Tumeurs germinales de l'enfant

Groupe hétérogène de tumeurs dérivées des cellules germinales, de sièges gonadiques et extra-gonadiques, aux histologies et marqueurs (AFP, hCG) variés. Bon pronostic global : chirurgie et, pour les formes malignes, chimiothérapie à base de platine (JEB/PEB).

Pédiatrie AFP / hCG Tératome Tumeur vitelline JEB

📊 Épidémiologie & sièges

Les tumeurs germinales de l'enfant sont un groupe hétérogène issu des cellules germinales primordiales. Elles ont une distribution bimodale : un pic chez le nourrisson / jeune enfant (sièges extra-gonadiques médians, tumeurs vitellines) et un pic à la puberté / adolescence (sièges gonadiques, histologies de type adulte).

Sièges

  • Gonadiques : ovaire et testicule (les plus fréquents chez l'adolescent).
  • Extra-gonadiques (migration anormale des cellules germinales sur la ligne médiane) : sacrococcygien (nourrisson, souvent diagnostiqué en anténatal ou à la naissance), médiastin (adolescent, association au syndrome de Klinefelter), rétropéritoine, et SNC / région pinéale et suprasellaire.
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Le tératome sacrococcygien du nouveau-né a un risque de transformation maligne (composante vitelline) qui augmente avec l'âge au diagnostic : d'où l'importance d'une exérèse chirurgicale précoce et complète (avec le coccyx).

🧬 Histologies & marqueurs

On distingue les tumeurs germinales séminomateuses/germinomateuses et non séminomateuses. Les marqueurs sériques AFP et hCG sont essentiels au diagnostic, à la classification et au suivi.

HistologieMarqueurCaractéristiques
Tératome (mature / immature)Négatif (± AFP si immature)Dérivés des 3 feuillets ; mature = bénin ; immature gradé
Tumeur vitelline (yolk sac)AFP élevéeMaligne, fréquente chez le jeune enfant
Dysgerminome / séminomehCG parfois discrète ; AFP négativeRadiosensible/chimiosensible ; équivalent gonadique
ChoriocarcinomehCG très élevéeMaligne, agressive, trophoblastique
Carcinome embryonnaireAFP et/ou hCGComposante des formes mixtes
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Repère mnémotechnique : AFP → tumeur vitelline (yolk sac), hCG → choriocarcinome (et parfois séminome/dysgerminome). Le tératome mature pur ne sécrète pas de marqueur ; une élévation de l'AFP doit faire évoquer une composante vitelline. Attention à l'AFP physiologiquement élevée du nourrisson.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

La présentation dépend du siège : masse scrotale indolore (testicule), masse/douleur pelvienne ou torsion d'annexe (ovaire), masse sacrococcygienne visible ou pelvienne (nourrisson), masse médiastinale avec signes respiratoires (adolescent), signes d'hypertension intracrânienne ou syndrome de Parinaud et diabète insipide (tumeurs germinales du SNC).

Démarche diagnostique

  • Dosage des marqueurs AFP et hCG (bêta-hCG) — avant tout geste, avec interprétation selon l'âge.
  • Imagerie du site primitif (échographie, IRM/TDM) et bilan d'extension (TDM thoracique, imagerie du SNC si germinome).
  • Histologie par exérèse ou biopsie ; pour le SNC, le diagnostic peut reposer sur les marqueurs (LCR/sang) et l'imagerie dans certains germinomes.

📐 Stadification & groupes de risque

La stratification combine le siège, le stade (extension, caractère de la résection, marqueurs) et l'âge. Les groupes coopératifs (COG, systèmes MaGIC) définissent des catégories de risque (bas / intermédiaire / haut) guidant l'intensité du traitement.

FacteurImpact pronostique
Siège gonadique (testicule/ovaire)Meilleur pronostic qu'extra-gonadique
Siège médiastinal / SNCDéfavorable
Stade (résection complète, marqueurs)Stade avancé / marqueurs élevés persistants : défavorable
Âge > 11 ans (formes de type adulte)Facteur pris en compte dans les modèles

Le tératome mature (et souvent immature de bas grade) réséqué complètement relève d'une simple surveillance (marqueurs + imagerie), sans chimiothérapie.

💊 Prise en charge

La stratégie associe chirurgie et, pour les formes malignes, chimiothérapie à base de platine, avec des résultats globalement excellents.

Chirurgie

Exérèse chirurgicale complète du site primitif chaque fois que possible (orchidectomie par voie inguinale, annexectomie, exérèse sacrococcygienne avec le coccyx). Elle est curative à elle seule pour les tératomes matures et de nombreuses formes localisées de bas stade.

Chimiothérapie des formes malignes

Chimiothérapie à base de platine :

  • JEB — schéma pédiatrique de référence : carboplatine 600 mg/m² à J2 (ou AUC 7,9 selon la formule adaptée à l'enfant), étoposide 120 mg/m²/j de J1 à J3 et bléomycine 15 mg/m² à J3, cycles de 3 à 4 semaines, 4 à 6 cures — à base de carboplatine pour limiter la toxicité rénale et auditive.
  • PEB / BEP — schéma « adulte » utilisé chez l'adolescent et dans certaines formes : cisplatine 20 mg/m²/j de J1 à J5, étoposide 100 mg/m²/j de J1 à J5 et bléomycine 30 unités à J1, J8 et J15, cycles de 3 semaines, 3 à 4 cures.
  • Chez le nourrisson de moins de 10 à 12 kg, les doses sont calculées en mg/kg avec réduction.

Surveillance et pronostic

Les tératomes matures réséqués sont surveillés (récidive ou transformation possibles). Le pronostic global est bon (survie > 85–90 % pour la plupart des formes), la décroissance des marqueurs (AFP/hCG) guidant l'évaluation de la réponse. Les germinomes du SNC sont très chimio- et radiosensibles : ils relèvent d'une chimiothérapie à base de platine suivie d'une irradiation ventriculaire de 24 Gy avec surimpression du lit tumoral à 40 Gy, l'irradiation cranio-spinale (24 Gy) étant réservée aux formes disséminées.

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Le suivi repose sur la cinétique des marqueurs : une décroissance conforme à la demi-vie (AFP ~5–7 jours, hCG ~1–2 jours) témoigne d'une bonne réponse ; une décroissance insuffisante ou une réascension signe une maladie active.

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des protocoles pédiatriques (GC/MaGIC, COG, SIOP) et des schémas de référence des tumeurs germinales. En oncologie pédiatrique, les doses se calculent sur la surface corporelle — ou en mg/kg chez le nourrisson de moins de 10 à 12 kg, avec réduction — et la prescription se fait exclusivement dans le cadre d'un protocole validé, en centre spécialisé.

Chimiothérapie des formes malignes

ProtocoleMoléculeDoseVoie / rythmePrécisions
JEB — référence pédiatrique (carboplatine)
JEBCarboplatine600 mg/m² (ou AUC 7,9 selon formule adaptée à l'enfant)IV, J2Choisi pour épargner le rein et l'audition — efficacité comparable au cisplatine
JEBÉtoposide120 mg/m²/jIV, J1 à J3Risque de leucémie secondaire
JEBBléomycine15 mg/m²IV, J3Cycles de 3 à 4 semaines, 4 à 6 cures
PEB / BEP — schéma « adulte », adolescent et formes particulières
PEBCisplatine20 mg/m²/jIV, J1 à J5Hyperhydratation, magnésium, audiogramme
PEBÉtoposide100 mg/m²/jIV, J1 à J5
PEBBléomycine30 unitésIV, J1, J8 et J15Cycles de 3 semaines, 3 à 4 cures
Situations particulières
Germinome du SNCCarboplatine-étoposide ou PEIselon protocoleIVSuivi d'une irradiation ventriculaire (très chimio- et radiosensible)
Rechute / réfractaireTIP, VeIP, ou haute dose + autogreffeselon protocoleIVIfosfamide-cisplatine ± paclitaxel ou vinblastine · recherche d'essai

Le choix du carboplatine plutôt que du cisplatine dans le schéma pédiatrique JEB illustre la logique de l'oncologie de l'enfant : à efficacité comparable, il épargne le rein et l'audition — enjeu majeur chez un nourrisson en cours d'acquisition du langage. Sa contrepartie est une myélotoxicité accrue. La bléomycine expose à une toxicité pulmonaire potentiellement fatale, cumulative et parfois retardée : surveillance clinique, épreuves fonctionnelles respiratoires avec DLCO, et surtout prudence lors de toute anesthésie ultérieure — une hyperoxie peut précipiter une pneumopathie, information à transmettre à vie au patient et aux anesthésistes. L'étoposide comporte un risque de leucémie secondaire. L'ensemble est gonadotoxique : la préservation de la fertilité doit être discutée chez l'adolescent, d'autant que la tumeur elle-même peut avoir altéré la fonction gonadique.

Chirurgie et radiothérapie

ModalitéIndicationPrécisions
Orchidectomie par voie inguinaleTumeur testiculaireJamais de voie scrotale (risque de dissémination lymphatique et de contamination du scrotum)
Annexectomie / ovariectomie conservatriceTumeur ovariennePréserver l'ovaire controlatéral et la fertilité ; exploration péritonéale
Exérèse sacrococcygienne avec le coccyxTératome sacrococcygien du nouveau-néL'omission du coccyx expose à une récidive · exérèse précoce, le risque de malignité croissant avec l'âge
Exérèse des résidus après chimiothérapieMasse résiduelle avec marqueurs normalisésPeut correspondre à du tératome mature — chimiorésistant : l'exérèse est nécessaire
Germinome du SNC localiséAprès chimiothérapie24 Gy sur les ventricules + surimpression du lit tumoral à 40 Gy
Germinome du SNC disséminéAtteinte leptoméningéeIrradiation cranio-spinale 24 Gy + surimpression
Tumeur germinale non germinomateuse du SNCFormes sécrétantesChimiothérapie puis irradiation à dose plus élevée · pronostic moins favorable

Trois règles chirurgicales structurent la prise en charge. L'orchidectomie doit être réalisée par voie inguinale, jamais scrotale, sous peine de modifier le drainage lymphatique et de contaminer le scrotum. L'exérèse d'un tératome sacrococcygien doit emporter le coccyx — son omission est une cause classique de récidive — et être précoce, le risque de composante maligne vitelline croissant avec l'âge au diagnostic. Enfin, une masse résiduelle après chimiothérapie avec marqueurs normalisés doit être réséquée : elle correspond fréquemment à du tératome mature, chimiorésistant et susceptible de croître ou de se transformer. Sur le versant radiothérapique, les contraintes des irradiations encéphaliques chez l'enfant sont strictes — voies optiques et chiasma Dmax < 45 à 50 Gy, hypophyse et hypothalamus limités (les déficits endocriniens étant fréquents dans les localisations suprasellaires), cochlées et hippocampes épargnés autant que possible — et la protonthérapie présente un intérêt majeur pour réduire la dose intégrale et le risque de second cancer.

Points clés à retenir

  • Sièges gonadiques (ovaire, testicule) et extra-gonadiques médians (sacrococcygien du nourrisson, médiastin, SNC/pinéale).
  • Histologies : tératome (mature/immature), tumeur vitelline (AFP), dysgerminome/séminome (hCG parfois), choriocarcinome (hCG), carcinome embryonnaire.
  • Marqueurs clés : AFP (tumeur vitelline) et hCG (choriocarcinome) — diagnostic, groupe de risque et suivi.
  • Traitement : chirurgie ± chimiothérapie à base de platine (JEB carboplatine-étoposide-bléomycine, ou PEB) pour les formes malignes.
  • Tératomes matures réséqués : surveillance simple. Bon pronostic global.

QCM — 10 questions

Q1. Quelle histologie de tumeur germinale est typiquement associée à une élévation de l'AFP ?

Q2. Quel est le schéma de chimiothérapie pédiatrique de référence des tumeurs germinales malignes, choisi pour limiter la toxicité ?

Q3. Quelle est l'attitude appropriée pour un tératome ovarien mature entièrement réséqué chez une adolescente ?

Q4. Quelles sont les doses du protocole JEB ?

Q5. Pourquoi le schéma pédiatrique privilégie-t-il le carboplatine plutôt que le cisplatine ?

Q6. Quelle information doit être transmise à vie à un patient ayant reçu de la bléomycine ?

Q7. Quelle voie d'abord est impérative pour l'orchidectomie d'une tumeur germinale testiculaire ?

Q8. Comment utilise-t-on la cinétique des marqueurs pour évaluer la réponse au traitement ?

Q9. Après chimiothérapie d'une tumeur germinale, une masse résiduelle persiste avec des marqueurs normalisés. Quelle est la conduite ?

Q10. Chez un nouveau-né porteur d'un tératome sacrococcygien, quels sont les deux impératifs chirurgicaux ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Tératome sacrococcygien du nouveau-né

Nouveau-né à terme, chez qui l'échographie anténatale du troisième trimestre avait détecté une masse sacrococcygienne. À la naissance : masse exophytique de 8 cm de la région sacrée, à peau tendue, sans déficit neurologique ni trouble sphinctérien. L'AFP est très élevée mais compatible avec l'âge néonatal.

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  1. Étape 1 · Bilan initial

    Q1. Quel bilan réalisez-vous ?

  2. Étape 2 · Chirurgie

    Résultats : IRM montrant une masse à prédominance exophytique avec une composante intrapelvienne modérée, sans envahissement du rectum ni du canal sacré. Les marqueurs sont dans les limites attendues pour l'âge.

    Q2. Quels sont les impératifs de l'exérèse chirurgicale ?

  3. Étape 3 · Anatomopathologie

    Résultat de la pièce : tératome mature, sans composante immature ni vitelline, avec exérèse complète emportant le coccyx et des marges saines.

    Q3. Quelle suite proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Réascension de l'AFP

    À l'âge de 14 mois : l'AFP, qui avait décru normalement jusqu'à 12 ng/mL, remonte à 340 puis 890 ng/mL sur deux dosages. L'échographie pelvienne montre une masse présacrée de 3 cm.

    Q4. Quelle est votre interprétation et votre conduite ?

  5. Étape 5 · Traitement de la récidive

    Prise en charge : chimiothérapie JEB (carboplatine 600 mg/m², étoposide 120 mg/m²/j × 3, bléomycine 15 mg/m²) — doses converties en mg/kg à ce poids — avec normalisation de l'AFP après 3 cures, puis exérèse du résidu.

    Q5. Pourquoi opérer le résidu alors que l'AFP est normalisée ?

  6. Étape 6 · Suivi fonctionnel

    À 6 ans : l'enfant est en rémission complète. Il présente une constipation chronique avec des épisodes d'incontinence fécale et une énurésie nocturne persistante. L'audition et la fonction rénale sont normales.

    Q6. Quelle prise en charge organisez-vous ?

Synthèse du cas 1

Tératome sacrococcygien : exérèse précoce — le risque de composante maligne vitelline croît avec l'âge — et emportant le coccyx, dont l'omission est une cause classique de récidive. Un tératome mature complètement réséqué ne relève d'aucune chimiothérapie, mais d'une surveillance par AFP (interprétée selon les normes d'âge) et échographie. Une réascension de l'AFP signe une composante maligne vitelline : chimiothérapie JEB puis chirurgie. Un résidu avec marqueurs normalisés doit être réséqué — il correspond souvent à du tératome mature chimiorésistant. Séquelles principales : troubles sphinctériens digestifs et urinaires, à prendre en charge activement.

Cas 2

Masse testiculaire de l'adolescent

Adolescent de 15 ans consultant pour une augmentation de volume indolore du testicule droit remarquée depuis six semaines, avec une sensation de pesanteur. L'examen retrouve une masse testiculaire dure, non transilluminable, sans adénopathie inguinale. L'échographie confirme une lésion intratesticulaire hétérogène de 4 cm.

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  1. Étape 1 · Démarche

    Q1. Quelle est votre conduite ?

  2. Étape 2 · Résultats

    Résultats : AFP à 4 200 ng/mL, hCG à 180 UI/L, LDH modérément élevées. L'orchidectomie inguinale retrouve une tumeur germinale mixte associant carcinome embryonnaire, tumeur vitelline et tératome, limitée au testicule sans envahissement du cordon. La TDM montre deux adénopathies rétropéritonéales de 2 et 3 cm, sans métastase pulmonaire.

    Q2. Comment interprétez-vous le profil des marqueurs ?

  3. Étape 3 · Traitement

    Situation : tumeur germinale non séminomateuse mixte du testicule, avec atteinte ganglionnaire rétropéritonéale, marqueurs élevés, chez un adolescent de 15 ans.

    Q3. Quelle stratégie proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Cinétique des marqueurs

    Après 2 cures : l'AFP est passée de 4 200 à 1 800 ng/mL et l'hCG de 180 à 95 UI/L. La décroissance est plus lente que les demi-vies attendues (AFP ~5-7 jours, hCG ~1-2 jours).

    Q4. Comment interprétez-vous cette évolution ?

  5. Étape 5 · Résidu après chimiothérapie

    Après intensification : les marqueurs se normalisent complètement. La TDM montre une masse rétropéritonéale résiduelle de 2,5 cm, stable sur deux examens.

    Q5. Quelle est votre conduite ?

  6. Étape 6 · Suivi et fertilité

    À 19 ans : l'adolescent est en rémission complète depuis 4 ans après exérèse d'un résidu de tératome mature. Il a reçu de la bléomycine et du platine. Il interroge sur sa fertilité et sur les précautions à prendre.

    Q6. Quelles informations et quel suivi ?

Synthèse du cas 2

Masse testiculaire de l'adolescent : marqueurs (AFP, hCG, LDH) avant tout geste, orchidectomie par voie inguinale — jamais scrotale — et conservation de sperme proposée avant toute chimiothérapie. Une AFP élevée est incompatible avec un séminome pur et impose de traiter comme une tumeur non séminomateuse. L'évaluation de la réponse repose sur la cinétique comparée aux demi-vies (AFP 5-7 j, hCG 1-2 j) : une décroissance trop lente signe une maladie active. Une masse résiduelle avec marqueurs normalisés doit être réséquée (tératome mature chimiorésistant). Information à vie sur la bléomycine et le risque lié à l'hyperoxie anesthésique.

Cas 3

Tumeur germinale du système nerveux central

Garçon de 12 ans amené pour des céphalées avec vomissements et une diplopie apparue depuis un mois. L'examen retrouve un syndrome de Parinaud (paralysie de l'élévation du regard, dissociation photomotrice) et un œdème papillaire. Les parents signalent en outre une polyuro-polydipsie avec énurésie secondaire depuis six mois. L'IRM montre une masse de la région pinéale de 3 cm avec hydrocéphalie, et un épaississement de la tige pituitaire.

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  1. Étape 1 · Reconnaître le tableau

    Q1. Quel diagnostic évoquez-vous devant cette association ?

  2. Étape 2 · Diagnostic biologique

    Résultats : AFP normale dans le sang et le liquide céphalorachidien ; hCG discrètement élevée dans le liquide céphalorachidien (32 UI/L) et normale dans le sang. L'IRM cranio-spinale ne montre pas de dissémination leptoméningée. La cytologie du liquide céphalorachidien est négative.

    Q2. Quelle entité retenez-vous ?

  3. Étape 3 · Prise en charge initiale

    Situation : germinome bifocal avec hydrocéphalie et diabète insipide. L'enfant présente des céphalées importantes et une somnolence.

    Q3. Quelles sont vos priorités immédiates ?

  4. Étape 4 · Traitement oncologique

    Décision : germinome bifocal localisé, sans dissémination leptoméningée.

    Q4. Quel traitement proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Réponse et séquelles

    Après le traitement : réponse complète radiologique, hCG normalisée dans le liquide céphalorachidien. Le diabète insipide persiste et le bilan révèle un déficit corticotrope et thyréotrope, ainsi qu'un déficit en hormone de croissance.

    Q5. Comment interprétez-vous et prenez-vous en charge cette situation ?

  6. Étape 6 · Suivi à long terme

    À 18 ans : le patient est en rémission complète depuis 6 ans. Il est substitué sur tous les axes hypophysaires, a une taille finale au 25e percentile, et présente des difficultés attentionnelles ayant nécessité des aménagements scolaires.

    Q6. Quelles priorités pour la transition vers la médecine adulte ?

Synthèse du cas 3

Syndrome de Parinaud (lésion pinéale) + diabète insipide (atteinte suprasellaire) = tumeur germinale du système nerveux central, souvent bifocale : doser AFP et hCG dans le sang et le liquide céphalorachidien. AFP normale avec hCG faiblement élevée = germinome, très chimio- et radiosensible et de bon pronostic ; une AFP élevée ou une hCG très élevée signent une forme non germinomateuse, plus défavorable. Urgences initiales : hydrocéphalie et substitution du diabète insipide, l'hydrocortisone précédant la lévothyroxine. Traitement : chimiothérapie puis irradiation ventriculaire 24 Gy + surimpression 40 Gy (cranio-spinale seulement si disséminé). Les déficits hypophysaires sont définitifs : substitution à vie et éducation thérapeutique.

Cas 4

Tumeur germinale ovarienne et préservation de la fertilité

Adolescente de 14 ans admise aux urgences pour des douleurs pelviennes aiguës évoluant depuis 12 heures, avec nausées. L'échographie retrouve une masse ovarienne droite de 12 cm, hétérogène, avec un doppler perturbé faisant suspecter une torsion d'annexe. L'AFP prélevée en urgence est à 28 000 ng/mL.

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  1. Étape 1 · Urgence et stratégie

    Q1. Quelle est votre conduite ?

  2. Étape 2 · Résultats

    Résultats : annexectomie droite sans rupture. Histologie : tumeur vitelline pure de l'ovaire. Cytologie péritonéale négative, pas d'atteinte de l'ovaire controlatéral ni de carcinose. La TDM thoraco-abdomino-pelvienne ne montre ni adénopathie ni métastase. L'AFP postopératoire décroît selon sa demi-vie.

    Q2. Quelle stratégie thérapeutique proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Préservation de la fertilité

    Discussion : l'adolescente a 14 ans, est pubère et réglée, avec un ovaire controlatéral sain. Elle doit recevoir une chimiothérapie à base de platine.

    Q3. Quelles options de préservation de la fertilité abordez-vous ?

  4. Étape 4 · Toxicité

    Pendant la 3e cure de JEB : l'adolescente rapporte une toux sèche et une dyspnée d'effort d'apparition récente. L'auscultation retrouve des crépitants bilatéraux. Elle est apyrétique. La saturation est à 94 %.

    Q4. Quel diagnostic évoquez-vous et quelle conduite ?

  5. Étape 5 · Fin de traitement

    Fin du traitement : AFP normalisée, imagerie sans résidu, réponse complète. La pneumopathie a régressé sous corticoïdes avec une DLCO restant discrètement abaissée. Les cycles menstruels ont repris spontanément.

    Q5. Quel suivi organisez-vous ?

  6. Étape 6 · Projet de grossesse

    À 26 ans : la patiente est en rémission depuis 12 ans, avec des cycles réguliers sur un ovaire unique. Elle envisage une grossesse et s'inquiète des risques.

    Q6. Que lui répondez-vous ?

Synthèse du cas 4

Masse ovarienne de l'adolescente : marqueurs avant tout geste, annexectomie sans rupture avec exploration péritonéale et cytologie, en préservant l'ovaire controlatéral et l'utérus. Un tératome mature réséqué se surveille, mais une tumeur vitelline est maligne et justifie une chimiothérapie à base de platine. Aborder la préservation de la fertilité avant le traitement, sans le retarder déraisonnablement. Toute toux sèche avec dyspnée sous bléomycine évoque une pneumopathie médicamenteuse : scanner, DLCO, arrêt de la molécule. Information à vie sur le risque lié à l'hyperoxie anesthésique, y compris en cas de césarienne. Une grossesse reste possible, avec évaluation de la réserve ovarienne.

Cas 5

Tumeur germinale médiastinale et syndrome de Klinefelter

Adolescent de 16 ans consultant pour une dyspnée d'effort, une toux et une douleur thoracique évoluant depuis un mois, avec un amaigrissement de 5 kg. La radiographie puis la TDM révèlent une volumineuse masse du médiastin antérieur de 13 cm, comprimant les vaisseaux et refoulant la trachée. Il présente une gynécomastie bilatérale, une grande taille avec des membres longs et des testicules de petit volume.

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  1. Étape 1 · Reconnaître l'association

    Q1. Quelle association devez-vous évoquer devant ce tableau ?

  2. Étape 2 · Urgence et diagnostic

    Situation : l'adolescent présente une dyspnée de repos avec orthopnée, un œdème en pèlerine et une turgescence jugulaire évoquant un syndrome cave supérieur. L'AFP est à 15 000 ng/mL et l'hCG à 3 200 UI/L.

    Q2. Quelle est votre conduite ?

  3. Étape 3 · Pronostic du siège

    Bilan complété : caryotype confirmant un 47,XXY. La TDM montre, outre la masse médiastinale, plusieurs nodules pulmonaires bilatéraux.

    Q3. Comment évaluez-vous le pronostic ?

  4. Étape 4 · Traitement et résidu

    Après 4 cures de chimiothérapie intensifiée : les marqueurs se normalisent complètement et les nodules pulmonaires disparaissent. Mais il persiste une masse médiastinale résiduelle de 6 cm.

    Q4. Quelle est votre conduite ?

  5. Étape 5 · Prise en charge du Klinefelter

    À 18 ans : le patient est en rémission complète après exérèse d'un résidu de tératome mature. Le bilan endocrinien montre une testostérone basse avec FSH et LH élevées, et le spermogramme retrouve une azoospermie.

    Q5. Quelle prise en charge proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Suivi à long terme

    Bilan de la situation : un jeune homme de 18 ans guéri d'une tumeur germinale médiastinale de haut risque, porteur d'un syndrome de Klinefelter, ayant reçu du platine, de l'étoposide et de la bléomycine, et opéré du médiastin.

    Q6. Quelles priorités pour son suivi à long terme ?

Synthèse du cas 5

Masse médiastinale antérieure chez un adolescent de sexe masculin : évoquer une tumeur germinale et rechercher un syndrome de Klinefelter (grande taille, petits testicules, gynécomastie — caryotype). Devant des marqueurs massivement élevés et un syndrome cave supérieur, les marqueurs suffisent au diagnostic et permettent de débuter la chimiothérapie sans biopsie, évitant une anesthésie à risque. Le siège médiastinal est défavorable, contrairement aux localisations gonadiques. Une masse résiduelle avec marqueurs normalisés doit être réséquée. Le suivi cumule les séquelles du traitement (bléomycine et hyperoxie anesthésique, platine, étoposide et leucémies) et la prise en charge du Klinefelter (substitution androgénique, infertilité).

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Marqueurs : AFP et hCG correspondent à quelles histologies ?cliquer
AFP → tumeur vitelline (yolk sac). hCG → choriocarcinome (et parfois séminome/dysgerminome). Tératome mature pur : aucun marqueur.

Sièges extra-gonadiques médians typiques de l'enfant ?cliquer
Sacrococcygien (nourrisson), médiastin (adolescent, Klinefelter), rétropéritoine, SNC (pinéale/suprasellaire).

Différence entre JEB et PEB ?cliquer
JEB = carboplatine-étoposide-bléomycine (schéma pédiatrique, moindre toxicité rénale/auditive) ; PEB/BEP = cisplatine-étoposide-bléomycine.

Conduite pour un tératome mature complètement réséqué ?cliquer
Surveillance simple (marqueurs + imagerie), sans chimiothérapie. La chimio (platine) est réservée aux composantes malignes.

📚 Références & essais fondateurs

  1. JEB (carboplatine) — Mann JR, et al. The United Kingdom Children's Cancer Study Group's second germ cell tumour study : carboplatin, etoposide, and bleomycin are effective and reduce toxicity. J Clin Oncol 2000. PMID 11078494
  2. MaGIC (méta-analyse) — Frazier AL, et al. Revised risk classification for pediatric extracranial germ cell tumors based on 25 years of clinical trial data (Malignant Germ Cell International Consortium). J Clin Oncol 2015. PMID 25452439
  3. COG AGCT0132 — Shaikh F, et al. Chimiothérapie à base de cisplatine réduite et compressée dans les tumeurs germinales extracrâniennes de risque intermédiaire de l'enfant et de l'adolescent. J Clin Oncol 2017. PMID 28240974
  4. Compression du carboplatine — Shaikh F, et al. Paediatric extracranial germ-cell tumours. Lancet Oncol 2016. PMID 27300675
  5. Tératome sacrococcygien — Rescorla FJ, et al. Long-term outcome for infants and children with sacrococcygeal teratoma (POG/CCG). J Pediatr Surg 1998. PMID 9498381
  6. MaGIC (surveillance) — Fonseca A, et al. Détection des rechutes par les marqueurs tumoraux versus imagerie chez l'enfant et l'adolescent (tumeurs germinales non germinomateuses). J Clin Oncol 2019. PMID 30576269
  7. Référentiels COG (Children's Oncology Group / MaGIC) et SIOP/GPOH-MAKEI — protocoles coopératifs à jour des tumeurs germinales pédiatriques.