Adénocarcinome du pancréas

Adénocarcinome canalaire, tumeur de pronostic sévère souvent diagnostiquée à un stade avancé. La stratégie repose sur l'évaluation fine de la résécabilité (contact vasculaire), la chirurgie associée à une chimiothérapie péri-opératoire, et l'émergence de traitements ciblés (PARP si BRCA muté).

Digestif KRAS CA19-9 Résécabilité BRCA / PARP

📊 Épidémiologie & facteurs de risque

L'adénocarcinome du pancréas est en forte augmentation d'incidence et devient l'une des premières causes de mortalité par cancer dans les pays occidentaux (projeté 2e cause de décès par cancer). La survie globale à 5 ans reste médiocre (< 10 %), du fait d'un diagnostic tardif et d'une agressivité biologique. Âge médian au diagnostic autour de 70 ans, léger prédominance masculine.

Facteurs de risque

  • Tabac (principal facteur évitable, risque environ doublé), obésité, diabète (à la fois facteur de risque et parfois révélateur), pancréatite chronique (notamment alcoolique et héréditaire).
  • Génétiques : mutations germinales BRCA2 > BRCA1, PALB2, ATM, syndrome de Lynch (MMR), CDKN2A (mélanome familial / FAMMM), STK11 (Peutz-Jeghers), pancréatite héréditaire (PRSS1).
  • Antécédents familiaux de cancer du pancréas (pancréas familial ≥ 2 apparentés au 1er degré).
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Une recherche de mutation germinale (au minimum BRCA1/2, PALB2) est recommandée chez tout patient atteint d'adénocarcinome pancréatique, quel que soit l'âge : elle conditionne l'accès à l'olaparib d'entretien et le conseil génétique familial.

🧬 Anatomopathologie & biologie moléculaire

Plus de 85 % sont des adénocarcinomes canalaires (PDAC), majoritairement céphaliques (tête du pancréas). Ils naissent de lésions précurseurs, surtout les PanIN (néoplasies intra-épithéliales) mais aussi les TIPMP (tumeurs intracanalaires papillaires et mucineuses du pancréas) et cystadénomes mucineux. Stroma desmoplastique dense caractéristique, hypovascularisé, limitant la pénétration des traitements.

Altérations moléculaires « pilotes »

GèneFréquenceRôle
KRAS~90 %Oncogène activateur (codon 12) — événement initiateur quasi constant
CDKN2A~60 %Suppresseur (p16), perte du contrôle du cycle
TP53~60–70 %Suppresseur, perte de la réponse aux dommages de l'ADN
SMAD4~50 %Voie TGF-β ; perte associée à un phénotype métastatique

Cibles thérapeutiques actionnables (minoritaires mais essentielles) : déficit de recombinaison homologue (BRCA1/2, PALB2) → sensibilité au platine et aux inhibiteurs de PARP ; instabilité microsatellitaire (MSI-H / dMMR, < 2 %) → immunothérapie ; fusions rares (NTRK, NRG1), KRAS G12C (inhibiteurs émergents).

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KRAS est muté dans ~90 % des cas : c'est le principal moteur oncogénique. Longtemps « indruggable », il fait l'objet d'inhibiteurs spécifiques (G12C, et pan-KRAS) en développement clinique — un axe majeur de la recherche 2025-2026.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

Symptomatologie souvent tardive et non spécifique : amaigrissement, douleurs épigastriques transfixiantes, asthénie. Une tumeur céphalique donne un ictère cholestatique (obstruction de la voie biliaire principale), classiquement indolore. Signes évocateurs : diabète d'apparition récente, pancréatite aiguë inexpliquée, thromboses veineuses (syndrome de Trousseau).

Démarche diagnostique

  • Imagerie : TDM thoraco-abdomino-pelvienne avec protocole pancréatique (temps artériel et portal) — référence pour la résécabilité ; IRM/écho-endoscopie en complément.
  • Écho-endoscopie (EUS) avec ponction/biopsie : preuve histologique indispensable avant tout traitement médical (non requise avant une chirurgie d'emblée résécable typique).
  • Marqueur : CA 19-9 — utile au suivi et à l'évaluation pronostique, non diagnostique (faux négatifs si phénotype Lewis négatif, faux positifs en cas de cholestase). Un dosage après drainage biliaire est plus fiable.

📐 Résécabilité & stadification

Au-delà du TNM (AJCC 8e édition), la décision thérapeutique repose sur la classification de résécabilité, fondée sur le contact tumoral avec les axes vasculaires (tronc cœliaque, artère mésentérique supérieure — AMS, artère hépatique, veine porte / veine mésentérique supérieure — VMS).

CatégorieRapports vasculaires (synthèse)
RésécablePas de contact artériel ; pas de contact veineux (VMS/porte) ou contact ≤ 180° sans irrégularité de paroi
BorderlineContact artériel ≤ 180° (AMS, tronc cœliaque) ou contact/atteinte veineuse reconstructible (VMS/porte > 180° ou occlusion courte)
Localement avancéContact artériel > 180° (engainement AMS/tronc cœliaque) ou atteinte veineuse non reconstructible — non résécable d'emblée
MétastatiqueMétastases à distance (foie, péritoine/carcinose, poumon)

La TEP-TDM au 18F-FDG peut aider à détecter des métastases occultes dans les formes localement avancées ou à haut risque. Une laparoscopie exploratrice est parfois proposée avant chirurgie pour éliminer une carcinose péritonéale infra-radiologique.

💊 Prise en charge par situation

Chirurgie

Seul traitement potentiellement curatif, réservée aux tumeurs résécables (et borderline après traitement néo-adjuvant). Tumeur céphalique → duodénopancréatectomie céphalique (DPC / intervention de Whipple) ; tumeur corporéo-caudale → splénopancréatectomie gauche. Objectif de résection R0 avec curage ganglionnaire. Chirurgie lourde à réaliser en centre expert.

Maladie résécable

Après chirurgie, chimiothérapie adjuvante par mFOLFIRINOX (oxaliplatine 85 mg/m² + irinotécan 150 mg/m² + acide folinique 400 mg/m² + 5-FU 2 400 mg/m² en perfusion continue de 46 h, à J1 toutes les 2 semaines, sans bolus — 12 cycles) pendant 6 mois chez les patients en bon état général : bénéfice majeur de survie démontré par l'essai PRODIGE 24 / CCTG PA.6 (survie médiane ~54 mois vs ~35 mois sous gemcitabine). Alternative en cas de fragilité : gemcitabine 1 000 mg/m² IV à J1, J8 et J15 toutes les 4 semaines ± capécitabine 1 660 mg/m²/j PO de J1 à J21 (essai ESPAC-4), pour 6 mois. Une stratégie néo-adjuvante est de plus en plus discutée même en cas de résécabilité d'emblée.

Maladie borderline / localement avancée

Traitement néo-adjuvant (FOLFIRINOX pour 4 à 8 cycles ± chimioradiothérapie de 50,4 Gy en 28 fractions de 1,8 Gy avec capécitabine 825 mg/m² × 2/j les jours d'irradiation) pour augmenter le taux de résection R0 dans les formes borderline. Dans les formes localement avancées, chimiothérapie d'induction (FOLFIRINOX pendant 4 à 6 mois), avec réévaluation d'une éventuelle résécabilité secondaire ; une radiothérapie stéréotaxique (30 à 40 Gy en 5 fractions) peut être discutée en consolidation.

Maladie métastatique

  • 1re ligne (bon état général, PS 0-1) : FOLFIRINOX (oxaliplatine 85 mg/m² + irinotécan 180 mg/m² + acide folinique 400 mg/m² + 5-FU 400 mg/m² en bolus puis 2 400 mg/m² sur 46 h, toutes les 2 semaines) — supériorité démontrée sur la gemcitabine (essai PRODIGE 4 / ACCORD 11, Conroy) ; ou gemcitabine 1 000 mg/m² + nab-paclitaxel 125 mg/m² IV à J1, J8 et J15 toutes les 4 semaines (essai MPACT) selon le terrain.
  • 2e ligne : irinotécan liposomal (nal-IRI) 70 mg/m² toutes les 2 semaines + 5-FU 2 400 mg/m² et acide folinique 400 mg/m² après échec de la gemcitabine (essai NAPOLI-1), ou gemcitabine ± nab-paclitaxel après FOLFIRINOX.
  • Entretien : olaparib 300 mg × 2/j PO (inhibiteur de PARP) chez les patients porteurs d'une mutation germinale BRCA et non progressifs après ≥ 16 semaines de platine (essai POLO : allongement de la survie sans progression).
  • Situations particulières : immunothérapie si MSI-H/dMMR (pembrolizumab 200 mg toutes les 3 semaines) ; inhibiteurs de NTRK (larotrectinib 100 mg × 2/j, entrectinib 600 mg/j) ou de NRG1 si fusion ; sotorasib ou adagrasib si KRAS G12C. Soins de support précoces (douleur — bloc cœliaque si besoin, dénutrition, insuffisance exocrine → extraits pancréatiques 25 000 à 50 000 UI de lipase par repas principal, événements thromboemboliques → anticoagulation curative prolongée par HBPM ou anticoagulant oral direct).

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des essais pivots et des référentiels ESMO/NCCN. Vérifier systématiquement la prescription, les adaptations (fonction rénale et hépatique, âge, surface corporelle, toxicités) et les interactions dans le référentiel institutionnel avant toute application.

Chimiothérapie

ProtocoleMoléculeDoseVoie / rythmeDurée
mFOLFIRINOX adjuvant — PRODIGE 24 (référence après R0)
mFOLFIRINOXOxaliplatine85 mg/m²IV, J1 toutes les 2 sem12 cycles (6 mois)
mFOLFIRINOXIrinotécan150 mg/m²IV, J1 (dose réduite vs schéma métastatique)12 cycles
mFOLFIRINOXAcide folinique400 mg/m²IV, J112 cycles
mFOLFIRINOX5-Fluorouracile2 400 mg/m²IV continu sur 46 h, sans bolus12 cycles
FOLFIRINOX métastatique — PRODIGE 4 / ACCORD 11
FOLFIRINOXOxaliplatine85 mg/m²IV, J1 toutes les 2 semjusqu'à progression ou toxicité
FOLFIRINOXIrinotécan180 mg/m²IV, J1idem
FOLFIRINOX5-FU400 mg/m² bolus puis 2 400 mg/m²IV, bolus puis 46 hidem
Gemcitabine + nab-paclitaxel — MPACT
Gem-nabNab-paclitaxel125 mg/m²IV, J1, J8 et J15 toutes les 4 semjusqu'à progression
Gem-nabGemcitabine1 000 mg/m²IV, J1, J8 et J15 toutes les 4 semjusqu'à progression
Alternatives et 2e ligne
ESPAC-4 (adjuvant fragile)Gemcitabine + capécitabine1 000 mg/m² + 1 660 mg/m²/jIV J1-J8-J15 / PO J1–J21, toutes les 4 sem6 mois
NAPOLI-1Irinotécan liposomal (nal-IRI)70 mg/m²IV, toutes les 2 sem (+ 5-FU 2 400 mg/m² / AF 400 mg/m²)jusqu'à progression
MonothérapieGemcitabine1 000 mg/m²IV, J1, J8 et J15 toutes les 4 sempatients fragiles (PS 2)

Adaptations : recherche d'un déficit en DPD avant toute fluoropyrimidine et d'un polymorphisme d'UGT1A1 avant l'irinotécan (réduction de dose si UGT1A1*28 homozygote) ; irinotécan contre-indiqué si bilirubine > 1,5 × N — situation fréquente sur ictère obstructif, imposant un drainage biliaire préalable ; oxaliplatine suspendue au grade 2 persistant de neuropathie. Le mFOLFIRINOX adjuvant supprime le bolus de 5-FU et abaisse l'irinotécan à 150 mg/m² pour améliorer la tolérance. Prophylaxie primaire par G-CSF recommandée avec le FOLFIRINOX.

Thérapies ciblées & immunothérapie

MoléculeBiomarqueurDoseVoie / rythmeEssai
OlaparibBRCA1/2 germinal muté300 mg × 2/jPO, continu (entretien après ≥ 16 sem de platine)POLO
PembrolizumabMSI-H / dMMR ou TMB élevé200 mgIV, toutes les 3 sem (ou 400 mg / 6 sem)KEYNOTE-158
LarotrectinibFusion NTRK100 mg × 2/jPO, continuNAVIGATE
EntrectinibFusion NTRK600 mg/jPO, continuSTARTRK-2
SotorasibKRAS G12C960 mg/jPO, continuCodeBreaK 100
Erlotinib (historique)100 mg/jPO (+ gemcitabine)PA.3 — bénéfice marginal, peu utilisé

Toxicités : myélosuppression et nausées de l'olaparib (numération mensuelle, risque rare de syndrome myélodysplasique), toxicités immuno-médiées des anti-PD-1, vertiges et prise de poids des inhibiteurs de NTRK. Soins de support indissociables : extraits pancréatiques 25 000 à 50 000 UI de lipase par repas principal et 10 000 à 25 000 UI par collation, antalgie graduée avec discussion d'un bloc cœliaque en cas de douleur réfractaire, anticoagulation curative devant le risque thrombotique majeur de cette tumeur, et prise en charge nutritionnelle systématique.

Radiothérapie

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Radiochimiothérapie néo-adjuvante (borderline)50,4 Gy28 fractions de 1,8 GyTumeur + interface vasculaire, avec capécitabine 825 mg/m² × 2/j
Localement avancé, après induction (LAP-07)54 Gy30 fractions de 1,8 GyBénéfice sur le contrôle local, sans gain de survie globale
Radiothérapie stéréotaxique (SBRT)30–40 Gy5 fractionsTumeur non résécable ; nécessite un repérage par marqueurs fiduciaires et une gestion du mouvement respiratoire
Antalgique (douleur rétropéritonéale)20–30 Gy5 à 10 fractionsAlternative ou complément au bloc cœliaque
Métastases osseuses8 Gy ou 20 Gy1 fraction ou 5 fractionsAntalgique

Contraintes principales aux organes à risque : duodénum et estomac Dmax < 54 Gy en fractionnement classique et < 33 Gy en 5 fractions (V20 < 20 cm³) — organes les plus critiques, exposés à l'ulcération et à la perforation ; intestin grêle Dmax < 50–54 Gy ; reins Dmoyenne < 18 Gy et V20 < 30 % sur le rein le plus exposé ; foie Dmoyenne < 28–30 Gy ; moelle épinière Dmax < 45 Gy. La proximité duodénale limite toute escalade de dose et impose, en stéréotaxie, un contrôle du mouvement respiratoire (blocage inspiratoire ou asservissement) et un repérage par marqueurs fiduciaires.

Points clés à retenir

  • KRAS muté ~90 %, avec CDKN2A, TP53 et SMAD4 comme suppresseurs perdus — profil moléculaire quasi stéréotypé.
  • La résécabilité (résécable / borderline / localement avancé / métastatique) se définit par le contact vasculaire, pas seulement par le TNM.
  • Adjuvant de référence après R0 : mFOLFIRINOX 6 mois (PRODIGE 24) chez les patients aptes.
  • Métastatique : FOLFIRINOX (PRODIGE 4/ACCORD 11) ou gemcitabine-nab-paclitaxel (MPACT) en 1re ligne.
  • Rechercher une mutation BRCA germinale : olaparib d'entretien après platine (POLO).

QCM — 10 questions

Q1. Après duodénopancréatectomie céphalique R0 chez un patient de 62 ans en bon état général, quel traitement adjuvant est le standard ?

Q2. Un patient métastatique porteur d'une mutation germinale de BRCA2, non progressif après 4 mois de FOLFIRINOX. Quelle stratégie d'entretien est validée ?

Q3. Sur le scanner d'un adénocarcinome pancréatique, on note un contact tumoral avec l'artère mésentérique supérieure sur environ 90°, sans engainement complet. À quelle catégorie cela correspond-il ?

Q4. Quelle altération moléculaire est présente dans environ 90 % des adénocarcinomes pancréatiques et constitue l'événement initiateur de la séquence PanIN ?

Q5. Chez un patient ictérique porteur d'une tumeur céphalique jugée résécable, quelle attitude est la plus appropriée avant la chirurgie ?

Q6. Quel essai a établi le FOLFIRINOX comme supérieur à la gemcitabine en 1re ligne métastatique ?

Q7. En quoi le schéma mFOLFIRINOX adjuvant de PRODIGE 24 diffère-t-il du FOLFIRINOX métastatique ?

Q8. Un patient sous FOLFIRINOX présente une diarrhée profuse survenant pendant la perfusion, avec crampes, hypersudation et larmoiement. Quel traitement ?

Q9. Quelle prise en charge de support est indispensable chez un patient opéré d'une duodénopancréatectomie céphalique et présentant une stéatorrhée avec amaigrissement ?

Q10. Quelle complication thrombotique doit être systématiquement recherchée et prise en compte dans l'adénocarcinome pancréatique ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Tumeur céphalique résécable révélée par un ictère

Homme de 63 ans, sans antécédent, consultant pour un ictère nu d'installation progressive avec prurit, urines foncées et selles décolorées, sans fièvre ni douleur. Bilirubine totale à 210 µmol/L à prédominance conjuguée, perte de 5 kg.

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  1. Étape 1 · Orientation

    Q1. Quel examen d'imagerie demandez-vous en première intention ?

  2. Étape 2 · Résécabilité

    Scanner : masse céphalique de 28 mm avec dilatation des voies biliaires et du Wirsung, sans contact artériel, contact veineux avec la veine mésentérique supérieure sur 90° sans irrégularité de paroi. Pas de métastase. CA 19-9 à 320 U/mL.

    Q2. Comment classez-vous cette tumeur ?

  3. Étape 3 · Préparation

    Organisation : une duodénopancréatectomie céphalique peut être programmée dans un délai de 10 jours en centre expert.

    Q3. Faut-il drainer les voies biliaires avant l'intervention ?

  4. Étape 4 · Complication postopératoire

    J6 : fièvre à 38,8 °C, douleurs abdominales, et écoulement du drain riche en amylase (plus de trois fois la normale sérique).

    Q4. Quelle complication évoquez-vous et quelle prise en charge ?

  5. Étape 5 · Traitement adjuvant

    À 8 semaines : la fistule s'est tarie, le patient a récupéré (OMS 1), l'anatomopathologie conclut à un adénocarcinome pT2 pN1 (3 ganglions sur 22), résection R0. Bilirubine normale, clairance à 82 mL/min.

    Q5. Quel traitement adjuvant proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Suivi

    À 14 mois : le CA 19-9, normalisé après la chirurgie, remonte de 18 à 190 U/mL. Le patient signale des douleurs dorsales.

    Q6. Quelle est votre démarche ?

Synthèse du cas 1

Ictère nu après 50 ans : scanner en protocole pancréatique. Résécabilité définie par les rapports vasculaires, non par le TNM. Pas de drainage biliaire systématique si la chirurgie est rapide. Fistule pancréatique : complication majeure de la duodénopancréatectomie, avec risque hémorragique par érosion artérielle. Adjuvant de référence : mFOLFIRINOX 6 mois (PRODIGE 24). Ascension du CA 19-9 : imagerie sans délai.

Cas 2

Tumeur borderline avec contact artériel

Femme de 58 ans, diabète de découverte récente (6 mois), douleurs épigastriques transfixiantes et amaigrissement de 7 kg. Le scanner montre une masse de l'isthme pancréatique de 35 mm avec un contact de 120° avec l'artère mésentérique supérieure, sans métastase.

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  1. Étape 1 · Signe d'alerte

    Q1. Quelle valeur accordez-vous au diabète de découverte récente chez cette patiente ?

  2. Étape 2 · Classification

    Complément : l'écho-endoscopie avec ponction confirme un adénocarcinome. Le CA 19-9 est à 890 U/mL. La patiente est OMS 0.

    Q2. Comment classez-vous cette tumeur et quelle stratégie en découle ?

  3. Étape 3 · Traitement d'induction

    Prescription : FOLFIRINOX. Après 3 cycles, la patiente présente des douleurs abdominales et une diarrhée profuse à J5 du cycle, avec 39 °C et des neutrophiles à 0,3 G/L.

    Q3. Quelle est votre conduite ?

  4. Étape 4 · Réévaluation

    Après 8 cycles : le CA 19-9 est descendu à 45 U/mL, le scanner montre une stabilité dimensionnelle avec persistance d'un contact artériel apparent de 100°, et la TEP ne retrouve pas de lésion à distance.

    Q4. Quelle décision prenez-vous ?

  5. Étape 5 · Chirurgie

    Intervention : pancréatectomie avec résection et reconstruction veineuse. L'anatomopathologie retrouve un ypT2 ypN0, résection R0, avec une régression tumorale marquée.

    Q5. Que proposez-vous ensuite ?

  6. Étape 6 · Suivi métabolique

    À 6 mois de la chirurgie : la patiente présente des glycémies très instables, une stéatorrhée et une perte pondérale continue malgré une alimentation correcte.

    Q6. Quelle prise en charge ?

Synthèse du cas 2

Diabète récent après 50 ans avec amaigrissement : signe d'appel du cancer pancréatique. Contact artériel ≤ 180° = borderline : FOLFIRINOX d'induction ± radiochimiothérapie, puis réévaluation. Distinguer diarrhée cholinergique précoce (atropine) et diarrhée tardive de l'irinotécan (lopéramide, urgence si neutropénie fébrile). Après induction, le scanner surestime l'atteinte vasculaire : ne pas récuser sur la seule imagerie. Double insuffisance pancréatique postopératoire à traiter.

Cas 3

Adénocarcinome métastatique avec mutation germinale BRCA2

Homme de 54 ans, OMS 1, découverte d'une masse corporéo-caudale de 45 mm avec six métastases hépatiques. Antécédents familiaux : mère traitée pour un cancer de l'ovaire à 58 ans, sœur pour un cancer du sein à 41 ans.

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  1. Étape 1 · Oncogénétique

    Q1. Que vous inspire cette histoire familiale ?

  2. Étape 2 · 1re ligne

    Résultats : mutation germinale pathogène de BRCA2 confirmée. Bilirubine normale, clairance à 95 mL/min, OMS 1, UGT1A1 sans particularité.

    Q2. Quel traitement de 1re ligne privilégiez-vous ?

  3. Étape 3 · Entretien

    Après 5 mois de FOLFIRINOX : réponse partielle avec régression hépatique majeure, mais neuropathie sensitive de grade 2 des extrémités devenant gênante.

    Q3. Quelle stratégie proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Complication intercurrente

    À 3 mois d'olaparib : le patient présente une dyspnée brutale avec douleur thoracique. L'angioscanner objective une embolie pulmonaire segmentaire bilatérale.

    Q4. Quelle prise en charge ?

  5. Étape 5 · Progression

    À 14 mois : progression hépatique sous olaparib. Le patient reste OMS 1, la neuropathie a partiellement régressé.

    Q5. Quelle option retenez-vous ?

  6. Étape 6 · Famille

    Consultation : le patient a deux enfants majeurs et un frère de 49 ans. Il demande ce qu'ils doivent faire.

    Q6. Que leur proposez-vous ?

Synthèse du cas 3

Rechercher une mutation germinale BRCA chez tout patient atteint d'un adénocarcinome pancréatique : elle oriente vers un protocole à base de platine et ouvre l'accès à l'olaparib d'entretien après ≥ 16 semaines sans progression (POLO). Thrombose : risque maximal parmi les tumeurs solides, anticoagulation curative prolongée. Enquête familiale systématique et surveillance adaptée chez les apparentés porteurs.

Cas 4

Patient fragile avec tumeur localement avancée et douleur réfractaire

Homme de 76 ans, OMS 2, bronchopneumopathie chronique obstructive et cardiopathie ischémique. Masse corporéo-caudale de 50 mm engainant le tronc cœliaque sur plus de 270°, sans métastase. Douleurs épigastriques transfixiantes cotées 8/10, insomniantes, mal soulagées par la morphine.

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  1. Étape 1 · Classification

    Q1. Comment classez-vous cette tumeur ?

  2. Étape 2 · Douleur

    Antalgie : malgré une titration de morphine et des co-antalgiques, la douleur reste à 7/10 avec une somnolence liée aux opioïdes.

    Q2. Quelle option antalgique spécifique proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Traitement systémique

    Évaluation : OMS 2 après amélioration de la douleur, albumine à 30 g/L, clairance à 51 mL/min, cardiopathie stable.

    Q3. Quel traitement systémique proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Complication digestive

    À 4 mois : vomissements post-prandiaux répétés avec stase gastrique. Le scanner montre un envahissement duodénal avec sténose.

    Q4. Quelle prise en charge privilégiez-vous ?

  5. Étape 5 · Nutrition

    Après la prothèse : l'alimentation reprend mais la perte de poids se poursuit, avec des selles graisseuses et abondantes.

    Q5. Quelle mesure ajoutez-vous ?

  6. Étape 6 · Fin de parcours

    À 9 mois : progression locale et hépatique, OMS 3, asthénie majeure. Le patient exprime le souhait de rester à domicile.

    Q6. Quelle organisation mettez-vous en place ?

Synthèse du cas 4

Engainement artériel > 180° = localement avancé non résécable. Douleur transfixiante réfractaire : neurolyse du plexus cœliaque, qui soulage durablement et allège les opioïdes. Patient OMS 2 fragile : gemcitabine ± nab-paclitaxel plutôt que FOLFIRINOX. Sténose duodénale : prothèse endoscopique. Insuffisance exocrine systématiquement recherchée et traitée. Anticiper l'organisation du domicile et recueillir les directives anticipées.

Cas 5

Tumeur intracanalaire papillaire et mucineuse du pancréas

Femme de 66 ans, chez qui un scanner réalisé pour des coliques néphrétiques découvre fortuitement une lésion kystique de 32 mm de la tête du pancréas, communiquant avec le canal de Wirsung, ce dernier mesurant 7 mm. Elle est asymptomatique.

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  1. Étape 1 · Caractérisation

    Q1. Quel examen caractérise le mieux cette lésion kystique ?

  2. Étape 2 · Classification

    IRM : lésion kystique multiloculaire communiquant avec le Wirsung, dilaté à 7 mm sur tout son trajet. Pas de nodule mural. CA 19-9 normal.

    Q2. Quel type de lésion et quel niveau de risque ?

  3. Étape 3 · Décision

    Écho-endoscopie : confirmation de la dilatation du canal principal à 8 mm, avec un nodule mural rehaussé de 6 mm. La patiente est OMS 0, sans comorbidité.

    Q3. Quelle conduite proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Résultat

    Pièce opératoire : TIPMP du canal principal avec foyer de carcinome invasif de 12 mm, pT1c pN0 (0 ganglion sur 19), résection R0, marge canalaire saine.

    Q4. Quel traitement complémentaire proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Surveillance du pancréas restant

    À 2 ans : la patiente est en rémission. Elle demande si le suivi peut être allégé.

    Q5. Que lui répondez-vous ?

  6. Étape 6 · Cas de figure alternatif

    Question complémentaire : une patiente de 80 ans, polypathologique, présente une lésion kystique de 15 mm limitée à un canal secondaire, sans nodule, sans dilatation du canal principal et asymptomatique.

    Q6. Quelle conduite adoptez-vous ?

Synthèse du cas 5

Kyste pancréatique : cholangio-pancréato-IRM puis écho-endoscopie ; éviter la ponction percutanée. TIPMP du canal principal (dilatation ≥ 5–10 mm) ou nodule mural rehaussé : critères de haut risque imposant la résection chez un patient opérable. TIPMP des canaux secondaires < 3 cm sans signe inquiétant : surveillance. La composante invasive se traite comme un adénocarcinome. Le pancréas restant doit être surveillé au long cours — la surveillance n'ayant de sens que chez un patient restant opérable.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Quelles sont les 4 principales altérations moléculaires de l'adénocarcinome pancréatique ?cliquer
KRAS (~90 %, oncogène), et les suppresseurs CDKN2A (p16), TP53 et SMAD4.

Essai fondateur du mFOLFIRINOX adjuvant après résection ?cliquer
PRODIGE 24 : mFOLFIRINOX 6 mois > gemcitabine en adjuvant (survie médiane ~54 vs ~35 mois).

Deux schémas de 1re ligne validés en situation métastatique ?cliquer
FOLFIRINOX (PRODIGE 4 / ACCORD 11, Conroy) et gemcitabine + nab-paclitaxel (MPACT).

Indication de l'olaparib d'entretien dans le cancer du pancréas ?cliquer
POLO : mutation germinale BRCA, maladie métastatique non progressive après ≥ 16 semaines de platine.

📚 Références & essais fondateurs

  1. PRODIGE 24 / CCTG PA.6 — Conroy T, et al. FOLFIRINOX ou gemcitabine en adjuvant du cancer du pancréas. N Engl J Med 2018. PMID 30575490
  2. PRODIGE 24 (suivi long terme) — Conroy T, et al. FOLFIRINOX adjuvant, résultats à 5 ans. JAMA Oncol 2022. PMID 36048453
  3. PRODIGE 4 / ACCORD 11 — Conroy T, et al. FOLFIRINOX vs gemcitabine, cancer du pancréas métastatique. N Engl J Med 2011. PMID 21561347
  4. MPACT — Von Hoff DD, et al. Gemcitabine + nab-paclitaxel, cancer du pancréas métastatique. N Engl J Med 2013. PMID 24131140
  5. POLO — Golan T, et al. Olaparib d'entretien, cancer du pancréas BRCA muté. N Engl J Med 2019. PMID 31157963
  6. Neoptolemos JP, et al. — Prise en charge de l'adénocarcinome pancréatique (revue). Nat Rev Clin Oncol 2018. PMID 29717230
  7. Recommandations ESMO — Adénocarcinome pancréatique, guide de pratique clinique. Ann Oncol 2015. PMID 26314780
  8. Référentiels NCCN Pancreatic Adenocarcinoma et TNCD (versions à jour 2025-2026) — recommandations de pratique clinique.