Cholangiocarcinome (voies biliaires)

Adénocarcinome des voies biliaires, classé selon sa localisation (intra-hépatique, péri-hilaire, distal) et incluant le carcinome de la vésicule. Le pronostic reste sévère, mais les formes intra-hépatiques bénéficient d'une caractérisation moléculaire ciblée (FGFR2, IDH1) qui a transformé la prise en charge.

Digestif Klatskin FGFR2 IDH1 Immuno + chimio

📊 Épidémiologie & facteurs de risque

Les cancers des voies biliaires sont rares mais d'incidence croissante, notamment pour la forme intra-hépatique. Pronostic globalement sévère, du fait d'un diagnostic tardif. Ils regroupent des entités de topographie et de biologie distinctes.

Facteurs de risque

  • Cholangite sclérosante primitive (CSP) — souvent associée aux MICI ; risque majeur de cholangiocarcinome.
  • Parasitoses biliaires (douves du foie : Opisthorchis viverrini, Clonorchis sinensis) — endémiques en Asie du Sud-Est.
  • Lithiase biliaire et intra-hépatique, kystes du cholédoque, anomalie de la jonction bilio-pancréatique, maladie de Caroli.
  • Hépatopathie chronique / cirrhose, hépatites virales (surtout formes intra-hépatiques), stéatohépatite métabolique.
  • Pour la vésicule : lithiase vésiculaire chronique, vésicule « porcelaine », gros polypes.

🧬 Classification & biologie moléculaire

Ce sont majoritairement des adénocarcinomes. La classification anatomique conditionne la chirurgie et le profil moléculaire :

LocalisationCaractéristiques
Intra-hépatique (iCCA)Masse hépatique ; profil moléculaire le plus riche en cibles (FGFR2, IDH1)
Péri-hilaire (Klatskin)Convergence biliaire ; classification de Bismuth-Corlette ; ictère précoce
Distal (dCCA)Voie biliaire principale basse ; chirurgie type duodénopancréatectomie céphalique
Vésicule biliaireSouvent découverte fortuite sur pièce de cholécystectomie

Biomarqueurs ciblables (surtout dans les formes intra-hépatiques)

  • Fusions/réarrangements de FGFR2 (~10-15 % des iCCA) → pémigatinib, futibatinib (inhibiteurs de FGFR).
  • Mutations d'IDH1 (~10-20 % des iCCA) → ivosidénib.
  • BRAF V600E → dabrafénib + tramétinib ; HER2 (ERBB2) amplifié → anti-HER2 (surtout voies biliaires/vésicule).
  • MSI-H / dMMR et charge mutationnelle élevée → immunothérapie ; fusions NTRK (rares).
🔑

Un profilage moléculaire (recherche de fusions FGFR2, mutations IDH1, BRAF, statut HER2 et MSI) est recommandé dès le diagnostic d'un cholangiocarcinome avancé, en particulier intra-hépatique : il conditionne l'accès à des thérapies ciblées en 2e ligne et au-delà.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

La présentation dépend de la localisation. Les formes péri-hilaires et distales se révèlent souvent par un ictère cholestatique obstructif (prurit, urines foncées, selles décolorées), une angiocholite. Les formes intra-hépatiques sont plus volontiers asymptomatiques ou révélées par une masse, une douleur, une altération de l'état général.

Démarche diagnostique

  • Imagerie : TDM et IRM/cholangio-IRM (bili-IRM) pour cartographier l'extension biliaire et vasculaire ; écho-endoscopie pour les formes distales.
  • Preuve tissulaire : biopsie (masse intra-hépatique) ou brossage/biopsie par cholangiographie rétrograde (CPRE) pour les sténoses biliaires.
  • Marqueur : CA 19-9 — utile au suivi mais peu spécifique (également élevé en cas de cholestase/angiocholite) ; à interpréter après drainage biliaire.

📐 Bilan d'extension & résécabilité

Stadification TNM (AJCC 8e édition), avec des classifications spécifiques par site (Bismuth-Corlette pour l'extension péri-hilaire). L'objectif est d'évaluer la résécabilité : extension biliaire proximale/distale, envahissement vasculaire (veine porte, artère hépatique), atrophie lobaire, adénopathies, métastases à distance et carcinose péritonéale.

  • Évaluation du volume hépatique résiduel fonctionnel avant hépatectomie majeure (parfois embolisation portale préopératoire).
  • Drainage biliaire préopératoire des formes obstructives, gestion de l'angiocholite.
  • TEP-TDM au 18F-FDG utile pour rechercher des métastases occultes / adénopathies à distance dans les cas sélectionnés.

💊 Prise en charge

Maladie résécable

La chirurgie R0 est le seul traitement curatif : hépatectomie (iCCA), résection de la convergence ± hépatectomie (péri-hilaire), duodénopancréatectomie céphalique (distal), cholécystectomie élargie (vésicule). En adjuvant, la capécitabine (1 250 mg/m² × 2/j PO de J1 à J14, toutes les 3 semaines, 8 cycles) pendant 6 mois est le standard, sur la base de l'essai BILCAP (bénéfice de survie). En cas de résection R1 ou d'atteinte ganglionnaire, une radiochimiothérapie (45 à 54 Gy en 25 à 30 fractions avec capécitabine 825 mg/m² × 2/j) peut être discutée.

Maladie avancée / métastatique — 1re ligne

  • Chimiothérapie de base : gemcitabine 1 000 mg/m² + cisplatine 25 mg/m² IV à J1 et J8, toutes les 3 semaines (essai ABC-02).
  • Association à l'immunothérapie devenue le standard : gemcitabine-cisplatine + durvalumab 1 500 mg IV toutes les 3 semaines (essai TOPAZ-1) ou gemcitabine-cisplatine + pembrolizumab 200 mg IV toutes les 3 semaines (essai KEYNOTE-966) — gain de survie globale. L'immunothérapie est poursuivie en entretien (durvalumab 1 500 mg toutes les 4 semaines) après 8 cycles de chimiothérapie.

Thérapies ciblées (2e ligne et au-delà, selon la biologie)

  • Fusion FGFR2pémigatinib 13,5 mg/j PO, 2 semaines sur 3 (essai FIGHT-202), ou futibatinib 20 mg/j PO en continu (essai FOENIX-CCA2).
  • Mutation IDH1ivosidénib 500 mg/j PO (essai ClarIDHy).
  • BRAF V600Edabrafénib 150 mg × 2/j + tramétinib 2 mg/j PO (essai ROAR) ; HER2 amplifié → anti-HER2 (trastuzumab 8 puis 6 mg/kg ± pertuzumab 840 puis 420 mg toutes les 3 semaines, essai MyPathway ; ou trastuzumab déruxtécan 5,4 mg/kg toutes les 3 semaines, essai HERB) ; MSI-Hpembrolizumab 200 mg toutes les 3 semaines ; fusion NTRKlarotrectinib 100 mg × 2/j ou entrectinib 600 mg/j.
  • Chimiothérapie de 2e ligne sans cible : FOLFOX — oxaliplatine 85 mg/m² + acide folinique 350 mg + 5-FU 400 mg/m² en bolus puis 2 400 mg/m² sur 46 h, toutes les 2 semaines (essai ABC-06).

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des essais pivots et des référentiels ESMO/NCCN. Vérifier systématiquement la prescription, les adaptations (fonction rénale et hépatique, cholestase, âge, surface corporelle, toxicités) et les interactions dans le référentiel institutionnel avant toute application.

Chimiothérapie

ProtocoleMoléculeDoseVoie / rythmeDurée · essai
Adjuvant après résection
BILCAPCapécitabine1 250 mg/m² × 2/jPO, J1–J14 toutes les 3 sem8 cycles (6 mois)
1re ligne avancée — ABC-02 / TOPAZ-1 / KEYNOTE-966
Gem-CisGemcitabine1 000 mg/m²IV, J1 et J8 toutes les 3 semjusqu'à 8 cycles
Gem-CisCisplatine25 mg/m²IV, J1 et J8 toutes les 3 semjusqu'à 8 cycles
TOPAZ-1Durvalumab1 500 mgIV, toutes les 3 sem puis toutes les 4 sem en entretienjusqu'à progression
KEYNOTE-966Pembrolizumab200 mgIV, toutes les 3 semjusqu'à 2 ans
2e ligne sans cible — ABC-06
FOLFOXOxaliplatine85 mg/m²IV, J1 toutes les 2 semjusqu'à progression
FOLFOX5-FU400 mg/m² bolus puis 2 400 mg/m²IV, bolus puis 46 hjusqu'à progression

Adaptations : la cholestase est l'obstacle majeur — un drainage biliaire efficace avec normalisation ou quasi-normalisation de la bilirubine est requis avant toute chimiothérapie, sous peine de toxicité imprévisible ; le cisplatine impose une clairance > 60 mL/min, une hyperhydratation et une supplémentation magnésienne ; recherche d'un déficit en DPD avant toute fluoropyrimidine ; le CA 19-9 n'est interprétable qu'après levée de l'obstacle biliaire. Prévention et traitement des angiocholites, complication récurrente qui interrompt les traitements.

Thérapies ciblées

MoléculeCible / biomarqueurDoseVoie / rythmeEssai
PémigatinibFusion / réarrangement FGFR213,5 mg/jPO, 2 semaines sur 3FIGHT-202
FutibatinibFusion FGFR2 (inhibiteur irréversible)20 mg/jPO, continuFOENIX-CCA2
IvosidénibMutation IDH1500 mg/jPO, continuClarIDHy
Dabrafénib + tramétinibBRAF V600E150 mg × 2/j + 2 mg/jPO, continuROAR
Trastuzumab + pertuzumabHER2 amplifié8 puis 6 mg/kg + 840 puis 420 mgIV, toutes les 3 semMyPathway
Trastuzumab déruxtécanADC anti-HER25,4 mg/kgIV, toutes les 3 semHERB
PembrolizumabMSI-H / dMMR ou TMB élevé200 mgIV, toutes les 3 semKEYNOTE-158
Larotrectinib / entrectinibFusion NTRK100 mg × 2/j / 600 mg/jPO, continuNAVIGATE / STARTRK-2

Toxicités caractéristiques : hyperphosphorémie quasi constante sous inhibiteurs de FGFR (régime pauvre en phosphates et chélateurs, surveillance du risque de calcifications tissulaires), toxicité oculaire (rétinopathie séreuse — examen ophtalmologique de référence puis régulier), onycholyse, alopécie et sécheresse cutanéo-muqueuse ; allongement du QT et rare syndrome de différenciation sous ivosidénib ; pyrexie sous dabrafénib-tramétinib ; cardiotoxicité du trastuzumab et pneumopathie interstitielle du trastuzumab déruxtécan.

Traitements locorégionaux & radiothérapie

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Radiochimiothérapie adjuvante (R1 ou N+)45–54 Gy25 à 30 fractions de 1,8 GyLit tumoral et aires ganglionnaires, avec capécitabine 825 mg/m² × 2/j
Radiothérapie stéréotaxique (iCCA non résécable)37,5–50 Gy5 fractionsLésion unique, foie fonctionnel suffisant
Protonthérapie / RT conformationnelle50–67,5 Gy15 à 33 fractionsTumeurs volumineuses intra-hépatiques
Radioembolisation à l'yttrium-90≥ 120 Gy au volume perfuséSéance unique, dosimétrie personnaliséeiCCA non résécable, en association ou après chimiothérapie
Curiethérapie endobiliaire10–20 Gy2 à 4 fractions (haut débit)Surimpression ou palliation d'une sténose biliaire
Palliative (douleur, ictère)20–30 Gy5 à 10 fractionsAntalgique

Contraintes principales aux organes à risque : foie sain — au moins 700 cm³ recevant moins de 15 Gy en stéréotaxie et dose moyenne au foie non tumoral < 13 Gy ; duodénum et estomac Dmax < 30 Gy en 5 fractions et < 54 Gy en fractionnement classique, contrainte particulièrement critique pour les tumeurs hilaires et distales ; voies biliaires principales — éviter les fortes doses sur l'arbre biliaire central (risque de sténose radique) ; reins Dmoyenne < 15 Gy ; moelle épinière Dmax < 45 Gy. Un drainage biliaire fonctionnel doit précéder toute irradiation d'une tumeur obstructive.

Points clés à retenir

  • Trois localisations : intra-hépatique, péri-hilaire (Klatskin) et distal, + vésicule — biologie et chirurgie différentes.
  • Facteurs de risque : CSP, douves du foie, lithiase et anomalies biliaires congénitales.
  • Profilage moléculaire indispensable pour les formes avancées, surtout intra-hépatiques (FGFR2, IDH1, BRAF, HER2, MSI).
  • Chirurgie R0 curative ; adjuvant = capécitabine 6 mois (BILCAP).
  • Avancé : gemcitabine-cisplatine + durvalumab (TOPAZ-1) ou + pembrolizumab (KEYNOTE-966) ; ciblées en 2e ligne (pémigatinib/FIGHT-202, ivosidénib/ClarIDHy).

QCM — 10 questions

Q1. Après résection R0 d'un cholangiocarcinome, quel traitement adjuvant est aujourd'hui le standard ?

Q2. Chez un patient atteint d'un cholangiocarcinome intra-hépatique métastatique, quel schéma de 1re ligne est aujourd'hui recommandé ?

Q3. Le profilage moléculaire d'un cholangiocarcinome intra-hépatique révèle une fusion de FGFR2. Quelle thérapie ciblée est validée ?

Q4. Quelle mutation, présente dans 10 à 20 % des cholangiocarcinomes intra-hépatiques, est ciblée par l'ivosidénib ?

Q5. Quelle classification décrit l'extension biliaire d'un cholangiocarcinome péri-hilaire (tumeur de Klatskin) ?

Q6. Quel essai a établi l'ajout du durvalumab à la gemcitabine-cisplatine en 1re ligne des cancers des voies biliaires ?

Q7. Quelles posologies composent le doublet de 1re ligne gemcitabine-cisplatine ?

Q8. Quelle toxicité est caractéristique des inhibiteurs de FGFR comme le pémigatinib ?

Q9. Un patient ictérique (bilirubine à 240 µmol/L) doit débuter une chimiothérapie pour un cholangiocarcinome hilaire non résécable. Quelle est la priorité ?

Q10. Quel facteur de risque, lié à une maladie inflammatoire chronique des voies biliaires, expose particulièrement au cholangiocarcinome ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Tumeur de Klatskin révélée par un ictère

Homme de 66 ans, sans antécédent, consultant pour un ictère cholestatique d'installation progressive avec prurit intense et perte de 6 kg. Bilirubine à 280 µmol/L, phosphatases alcalines à 6 fois la normale, sans fièvre.

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  1. Étape 1 · Imagerie

    Q1. Quel bilan d'imagerie demandez-vous ?

  2. Étape 2 · Drainage

    Imagerie : tumeur de la convergence biliaire envahissant le canal hépatique droit et ses branches sectorielles, avec atrophie du lobe droit et hypertrophie du gauche. Le canal hépatique gauche est libre.

    Q2. Quelle stratégie de drainage biliaire adoptez-vous ?

  3. Étape 3 · Résécabilité

    Après drainage : la bilirubine descend à 38 µmol/L. La volumétrie du futur foie gauche est estimée à 34 % du volume hépatique total. Le brossage biliaire confirme un adénocarcinome. Pas de métastase.

    Q3. Quelle est la conduite ?

  4. Étape 4 · Anatomopathologie

    Pièce opératoire : adénocarcinome de la convergence, marge biliaire proximale envahie (R1), 2 ganglions envahis sur 11. Les suites opératoires sont simples.

    Q4. Quel traitement complémentaire proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Complication

    À 5 mois : épisodes fébriles répétés avec frissons et cytolyse, résolutifs sous antibiotiques. L'imagerie ne montre pas de récidive.

    Q5. Quel diagnostic évoquez-vous ?

  6. Étape 6 · Récidive

    À 16 mois : récidive locorégionale hilaire avec deux métastases hépatiques. Le patient est OMS 1, bilirubine normale.

    Q6. Quelle stratégie proposez-vous ?

Synthèse du cas 1

Ictère cholestatique : cholangio-IRM avant tout drainage, pour cartographier l'extension (Bismuth-Corlette). Drainer le futur foie restant, jamais les segments atrophiques. Chirurgie R0 en centre expert si volume résiduel > 30 % et bilirubine normalisée. Adjuvant : capécitabine 6 mois (BILCAP), radiochimiothérapie discutée si R1 ou N+. Angiocholites récidivantes sur anastomose bilio-digestive : chercher une sténose. Récidive : gemcitabine-cisplatine + immunothérapie et profilage moléculaire.

Cas 2

Cholangiocarcinome intra-hépatique avec fusion FGFR2

Femme de 52 ans, sans facteur de risque identifié, découverte fortuite d'une masse hépatique de 85 mm du foie gauche lors d'un bilan de douleurs abdominales. La biopsie conclut à un adénocarcinome compatible avec un cholangiocarcinome intra-hépatique. Le scanner montre trois lésions satellites et des adénopathies du hile.

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  1. Étape 1 · Diagnostic différentiel

    Q1. Devant un adénocarcinome hépatique, quelle démarche est indispensable avant de conclure à un cholangiocarcinome intra-hépatique ?

  2. Étape 2 · Stratégie initiale

    Confirmation : profil CK7 positif, CK20 et CDX2 négatifs, TTF-1 négatif ; les endoscopies et le scanner ne retrouvent pas d'autre primitif. La maladie est jugée non résécable (multifocalité et adénopathies hilaires). Bilirubine normale, PS 0.

    Q2. Quel traitement de 1re ligne proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Toxicité

    Après 4 cycles : réponse partielle. La patiente présente des acouphènes, une hypoacousie sur l'audiogramme et une créatinine passant de 68 à 112 µmol/L.

    Q3. Quelle adaptation proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Progression et cible

    À 10 mois : progression hépatique. Le profilage moléculaire, revenu entre-temps, révèle une fusion FGFR2-BICC1.

    Q4. Quel traitement proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Toxicité de la thérapie ciblée

    Après 6 semaines de pémigatinib : phosphorémie à 2,1 mmol/L, ongles décollés et douloureux, sécheresse oculaire et vision floue intermittente.

    Q5. Quelle prise en charge ?

  6. Étape 6 · Résistance

    À 9 mois de pémigatinib : progression après une réponse initiale prolongée. Une nouvelle biopsie retrouve une mutation de résistance du domaine kinase de FGFR2.

    Q6. Quelle option envisagez-vous ?

Synthèse du cas 2

Un adénocarcinome intra-hépatique est d'abord une métastase jusqu'à preuve du contraire : immunohistochimie et bilan d'imagerie. 1re ligne : gemcitabine-cisplatine + durvalumab, avec profilage moléculaire lancé dès le diagnostic. Ototoxicité du cisplatine : irréversible, arrêt impératif. Fusion FGFR2 : pémigatinib ou futibatinib, avec hyperphosphorémie de classe et surveillance ophtalmologique. Résistance par mutation du domaine kinase : inhibiteurs irréversibles ou essai.

Cas 3

Cancer de la vésicule biliaire de découverte fortuite

Femme de 63 ans, opérée par cœlioscopie d'une cholécystite lithiasique. L'analyse de la pièce révèle un adénocarcinome de la vésicule infiltrant la musculeuse et le tissu conjonctif péri-musculaire (pT2), sans autre précision sur les marges.

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  1. Étape 1 · Conduite immédiate

    Q1. Quelle est la conduite à tenir devant ce cancer de découverte fortuite pT2 ?

  2. Étape 2 · Bilan

    Bilan : scanner et IRM sans lésion à distance ni adénopathie suspecte. CA 19-9 à 82 U/mL. La patiente est OMS 0.

    Q2. Quel geste chirurgical retenez-vous ?

  3. Étape 3 · Résultat

    Pièce de reprise : résidu tumoral dans le lit vésiculaire, 3 ganglions envahis sur 8, résection R0.

    Q3. Quel traitement adjuvant proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Tolérance

    Après 2 cycles : érythrodysesthésie palmo-plantaire douloureuse avec desquamation gênant la marche, et diarrhée à 4 selles par jour.

    Q4. Quelle conduite ?

  5. Étape 5 · Surveillance

    À 18 mois : le CA 19-9 remonte à 340 U/mL. Le scanner découvre une carcinose péritonéale de faible abondance et deux métastases hépatiques.

    Q5. Quelle prise en charge ?

  6. Étape 6 · Cible identifiée

    Profilage : amplification de HER2 (immunohistochimie 3+). La patiente progresse après 8 mois de 1re ligne, en restant OMS 1.

    Q6. Quelle option de 2e ligne privilégiez-vous ?

Synthèse du cas 3

Cancer vésiculaire fortuit : reprise chirurgicale dès le stade pT1b (lit vésiculaire IVb-V + curage du pédicule), après bilan d'extension. Adjuvant : capécitabine 6 mois (BILCAP) — syndrome main-pied et diarrhée à gérer par interruption puis réduction de dose, avec vérification du statut DPD. Le profilage moléculaire dépend de la localisation : HER2 plutôt dans la vésicule et les voies extra-hépatiques, FGFR2 et IDH1 dans les formes intra-hépatiques.

Cas 4

Cholangiocarcinome sur cholangite sclérosante primitive

Homme de 44 ans, atteint d'une rectocolite hémorragique et d'une cholangite sclérosante primitive suivie depuis 12 ans. Il présente une aggravation de la cholestase, un prurit et une perte de 5 kg. Le CA 19-9 est à 420 U/mL.

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  1. Étape 1 · Difficulté diagnostique

    Q1. Quelle est la principale difficulté du diagnostic de cholangiocarcinome sur cholangite sclérosante primitive ?

  2. Étape 2 · Exploration

    Cholangio-IRM : sténose dominante du canal hépatique commun de 2 cm avec dilatation d'amont, sur un arbre biliaire par ailleurs typiquement remanié.

    Q2. Quelle exploration proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Confirmation

    Résultat : cytologie positive avec anomalies chromosomiques en FISH, confirmant un cholangiocarcinome péri-hilaire de 2 cm. Le bilan d'extension ne retrouve ni métastase ni adénopathie à distance. La fonction hépatique est altérée par la cholangite sclérosante (Child-Pugh B7).

    Q3. Quelle option thérapeutique est spécifiquement envisageable dans cette situation ?

  4. Étape 4 · Complication en attente

    Pendant l'attente du greffon : fièvre à 39 °C avec frissons, douleurs de l'hypochondre droit et aggravation de la cholestase.

    Q4. Quelle est votre conduite ?

  5. Étape 5 · Stadification avant greffe

    Avant la transplantation : un curage ganglionnaire de stadification est réalisé et retrouve un ganglion envahi.

    Q5. Quelle conséquence en tirez-vous ?

  6. Étape 6 · Traitement systémique

    Situation : Child-Pugh B7, bilirubine à 45 µmol/L après drainage, PS 1. Le patient souhaite un traitement.

    Q6. Quelle attitude adoptez-vous ?

Synthèse du cas 4

Cholangite sclérosante primitive : risque élevé de cholangiocarcinome, diagnostic difficile (sténose inflammatoire versus tumorale, CA 19-9 non spécifique) — explorer toute sténose dominante par brossage avec FISH, biopsies et cholangioscopie. Éviter la ponction percutanée chez un candidat à la greffe. Protocole Mayo (radiochimiothérapie néo-adjuvante puis transplantation) pour les tumeurs hilaires < 3 cm non résécables, avec curage de stadification — une atteinte ganglionnaire contre-indique la greffe. Angiocholite : urgence, drainage sans délai.

Cas 5

Cholangiocarcinome distal et complications du drainage

Femme de 71 ans, hypertendue, adressée pour ictère cholestatique avec amaigrissement. Le scanner et l'écho-endoscopie retrouvent une tumeur de la voie biliaire principale distale de 22 mm, sans envahissement vasculaire ni métastase.

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  1. Étape 1 · Chirurgie

    Q1. Quel geste chirurgical correspond à un cholangiocarcinome distal résécable ?

  2. Étape 2 · Préparation

    Situation : bilirubine à 320 µmol/L, prurit invalidant, patiente dénutrie (albumine 28 g/L). L'intervention ne pourra pas être programmée avant 4 semaines.

    Q2. Que proposez-vous avant la chirurgie ?

  3. Étape 3 · Complication du geste

    Lendemain de la CPRE : douleurs épigastriques intenses irradiant dans le dos, lipasémie à 12 fois la normale.

    Q3. Quel diagnostic et quelle prise en charge ?

  4. Étape 4 · Chirurgie et anatomopathologie

    Après récupération : duodénopancréatectomie céphalique réalisée. La pièce montre un adénocarcinome de la voie biliaire distale, pT2 pN1 (2 ganglions sur 16), résection R0.

    Q4. Quel traitement adjuvant ?

  5. Étape 5 · Suites nutritionnelles

    À 3 mois : la patiente a perdu 6 kg supplémentaires, avec des selles graisseuses et des glycémies élevées.

    Q5. Quelle prise en charge ?

  6. Étape 6 · Surveillance

    Consultation : la patiente, en rémission à 2 ans, demande comment elle sera suivie.

    Q6. Quelles modalités proposez-vous ?

Synthèse du cas 5

La topographie commande le geste : duodénopancréatectomie céphalique pour une forme distale. Drainage préopératoire justifié si ictère sévère, dénutrition ou délai opératoire — avec risque de pancréatite post-CPRE, complication la plus fréquente. Adjuvant : capécitabine (BILCAP) et non mFOLFIRINOX, réservé au pancréas. Insuffisance pancréatique exocrine et diabète après duodénopancréatectomie : dépister et traiter. Éduquer aux signes d'angiocholite.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Quelles sont les localisations du cholangiocarcinome ?cliquer
Intra-hépatique (iCCA), péri-hilaire (Klatskin) et distal (dCCA), auxquels s'ajoute le cancer de la vésicule.

Deux cibles moléculaires majeures des formes intra-hépatiques et leurs inhibiteurs ?cliquer
Fusion FGFR2 → pémigatinib (FIGHT-202) ; mutation IDH1 → ivosidénib (ClarIDHy).

Traitement adjuvant standard après résection R0 ?cliquer
Capécitabine pendant 6 mois (essai BILCAP).

Schéma de 1re ligne de la maladie avancée ?cliquer
Gemcitabine + cisplatine + immunothérapie : durvalumab (TOPAZ-1) ou pembrolizumab (KEYNOTE-966).

📚 Références & essais fondateurs

  1. BILCAP — Primrose JN, et al. Capécitabine adjuvante dans les cancers biliaires. Lancet Oncol 2019. PMID 30922733
  2. TOPAZ-1 — Oh DY, et al. Durvalumab + gemcitabine-cisplatine, cancers biliaires avancés. NEJM Evid 2022. PMID 38319896
  3. KEYNOTE-966 — Kelley RK, et al. Pembrolizumab + gemcitabine-cisplatine, cancers biliaires avancés. Lancet 2023. PMID 37075781
  4. FIGHT-202 — Abou-Alfa GK, et al. Pémigatinib, cholangiocarcinome avec fusion FGFR2. Lancet Oncol 2020. PMID 32203698
  5. ClarIDHy — Abou-Alfa GK, et al. Ivosidénib, cholangiocarcinome IDH1 muté. Lancet Oncol 2020. PMID 32416072
  6. ABC-02 — Valle J, et al. Gemcitabine + cisplatine dans les cancers biliaires. N Engl J Med 2010. PMID 20375404
  7. ABC-06 — Lamarca A, et al. FOLFOX en 2e ligne des cancers biliaires. Lancet Oncol 2021. PMID 33798493
  8. Référentiels ESMO et NCCN Biliary Tract Cancers (versions à jour 2025-2026) — recommandations de pratique clinique.