Cancer de l'œsophage

Deux entités : le carcinome épidermoïde (tabac-alcool) et l'adénocarcinome (RGO / endobrachyœsophage / obésité), incluant la jonction œso-gastrique (classification de Siewert). Prise en charge multimodale : radiochimiothérapie néo-adjuvante (CROSS), chirurgie, immunothérapie adjuvante et systémique.

Digestif Épidermoïde Adénocarcinome Barrett Siewert

📊 Épidémiologie & facteurs de risque

Le cancer de l'œsophage est de pronostic sévère (diagnostic souvent tardif). Deux types histologiques aux facteurs de risque distincts :

  • Carcinome épidermoïde (tiers supérieur/moyen) : tabac + alcool (synergie), boissons brûlantes, faible statut socio-économique, achalasie, antécédent de cancer ORL/œsophagien (champ de cancérisation). Prédominant en Asie et historiquement en France.
  • Adénocarcinome (tiers inférieur / jonction) : reflux gastro-œsophagien (RGO) chronique, endobrachyœsophage (œsophage de Barrett), obésité, tabac. Incidence en forte augmentation dans les pays occidentaux.
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L'endobrachyœsophage (métaplasie intestinale de Barrett) est une lésion précancéreuse justifiant une surveillance endoscopique ; la dysplasie de haut grade relève d'un traitement endoscopique (résection/radiofréquence).

🧬 Anatomopathologie & biologie

Les deux grands types sont le carcinome épidermoïde et l'adénocarcinome, aux comportements et sensibilités thérapeutiques différents (l'épidermoïde est plus radiosensible).

Jonction œso-gastrique — classification de Siewert

  • Siewert I : épicentre 1–5 cm au-dessus du cardia (œsophage distal, adénocarcinome sur Barrett) → traité comme un cancer de l'œsophage.
  • Siewert II : vrai cardia (0–1 cm au-dessus à 2 cm en dessous).
  • Siewert III : 2–5 cm sous le cardia (sous-cardial) → traité comme un cancer gastrique.

Biomarqueurs (adénocarcinome / jonction)

À déterminer en situation avancée : HER2 (surexpression/amplification), PD-L1 (CPS), statut MSI/dMMR. Pour le carcinome épidermoïde, le PD-L1 (TPS/CPS) oriente l'immunothérapie.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

Signe cardinal : dysphagie progressive (d'abord aux solides), avec amaigrissement ; parfois odynophagie, régurgitations, dysphonie (récurrent), toux à la déglutition (fistule). Le diagnostic est souvent tardif.

  • Endoscopie œso-gastro-duodénale avec biopsies : diagnostic, localisation, hauteur.
  • Bilan pré-thérapeutique : évaluation nutritionnelle et de l'opérabilité (fonction respiratoire, cardiaque), consultation ORL/pneumo si épidermoïde (tumeurs synchrones).

📐 Bilan d'extension & stadification

Stadification TNM (AJCC 8e édition). Bilan : TDM thoraco-abdominal, TEP-TDM au 18F-FDG (extension ganglionnaire et métastatique), écho-endoscopie (uT, uN pour les tumeurs a priori opérables).

CatégorieDéfinition (synthèse)
TisDysplasie de haut grade
T1Muqueuse (T1a) / sous-muqueuse (T1b)
T2Musculeuse
T3Adventice
T4Structures adjacentes : plèvre/péricarde/diaphragme (T4a) ou aorte/trachée/rachis (T4b)
N1–N3Selon le nombre de ganglions régionaux envahis
M1Métastases à distance

💊 Prise en charge

Maladie localisée opérable

Pour les tumeurs résécables (T2-T4a et/ou N+), radiochimiothérapie néo-adjuvante puis chirurgie (œsophagectomie avec curage), selon le schéma CROSS (carboplatine AUC 2 + paclitaxel 50 mg/m² IV hebdomadaires pendant 5 semaines + radiothérapie 41,4 Gy en 23 fractions de 1,8 Gy, chirurgie 6 à 8 semaines plus tard), qui améliore la survie et le taux de résection R0 pour les deux types histologiques. Une chimiothérapie péri-opératoire FLOT (docétaxel 50 mg/m² + oxaliplatine 85 mg/m² + acide folinique 200 mg/m² + 5-FU 2 600 mg/m² sur 24 h, toutes les 2 semaines, 4 cycles avant et 4 après la chirurgie) est une alternative pour les adénocarcinomes de la jonction/estomac.

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Après chirurgie avec traitement néo-adjuvant, en cas de maladie résiduelle (pas de réponse complète pathologique), le nivolumab adjuvant (240 mg IV toutes les 2 semaines pendant 16 semaines puis 480 mg toutes les 4 semaines, pour une durée totale d'un an) améliore la survie sans récidive (essai CheckMate 577) — première place de l'immunothérapie adjuvante dans cette indication.

Carcinome épidermoïde localement avancé

Pour les tumeurs non opérables ou en alternative à la chirurgie (notamment cervicales/proximales), la radiochimiothérapie définitive (50 à 50,4 Gy en 25 à 28 fractions de 1,8–2 Gy, avec cisplatine 75 mg/m² à J1 + 5-FU 1 000 mg/m²/j en continu J1–J4, toutes les 4 semaines, ou FOLFOX : oxaliplatine 85 mg/m² + acide folinique 400 mg/m² + 5-FU 400 mg/m² bolus puis 1 600–2 400 mg/m² sur 46 h, toutes les 2 semaines, ou le doublet carboplatine-paclitaxel du schéma CROSS) est une option curative, l'épidermoïde étant plus radiosensible.

Maladie métastatique / avancée

  • Carcinome épidermoïde : chimiothérapie + immunothérapie selon le PD-L1 — nivolumab 240 mg toutes les 2 semaines (ou 480 mg toutes les 4 semaines) associé au cisplatine-5FU (essai CheckMate 648, incluant aussi une option nivolumab 3 mg/kg toutes les 2 semaines + ipilimumab 1 mg/kg toutes les 6 semaines) ou pembrolizumab 200 mg toutes les 3 semaines avec cisplatine-5FU (essai KEYNOTE-590).
  • Adénocarcinome : chimiothérapie (FOLFOX ou CAPOX) + anti-PD-1 selon PD-L1 (CPS ≥ 5) — nivolumab 360 mg toutes les 3 semaines ou 240 mg toutes les 2 semaines (CheckMate 649) ; trastuzumab (8 mg/kg de charge puis 6 mg/kg IV toutes les 3 semaines) si HER2 positif (essai ToGA), désormais associé au pembrolizumab (KEYNOTE-811). En 2e ligne : ramucirumab 8 mg/kg toutes les 2 semaines + paclitaxel 80 mg/m² à J1, J8 et J15 (essai RAINBOW), ou trastuzumab déruxtécan 6,4 mg/kg toutes les 3 semaines si HER2 positif (DESTINY-Gastric01).

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des essais pivots et des référentiels ESMO/NCCN. Vérifier systématiquement la prescription, les adaptations (fonction rénale et hépatique, âge, surface corporelle, toxicités) et les interactions dans le référentiel institutionnel avant toute application.

Traitements péri-opératoires et radiochimiothérapie

ProtocoleMoléculeDoseVoie / rythmeDurée
CROSS — radiochimiothérapie néo-adjuvante (épidermoïde et adénocarcinome)
CROSSCarboplatineAUC 2IV, hebdomadaire5 administrations
CROSSPaclitaxel50 mg/m²IV, hebdomadaire5 administrations
CROSSRadiothérapie41,4 Gy23 fractions de 1,8 GyChirurgie à 6–8 sem
FLOT — chimiothérapie péri-opératoire (adénocarcinome, jonction)
FLOTDocétaxel50 mg/m²IV, J1 toutes les 2 sem4 cycles pré + 4 post
FLOTOxaliplatine85 mg/m²IV, J14 + 4 cycles
FLOTAcide folinique200 mg/m²IV, J14 + 4 cycles
FLOT5-Fluorouracile2 600 mg/m²IV, perfusion continue de 24 h4 + 4 cycles
Radiochimiothérapie définitive (épidermoïde non opérable, tumeur cervicale)
Cisplatine-5FUCisplatine75 mg/m²IV, J1 toutes les 4 sem2 cycles concomitants (± 2 après)
Cisplatine-5FU5-Fluorouracile1 000 mg/m²/jIV continu, J1–J42 à 4 cycles
FOLFOX (PRODIGE 5)Oxaliplatine / 5-FU85 / 1 600–2 400 mg/m²IV, toutes les 2 sem3 cycles pendant la RT + 3 après
Immunothérapie adjuvante
CheckMate 577Nivolumab240 mg puis 480 mgIV, toutes les 2 sem (16 sem) puis toutes les 4 sem1 an si maladie résiduelle

Adaptations : recherche d'un déficit en DPD avant toute fluoropyrimidine ; carboplatine selon la formule de Calvert (AUC × [DFG + 25]) ; cisplatine contre-indiqué si clairance < 60 mL/min, exigeant une hyperhydratation et une supplémentation magnésienne ; docétaxel réduit en cas de cholestase (bilirubine > 1,5 × N, phosphatases alcalines > 2,5 × N) et prémédication corticoïde obligatoire. Une évaluation nutritionnelle systématique — avec pose éventuelle d'une jéjunostomie plutôt que d'une gastrostomie si l'estomac doit servir de plastie — conditionne la faisabilité du traitement.

Maladie métastatique

SituationMoléculeDoseVoie / rythmeEssai
Carcinome épidermoïde
1re ligneNivolumab240 mg ou 480 mgIV, toutes les 2 ou 4 sem (+ cisplatine-5FU)CheckMate 648
1re ligne sans chimioNivolumab + ipilimumab3 mg/kg + 1 mg/kgIV, toutes les 2 sem + toutes les 6 semCheckMate 648
1re lignePembrolizumab200 mgIV, toutes les 3 sem (+ cisplatine-5FU)KEYNOTE-590
Adénocarcinome / jonction
1re ligne (CPS ≥ 5)Nivolumab360 mg ou 240 mgIV, toutes les 3 ou 2 sem (+ FOLFOX ou CAPOX)CheckMate 649
HER2 positifTrastuzumab8 mg/kg puis 6 mg/kgIV, toutes les 3 semToGA
HER2 positifPembrolizumab200 mgIV, toutes les 3 sem (+ trastuzumab + chimio)KEYNOTE-811
2e ligneRamucirumab8 mg/kgIV, J1 et J15 toutes les 4 semRAINBOW
2e lignePaclitaxel80 mg/m²IV, J1, J8 et J15 toutes les 4 semRAINBOW
HER2+ après trastuzumabTrastuzumab déruxtécan6,4 mg/kgIV, toutes les 3 semDESTINY-Gastric01
MSI-H / dMMRPembrolizumab200 mgIV, toutes les 3 semKEYNOTE-158

Toxicités : neurotoxicité cumulative de l'oxaliplatine et du paclitaxel, néphro- et ototoxicité du cisplatine, neutropénie fébrile du docétaxel (prophylaxie par G-CSF si risque > 20 %), hypertension et protéinurie du ramucirumab (avec risque de retard de cicatrisation — à suspendre 4 semaines avant une chirurgie), pneumopathie interstitielle du trastuzumab déruxtécan (arrêt définitif si grade ≥ 2) et toxicités immuno-médiées des anti-PD-1. Surveillance de la FEVG sous trastuzumab.

Radiothérapie

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Néo-adjuvante (CROSS)41,4 Gy23 fractions de 1,8 GyTumeur + marges craniocaudales de 3–4 cm, ganglions atteints
Définitive (épidermoïde)50–50,4 Gy25 à 28 fractions de 1,8–2 GyEscalade de dose au-delà de 50,4 Gy sans bénéfice démontré (RTOG 94-05, ARTDECO, CONCORDE)
Tumeur cervicale50–66 Gy25 à 33 fractionsAlternative à la pharyngo-laryngectomie totale, préservation d'organe
Curiethérapie de rattrapage10–15 Gy2 à 3 fractions (haut débit)Surimpression ou palliation d'une dysphagie
Palliative (dysphagie, saignement)20–30 Gy5 à 10 fractionsAlternative ou complément à la prothèse œsophagienne
Métastases osseuses8 Gy ou 20 Gy1 fraction ou 5 fractionsAntalgique

Contraintes principales aux organes à risque : poumons V20 < 25–30 % et Dmoyenne < 20 Gy (seuil abaissé si œsophagectomie prévue, le risque de complication pulmonaire postopératoire étant majoré — viser V5 < 50 %), cœur Dmoyenne < 26 Gy et V30 < 40 %, moelle épinière Dmax < 45 Gy, reins V20 < 30 % pour les tumeurs distales, foie Dmoyenne < 30 Gy. La RCMI ou l'arcthérapie volumétrique réduisent les doses cardio-pulmonaires par rapport à la technique conformationnelle. Éviter d'irradier une prothèse métallique en place (risque de surdosage local et de fistule).

Points clés à retenir

  • Deux histologies : épidermoïde (tabac-alcool, radiosensible) et adénocarcinome (RGO/Barrett/obésité, jonction Siewert).
  • CROSS : radiochimiothérapie néo-adjuvante (carbo-paclitaxel + RT) puis chirurgie pour les tumeurs opérables.
  • CheckMate 577 : nivolumab adjuvant si maladie résiduelle après néo-adjuvant et chirurgie.
  • Épidermoïde localement avancé non opérable : radiochimiothérapie définitive.
  • Métastatique : chimio + immunothérapie selon PD-L1 (CheckMate 648, KEYNOTE-590) ; trastuzumab si adénocarcinome HER2+.

QCM — 10 questions

Q1. Quel protocole néo-adjuvant, validé par l'essai CROSS, précède la chirurgie d'un cancer de l'œsophage opérable ?

Q2. Après radiochimiothérapie néo-adjuvante et œsophagectomie, il persiste une maladie résiduelle (pas de pCR). Quelle stratégie soutient CheckMate 577 ?

Q3. Un adénocarcinome de la jonction œso-gastrique métastatique surexprime HER2. Quel ajout thérapeutique est indiqué ?

Q4. Un adénocarcinome dont l'épicentre se situe 3 cm sous le cardia est classé Siewert III. Quelle conséquence en tirez-vous ?

Q5. Quel examen apporte la meilleure évaluation du uT et du uN d'une tumeur œsophagienne jugée opérable ?

Q6. Quel essai a établi la chimiothérapie péri-opératoire FLOT comme supérieure au schéma ECF/ECX dans l'adénocarcinome de la jonction et de l'estomac ?

Q7. Quelles posologies correspondent au protocole CROSS ?

Q8. Chez un patient dysphagique devant recevoir une radiochimiothérapie puis une œsophagectomie avec plastie gastrique, quelle modalité de support nutritionnel est préférable en cas de besoin d'une nutrition entérale ?

Q9. Chez un patient traité par radiochimiothérapie thoracique, quelle contrainte dosimétrique vise principalement à limiter les complications pulmonaires postopératoires ?

Q10. Un patient présente une dysphagie aux liquides sur une tumeur œsophagienne métastatique non curable. Quelle mesure apporte le soulagement le plus rapide ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Adénocarcinome du tiers inférieur sur endobrachyœsophage

Homme de 62 ans, IMC 31, reflux gastro-œsophagien ancien traité par intermittence. Dysphagie aux solides depuis 3 mois avec perte de 6 kg. L'endoscopie retrouve une tumeur bourgeonnante du tiers inférieur, à 34 cm des arcades dentaires, sur une muqueuse de Barrett étendue.

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  1. Étape 1 · Bilan

    Q1. Les biopsies confirment un adénocarcinome. Quel bilan d'extension organisez-vous ?

  2. Étape 2 · Stadification

    Résultats : tumeur uT3 uN1 (2 ganglions péri-œsophagiens), TEP sans lésion à distance, EFR satisfaisantes, albumine 33 g/L. Siewert I.

    Q2. Quelle stratégie retenez-vous ?

  3. Étape 3 · Traitement néo-adjuvant

    Prescription : le patient débute son traitement. Il interroge sur les modalités précises.

    Q3. Quelles doses lui annoncez-vous ?

  4. Étape 4 · Résultat anatomopathologique

    Chirurgie : œsophagectomie trans-thoracique de type Lewis-Santy avec plastie gastrique. La pièce montre un adénocarcinome résiduel ypT2 ypN1 (1 ganglion sur 24), résection R0.

    Q4. Quelle proposition thérapeutique post-opératoire est validée ?

  5. Étape 5 · Complication

    À 4 mois : le patient décrit des malaises avec sueurs, palpitations et diarrhée survenant 20 minutes après les repas, ainsi que des régurgitations nocturnes.

    Q5. Quel diagnostic évoquez-vous et quelle prise en charge ?

  6. Étape 6 · Surveillance

    À 2 ans : le patient est en rémission. Il interroge sur la surveillance de sa muqueuse de Barrett résiduelle et sur le rythme du suivi.

    Q6. Que lui proposez-vous ?

Synthèse du cas 1

Adénocarcinome sur Barrett : bilan par scanner, TEP-TDM et écho-endoscopie, avec évaluation nutritionnelle et de l'opérabilité. T3 N1 résécable = CROSS (carboplatine AUC 2 + paclitaxel 50 mg/m² hebdomadaires × 5 et 41,4 Gy en 23 fractions) puis œsophagectomie, ou FLOT péri-opératoire. Maladie résiduelle après résection R0 : nivolumab adjuvant 1 an (CheckMate 577). Séquelles fonctionnelles constantes (dumping, reflux, dénutrition) à dépister et traiter.

Cas 2

Carcinome épidermoïde du tiers moyen non opérable

Homme de 58 ans, tabagique à 50 paquets-années et consommateur excessif d'alcool, bronchopneumopathie chronique obstructive sévère (VEMS 42 %). Dysphagie aux solides et dysphonie depuis 2 mois, perte de 9 kg.

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  1. Étape 1 · Diagnostic

    Q1. Outre l'endoscopie avec biopsies, quel examen complémentaire s'impose particulièrement chez ce patient ?

  2. Étape 2 · Stadification

    Bilan : carcinome épidermoïde du tiers moyen, T3 N1 M0, sans envahissement trachéal. Paralysie récurrentielle gauche confirmée. Pas de second cancer. Le chirurgien récuse l'œsophagectomie compte tenu de la fonction respiratoire.

    Q2. Quelle stratégie proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Prescription

    Bilan biologique : clairance de la créatinine à 54 mL/min, audiogramme montrant une hypoacousie bilatérale, albumine à 29 g/L.

    Q3. Quelles modalités retenez-vous ?

  4. Étape 4 · Complication aiguë

    Semaine 4 : le patient présente une toux systématique à la déglutition des liquides et une fièvre à 38,5 °C, avec un foyer pulmonaire basal droit au scanner.

    Q4. Quelle complication redoutez-vous en priorité ?

  5. Étape 5 · Évaluation

    Suites : la fistule est finalement écartée — il s'agissait d'une inhalation sur troubles de la déglutition liés à la paralysie récurrentielle. Le traitement est mené à son terme. À 3 mois, l'endoscopie et la TEP montrent une réponse complète.

    Q5. Quelle est la conduite à tenir ?

  6. Étape 6 · Évolution

    À 16 mois : réapparition d'une dysphagie. L'endoscopie montre une reprise tumorale locale, la TEP-TDM ne retrouve pas de lésion à distance, mais l'état respiratoire s'est encore dégradé (VEMS 35 %).

    Q6. Quelle prise en charge proposez-vous ?

Synthèse du cas 2

Épidermoïde alcoolo-tabagique : rechercher systématiquement un second cancer synchrone (panendoscopie ORL, bronchoscopie). Patient non opérable = radiochimiothérapie définitive à visée curative, 50–50,4 Gy (pas d'escalade de dose), avec FOLFOX ou carboplatine-paclitaxel si le cisplatine est contre-indiqué. Toux à la déglutition = suspicion de fistule œso-respiratoire jusqu'à preuve du contraire. Chirurgie de rattrapage seulement chez un patient opérable ; sinon prothèse ou curiethérapie.

Cas 3

Carcinome épidermoïde métastatique d'emblée

Homme de 66 ans, OMS 1, dysphagie et amaigrissement de 11 kg. L'endoscopie montre une tumeur sténosante du tiers moyen ; les biopsies concluent à un carcinome épidermoïde. Le scanner révèle trois métastases hépatiques et des adénopathies cœliaques.

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  1. Étape 1 · Bilan moléculaire

    Q1. Quel marqueur demandez-vous en priorité pour orienter la 1re ligne ?

  2. Étape 2 · 1re ligne

    Résultats : PD-L1 TPS à 15 %, CPS à 20, MSS. Clairance à 88 mL/min, audiogramme normal.

    Q2. Quel traitement proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Symptôme local

    Avant le 2e cycle : la dysphagie s'aggrave, le patient ne tolère plus que les liquides et perd encore 3 kg.

    Q3. Quelle mesure prenez-vous ?

  4. Étape 4 · Réponse

    Après 4 cycles : réponse partielle hépatique et ganglionnaire, alimentation orale rétablie, reprise de 4 kg. Le patient présente une éruption maculo-papuleuse diffuse prurigineuse couvrant environ 25 % de la surface corporelle.

    Q4. Quelle est votre conduite ?

  5. Étape 5 · Progression

    À 9 mois : progression hépatique et apparition de métastases osseuses vertébrales douloureuses, sans signe neurologique. Le patient reste OMS 1.

    Q5. Que proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Accompagnement

    À 13 mois : l'état général se dégrade (OMS 3), la dénutrition s'aggrave malgré la prothèse, la maladie progresse sous 2e ligne.

    Q6. Quelle attitude est la plus appropriée ?

Synthèse du cas 3

Épidermoïde métastatique : PD-L1 et statut MSI orientent la 1re ligne — chimiothérapie + anti-PD-1 (CheckMate 648, KEYNOTE-590). Une dysphagie serrée se traite sans attendre l'effet du traitement systémique : prothèse expansive et support nutritionnel. Toxicités cutanées immuno-médiées : dermocorticoïdes, suspension au grade 3, vigilance sur les formes graves. Métastases osseuses douloureuses : 8 Gy en une fraction. Soins de support intégrés dès le début du parcours.

Cas 4

Dysplasie de haut grade et adénocarcinome superficiel sur Barrett

Homme de 55 ans suivi pour un endobrachyœsophage de 5 cm découvert 6 ans plus tôt sur reflux chronique. La surveillance endoscopique avec biopsies étagées retrouve une dysplasie de haut grade, ainsi qu'une lésion légèrement surélevée de 12 mm en imagerie à bandes spectrales étroites.

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  1. Étape 1 · Conduite initiale

    Q1. Quelle est la première étape devant cette lésion visible en zone de dysplasie de haut grade ?

  2. Étape 2 · Anatomopathologie

    Résultat : adénocarcinome bien différencié, infiltration limitée à la muqueuse (pT1a m2), sans embole lymphatique ni vasculaire, résection latérale et profonde complète (R0).

    Q2. Quelle est la conduite à tenir ?

  3. Étape 3 · Hypothèse alternative

    Situation comparative : imaginons que la pièce ait montré une infiltration de la sous-muqueuse profonde (pT1b sm3) avec des emboles lymphatiques.

    Q3. Quelle serait alors la conduite ?

  4. Étape 4 · Suites du traitement endoscopique

    Retour au cas réel : après résection puis deux séances de radiofréquence, le patient développe une dysphagie progressive. L'endoscopie retrouve une sténose serrée de 8 mm au niveau de la zone traitée, sans lésion suspecte.

    Q4. Quelle prise en charge ?

  5. Étape 5 · Prévention

    Consultation : le patient, IMC à 32 et fumeur occasionnel, demande ce qu'il peut faire pour réduire son risque.

    Q5. Quelles mesures lui proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Surveillance

    À 1 an : éradication complète du Barrett et de la dysplasie, muqueuse néo-squameuse sur toute la hauteur traitée.

    Q6. Quel suivi organisez-vous ?

Synthèse du cas 4

Barrett dysplasique : toute lésion visible se réséque par voie endoscopique — geste diagnostique autant que thérapeutique. Un pT1a bien différencié, sans embole, R0, est guéri par l'endoscopie ; un pT1b sm3 avec emboles impose l'œsophagectomie avec curage (risque ganglionnaire > 20 %). Éradication du Barrett résiduel par radiofréquence pour prévenir les lésions métachrones. Sténose post-traitement : dilatations. Surveillance endoscopique prolongée après éradication.

Cas 5

Adénocarcinome de la jonction HER2 positif révélé par une dénutrition sévère

Femme de 70 ans amenée aux urgences pour dysphagie totale évoluant depuis 3 semaines, avec 14 kg perdus en 4 mois, une albumine à 24 g/L et une déshydratation. Le scanner montre une volumineuse tumeur de la jonction œso-gastrique et des métastases hépatiques multiples.

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  1. Étape 1 · Urgence

    Q1. Quelle est votre priorité immédiate ?

  2. Étape 2 · Filière alimentaire

    Endoscopie : sténose infranchissable de la jonction. Les biopsies confirment un adénocarcinome peu différencié.

    Q2. Quelle solution privilégiez-vous pour rétablir l'alimentation ?

  3. Étape 3 · Biomarqueurs

    Résultats : HER2 en immunohistochimie 3+, PD-L1 CPS à 8, MSS. L'état général s'améliore après renutrition (OMS 1), la FEVG est à 62 %.

    Q3. Quel traitement de 1re ligne proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Surveillance du traitement

    Après 4 mois : réponse partielle nette, alimentation orale normale, reprise de 7 kg. La patiente signale une dyspnée d'effort récente et des œdèmes des membres inférieurs.

    Q4. Quel examen demandez-vous en priorité ?

  5. Étape 5 · Progression

    À 11 mois : après récupération de la FEVG et reprise du traitement, la maladie progresse au niveau hépatique. La patiente reste OMS 1 et souhaite poursuivre.

    Q5. Quelle option de 2e ligne est la plus pertinente ?

  6. Étape 6 · Complication tardive

    À 15 mois : la patiente présente une toux sèche et une dyspnée d'aggravation progressive sous trastuzumab déruxtécan. Le scanner montre des opacités en verre dépoli bilatérales, sans foyer infectieux.

    Q6. Quelle est votre conduite ?

Synthèse du cas 5

Dénutrition sévère : urgence métabolique prioritaire sur l'urgence oncologique — renutrition progressive, prévention du syndrome de renutrition inappropriée, rétablissement de la filière alimentaire par voie entérale. Adénocarcinome HER2 positif : chimiothérapie + trastuzumab (ToGA), avec pembrolizumab (KEYNOTE-811) ; surveillance de la FEVG toutes les 12 semaines. 2e ligne : trastuzumab déruxtécan (DESTINY-Gastric01) ou ramucirumab-paclitaxel (RAINBOW). Pneumopathie interstitielle sous T-DXd : arrêt définitif dès le grade 2.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Facteurs de risque de l'adénocarcinome vs épidermoïde de l'œsophage ?cliquer
Adénocarcinome : RGO, œsophage de Barrett, obésité. Épidermoïde : tabac + alcool (synergie), boissons brûlantes.

Que définit la classification de Siewert ?cliquer
Les adénocarcinomes de la jonction œso-gastrique : I (œsophage distal, traité comme œsophage), II (cardia), III (sous-cardial, traité comme estomac).

Quel est le schéma de l'essai CROSS ?cliquer
Radiochimiothérapie néo-adjuvante : carboplatine-paclitaxel hebdomadaire + 41,4 Gy, puis œsophagectomie. Standard pour tumeurs résécables.

Indication du nivolumab adjuvant (CheckMate 577) ?cliquer
Maladie résiduelle (pas de réponse complète pathologique) après radiochimiothérapie néo-adjuvante et œsophagectomie : nivolumab adjuvant.

📚 Références & essais fondateurs

  1. CROSS — van Hagen P, et al. Preoperative chemoradiotherapy for esophageal or junctional cancer. N Engl J Med 2012. PMID 22646630
  2. CheckMate 577 — Kelly RJ, et al. Nivolumab adjuvant, cancer de l'œsophage/jonction après radiochimio et chirurgie. N Engl J Med 2021. PMID 33789008
  3. CheckMate 648 — Doki Y, et al. Nivolumab + chimiothérapie ou + ipilimumab, carcinome épidermoïde de l'œsophage avancé. N Engl J Med 2022. PMID 35108470
  4. KEYNOTE-590 — Sun JM, et al. Pembrolizumab + chimiothérapie, cancer de l'œsophage avancé. Lancet 2021. PMID 34454674
  5. CROSS (suivi long) — Shapiro J, et al. Neoadjuvant chemoradiotherapy plus surgery, résultats à long terme. Lancet Oncol 2015. PMID 26254683
  6. Référentiels ESMO et NCCN Esophageal and Esophagogastric Junction Cancers (versions à jour) — recommandations de pratique clinique.