Carcinome hépatocellulaire (CHC)

Cancer primitif du foie survenant le plus souvent sur foie cirrhotique. Particularité majeure : le diagnostic peut être posé de façon non invasive sur l'imagerie, et la prise en charge intègre à la fois le stade tumoral et la fonction hépatique via la classification BCLC.

Digestif Cirrhose LI-RADS BCLC Atézo + Béva

📊 Épidémiologie & facteurs de risque

Le CHC représente ~90 % des cancers primitifs du foie et figure parmi les premières causes de mortalité par cancer dans le monde. Prédominance masculine. Il survient dans > 80 % des cas sur un foie cirrhotique, quelle qu'en soit l'étiologie — d'où l'importance de la surveillance des populations à risque.

Facteurs de risque (le plus souvent via la cirrhose)

  • Virus de l'hépatite B (VHB) — carcinogène direct pouvant induire un CHC même sans cirrhose.
  • Virus de l'hépatite C (VHC) — cause majeure ; le risque persiste après guérison virologique en cas de cirrhose constituée.
  • Stéatohépatite métabolique (NASH / MASH) et syndrome métabolique — étiologie en forte progression.
  • Alcool, hémochromatose, aflatoxines, tabac.
🔑

La guérison de l'hépatite C par antiviraux à action directe et la vaccination contre le VHB réduisent le risque, mais un patient cirrhotique reste à risque de CHC et doit poursuivre la surveillance à vie.

🧬 Carcinogenèse & surveillance

Le CHC se développe par une séquence nodule de régénération → nodule dysplasique → CHC, avec une néo-angiogenèse artérielle progressive : le nodule perd sa vascularisation portale normale et acquiert une vascularisation par l'artère hépatique. Cette bascule vasculaire est le fondement du diagnostic radiologique. Altérations moléculaires fréquentes : TERT (promoteur), CTNNB1 (β-caténine), TP53.

Surveillance des populations à risque

  • Échographie hépatique tous les 6 mois chez les patients cirrhotiques (et certains porteurs du VHB non cirrhotiques), ± dosage de l'alpha-fœtoprotéine (AFP).
  • Objectif : détecter des lésions de petite taille accessibles à un traitement curatif.
💡

L'AFP seule est insuffisante pour la surveillance (sensibilité limitée) : elle complète l'échographie mais ne la remplace pas. Une élévation franche et croissante de l'AFP chez un cirrhotique doit faire rechercher un CHC.

🩺 Diagnostic non invasif (LI-RADS)

Chez le patient cirrhotique, le CHC est l'un des rares cancers dont le diagnostic peut être posé sans biopsie, sur la base d'un aspect radiologique typique en imagerie de contraste (TDM ou IRM multiphasique). Le système LI-RADS standardise l'interprétation et la catégorisation (LR-1 bénin à LR-5 CHC certain, LR-M évocateur de non-CHC/malignité non spécifique).

Signe cardinal : le comportement de contraste

  • Wash-in (rehaussement artériel) : hypervascularisation au temps artériel (APHE, artérielle hyperintense).
  • Wash-out (lavage) : hypodensité/hyposignal relatif au temps portal ou tardif.
  • Critères additionnels : capsule rehaussée, croissance seuillée. La combinaison wash-in + wash-out sur un nodule ≥ 10 mm chez un cirrhotique = LR-5, diagnostic de CHC (biopsie non indispensable).

La biopsie est réservée aux formes atypiques, aux nodules indéterminés, ou lorsqu'un diagnostic histologique est requis (foie non cirrhotique, essai thérapeutique).

📐 Classification BCLC & fonction hépatique

La classification BCLC (Barcelona Clinic Liver Cancer) est l'algorithme pronostique et thérapeutique de référence : elle intègre l'extension tumorale, l'état général (PS) et la fonction hépatique (Child-Pugh). Le score Child-Pugh (bilirubine, albumine, TP/INR, ascite, encéphalopathie) classe la réserve hépatique en A, B ou C.

Stade BCLCCaractéristiquesTraitement de référence
0 — Très précoceNodule unique ≤ 2 cm, PS 0, Child AAblation ou résection
A — PrécoceUnique ou ≤ 3 nodules ≤ 3 cm, PS 0, fonction préservéeRésection, transplantation, ablation
B — IntermédiaireMultinodulaire, non envahissant, PS 0Chimioembolisation (TACE)
C — AvancéInvasion vasculaire (porte) ou métastases, PS 1-2Traitement systémique
D — TerminalPS 3-4 ou Child-Pugh CSoins de support

Les critères de Milan (nodule unique ≤ 5 cm, ou ≤ 3 nodules chacun ≤ 3 cm, sans invasion vasculaire ni extra-hépatique) définissent l'éligibilité classique à la transplantation hépatique.

💊 Prise en charge par stade BCLC

Traitements curatifs (BCLC 0-A)

  • Résection chirurgicale : chez le patient à fonction hépatique préservée (Child A), sans hypertension portale significative.
  • Ablation percutanée (radiofréquence, micro-ondes) : option curative pour les petites tumeurs, notamment ≤ 2-3 cm.
  • Transplantation hépatique : traite à la fois la tumeur et la cirrhose sous-jacente, réservée aux patients dans les critères de Milan (ou critères élargis selon les centres).

Stade intermédiaire (BCLC B)

Chimioembolisation transartérielle (TACE) : traitement de référence des CHC multinodulaires non résécables sans invasion vasculaire, fonction hépatique conservée. Injection sélective d'un agent cytotoxique — doxorubicine 50 à 75 mg (ou épirubicine 50 mg, ou cisplatine 10 à 20 mg) émulsionné dans du Lipiodol, ou chargé sur microsphères (DEB-TACE : 75 à 150 mg de doxorubicine par séance) — suivie d'une embolisation, répétée toutes les 6 à 8 semaines « à la demande » selon la réponse. La radioembolisation à l'yttrium-90 (dose absorbée cible de 120 Gy en moyenne au volume perfusé, jusqu'à ≥ 205 Gy à la lésion en approche personnalisée, essai DOSISPHERE-01) est une alternative dans des cas sélectionnés.

Stade avancé (BCLC C) — traitement systémique

  • 1re ligne de référence : atézolizumab 1 200 mg + bévacizumab 15 mg/kg IV toutes les 3 semaines (immunothérapie anti-PD-L1 + anti-VEGF) — supériorité de survie démontrée sur le sorafénib (essai IMbrave150). Une FOGD préalable est requise pour évaluer le risque de varices avant le bévacizumab.
  • Alternative : durvalumab 1 500 mg toutes les 4 semaines précédé d'une dose unique de trémélimumab 300 mg (schéma STRIDE, double blocage immunitaire) — essai HIMALAYA.
  • Inhibiteurs de tyrosine kinase : sorafénib 400 mg × 2/j PO (premier agent validé, essai SHARP) et lenvatinib 12 mg/j si poids ≥ 60 kg, 8 mg/j si < 60 kg (non-infériorité, essai REFLECT) — options de 1re ligne si contre-indication à l'immunothérapie. En 2e ligne : régorafénib 160 mg/j PO 3 semaines sur 4 (RESORCE), cabozantinib 60 mg/j PO (CELESTIAL), ramucirumab 8 mg/kg IV toutes les 2 semaines si AFP ≥ 400 ng/mL (REACH-2).

💉 Doses & protocoles

⚠️

Support pédagogique. Posologies issues des essais pivots et des référentiels ESMO/EASL. Vérifier systématiquement la prescription, les adaptations (fonction hépatique — les essais n'ont inclus que des Child-Pugh A —, fonction rénale, âge, toxicités) et les interactions dans le référentiel institutionnel avant toute application.

Traitement systémique — 1re ligne

ProtocoleMoléculeDoseVoie / rythmeDurée · essai
IMbrave150 — standard de référence
Atézo-bévAtézolizumab1 200 mgIV, toutes les 3 semjusqu'à progression
Atézo-bévBévacizumab15 mg/kgIV, toutes les 3 semjusqu'à progression
HIMALAYA — schéma STRIDE
STRIDETrémélimumab300 mgIV, dose unique à J11 administration
STRIDEDurvalumab1 500 mgIV, toutes les 4 semjusqu'à progression
Inhibiteurs de tyrosine kinase (si immunothérapie contre-indiquée)
SHARPSorafénib400 mg × 2/jPO, continujusqu'à progression
REFLECTLenvatinib12 mg/j (≥ 60 kg) ou 8 mg/j (< 60 kg)PO, continujusqu'à progression

Prérequis et adaptations : fibroscopie œso-gastro-duodénale avec traitement des varices à risque avant tout bévacizumab (risque hémorragique) ; les essais n'ont inclus que des patients Child-Pugh A — chez un Child-Pugh B, le rapport bénéfice-risque est incertain et un Child-Pugh C relève des soins de support. L'immunothérapie est contre-indiquée chez les transplantés hépatiques (risque de rejet du greffon) et doit être maniée avec prudence en cas de maladie auto-immune évolutive. Chez les patients porteurs du VHB, la charge virale doit être contrôlée par un analogue nucléos(t)idique avant et pendant le traitement (risque de réactivation).

Lignes ultérieures

MoléculeClasse / conditionDoseVoie / rythmeEssai
RégorafénibITK multicible, après sorafénib toléré160 mg/jPO, 3 semaines sur 4RESORCE
CabozantinibITK (MET, VEGFR, AXL)60 mg/jPO, continuCELESTIAL
RamucirumabAnti-VEGFR-2, si AFP ≥ 400 ng/mL8 mg/kgIV, toutes les 2 semREACH-2
NivolumabAnti-PD-1240 mg ou 480 mgIV, toutes les 2 ou 4 semCheckMate 040
PembrolizumabAnti-PD-1200 mgIV, toutes les 3 semKEYNOTE-240 / -394

Toxicités : syndrome main-pied et diarrhée du sorafénib et du régorafénib (souvent limitants, imposant des réductions de dose), hypertension et protéinurie du lenvatinib, du bévacizumab et du ramucirumab, hypothyroïdie du lenvatinib, perforation digestive et retard de cicatrisation des anti-VEGF (bévacizumab à suspendre 4 à 6 semaines avant une chirurgie), toxicités immuno-médiées des anti-PD-1 et anti-PD-L1 — l'hépatite immunologique étant particulièrement délicate à distinguer d'une décompensation de la cirrhose ou d'une progression tumorale.

Traitements locorégionaux & radiothérapie

TechniqueDoseModalitésIndication / précisions
Chimioembolisation (TACE conventionnelle)Doxorubicine 50–75 mgÉmulsion dans le Lipiodol + embolisation, séances toutes les 6–8 sem « à la demande »BCLC B, sans invasion vasculaire, Child A-B7
DEB-TACE (microsphères chargées)75–150 mg de doxorubicineMicrosphères d'élution, 1 à 3 séancesMeilleure tolérance systémique
Radioembolisation à l'yttrium-90≥ 120 Gy au volume perfusé (jusqu'à ≥ 205 Gy à la lésion)Dosimétrie personnalisée après scintigraphie aux macro-agrégats d'albumineAlternative à la TACE ; possible avec thrombose porte · DOSISPHERE-01
Ablation par radiofréquence ou micro-ondesPercutanée, marge de 5–10 mmCuratif si ≤ 3 cm ; équivalent à la chirurgie pour les nodules ≤ 2 cm
Radiothérapie stéréotaxique (SBRT)30–50 Gy3 à 5 fractionsAlternative si ablation ou TACE impossibles ; utile en attente de greffe
Protonthérapie / RT conformationnelle50–66 Gy10 à 33 fractionsTumeurs volumineuses ou avec thrombose porte
Métastases osseuses8 Gy ou 20 Gy1 fraction ou 5 fractionsAntalgique

Contraintes principales aux organes à risque : foie sain — au moins 700 cm³ de foie non tumoral recevant moins de 15 Gy en stéréotaxie, dose moyenne au foie sain < 13 Gy pour les Child A (seuil abaissé à 6 Gy chez les Child B) — le risque étant la maladie hépatique radio-induite et la décompensation ; estomac et duodénum Dmax < 30 Gy en 5 fractions ; reins Dmoyenne < 15 Gy ; moelle épinière Dmax < 25 Gy en 5 fractions ; cœur Dmax < 30 Gy. La fonction hépatique conditionne toute l'irradiation : chez un Child-Pugh B, les contraintes doivent être nettement renforcées, et un Child-Pugh C contre-indique la SBRT.

Points clés à retenir

  • Le CHC survient surtout sur cirrhose (VHB, VHC, NASH, alcool) : surveillance par échographie ± AFP tous les 6 mois.
  • Diagnostic non invasif possible chez le cirrhotique : wash-in artériel + wash-out portal/tardif = LI-RADS LR-5.
  • La BCLC combine tumeur, état général et fonction hépatique (Child-Pugh) pour guider le traitement.
  • Curatif = résection / ablation / transplantation (critères de Milan) ; intermédiaire = TACE.
  • Avancé : atézolizumab + bévacizumab en 1re ligne (IMbrave150) ; alternatives HIMALAYA, sorafénib, lenvatinib.

QCM — 10 questions

Q1. Chez un patient cirrhotique Child A, on découvre à l'IRM un nodule de 25 mm présentant un rehaussement artériel (wash-in) suivi d'un lavage au temps portal (wash-out). Quelle est l'attitude appropriée ?

Q2. Un patient présente un CHC avec envahissement de la veine porte, PS 1, Child-Pugh A. Quel traitement de 1re ligne est le standard actuel ?

Q3. Quel critère définit classiquement l'éligibilité à la transplantation hépatique pour CHC ?

Q4. Quelle modalité de dépistage du carcinome hépatocellulaire est recommandée chez un patient cirrhotique ?

Q5. Quels éléments composent le score de Child-Pugh ?

Q6. Quel essai a établi l'association atézolizumab + bévacizumab comme supérieure au sorafénib en 1re ligne du CHC avancé ?

Q7. Quelles posologies correspondent au schéma STRIDE de l'essai HIMALAYA ?

Q8. Quel examen doit impérativement précéder l'introduction du bévacizumab chez un patient cirrhotique ?

Q9. Un patient sous atézolizumab-bévacizumab présente une élévation isolée des transaminases à 8 fois la normale. Quelle démarche adoptez-vous ?

Q10. Quelle affirmation concernant l'immunothérapie et la transplantation hépatique est exacte ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Nodule de découverte échographique chez un cirrhotique

Homme de 61 ans, cirrhose post-hépatitique C guérie par antiviraux à action directe, Child-Pugh A5, suivi par échographie semestrielle. Le dernier contrôle retrouve un nodule de 22 mm du segment VI, absent 6 mois plus tôt. AFP à 34 ng/mL.

0 / 6
  1. Étape 1 · Caractérisation

    Q1. Quelle est la démarche diagnostique ?

  2. Étape 2 · Diagnostic

    IRM : nodule de 24 mm avec rehaussement artériel franc et lavage au temps portal, classé LI-RADS LR-5. Pas d'autre lésion, pas de thrombose porte, pas d'atteinte extra-hépatique.

    Q2. Quelle est la conduite ?

  3. Étape 3 · Choix thérapeutique

    Bilan : PS 0, Child-Pugh A5, bilirubine 14 µmol/L, plaquettes 88 G/L, gradient de pression porto-cave estimé élevé avec varices œsophagiennes de grade II et splénomégalie.

    Q3. Quel traitement curatif privilégiez-vous ?

  4. Étape 4 · Contrôle

    À 1 mois de la radiofréquence : l'IRM montre une zone de nécrose sans rehaussement, avec toutefois un petit rehaussement artériel nodulaire persistant en périphérie.

    Q4. Comment interprétez-vous ce résultat ?

  5. Étape 5 · Surveillance

    Après reprise : réponse complète confirmée. Le patient interroge sur la suite du suivi et sur la prévention.

    Q5. Quelles mesures proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Récidive

    À 20 mois : apparition de deux nouveaux nodules de 18 et 25 mm dans des segments différents, sans thrombose porte. Child-Pugh A6, PS 0.

    Q6. Quelle option privilégiez-vous ?

Synthèse du cas 1

Dépistage par échographie semestrielle chez le cirrhotique. Diagnostic non invasif possible : wash-in artériel + wash-out = LR-5, pas de biopsie. La résection exige une fonction préservée et l'absence d'hypertension portale significative — sinon ablation percutanée. Après ablation, rechercher un rehaussement nodulaire résiduel. Le foie cirrhotique reste à haut risque : surveillance rapprochée, et transplantation à discuter devant une récidive multifocale dans les critères de Milan.

Cas 2

CHC multinodulaire de stade intermédiaire

Homme de 68 ans, cirrhose alcoolique sevrée depuis 4 ans, Child-Pugh A6, PS 0. L'IRM de surveillance découvre cinq nodules répartis dans les deux lobes, de 15 à 42 mm, sans thrombose porte ni lésion extra-hépatique. AFP à 210 ng/mL.

0 / 6
  1. Étape 1 · Classification

    Q1. Quel stade BCLC retenez-vous ?

  2. Étape 2 · Traitement

    RCP : le patient n'est pas candidat à la transplantation (au-delà des critères de Milan) ni à une résection (atteinte bilobaire).

    Q2. Quel traitement proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Suites immédiates

    48 heures après la première TACE : fièvre à 38,5 °C, douleurs de l'hypochondre droit, nausées, transaminases à 5 fois la normale. Les hémocultures sont négatives.

    Q3. Quel diagnostic évoquez-vous ?

  4. Étape 4 · Réévaluation

    Après trois séances de TACE en 8 mois : deux nodules progressent, l'AFP remonte à 480 ng/mL, la bilirubine s'élève à 32 µmol/L et l'albumine baisse — le Child-Pugh passe à B7.

    Q4. Quelle décision prenez-vous ?

  5. Étape 5 · Traitement systémique

    Bilan : après optimisation hépatologique, le Child-Pugh revient à A6. PS 0. La fibroscopie retrouve des varices œsophagiennes de grade III non traitées.

    Q5. Quel traitement systémique proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Suivi sous traitement

    À 4 mois de traitement systémique : stabilité tumorale, mais apparition d'une asthénie majeure, d'une hypotension et d'une natrémie à 128 mmol/L. La TSH est normale.

    Q6. Quel diagnostic devez-vous évoquer en priorité ?

Synthèse du cas 2

BCLC B : chimioembolisation, exploitant la vascularisation artérielle exclusive du CHC. Syndrome post-embolisation attendu et résolutif, à distinguer des complications vraies. Savoir déclarer l'échec de la TACE plutôt que de s'obstiner — la réserve hépatique conditionne l'accès au traitement systémique. Varices à haut risque : traiter avant le bévacizumab, ou préférer le schéma STRIDE. Sous immunothérapie, penser à l'insuffisance surrénale devant une asthénie avec hyponatrémie.

Cas 3

CHC avancé avec thrombose porte tumorale

Homme de 57 ans, cirrhose liée à une stéatohépatite métabolique, Child-Pugh A5, PS 1, diabète de type 2 et obésité. Le scanner découvre une volumineuse tumeur du foie droit de 90 mm avec un thrombus de la branche portale droite se rehaussant au temps artériel. AFP à 4 500 ng/mL.

0 / 6
  1. Étape 1 · Nature du thrombus

    Q1. Comment affirmez-vous le caractère tumoral du thrombus portal ?

  2. Étape 2 · Stratégie

    Confirmation : thrombus tumoral de la branche portale droite, sans extension au tronc porte, sans métastase extra-hépatique. Fibroscopie : pas de varice.

    Q2. Quel traitement de 1re ligne proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Précaution virale et métabolique

    Bilan pré-thérapeutique : sérologies virales négatives, HbA1c à 8,2 %, protéinurie absente, tension artérielle à 148/88 mmHg.

    Q3. Quelles mesures d'accompagnement mettez-vous en place ?

  4. Étape 4 · Complication

    À 3 mois : hématémèse de moyenne abondance avec chute de l'hémoglobine à 8,1 g/dL. La fibroscopie retrouve un saignement sur ulcération gastrique.

    Q4. Quelle est votre conduite vis-à-vis du traitement ?

  5. Étape 5 · Évaluation

    À 6 mois : réponse partielle avec régression tumorale et de l'extension portale, AFP redescendue à 220 ng/mL. Le patient est PS 0.

    Q5. Quelle option complémentaire peut se discuter ?

  6. Étape 6 · Progression

    À 14 mois : progression hépatique et apparition de métastases pulmonaires. Child-Pugh A6, PS 1, AFP à 3 200 ng/mL.

    Q6. Quelle 2e ligne retenez-vous ?

Synthèse du cas 3

Thrombus tumoral (rehaussé au temps artériel) versus cruorique : distinction capitale — le premier classe en BCLC C et contre-indique greffe et chimioembolisation. 1re ligne : atézolizumab-bévacizumab (IMbrave150) après fibroscopie. Hémorragie sous bévacizumab : suspension. La radioembolisation à l'yttrium-90 reste possible malgré une thrombose porte. 2e ligne : inhibiteurs de tyrosine kinase, ou ramucirumab si AFP ≥ 400 ng/mL (REACH-2).

Cas 4

Décompensation hépatique et stade terminal

Femme de 72 ans, cirrhose alcoolique avec sevrage incomplet, hospitalisée pour ascite de grande abondance et ictère. Bilirubine à 78 µmol/L, albumine à 24 g/L, INR à 1,9, encéphalopathie de grade II. Le scanner découvre une tumeur hépatique de 65 mm.

0 / 6
  1. Étape 1 · Évaluation

    Q1. Quel est le score de Child-Pugh et le stade BCLC de cette patiente ?

  2. Étape 2 · Priorité

    Décision immédiate : la famille demande qu'un traitement anticancéreux soit entrepris rapidement.

    Q2. Quelle est votre priorité ?

  3. Étape 3 · Complication

    Ponction d'ascite : 480 polynucléaires neutrophiles par mm³ dans le liquide, sans germe identifié à l'examen direct.

    Q3. Quel diagnostic et quelle prise en charge ?

  4. Étape 4 · Réévaluation

    Après 3 semaines : l'infection est traitée, l'encéphalopathie a régressé, la bilirubine est descendue à 41 µmol/L et l'albumine remontée à 30 g/L. Le Child-Pugh est désormais B8. La patiente est PS 1 et souhaite être traitée.

    Q4. Quelle attitude adoptez-vous ?

  5. Étape 5 · Évolution

    À 2 mois : nouvelle décompensation avec ascite réfractaire nécessitant des ponctions itératives, asthénie majeure, PS 3. La tumeur progresse.

    Q5. Quelle prise en charge de l'ascite réfractaire ?

  6. Étape 6 · Accompagnement

    Évolution : l'état général se dégrade encore. La famille demande si « on ne peut vraiment rien tenter ».

    Q6. Quelle réponse et quelle organisation ?

Synthèse du cas 4

La fonction hépatique fait partie du stade : un Child-Pugh C classe en BCLC D, quelle que soit la tumeur. Traiter d'abord la décompensation et chercher son facteur déclenchant — infection spontanée du liquide d'ascite dès 250 PNN/mm³, avec antibiotiques et albumine. Chez un Child-Pugh B, les données manquent : décision collégiale, essai clinique privilégié. Ascite réfractaire : ponctions avec albumine, cathéter tunnelisé pour le confort. Les soins de support sont une prise en charge active.

Cas 5

CHC sur hépatite B chronique chez un patient jeune

Homme de 38 ans, originaire d'Afrique subsaharienne, porteur d'une hépatite B chronique connue mais non suivie ni traitée. Il consulte pour une douleur de l'hypochondre droit. Le foie n'est pas cirrhotique à l'imagerie ; on découvre une masse de 70 mm du foie droit. AFP à 18 000 ng/mL.

0 / 6
  1. Étape 1 · Particularité

    Q1. Quelle particularité du virus de l'hépatite B ce cas illustre-t-il ?

  2. Étape 2 · Bilan

    Bilan : masse unique de 70 mm du foie droit, sans thrombose porte ni métastase. Charge virale VHB à 2 × 10⁶ UI/mL, transaminases à 3 fois la normale. Foie non cirrhotique, fonction hépatique normale, PS 0.

    Q2. Quel traitement envisagez-vous ?

  3. Étape 3 · Traitement antiviral

    Question du patient : il demande si le traitement de son hépatite B est vraiment nécessaire puisque « la tumeur va être enlevée ».

    Q3. Que lui répondez-vous ?

  4. Étape 4 · Résultat opératoire

    Pièce opératoire : CHC peu différencié de 72 mm, marges saines (R0), mais présence d'emboles vasculaires microscopiques multiples et de nodules satellites.

    Q4. Comment interprétez-vous ces éléments ?

  5. Étape 5 · Entourage

    Consultation familiale : le patient a une compagne, deux enfants en bas âge, et plusieurs frères et sœurs dont le statut viral est inconnu.

    Q5. Quelles mesures prenez-vous pour l'entourage ?

  6. Étape 6 · Récidive

    À 11 mois : récidive intra-hépatique multifocale et deux métastases pulmonaires. Fonction hépatique normale, PS 0, charge virale indétectable sous ténofovir.

    Q6. Quel traitement proposez-vous ?

Synthèse du cas 5

Le VHB est directement oncogène : CHC possible sur foie non cirrhotique et chez le sujet jeune, d'où un dépistage chez tout porteur chronique. Sur foie sain, la résection est possible même pour de grosses tumeurs — la limite est volumétrique. Analogue nucléos(t)idique au long cours : il réduit la récidive et prévient la réactivation virale sous traitement anticancéreux. Invasion microvasculaire et nodules satellites : haut risque de récidive. Dépister et vacciner l'entourage.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Quel est le signe radiologique cardinal du CHC en LI-RADS ?cliquer
Wash-in (rehaussement artériel) + wash-out (lavage portal/tardif) sur un nodule ≥ 10 mm = LR-5.

Comment surveille-t-on un patient cirrhotique à risque de CHC ?cliquer
Échographie hépatique tous les 6 mois, ± dosage de l'AFP.

Traitement de 1re ligne du CHC avancé (BCLC C) ?cliquer
Atézolizumab + bévacizumab (IMbrave150). Alternatives : durvalumab + trémélimumab (HIMALAYA), sorafénib, lenvatinib.

Quel est le traitement de référence du CHC intermédiaire (BCLC B) ?cliquer
Chimioembolisation transartérielle (TACE), pour les tumeurs multinodulaires sans invasion vasculaire, fonction hépatique conservée.

📚 Références & essais fondateurs

  1. IMbrave150 — Finn RS, et al. Atézolizumab + bévacizumab dans le CHC non résécable. N Engl J Med 2020. PMID 32402160
  2. HIMALAYA — Abou-Alfa GK, et al. Durvalumab + trémélimumab (STRIDE) dans le CHC avancé. NEJM Evid 2022. PMID 38319892
  3. SHARP — Llovet JM, et al. Sorafénib dans le carcinome hépatocellulaire avancé. N Engl J Med 2008. PMID 18650514
  4. REFLECT — Kudo M, et al. Lenvatinib vs sorafénib en 1re ligne du CHC. Lancet 2018. PMID 29433850
  5. Mazzaferro V, et al. — Critères de Milan, transplantation hépatique pour CHC. N Engl J Med 1996. PMID 8594428
  6. Reig M, et al. — Mise à jour de la stratégie BCLC 2022. J Hepatol 2022. PMID 34801630
  7. Recommandations EASL — Prise en charge du carcinome hépatocellulaire. J Hepatol 2018. PMID 29628281
  8. Référentiels ESMO et AASLD (versions à jour 2025-2026) — recommandations de pratique clinique.