Cancer de la prostate

Cancer le plus fréquent de l'homme. Histoire naturelle très hétérogène : de l'indolence justifiant une surveillance active aux formes métastatiques d'emblée. Prise en charge stratifiée par le risque (ISUP, PSA, stade) et enrichie par le TEP-PSMA, les ARPI, la chimiothérapie, la radioligand-thérapie et les inhibiteurs de PARP.

Urologique Gleason / ISUP D'Amico PSMA ARPI

📊 Épidémiologie & dépistage

Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l'homme dans les pays occidentaux et une cause majeure de décès par cancer. Son incidence augmente fortement avec l'âge (âge médian au diagnostic ~66-70 ans). Facteurs de risque : âge, antécédents familiaux, origine afro-caribéenne, mutations germinales (BRCA2 > BRCA1, HOXB13, gènes de réparation de l'ADN / syndrome de Lynch).

Dépistage par le PSA : une controverse

Le dépistage systématique par PSA reste débattu car il expose au surdiagnostic et au surtraitement de cancers indolents. L'essai ERSPC a montré une réduction relative de la mortalité spécifique (~20 %) au prix d'un nombre élevé de sujets à dépister/traiter, tandis que l'essai américain PLCO (largement contaminé par un dépistage opportuniste) n'a pas montré de bénéfice. Les recommandations actuelles privilégient une décision partagée et individualisée, généralement entre 50 et 70 ans (plus tôt en cas de risque élevé), plutôt qu'un dépistage de masse.

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Le PSA n'est pas spécifique du cancer (élevé aussi dans l'hypertrophie bénigne, la prostatite, après manipulation). L'enjeu moderne est de ne diagnostiquer que les cancers cliniquement significatifs, d'où l'apport de l'IRM multiparamétrique avant biopsie.

🧬 Anatomopathologie & biologie

Plus de 95 % sont des adénocarcinomes acinaires, développés préférentiellement dans la zone périphérique. Le grading repose sur le score de Gleason (somme des deux architectures les plus représentées, de 3 à 5), reformulé en groupes pronostiques ISUP 1 à 5.

Groupe ISUPScore de GleasonSignification
ISUP 1≤ 6 (3+3)Bien différencié, faible agressivité
ISUP 27 (3+4)Grade majoritaire 3
ISUP 37 (4+3)Grade majoritaire 4
ISUP 48 (4+4, 3+5, 5+3)Peu différencié
ISUP 59-10Indifférencié, très agressif

Groupes de risque de D'Amico (cancer localisé), combinant PSA, ISUP/Gleason et stade clinique :

RisquePSAGleason / ISUPStade T
Faible< 10 ng/mLGleason ≤ 6 (ISUP 1)T1-T2a
Intermédiaire10-20 ng/mLGleason 7 (ISUP 2-3)T2b
Élevé> 20 ng/mLGleason ≥ 8 (ISUP 4-5)≥ T2c
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Le risque intermédiaire est subdivisé en favorable (ISUP 2, un seul facteur, < 50 % de biopsies positives) et défavorable (ISUP 3 ou plusieurs facteurs) — distinction déterminante pour proposer ou non une surveillance active et pour la durée d'hormonothérapie associée à la radiothérapie.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

La majorité des cancers localisés sont asymptomatiques, découverts sur une élévation du PSA ou une anomalie au toucher rectal (nodule dur). Les symptômes (troubles mictionnels, hématurie, douleurs osseuses, altération de l'état général) évoquent une forme localement avancée ou métastatique.

Démarche diagnostique moderne

  • IRM prostatique multiparamétrique avant biopsie : lésions cotées PI-RADS 1 à 5 (probabilité croissante de cancer cliniquement significatif). Une IRM négative (PI-RADS 1-2) peut faire surseoir à la biopsie chez des patients sélectionnés.
  • Biopsies prostatiques : de plus en plus ciblées sur les cibles IRM (fusion IRM-échographie), volontiers par voie transpérinéale (moindre risque infectieux), associées ou non à des biopsies systématisées.
  • Analyse anatomopathologique : nombre de carottes positives, longueur d'envahissement, groupe ISUP par cible.

📐 Bilan d'extension & stadification

Stadification TNM (AJCC 8e édition) intégrée au PSA et au groupe ISUP pour définir le stade pronostique.

CatégorieDéfinition (synthèse)
T1Tumeur non palpable ni visible (T1c = découverte sur PSA/biopsie)
T2Intraprostatique palpable (T2a < ½ lobe → T2c bilatéral)
T3Extension extracapsulaire (T3a) / vésicules séminales (T3b)
T4Envahissement des organes de voisinage (sphincter, rectum, paroi)
N1Ganglions pelviens régionaux
M1Ganglions à distance (M1a), os (M1b), autres viscères (M1c)

Le bilan d'extension (risque intermédiaire défavorable et élevé) associe classiquement TDM abdomino-pelvien et scintigraphie osseuse. La TEP-PSMA (ligands du PSMA) est devenue l'examen de référence : plus sensible et spécifique que l'imagerie conventionnelle pour la détection ganglionnaire et métastatique (essai proPSMA), utile au bilan initial des formes à risque et en cas de récidive biologique.

💊 Prise en charge par stade & situation

Cancer localisé

  • Faible risque (et intermédiaire favorable sélectionné) : surveillance active (PSA, IRM et biopsies itératives) pour éviter le surtraitement, avec passage au traitement curatif en cas de progression.
  • Traitements curatifs : prostatectomie totale (± curage ganglionnaire selon le risque) ou radiothérapie externe (76 à 78 Gy en 38 à 39 fractions de 2 Gy, ou schéma modérément hypofractionné 60 Gy en 20 fractions de 3 Gy, ou ultra-hypofractionné 36,25 Gy en 5 fractions de 7,25 Gy en stéréotaxie) ± curiethérapie (implants permanents d'iode-125 : 145 Gy ; ou haut débit de dose : 15 Gy en 1 fraction en surimpression), avec des résultats carcinologiques comparables (essai ProtecT). Le choix intègre l'espérance de vie, les comorbidités et le profil d'effets indésirables (continence, sexualité vs troubles urinaires/digestifs).
  • Risque intermédiaire défavorable / élevé : radiothérapie associée à une suppression androgénique (agoniste de la LHRH — leuproréline 22,5 mg SC/IM tous les 3 mois ou triptoréline 11,25 mg tous les 3 mois —, ou antagoniste — dégarélix 240 mg en dose de charge puis 80 mg SC mensuel, ou relugolix 360 mg puis 120 mg/j PO) : courte, 4 à 6 mois pour l'intermédiaire, longue, 18 à 36 mois pour le haut risque et le localement avancé.

Localement avancé (T3-T4 / N1)

Radiothérapie prostatique (74 à 78 Gy) et pelvienne (45 à 46 Gy sur les aires ganglionnaires) + suppression androgénique longue (2 à 3 ans). Chez les patients à très haut risque, l'intensification par un ARPI (abiratérone 1 000 mg/j PO à jeun + prednisone 5 mg/j) associé à l'hormonothérapie améliore la survie (essai STAMPEDE).

Cancer hormonosensible métastatique (mHSPC)

La castration seule (ADT) n'est plus le standard. On associe systématiquement une intensification :

  • ADT + ARPI (abiratérone 1 000 mg/j + prednisone 5 mg/j — LATITUDE ; enzalutamide 160 mg/j — ARCHES/ENZAMET ; apalutamide 240 mg/j — TITAN) : bénéfice de survie franc.
  • ADT + docétaxel (75 mg/m² IV toutes les 3 semaines, 6 cycles ; essais CHAARTED, STAMPEDE), surtout formes à forte charge métastatique.
  • Triplet ADT + docétaxel + ARPI : darolutamide 600 mg × 2/j PO au cours des repas (essai ARASENS) ou abiratérone 1 000 mg/j + prednisone (essai PEACE-1) — meilleure survie globale que le doublet chez les patients éligibles à la chimiothérapie, notamment forme de novo à haut volume.
  • Radiothérapie de la tumeur primitive (55 Gy en 20 fractions ou 36 Gy en 6 fractions hebdomadaires) chez les patients à faible volume métastatique : gain de survie démontré (essai STAMPEDE arm H).

Cancer résistant à la castration (CRPC)

Défini par une progression malgré une castration efficace (testostérone < 0,5 ng/mL). Options selon les traitements antérieurs et la biologie tumorale :

  • ARPI (abiratérone 1 000 mg/j + prednisone 5 mg × 2/j, enzalutamide 160 mg/j) si non utilisés en amont.
  • Chimiothérapie : docétaxel 75 mg/m² IV toutes les 3 semaines + prednisone 5 mg × 2/j, puis cabazitaxel 25 mg/m² IV toutes les 3 semaines (ou 20 mg/m² pour améliorer la tolérance) avec G-CSF en prophylaxie (essai CARD après ARPI + docétaxel).
  • Radium-223 : 55 kBq/kg IV toutes les 4 semaines, 6 injections (métastases osseuses symptomatiques, sans atteinte viscérale).
  • Lutétium-177-PSMA-617 : 7,4 GBq IV toutes les 6 semaines, jusqu'à 6 cycles (essai VISION) : radioligand-thérapie du mCRPC PSMA-positif après ARPI et taxane.
  • Inhibiteurs de PARP (olaparib 300 mg × 2/j PO — essai PROfound ; rucaparib 600 mg × 2/j — TRITON3 ; niraparib 200 mg/j + abiratérone — MAGNITUDE ; talazoparib 0,5 mg/j + enzalutamide — TALAPRO-2) en cas d'altération des gènes de réparation homologue (HRR, notamment BRCA1/2), seuls ou en association à un ARPI.
  • Traitement osseux systématique dès les métastases osseuses en phase de résistance à la castration : acide zolédronique 4 mg IV toutes les 4 semaines ou dénosumab 120 mg SC toutes les 4 semaines, avec supplémentation calcique et vitaminique D et bilan dentaire préalable.

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des essais pivots et des référentiels ESMO/EAU/NCCN. Vérifier systématiquement la prescription, les adaptations (fonction rénale et hépatique, âge, surface corporelle, toxicités) et les interactions dans le référentiel institutionnel avant toute application.

Suppression androgénique

MoléculeClasseDoseVoie / rythmePrécisions
LeuprorélineAgoniste de la LHRH3,75 mg / 11,25 mg / 22,5 mg / 45 mgSC ou IM, mensuel / trimestriel / semestrielEffet « flare-up » initial : couvrir par un anti-androgène 2 à 4 sem
TriptorélineAgoniste de la LHRH3,75 mg / 11,25 mg / 22,5 mgIM, mensuel / trimestriel / semestrielIdem
GosérélineAgoniste de la LHRH3,6 mg / 10,8 mgSC, mensuel / trimestrielImplant sous-cutané
DégarélixAntagoniste de la GnRH240 mg puis 80 mgSC, charge puis mensuelPas de flare-up : à préférer en cas de compression médullaire imminente ou d'obstruction
RelugolixAntagoniste oral de la GnRH360 mg puis 120 mg/jPO, continuMoins d'événements cardiovasculaires que le leuprolide (HERO)
BicalutamideAnti-androgène de 1re génération50 mg/j (150 mg en monothérapie)PO, continuCouverture du flare-up ; gynécomastie fréquente

Effets de la castration à surveiller et à prévenir : ostéoporose (densitométrie, calcium et vitamine D, activité physique en charge, biphosphonate ou dénosumab si nécessaire), syndrome métabolique et diabète, risque cardiovasculaire (privilégier un antagoniste en cas d'antécédent), bouffées de chaleur, sarcopénie, dysfonction érectile et retentissement psychologique. Un agoniste de la LHRH provoque un pic initial de testostérone (« flare-up ») potentiellement dangereux en cas de métastase rachidienne menaçante : le couvrir par un anti-androgène ou lui préférer un antagoniste.

Inhibiteurs de la voie des androgènes (ARPI) & chimiothérapie

MoléculeSituationDoseVoie / rythmeEssai
AbiratéronemHSPC, mCRPC, très haut risque localisé1 000 mg/j (+ prednisone 5 mg/j ou × 2/j)PO, à jeun (1 h avant ou 2 h après le repas)LATITUDE / STAMPEDE / PEACE-1
EnzalutamidemHSPC, mCRPC, nmCRPC160 mg/jPO, continuARCHES / ENZAMET / PROSPER
ApalutamidemHSPC, nmCRPC240 mg/jPO, continuTITAN / SPARTAN
DarolutamideTriplet mHSPC, nmCRPC600 mg × 2/jPO, au cours des repasARASENS / ARAMIS
DocétaxelmHSPC et mCRPC75 mg/m² (+ prednisone 5 mg × 2/j)IV, toutes les 3 semCHAARTED / TAX 327 — 6 cycles
CabazitaxelmCRPC après docétaxel et ARPI25 mg/m² (ou 20 mg/m²)IV, toutes les 3 sem (+ G-CSF)TROPIC / CARD

Toxicités et précautions : abiratérone — hypokaliémie, rétention hydrosodée, hypertension et hépatotoxicité (transaminases toutes les 2 semaines les 3 premiers mois), prise obligatoire à jeun (la prise alimentaire multiplie l'exposition) et association impérative à un corticoïde ; enzalutamide — asthénie, chutes, risque convulsif rare, nombreuses interactions par induction du CYP3A4 ; apalutamide — éruption cutanée, hypothyroïdie, fractures ; darolutamide — profil neurologique le plus favorable (faible passage de la barrière hémato-encéphalique) ; docétaxel — neutropénie fébrile, neuropathie, onychopathie, rétention hydrique (prémédication corticoïde) ; cabazitaxel — neutropénie sévère imposant le G-CSF en prophylaxie primaire, diarrhée, hypersensibilité.

Radiothérapie & radiopharmaceutiques

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Radiothérapie prostatique exclusive (normofractionnée)76–78 Gy38 à 39 fractions de 2 GyProstate ± vésicules séminales, RCMI avec guidage par l'image et grains fiduciaires
Hypofractionnement modéré60 Gy20 fractions de 3 GyÉquivalent au normofractionné (CHHiP, PROFIT)
Ultra-hypofractionnement (SBRT)36,25 Gy5 fractions de 7,25 GyRisque faible et intermédiaire (HYPO-RT-PC, PACE-B)
Aires ganglionnaires pelviennes45–46 Gy25 fractions de 1,8 GyHaut risque ou N1 (POP-RT)
Curiethérapie à bas débit (implants permanents)145 GyIode-125, dose délivrée sur la vie de la sourceFaible risque, prostate < 50 cm³, IPSS bas
Curiethérapie haut débit en surimpression15 Gy1 fraction (ou 2 × 10 Gy)Complément d'une irradiation externe de 46 Gy (ASCENDE-RT)
Radiothérapie de rattrapage après prostatectomie64–70 Gy32 à 35 fractions de 2 GyLoge de prostatectomie, précoce dès PSA > 0,2 ng/mL (RADICALS, GETUG-AFU 17)
Tumeur primitive en situation métastatique de faible volume55 Gy ou 36 Gy20 fractions ou 6 fractions hebdomadairesGain de survie · STAMPEDE arm H
Métastases osseuses antalgiques8 Gy ou 20 Gy1 fraction ou 5 fractionsSite symptomatique
Oligométastases (SBRT)24–30 Gy3 fractionsRepérées par TEP-PSMA · essais STOMP et ORIOLE
Radium-22355 kBq/kg6 injections toutes les 4 semMétastases osseuses symptomatiques sans atteinte viscérale · ALSYMPCA
Lutétium-177-PSMA-6177,4 GBqtoutes les 6 sem, jusqu'à 6 cyclesmCRPC PSMA-positif après ARPI et taxane · VISION

Contraintes principales aux organes à risque en normofractionnement : rectum V70 < 15–20 %, V60 < 35 %, V50 < 50 % (l'usage d'un espaceur hydrogel entre prostate et rectum réduit nettement la toxicité digestive) ; vessie V70 < 25 %, V65 < 50 % ; têtes fémorales V50 < 5 % ; bulbe pénien Dmoyenne < 50 Gy pour préserver la fonction érectile ; intestin grêle Dmax < 52 Gy en cas d'irradiation pelvienne. En stéréotaxie (5 fractions), rectum V36 Gy < 1 cm³ et urètre Dmax < 42 Gy. Le radium-223 ne doit pas être associé à l'abiratérone (surrisque fracturaire, essai ERA-223) et impose un traitement osseux protecteur.

Points clés à retenir

  • Le dépistage PSA relève d'une décision partagée : bénéfice de mortalité modeste (ERSPC) contrebalancé par le surdiagnostic (PLCO).
  • Le grade s'exprime en groupes ISUP 1-5 ; le risque localisé se stratifie par D'Amico (PSA, ISUP, T).
  • IRM multiparamétrique (PI-RADS) avant biopsie, biopsies ciblées, TEP-PSMA pour le bilan d'extension des formes à risque.
  • Faible risque = surveillance active ; curatif = prostatectomie ou radiothérapie ± hormonothérapie selon le risque.
  • mHSPC : intensification systématique (doublet ADT+ARPI ou ADT+docétaxel, ou triplet ARASENS/PEACE-1).
  • CRPC : ARPI, taxanes, radium-223, Lu-177-PSMA (VISION), PARP si HRR/BRCA (PROfound).

QCM — 10 questions

Q1. Un homme de 65 ans présente un adénocarcinome ISUP 1, PSA 6 ng/mL, cT1c, moins de 3 carottes positives de faible longueur. Quelle est l'attitude recommandée ?

Q2. Chez un patient présentant un cancer hormonosensible métastatique de novo à fort volume, éligible à la chimiothérapie, quelle stratégie est soutenue par ARASENS et PEACE-1 ?

Q3. Un patient atteint d'un mCRPC PSMA-positif, en progression après un ARPI et le docétaxel, porteur d'une mutation somatique BRCA2. Quelle(s) option(s) reposent sur des essais dédiés ?

Q4. Quelle altération germinale, à rechercher chez tout patient métastatique, ouvre l'accès aux inhibiteurs de PARP et impose une enquête familiale ?

Q5. Que traduit un score ISUP 4 sur les biopsies prostatiques ?

Q6. Quel essai a montré le bénéfice de survie de l'irradiation de la tumeur primitive chez les patients métastatiques de faible volume ?

Q7. Quelle règle de prise conditionne l'efficacité et la sécurité de l'abiratérone ?

Q8. Quelle association est déconseillée en raison d'un surrisque de fracture démontré dans l'essai ERA-223 ?

Q9. Quelle contrainte dosimétrique vise principalement à limiter la toxicité rectale d'une irradiation prostatique normofractionnée ?

Q10. Quelles mesures doivent accompagner une suppression androgénique prolongée ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Cancer de faible risque et surveillance active

Homme de 62 ans, en bonne santé, PSA à 5,8 ng/mL lors d'un dosage réalisé après information. Toucher rectal normal. L'IRM multiparamétrique retrouve une lésion PI-RADS 3 de la zone périphérique gauche.

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  1. Étape 1 · Biopsies

    Q1. Quelle stratégie de biopsie proposez-vous ?

  2. Étape 2 · Classification du risque

    Résultat : adénocarcinome ISUP 1 (Gleason 3+3), 2 carottes positives sur 14, longueur maximale de 3 mm, stade cT1c. PSA 5,8 ng/mL.

    Q2. Quel groupe de risque et quelle attitude ?

  3. Étape 3 · Modalités

    Le patient accepte la surveillance mais s'inquiète : « et si le cancer progresse sans qu'on le voie ? »

    Q3. Quelles modalités de surveillance lui décrivez-vous ?

  4. Étape 4 · Reclassement

    À 3 ans : le PSA atteint 9,2 ng/mL, l'IRM montre une lésion PI-RADS 4 de 14 mm et les biopsies ciblées retrouvent un ISUP 2 (Gleason 4+3 sur une carotte, soit ISUP 3 en réalité) avec 5 carottes positives.

    Q4. Quelle est votre attitude ?

  5. Étape 5 · Après traitement

    Prostatectomie totale réalisée : pT3a pN0, ISUP 3, marge chirurgicale positive de 4 mm au niveau apical. Le PSA postopératoire est indétectable (< 0,03 ng/mL).

    Q5. Que proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Récidive biologique

    À 2 ans : le PSA passe de 0,03 à 0,28 ng/mL sur deux dosages successifs, avec un temps de doublement de 8 mois. Le patient est asymptomatique.

    Q6. Quelle conduite ?

Synthèse du cas 1

IRM avant biopsie, puis biopsies ciblées + systématiques. Faible risque : surveillance active — un protocole structuré, pas une abstention. Reclassement (grade 4, PSA, carottes) : traitement curatif. Après prostatectomie avec marge positive et PSA indétectable, préférer la radiothérapie de rattrapage précoce à l'adjuvante systématique (RADICALS, GETUG-AFU 17, RAVES). Irradier tôt, à PSA bas, après TEP-PSMA.

Cas 2

Cancer localement avancé à haut risque

Homme de 70 ans, hypertendu et diabétique, consultant pour des troubles mictionnels. Le toucher rectal perçoit une prostate dure et irrégulière débordant la capsule. PSA à 42 ng/mL. Les biopsies concluent à un adénocarcinome ISUP 5 (Gleason 4+5) sur 10 carottes sur 12.

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  1. Étape 1 · Bilan d'extension

    Q1. Quel bilan d'extension privilégiez-vous ?

  2. Étape 2 · Décision

    TEP-PSMA : fixation prostatique intense avec extension extracapsulaire et atteinte des vésicules séminales, deux ganglions iliaques externes hyperfixants, sans lésion osseuse ni viscérale. Stade cT3b cN1 M0.

    Q2. Quelle stratégie retenez-vous ?

  3. Étape 3 · Prescription et précautions

    Prescription : agoniste de la LHRH envisagé. Le patient présente une hypertension mal équilibrée, un diabète et une ostéopénie connue.

    Q3. Quelles précautions prenez-vous ?

  4. Étape 4 · Toxicité de l'irradiation

    Semaine 6 de radiothérapie : pollakiurie, impériosités mictionnelles et brûlures, avec des selles molles impérieuses.

    Q4. Quelle prise en charge ?

  5. Étape 5 · Suivi sous hormonothérapie

    À 18 mois : le PSA est à 0,08 ng/mL, la testostérone effondrée. Le patient se plaint d'une asthénie majeure, d'une prise de 7 kg et de bouffées de chaleur invalidantes.

    Q5. Que proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Évolution

    À 4 ans : l'hormonothérapie a été arrêtée, la testostérone est remontée. Le PSA passe de 0,3 à 2,8 ng/mL en 6 mois. La TEP-PSMA retrouve trois fixations osseuses.

    Q6. Quelle stratégie ?

Synthèse du cas 2

Haut risque : TEP-PSMA pour le bilan (proPSMA). cT3b cN1 : radiothérapie prostatique et pelvienne + hormonothérapie longue 2-3 ans, avec abiratérone chez les très haut risque (STAMPEDE). Couvrir le flare-up des agonistes, prévenir les effets de la castration (os, métabolisme, cardiovasculaire) et prescrire l'activité physique adaptée. Rechute après remontée de la testostérone = maladie hormonosensible : reprise de l'ADT + ARPI, stéréotaxie des oligométastases.

Cas 3

Maladie métastatique de novo à fort volume

Homme de 66 ans, OMS 1, consultant pour des lombalgies persistantes. PSA à 380 ng/mL. La scintigraphie et la TEP-PSMA retrouvent de nombreuses métastases osseuses du rachis, du bassin et des côtes, ainsi que des adénopathies rétropéritonéales. Les biopsies concluent à un ISUP 5.

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  1. Étape 1 · Urgence

    Q1. Le patient décrit une lombalgie nocturne avec depuis 48 heures des paresthésies des membres inférieurs. Quelle est votre priorité ?

  2. Étape 2 · Traitement de la compression

    IRM : épidurite en regard de T11 avec compression médullaire débutante, sans instabilité rachidienne majeure.

    Q2. Quelle prise en charge ?

  3. Étape 3 · Traitement systémique

    Après stabilisation neurologique : le patient récupère complètement. Il est OMS 1, sans comorbidité majeure, avec une numération et une fonction rénale normales. Charge métastatique élevée, maladie de novo.

    Q3. Quel traitement systémique proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Protection osseuse

    Question : le patient a de multiples métastases osseuses et reçoit une castration prolongée.

    Q4. Quelle mesure osseuse proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Résistance à la castration

    À 26 mois : le PSA remonte progressivement à 45 ng/mL malgré une testostérone à 0,2 ng/mL, avec progression osseuse. Le patient reste OMS 1.

    Q5. Comment qualifiez-vous cette situation et que proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Lignes ultérieures

    Bilan : pas d'altération HRR. La TEP-PSMA montre une expression intense et homogène sur toutes les lésions. Le patient a déjà reçu docétaxel et darolutamide.

    Q6. Quelle option privilégiez-vous ?

Synthèse du cas 3

Signes neurologiques sur métastases rachidiennes : IRM médullaire en urgence, corticoïdes, irradiation décompressive — et antagoniste (dégarélix) plutôt qu'agoniste pour éviter le flare-up. Métastatique de novo à fort volume, patient apte : triplet ADT + docétaxel + ARPI (ARASENS, PEACE-1). Résistance à la castration : maintenir la castration, chercher HRR et évaluer le PSMA. Après ARPI et taxane, Lu-177-PSMA si PSMA-positif (VISION) ou cabazitaxel (CARD).

Cas 4

Forme héréditaire avec altération BRCA2

Homme de 55 ans, dont la mère a eu un cancer du sein à 44 ans et une sœur un cancer de l'ovaire à 51 ans. PSA à 28 ng/mL, biopsies ISUP 5, TEP-PSMA montrant des métastases osseuses et ganglionnaires de faible volume.

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  1. Étape 1 · Oncogénétique

    Q1. Quelle démarche s'impose devant cette histoire familiale ?

  2. Étape 2 · 1re ligne

    Résultats : mutation germinale pathogène de BRCA2 confirmée. Maladie métastatique hormonosensible de faible volume (3 lésions osseuses, 2 ganglions), OMS 0.

    Q2. Quel traitement de 1re ligne proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Famille

    Consultation : le patient a un fils de 28 ans, une fille de 25 ans et deux frères.

    Q3. Que proposez-vous à sa famille ?

  4. Étape 4 · Résistance à la castration

    À 20 mois : progression osseuse avec PSA à 62 ng/mL malgré une testostérone de castration. Le patient a reçu ADT + abiratérone, sans chimiothérapie. Il est OMS 1.

    Q4. Quelle option privilégiez-vous compte tenu du statut BRCA2 ?

  5. Étape 5 · Tolérance

    Après 3 mois d'olaparib : hémoglobine à 8,4 g/dL, asthénie, sans saignement extériorisé.

    Q5. Quelle conduite ?

  6. Étape 6 · Suite

    À 12 mois d'olaparib : progression osseuse et ganglionnaire. Le patient reste OMS 1 et souhaite poursuivre un traitement actif.

    Q6. Quelle est la suite logique ?

Synthèse du cas 4

Rechercher une altération HRR germinale et somatique chez tout patient métastatique : elle conditionne l'accès aux inhibiteurs de PARP et engage le dépistage familial (sein, ovaire, pancréas, prostate dès 40 ans chez les hommes porteurs). En 1re ligne hormonosensible, la stratégie ne change pas : ADT + ARPI, avec irradiation de la primitive si faible volume. Olaparib en phase de résistance à la castration après ARPI (PROfound) — anémie fréquente, gérée par suspension et réduction de dose.

Cas 5

Patient âgé, récidive biologique et décision partagée

Homme de 84 ans, traité 9 ans plus tôt par radiothérapie et hormonothérapie courte pour un cancer de risque intermédiaire. Il vit seul, présente une insuffisance cardiaque, une fibrillation atriale sous anticoagulant et des troubles cognitifs légers. Le PSA remonte à 6,4 ng/mL avec un temps de doublement de 14 mois.

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  1. Étape 1 · Évaluation

    Q1. Quelle est la première étape de votre raisonnement ?

  2. Étape 2 · Bilan

    Évaluation : G8 à 11, patient autonome pour les activités de base mais avec troubles cognitifs légers ; insuffisance cardiaque stable. La TEP-PSMA ne retrouve aucune lésion métastatique ni récidive locale identifiable.

    Q2. Quelle attitude proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Évolution

    À 2 ans : le PSA atteint 24 ng/mL avec un temps de doublement raccourci à 5 mois. La TEP-PSMA découvre trois lésions osseuses asymptomatiques.

    Q3. Que proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Intensification ?

    Discussion en RCP : faut-il ajouter un ARPI à la castration chez ce patient de 86 ans ?

    Q4. Quel raisonnement tenez-vous ?

  5. Étape 5 · Complication

    À 8 mois : le patient chute à domicile et se fracture le col fémoral droit sur une zone métastatique. Il est opéré et récupère partiellement, mais reste dépendant pour la marche.

    Q5. Quelles mesures mettez-vous en place ?

  6. Étape 6 · Projet de soins

    À 1 an de la fracture : le patient est en institution, OMS 3, avec des troubles cognitifs aggravés. Le PSA remonte, mais il reste asymptomatique en dehors de douleurs osseuses modérées bien contrôlées.

    Q6. Quel projet de soins proposez-vous ?

Synthèse du cas 5

Sujet âgé : évaluation gériatrique avant toute décision — l'âge civil ne décide de rien, l'espérance de vie et la fragilité si. Récidive biologique isolée à cinétique lente : surveillance possible. Métastases avérées : castration, en privilégiant un antagoniste (relugolix, HERO) en cas de cardiopathie. Intensification par ARPI à discuter, le darolutamide ayant le meilleur profil neurologique. Fracture pathologique : consolidation, irradiation, traitement osseux, prévention des chutes. En fin de parcours, priorité au confort.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Comment s'expriment les groupes ISUP par rapport au score de Gleason ?cliquer
ISUP 1 = Gleason ≤6 ; ISUP 2 = 3+4 ; ISUP 3 = 4+3 ; ISUP 4 = 8 ; ISUP 5 = 9-10.

Que classe le score PI-RADS et sur quelle imagerie ?cliquer
PI-RADS 1 à 5 = probabilité croissante de cancer cliniquement significatif sur IRM prostatique multiparamétrique, réalisée avant biopsie.

Quel est le standard d'intensification dans le cancer hormonosensible métastatique ?cliquer
ADT + ARPI (LATITUDE/TITAN) ou ADT + docétaxel (CHAARTED/STAMPEDE), voire triplet ADT+docétaxel+ARPI (ARASENS, PEACE-1) chez les patients à haut volume.

Deux innovations du mCRPC : radioligand-thérapie et thérapie ciblée ?cliquer
Lutétium-177-PSMA-617 (VISION) si PSMA-positif après ARPI et taxane ; inhibiteurs de PARP (olaparib, PROfound) si altération HRR / BRCA1/2.

📚 Références & essais fondateurs

  1. CHAARTED — Sweeney CJ, et al. Chemohormonal therapy in metastatic hormone-sensitive prostate cancer. N Engl J Med 2015. PMID 26244877
  2. STAMPEDE (docétaxel) — James ND, et al. Addition of docetaxel or zoledronic acid to first-line hormone therapy. Lancet 2016. PMID 26719232
  3. LATITUDE — Fizazi K, et al. Abiraterone plus prednisone in metastatic castration-sensitive prostate cancer. N Engl J Med 2017. PMID 28578607
  4. ARASENS — Smith MR, et al. Darolutamide + ADT + docétaxel dans le mHSPC. N Engl J Med 2022. PMID 35179323
  5. PEACE-1 — Fizazi K, et al. Abiraterone dans le cancer de la prostate métastatique de novo. Lancet 2022. PMID 35405085
  6. VISION — Sartor O, et al. Lutetium-177-PSMA-617 dans le mCRPC PSMA-positif. N Engl J Med 2021. PMID 34161051
  7. PROfound — de Bono J, et al. Olaparib dans le mCRPC avec altération HRR. N Engl J Med 2020. PMID 32343890
  8. proPSMA — Hofman MS, et al. PSMA PET-CT dans le bilan initial à haut risque. Lancet 2020. PMID 32209449
  9. Référentiels EAU et ESMO Prostate Cancer (versions à jour 2025) — recommandations de pratique clinique.