Carcinome du canal anal

Carcinome épidermoïde induit par le HPV, rare mais en augmentation. Traitement de référence : radiochimiothérapie concomitante (protocole de Nigro) permettant la préservation sphinctérienne, la chirurgie n'intervenant qu'en rattrapage.

Digestif HPV Épidermoïde Nigro Préservation sphinctérienne

📊 Épidémiologie & facteurs de risque

Le cancer du canal anal est rare (~2–3 % des cancers digestifs) mais son incidence augmente. Prédominance féminine. Il s'agit d'une tumeur induite par le papillomavirus humain (HPV), principalement les génotypes oncogènes HPV 16 (et 18), à l'instar du col utérin.

Facteurs de risque

  • Infection HPV persistante (facteur central) ; antécédent de lésions de haut grade anales (AIN) ou de néoplasie cervicale/vulvaire.
  • Immunodépression : infection par le VIH (risque très majoré, notamment chez les HSH), transplantation d'organe, immunosuppresseurs.
  • Rapports anaux réceptifs, multiplicité des partenaires, tabagisme.
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La vaccination anti-HPV constitue une prévention primaire majeure. Chez les personnes vivant avec le VIH, un dépistage anal (cytologie, anuscopie de haute résolution) permet de détecter et traiter les lésions précancéreuses (AIN de haut grade).

🧬 Anatomopathologie & biologie

La très grande majorité (> 80–90 %) sont des carcinomes épidermoïdes (anciennement cloacogéniques/basaloïdes selon la zone). Ils naissent au niveau de la zone de transition et du canal anal proprement dit. À distinguer des adénocarcinomes de la marge ou du bas rectum et des mélanomes anaux (rares, péjoratifs).

La séquence de carcinogenèse implique l'intégration de l'ADN viral HPV et l'expression des oncoprotéines E6/E7, inactivant p53 et pRb. La surexpression de p16 (IHC) est un marqueur de substitution de l'infection HPV et un facteur de bon pronostic.

Drainage lymphatique

Le drainage dépend de la hauteur : au-dessus de la ligne pectinée vers les ganglions mésorectaux et pelviens/iliaques internes ; en dessous vers les ganglions inguinaux, dont l'atteinte doit être systématiquement recherchée.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

Signes fréquents : rectorragies, douleur/inconfort anal, sensation de masse, prurit, troubles de la continence, adénopathie inguinale. Un diagnostic tardif est fréquent car les symptômes sont banalisés (confondus avec une pathologie hémorroïdaire).

  • Examen proctologique avec toucher rectal, anuscopie et biopsie (diagnostic de certitude épidermoïde).
  • Examen des aires inguinales (± cytoponction d'une adénopathie suspecte).
  • Chez la femme : examen gynécologique (co-infection HPV) ; recherche du statut VIH.

📐 Bilan d'extension & stadification

Stadification TNM (AJCC 8e édition), fondée essentiellement sur la taille tumorale et l'atteinte ganglionnaire. Bilan : IRM pelvienne, TDM thoraco-abdomino-pelvien, ± TEP-TDM au 18F-FDG (bilan ganglionnaire et planification de radiothérapie).

CatégorieDéfinition (synthèse)
T1≤ 2 cm
T2> 2 et ≤ 5 cm
T3> 5 cm
T4Envahissement d'un organe adjacent (vagin, urètre, vessie…)
N1Ganglions régionaux (mésorectaux, iliaques internes, inguinaux)
M1Métastases à distance (foie, poumon…)

Contrairement au rectum, l'atteinte du sphincter n'est pas une contre-indication chirurgicale d'emblée : le traitement conservateur non chirurgical est la règle.

💊 Prise en charge

Maladie localisée — radiochimiothérapie concomitante

Le standard est la radiochimiothérapie concomitante selon le protocole de Nigro : radiothérapie externe pelvienne (45 Gy en 25 fractions de 1,8 Gy sur le pelvis et les aires inguinales, suivie d'une surimpression tumorale portant la dose à 50,4 à 59,4 Gy selon le stade) associée à une chimiothérapie par 5-fluorouracile (1 000 mg/m²/j en perfusion continue de J1 à J4 et de J29 à J32) + mitomycine C (10 mg/m², maximum 20 mg, IV à J1 et J29 — ou 12 mg/m² en une seule administration à J1). Cette stratégie permet une préservation sphinctérienne et évite la colostomie définitive chez la majorité des patients.

  • L'essai RTOG 9811 a confirmé la supériorité du 5-FU + mitomycine sur l'association 5-FU + cisplatine (moins de colostomies, meilleure survie sans maladie).
  • L'essai ACT II a montré que la mitomycine reste le partenaire de référence et que la chimiothérapie de consolidation n'apporte pas de bénéfice ; la réponse s'évalue tardivement (jusqu'à 26 semaines).
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La réponse à la radiochimiothérapie est lente : une régression progressive sur plusieurs mois est attendue. Il ne faut pas conclure trop tôt à un échec — l'évaluation de la réponse complète se fait vers 6 mois avant d'envisager un rattrapage.

Chirurgie de rattrapage

Réservée aux échecs (persistance/récidive locale) : amputation abdomino-périnéale (AAP) avec colostomie définitive. Elle n'est pas le traitement de première intention.

Maladie métastatique

  • 1re ligne : carboplatine AUC 5 IV à J1 + paclitaxel 80 mg/m² IV à J1, J8 et J15, toutes les 4 semaines, devenu standard après l'essai InterAAct (meilleure tolérance que le cisplatine 60 mg/m² + 5-FU 1 000 mg/m²/j × 4 jours toutes les 3 semaines).
  • Immunothérapie (anti-PD-1 : nivolumab 240 mg IV toutes les 2 semaines ou 480 mg toutes les 4 semaines, pembrolizumab 200 mg IV toutes les 3 semaines) en situation avancée réfractaire, cohérente avec l'origine virale HPV et la charge antigénique.
  • Rétifanlimab 500 mg IV toutes les 4 semaines associé au carboplatine-paclitaxel a montré un gain en 1re ligne dans l'essai POD1UM-303.

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des essais pivots et des référentiels ESMO/NCCN. Vérifier systématiquement la prescription, les adaptations (fonction rénale et hépatique, âge, surface corporelle, toxicités) et les interactions dans le référentiel institutionnel avant toute application.

Chimiothérapie concomitante à la radiothérapie

ProtocoleMoléculeDoseVoie / rythmeDurée
Nigro modifié / RTOG 9811 — standard de la maladie localisée
5-FU + MMC5-Fluorouracile1 000 mg/m²/jIV, perfusion continue de 96 h, J1–J4 et J29–J322 cures pendant l'irradiation
5-FU + MMCMitomycine C10 mg/m² (max 20 mg)IV bolus, J1 et J292 administrations
Variante (ACT II / UK)Mitomycine C12 mg/m² (max 20 mg)IV bolus, J1 uniquement1 administration
Variante oraleCapécitabine825 mg/m² × 2/jPO, les jours d'irradiation uniquementToute la durée de la RT
Variante oraleMitomycine C12 mg/m²IV, J11 administration
Alternative si mitomycine contre-indiquée (ACT II)
5-FU + cisplatineCisplatine60 mg/m²IV, J1 et J292 administrations
5-FU + cisplatine5-Fluorouracile1 000 mg/m²/jIV continu 96 h, J1–J4 et J29–J322 cures

Adaptations : recherche d'un déficit en DPD obligatoire avant toute fluoropyrimidine ; mitomycine contre-indiquée si plaquettes < 100 G/L ou clairance < 30 mL/min, toxicité limitante = myélosuppression retardée (nadir à 4–6 semaines) et, exceptionnellement, microangiopathie thrombotique dose-dépendante (dose cumulée > 60 mg/m²). Ne pas interrompre l'irradiation pour toxicité hématologique modérée : la prolongation du temps total de traitement dégrade le contrôle local.

Maladie métastatique ou récidivante

ProtocoleMoléculeDoseVoie / rythmeDurée · essai
InterAAct — 1re ligne de référence
Carbo-paclitaxelCarboplatineAUC 5IV, J1 toutes les 4 sem6 cycles puis entretien discuté
Carbo-paclitaxelPaclitaxel80 mg/m²IV, J1, J8 et J15 toutes les 4 sem6 cycles
Immunothérapie
POD1UM-303Rétifanlimab500 mgIV, toutes les 4 sem (+ carbo-paclitaxel)jusqu'à progression
NCI9673Nivolumab240 mg ou 480 mgIV, toutes les 2 ou 4 semjusqu'à progression
KEYNOTE-158Pembrolizumab200 mgIV, toutes les 3 sem (ou 400 mg / 6 sem)jusqu'à 2 ans
Autres options
Cisplatine-5FUCisplatine60–80 mg/m²IV, J1 toutes les 3 sem4 à 6 cycles
Cisplatine-5FU5-Fluorouracile1 000 mg/m²/jIV continu, J1–J44 à 6 cycles
Modified DCFDocétaxel / cisplatine / 5-FU40 / 40 / 1 200 mg/m²IV, toutes les 2 sem8 cycles (Epitopes-HPV02)

Toxicités : neuropathie et alopécie du paclitaxel, réactions d'hypersensibilité (prémédication corticoïde et antihistaminique), néphrotoxicité et ototoxicité du cisplatine (hyperhydratation, magnésium), toxicités immuno-médiées des anti-PD-1 (colite, thyroïdite, hépatite, pneumopathie) chez des patients souvent immunodéprimés — le traitement antirétroviral doit être poursuivi et l'immunothérapie reste possible chez les personnes vivant avec le VIH sous charge virale contrôlée.

Radiothérapie

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Volume prophylactique (pelvis + inguinal)42–45 Gy23 à 25 fractions de 1,8 GyCanal anal, mésorectum, iliaques internes et externes, inguinaux bilatéraux — RCMI systématique (RTOG 0529)
Surimpression T1-T2 N050,4 Gy au total28 fractions de 1,8 GyTumeur + marge ; surimpression intégrée simultanée possible
Surimpression T3-T4 et/ou N+54–59,4 Gy au total30 à 33 fractions de 1,8 GyTumeur macroscopique et adénopathies envahies
Adénopathie inguinale envahie50,4–54 Gy28 à 30 fractionsSurimpression du ganglion pathologique
T1 de la marge anale bien différenciéexérèse locale seuleRadiothérapie réservée aux marges insuffisantes
Curiethérapie interstitielle (surimpression)15–20 Gybas débit ou débit pulséAlternative à la surimpression externe, centres experts
Métastases symptomatiques20–30 Gy5 à 10 fractionsAntalgique / hémostatique

Contraintes principales aux organes à risque : intestin grêle V45 < 20 cm³ et Dmax < 50 Gy, vessie V50 < 5 % et V35 < 50 %, têtes fémorales V44 < 5 % et V40 < 35 %, organes génitaux externes V40 < 5 %, moelle osseuse pelvienne V10 < 90 % et V20 < 75 % (la préservation médullaire réduit les interruptions pour neutropénie). Objectif majeur : ne pas dépasser 8 semaines de durée totale de l'irradiation, chaque semaine d'interruption dégradant le contrôle local. La RCMI (RTOG 0529) réduit nettement les toxicités cutanées et digestives aiguës par rapport à la technique conformationnelle.

Points clés à retenir

  • Carcinome épidermoïde induit par le HPV (16) ; le VIH et l'immunodépression majorent fortement le risque.
  • Traitement de référence localisé : radiochimiothérapie concomitante (Nigro : 5-FU + mitomycine + RT) = préservation sphinctérienne.
  • La chirurgie (amputation abdomino-périnéale) est un traitement de rattrapage, pas de 1re intention.
  • La réponse est lente : évaluer la réponse complète tardivement (ACT II) avant de conclure à un échec.
  • Métastatique : carboplatine-paclitaxel (InterAAct) ± immunothérapie.

QCM — 10 questions

Q1. Quel est le traitement de première intention d'un carcinome épidermoïde du canal anal localisé ?

Q2. Qu'a démontré l'essai RTOG 9811 concernant le partenaire chimiothérapeutique de référence ?

Q3. En situation métastatique, quel protocole de 1re ligne s'appuie sur l'essai InterAAct ?

Q4. Quel marqueur immunohistochimique sert de substitut à l'infection HPV et constitue un facteur de bon pronostic dans le carcinome épidermoïde du canal anal ?

Q5. Sur quel paramètre repose principalement la catégorie T de la classification AJCC du canal anal ?

Q6. Quel apport majeur de l'essai ACT II gouverne l'évaluation de la réponse après radiochimiothérapie ?

Q7. Quelle posologie correspond au schéma de référence de radiochimiothérapie du canal anal ?

Q8. Au cours de la 4e semaine d'irradiation, un patient présente une radio-épithélite périnéale suintante douloureuse. Quelle attitude préserve le mieux le contrôle tumoral ?

Q9. Chez une personne vivant avec le VIH atteinte d'un carcinome du canal anal localisé, quelle affirmation est exacte ?

Q10. Quelles modalités de surveillance sont recommandées après radiochimiothérapie d'un carcinome du canal anal en réponse complète ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Carcinome épidermoïde T2 N0 du canal anal

Femme de 58 ans, tabagique, consultant pour des rectorragies attribuées depuis un an à des hémorroïdes. Le toucher rectal perçoit une induration ulcérée de la paroi postérieure du canal anal, de 35 mm environ. Les aires inguinales sont libres à la palpation.

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  1. Étape 1 · Diagnostic

    Q1. Quelle est la première démarche diagnostique ?

  2. Étape 2 · Bilan d'extension

    Résultat : carcinome épidermoïde moyennement différencié, p16 positif diffus. Le statut VIH est négatif.

    Q2. Quel bilan d'extension réalisez-vous ?

  3. Étape 3 · Décision thérapeutique

    Bilan : tumeur de 38 mm, T2 N0 M0, sans envahissement d'organe adjacent. Numération, fonction rénale et hépatique normales. La patiente redoute une colostomie.

    Q3. Que proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Toxicité aiguë

    Semaine 5 : radio-épithélite périnéale confluente suintante, diarrhée à 5 selles par jour, neutrophiles à 0,9 G/L sans fièvre. La patiente demande à interrompre le traitement.

    Q4. Quelle est votre attitude ?

  5. Étape 5 · Évaluation

    À 8 semaines de la fin : le toucher rectal perçoit encore une induration de 12 mm, un peu ferme. L'IRM montre un reliquat tissulaire mal limité. La patiente s'inquiète d'un échec.

    Q5. Que faites-vous ?

  6. Étape 6 · Séquelles et suivi

    À 6 mois : réponse complète confirmée cliniquement et à l'IRM. La patiente décrit des impériosités, une sécheresse vaginale et une dyspareunie.

    Q6. Quelle prise en charge des séquelles proposez-vous ?

Synthèse du cas 1

Ne jamais attribuer des rectorragies à des hémorroïdes sans examen proctologique et biopsie. T2 N0 : radiochimiothérapie concomitante (Nigro modifié, RCMI), qui préserve le sphincter. Ne pas interrompre l'irradiation pour une toxicité aiguë — la durée totale conditionne le contrôle local. Un résidu à 8 semaines n'est pas un échec : évaluer à 6 mois (ACT II). Les séquelles fonctionnelles et sexuelles se dépistent et se traitent.

Cas 2

Tumeur localement avancée avec adénopathie inguinale chez un patient VIH+

Homme de 46 ans, vivant avec le VIH depuis 15 ans, sous trithérapie antirétrovirale avec charge virale indétectable et CD4 à 480/mm³. Il consulte pour douleurs anales, ténesme et une masse inguinale droite. Le toucher rectal retrouve une tumeur circonférentielle de 6 cm envahissant le sphincter.

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  1. Étape 1 · Stadification

    Q1. La TEP-TDM confirme une fixation tumorale intense et une adénopathie inguinale droite hypermétabolique, sans lésion à distance. Comment classez-vous cette tumeur ?

  2. Étape 2 · Décision

    RCP : patient OMS 1, hémoglobine 12,4 g/dL, plaquettes 210 G/L, clairance 95 mL/min. Le bilan d'interactions médicamenteuses avec le traitement antirétroviral est demandé.

    Q2. Quelle stratégie retenez-vous ?

  3. Étape 3 · Technique d'irradiation

    Préparation : le radiothérapeute délinée les volumes cibles à partir de la TEP-TDM de simulation.

    Q3. Quelle technique et quels volumes retenez-vous ?

  4. Étape 4 · Toxicité hématologique

    Semaine 4 : neutrophiles à 0,4 G/L, plaquettes à 62 G/L, avec une fièvre à 38,7 °C.

    Q4. Quelle conduite tenez-vous ?

  5. Étape 5 · Réponse

    À 6 mois : réponse complète clinique et radiologique, sur la tumeur comme sur l'adénopathie inguinale. Le patient a conservé une continence satisfaisante.

    Q5. Que proposez-vous ensuite ?

  6. Étape 6 · Séquelle tardive

    À 2 ans : apparition d'un œdème progressif et douloureux du membre inférieur droit, avec un écho-Doppler veineux normal.

    Q6. Quel diagnostic évoquez-vous en premier ?

Synthèse du cas 2

T3 N1 : les adénopathies inguinales sont régionales, non métastatiques — la maladie reste curable. Le VIH contrôlé n'est pas une contre-indication à la radiochimiothérapie standard. Volume prophylactique large (pelvis + inguinal bilatéral) à 45 Gy avec surimpression à 54–59,4 Gy, en RCMI (RTOG 0529). Myélosuppression retardée de la mitomycine : différer la 2e administration plutôt que l'irradiation. Lymphœdème radique : complication tardive attendue de l'irradiation inguinale, après avoir écarté la récidive.

Cas 3

Récidive locale après radiochimiothérapie

Homme de 63 ans traité 18 mois plus tôt par radiochimiothérapie (54 Gy, 5-FU-mitomycine) pour un T3 N0 du canal anal, en réponse complète documentée à 6 mois. Il reconsulte pour une douleur anale permanente et un suintement.

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  1. Étape 1 · Suspicion

    Q1. Le toucher rectal perçoit une induration bourgeonnante de la paroi latérale. Quelle est votre démarche ?

  2. Étape 2 · Confirmation

    Résultats : carcinome épidermoïde récidivant confirmé. L'IRM montre une lésion de 3 cm limitée au canal anal et au sphincter, sans envahissement prostatique. La TEP-TDM ne retrouve aucune lésion à distance.

    Q2. Quel traitement proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Préparation chirurgicale

    Consultation chirurgicale : la reconstruction périnéale est discutée en raison de l'irradiation antérieure.

    Q3. Quelle mesure améliore la cicatrisation périnéale dans ce contexte ?

  4. Étape 4 · Résultat anatomopathologique

    Pièce opératoire : carcinome épidermoïde de 32 mm, exérèse R0 avec une marge circonférentielle à 4 mm, 0 ganglion envahi sur 8 prélevés.

    Q4. Quel traitement complémentaire proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Complication postopératoire

    À 6 semaines : désunion périnéale avec écoulement purulent et douleurs, sans fièvre ni sepsis. Le scanner montre une collection de 4 cm en regard.

    Q5. Quelle prise en charge ?

  6. Étape 6 · Suivi

    À 12 mois : cicatrisation obtenue, patient autonome avec sa colostomie, sans signe de récidive.

    Q6. Quelle surveillance organisez-vous ?

Synthèse du cas 3

Récidive locale : preuve histologique obligatoire (une nécrose radique en impose souvent), bilan d'extension pour vérifier l'absence de maladie à distance, puis amputation abdomino-périnéale de sauvetage à visée curative. Le comblement par lambeau musculo-cutané limite les désunions périnéales en terrain irradié. Aucun traitement adjuvant validé après R0. Suivi clinique rapproché du périnée et des aires inguinales.

Cas 4

Maladie métastatique d'emblée

Femme de 67 ans, sans antécédent notable, adressée pour une masse anale douloureuse évoluant depuis 8 mois. La biopsie confirme un carcinome épidermoïde p16 positif. Le scanner découvre trois métastases hépatiques et deux nodules pulmonaires.

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  1. Étape 1 · Stratégie

    Q1. Quelle est la stratégie de principe dans cette situation métastatique d'emblée ?

  2. Étape 2 · 1re ligne

    Évaluation : OMS 1, clairance à 62 mL/min, audiogramme montrant une presbyacousie modérée, pas de neuropathie.

    Q2. Quel protocole choisissez-vous ?

  3. Étape 3 · Réponse et progression

    Après 6 cycles : réponse partielle hépatique et pulmonaire, avec disparition des douleurs anales. Six mois plus tard, progression hépatique et apparition d'une adénopathie rétropéritonéale.

    Q3. Quelle option de 2e ligne proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Toxicité immuno-médiée

    Après 3 mois d'anti-PD-1 : asthénie majeure, frilosité, constipation. TSH à 42 mUI/L, T4 libre effondrée.

    Q4. Quelle est votre conduite ?

  5. Étape 5 · Symptôme local

    À 8 mois : la maladie hépatique est stable sous anti-PD-1 mais la tumeur anale reprend, avec douleurs permanentes et saignements quotidiens.

    Q5. Que proposez-vous pour le contrôle local ?

  6. Étape 6 · Suite du parcours

    À 14 mois : la patiente reste OMS 1, la maladie est globalement stable. Elle interroge sur la durée de l'immunothérapie et sur son avenir.

    Q6. Quelle réponse est la plus juste ?

Synthèse du cas 4

Métastatique d'emblée : traitement systémique en priorité, irradiation pelvienne à visée symptomatique. 1re ligne = carboplatine AUC 5 + paclitaxel 80 mg/m² J1-J8-J15 toutes les 4 semaines (InterAAct), mieux toléré que cisplatine-5FU — argument décisif chez un sujet âgé, insuffisant rénal ou hypoacousique. En 2e ligne, anti-PD-1 : logique dans une tumeur HPV-induite. Une dysthyroïdie immuno-médiée se substitue sans arrêter le traitement.

Cas 5

Lésion précancéreuse anale chez une transplantée rénale

Femme de 44 ans, transplantée rénale depuis 7 ans sous tacrolimus et mycophénolate, aux antécédents de conisation pour lésion cervicale de haut grade. Le dépistage anal proposé dans le cadre du suivi de transplantation retrouve une cytologie anale anormale.

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  1. Étape 1 · Explorations

    Q1. Quel examen doit compléter cette cytologie anale anormale ?

  2. Étape 2 · Résultat

    Biopsies : lésion intra-épithéliale malpighienne de haut grade (AIN 3), p16 positif, HPV 16 détecté. Pas de lésion invasive.

    Q2. Quelle est la conduite recommandée ?

  3. Étape 3 · Prévention

    Consultation : la patiente interroge sur la vaccination anti-HPV et sur la conduite à tenir vis-à-vis de son immunosuppression.

    Q3. Que lui proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Évolution

    À 2 ans : malgré les traitements itératifs, l'anuscopie retrouve une lésion ulcérée de 12 mm dont la biopsie conclut à un carcinome épidermoïde invasif de la marge anale, bien différencié.

    Q4. Quel bilan et quelle stratégie ?

  5. Étape 5 · Marges

    Pièce d'exérèse : carcinome épidermoïde de 11 mm, marge latérale à 0,4 mm, marge profonde saine. Le bilan d'extension est négatif.

    Q5. Que proposez-vous ?

  6. Étape 6 · Suivi au long cours

    Après reprise chirurgicale R0 : la patiente est en rémission. Elle demande à quel rythme la surveiller compte tenu de son immunosuppression.

    Q6. Quelle organisation du suivi retenez-vous ?

Synthèse du cas 5

Immunodépression et HPV : dépistage anal par cytologie puis anuscopie de haute résolution. Traiter les lésions de haut grade réduit l'incidence du cancer invasif (essai ANCHOR). Vaccination anti-HPV possible sous immunosuppression (vaccin non vivant) ; modulation de l'immunosuppression seulement avec l'équipe de transplantation. Un T1 bien différencié de la marge anale relève d'une exérèse locale — à distinguer du canal anal, où la radiochimiothérapie reste la règle. Marge < 1 mm : reprise ou radiochimiothérapie. Suivi multidisciplinaire prolongé.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Quel agent viral est à l'origine du cancer du canal anal ?cliquer
Le HPV oncogène (surtout HPV 16), via les oncoprotéines E6/E7. Le VIH et l'immunodépression majorent le risque.

En quoi consiste le protocole de Nigro ?cliquer
Radiochimiothérapie concomitante : radiothérapie pelvienne + 5-FU + mitomycine C. Standard permettant la préservation sphinctérienne.

Quelle est la place de la chirurgie dans le cancer du canal anal ?cliquer
Rattrapage uniquement : amputation abdomino-périnéale avec colostomie définitive en cas d'échec/récidive après radiochimiothérapie.

Protocole de 1re ligne du cancer du canal anal métastatique ?cliquer
Carboplatine + paclitaxel (essai InterAAct), mieux toléré que cisplatine + 5-FU ; immunothérapie (anti-PD-1) en réfractaire.

📚 Références & essais fondateurs

  1. RTOG 9811 — Gunderson LL, et al. Long-term update : 5-FU + mitomycine + RT vs 5-FU + cisplatine, cancer du canal anal. J Clin Oncol 2012. PMID 23150707
  2. ACT II — James RD, et al. Mitomycine vs cisplatine et chimiothérapie de consolidation, cancer du canal anal. Lancet Oncol 2013. PMID 23578724
  3. InterAAct — Rao S, et al. Carboplatine-paclitaxel vs cisplatine-5-FU, cancer du canal anal avancé. J Clin Oncol 2020. PMID 32530769
  4. Nigro (princeps) — Nigro ND, et al. Combined therapy for cancer of the anal canal. Dis Colon Rectum 1974. PMID 4830803
  5. ACCORD 03 / consensus — Radiochimiothérapie et modalités de radiothérapie, cancer du canal anal. J Clin Oncol 2012. PMID 22529257
  6. Référentiels ESMO et NCCN Anal Carcinoma (versions à jour) — recommandations de pratique clinique.