

Nourrisson de 10 mois suivi depuis la naissance pour un syndrome de Beckwith-Wiedemann (macroglossie, hémihypertrophie gauche, omphalocèle opérée, hypoglycémies néonatales). La surveillance trimestrielle par échographie abdominale et dosage de l'AFP découvre une élévation de l'AFP au-dessus des valeurs attendues pour l'âge et une lésion hépatique de 3 cm du secteur latéral gauche.

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  1. Étape 1 · Intérêt du dépistage

    Q1. Quel est l'intérêt de la surveillance mise en place chez cet enfant ?

  2. Étape 2 · Bilan

    Résultats : AFP à 24 000 ng/mL (élevée pour l'âge de 10 mois, avec une cinétique ascendante sur trois dosages). IRM hépatique : lésion unique de 3 cm du secteur latéral gauche, à distance des structures vasculaires. TDM thoracique normale. La biopsie confirme un hépatoblastome de type fœtal pur.

    Q2. Comment classez-vous et que déduisez-vous de l'histologie ?

  3. Étape 3 · Traitement

    Situation : hépatoblastome PRETEXT I, histologie fœtale pure, lésion de 3 cm du secteur latéral gauche, techniquement résécable d'emblée par une résection limitée.

    Q3. Quelle stratégie proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Poursuite du dépistage

    Suite : résection complète, AFP normalisée selon sa demi-vie. L'enfant a reçu deux cures de cisplatine, avec des otoémissions normales. Les parents demandent si la surveillance peut désormais s'arrêter.

    Q4. Que leur répondez-vous ?

  5. Étape 5 · Second événement

    À 4 ans : l'enfant est en rémission de son hépatoblastome. L'échographie de surveillance découvre une masse rénale gauche de 5 cm, dans le rein du côté de l'hémihypertrophie. L'AFP est normale.

    Q5. Quel diagnostic évoquez-vous et quelle conduite ?

  6. Étape 6 · Enseignement

    Bilan : un enfant porteur d'un syndrome de Beckwith-Wiedemann ayant développé successivement un hépatoblastome à 10 mois et un néphroblastome à 4 ans, tous deux détectés par la surveillance à un stade précoce.

    Q6. Quel enseignement retenez-vous ?

Synthèse du cas 3

Le syndrome de Beckwith-Wiedemann prédispose à l'hépatoblastome et au néphroblastome : surveillance protocolisée par échographie abdominale et AFP trimestrielles jusqu'à 7-8 ans, dont le bénéfice est de détecter des tumeurs de faible extension permettant des traitements allégés. L'histologie fœtale pure est le sous-type de meilleur pronostic (à l'inverse de la composante à petites cellules indifférenciées et d'une AFP basse, défavorables). Un PRETEXT I sans facteur annoté relève d'une résection limitée et d'un nombre réduit de cures — chaque cure de cisplatine épargnée réduit le risque d'hypoacousie et de néphrotoxicité. La surveillance se poursuit après guérison : la prédisposition persiste.

Cas 4

AFP basse et forme de mauvais pronostic

Nourrisson de 8 mois adressé pour une masse abdominale volumineuse avec altération de l'état général et pâleur. L'imagerie montre une tumeur hépatique de 12 cm atteignant trois secteurs, avec plusieurs nodules satellites. L'AFP est mesurée à 320 ng/mL seulement — valeur peu élevée compte tenu de l'âge et du volume tumoral.

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  1. Étape 1 · Interpréter l'AFP basse

    Q1. Comment interprétez-vous cette AFP relativement basse ?

  2. Étape 2 · Résultat histologique

    Résultat de la biopsie : hépatoblastome avec une importante composante à petites cellules indifférenciées, montrant une perte d'expression de INI1/SMARCB1 en immunohistochimie.

    Q2. Quelles conséquences en tirez-vous ?

  3. Étape 3 · Traitement

    Décision : tumeur de 12 cm atteignant trois secteurs avec nodules satellites, profil de très haut risque. Le nourrisson pèse 7,8 kg et est anémique (Hb 8,2 g/dL).

    Q3. Quelle stratégie proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Réponse insuffisante

    Après 4 cures : l'AFP est passée de 320 à 280 ng/mL — décroissance minime — et la tumeur n'a que peu régressé, restant non résécable. L'enfant tolère mal le traitement.

    Q4. Comment interprétez-vous et que proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Progression

    Deux mois plus tard : progression hépatique avec apparition de métastases pulmonaires, ascite et altération majeure de l'état général chez ce nourrisson de 11 mois. La transplantation devient impossible.

    Q5. Quelle prise en charge proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Suite familiale

    Résultat de l'oncogénétique : une mutation germinale de SMARCB1 est identifiée chez l'enfant, absente chez les deux parents. La mère est enceinte de 12 semaines.

    Q6. Quelles informations et quelle prise en charge proposez-vous ?

Synthèse du cas 4

Une AFP basse devant une volumineuse tumeur hépatique du nourrisson est un signal défavorable, non rassurant : évoquer une composante à petites cellules indifférenciées ou une tumeur rhabdoïde hépatique, avec perte d'expression de INI1/SMARCB1 — profil chimiorésistant de très mauvais pronostic. Conséquences : traitement intensifié, recherche d'essai, recherche d'une mutation germinale de SMARCB1 avec conseil génétique, et annonce honnête. La cinétique de l'AFP est un indicateur précoce d'efficacité : son absence de décroissance signe la chimiorésistance. Les soins palliatifs doivent être introduits en parallèle, non après épuisement des lignes. Une mutation de novo implique un risque de récurrence faible pour les parents.

Cas 5

Diagnostic différentiel d'une masse hépatique de l'enfant

Quatre enfants adressés pour une masse hépatique. Le premier est un nouveau-né de 3 semaines chez qui une échographie anténatale avait détecté une lésion hépatique. Il présente une hépatomégalie, une insuffisance cardiaque à haut débit et une thrombopénie. L'imagerie montre une lésion très vascularisée avec des shunts artério-veineux. L'AFP est élevée mais compatible avec l'âge.

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  1. Étape 1 · Nouveau-né

    Q1. Quel diagnostic évoquez-vous chez ce nouveau-né ?

  2. Étape 2 · Deuxième enfant

    Deuxième situation : nourrisson de 6 mois avec une masse hépatique volumineuse, une AFP à 250 000 ng/mL et un état général conservé. L'imagerie montre une lésion unique bien limitée des secteurs droits.

    Q2. Quel diagnostic et quelle conduite ?

  3. Étape 3 · Troisième enfant

    Troisième situation : adolescent de 14 ans porteur d'une hépatite B chronique, chez qui une surveillance échographique découvre un nodule hépatique de 4 cm. L'AFP est à 800 ng/mL. Le foie est dysmorphique avec des signes de fibrose.

    Q3. Quel diagnostic évoquez-vous ?

  4. Étape 4 · Quatrième enfant

    Quatrième situation : fille de 9 ans avec une masse hépatique de 8 cm de découverte fortuite, une AFP normale et un état général conservé. L'imagerie montre une lésion hétérogène avec des zones kystiques.

    Q4. Quelle démarche adoptez-vous ?

  5. Étape 5 · Éléments discriminants

    Question de synthèse : ces quatre enfants ont tous été adressés pour « masse hépatique ».

    Q5. Quels éléments permettent le mieux d'orienter le diagnostic ?

  6. Étape 6 · Message pour la pratique

    Bilan : un hémangiome traité par propranolol, un hépatoblastome relevant du cisplatine, un carcinome hépatocellulaire à traiter chirurgicalement, et une masse indéterminée nécessitant une biopsie.

    Q6. Quel message retenez-vous ?

Synthèse du cas 5

Devant une masse hépatique de l'enfant, l'âge est le premier repère : hémangiome infantile chez le nouveau-né (hypervascularisation, shunts, insuffisance cardiaque à haut débit, thrombopénie — traité par propranolol) ; hépatoblastome avant 3 ans avec AFP très élevée pour l'âge (cisplatine, chirurgie, transplantation) ; carcinome hépatocellulaire chez l'adolescent, souvent sur foie pathologique, peu chimiosensible et relevant de la chirurgie ou de la greffe. Une AFP normale chez un enfant plus grand élargit le différentiel (sarcome embryonnaire indifférencié, lésions bénignes, métastase) et impose une biopsie. L'AFP s'interprète toujours selon l'âge. Prise en charge en centre expert.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Syndromes prédisposant à l'hépatoblastome ?cliquer
Beckwith-Wiedemann, polypose adénomateuse familiale (APC) ; facteur de risque : grande prématurité / très faible poids de naissance.

Voie moléculaire centrale de l'hépatoblastome ?cliquer
Activation de la voie Wnt / β-caténine (mutations CTNNB1, ou APC dans le contexte de PAF).

Piège d'interprétation de l'AFP chez le nourrisson ?cliquer
L'AFP est physiologiquement très élevée à la naissance et décroît vers 6–12 mois : l'interpréter selon l'âge et suivre sa cinétique sous traitement.

Quand indiquer une transplantation hépatique dans l'hépatoblastome ?cliquer
Tumeur non résécable : multifocale atteignant les 4 secteurs (PRETEXT IV) ou envahissant les structures vasculaires centrales, après chimiothérapie.

📚 Références & essais fondateurs

  1. SIOPEL-3 (standard) — Perilongo G, et al. Cisplatin versus cisplatin plus doxorubicin for standard-risk hepatoblastoma. N Engl J Med 2009. PMID 19846851
  2. SIOPEL-4 (haut risque) — Zsiros J, et al. Dose-dense cisplatin-based chemotherapy and surgery for children with high-risk hepatoblastoma. Lancet Oncol 2013. PMID 23831416
  3. SIOPEL-2 — Perilongo G, et al. Hepatoblastoma presenting with lung metastases : SIOPEL experience. Cancer 2000. PMID 11042582
  4. CHIC (stratification du risque) — Meyers RL, et al. Risk-stratified staging in paediatric hepatoblastoma : a unified analysis from the Children's Hepatic tumors International Collaboration. Lancet Oncol 2017. PMID 27884679
  5. PRETEXT (imagerie) — Towbin AJ, et al. 2017 PRETEXT : radiologic staging system for primary hepatic malignancies of childhood. Pediatr Radiol 2018. PMID 29427028
  6. PHITT — Fuchs J, et al. Décision radio-chirurgicale dans l'hépatoblastome à l'ère post-PHITT : recommandations consensuelles SIOPEL. Semin Pediatr Surg 2026. PMID 42276863
  7. Référentiels SIOPEL et COG — protocoles coopératifs à jour de l'hépatoblastome.