Cancer colorectal

Troisième cancer le plus fréquent, deuxième cause de décès par cancer. Deux entités de prise en charge distinctes : le côlon (chirurgie ± chimiothérapie adjuvante) et le rectum (IRM, TME, radiochimiothérapie et traitement néo-adjuvant total). La biologie moléculaire (RAS, BRAF, MSI/dMMR, HER2) pilote la stratégie métastatique.

Digestif RAS / BRAF MSI / dMMR Lynch TME / TNT

📊 Épidémiologie & dépistage

Le cancer colorectal (CCR) est le 3e cancer le plus fréquent dans le monde et la 2e cause de mortalité par cancer. L'âge médian au diagnostic est d'environ 65–70 ans, mais l'incidence augmente préoccupante chez les moins de 50 ans (early-onset). Facteurs de risque : âge, régime pauvre en fibres et riche en viande rouge/transformée, alcool, tabac, obésité, sédentarité, maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (RCH > Crohn).

Dépistage

  • Population à risque moyen : test immunochimique fécal (FIT, remplace l'Hémoccult au gaïac) tous les 2 ans de 50 à 74 ans ; en cas de positivité → coloscopie. La coloscopie est l'examen de référence (détection + exérèse des adénomes).
  • Risque élevé/très élevé : coloscopie de dépistage rapprochée en cas d'antécédent personnel/familial d'adénome ou de CCR, de MICI, ou de syndrome héréditaire.

Formes héréditaires

  • Syndrome de Lynch (HNPCC) : mutation constitutionnelle d'un gène MMR (MLH1, MSH2, MSH6, PMS2) ou EPCAM ; CCR souvent proximal, MSI-H, âge jeune ; risque associé (endomètre, ovaire, urothélium, grêle). Surveillance coloscopique rapprochée.
  • Polypose adénomateuse familiale (PAF) : mutation APC, centaines/milliers d'adénomes, cancérisation quasi certaine → colectomie prophylactique. Forme atténuée et polypose associée à MUTYH (transmission récessive).
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Toute tumeur colorectale doit bénéficier d'un test MMR/MSI (IHC des 4 protéines et/ou biologie moléculaire) : il oriente vers un syndrome de Lynch, module le pronostic et l'indication de chimiothérapie adjuvante, et conditionne l'immunothérapie en situation avancée.

🧬 Anatomopathologie & biologie moléculaire

Plus de 90 % sont des adénocarcinomes (Lieberkühniens), issus de la séquence adénome-cancer : accumulation d'altérations (APCKRASTP53) sur une dizaine d'années, ou voie festonnée (BRAF, méthylation/CIMP). Formes particulières : mucineux, à cellules indépendantes (péjoratif).

Biomarqueurs à déterminer

MarqueurFréquence / significationImpact thérapeutique
RAS (KRAS/NRAS)muté ~45 %RAS muté = contre-indication des anti-EGFR
BRAF V600E~8–10 %, péjoratifEncorafénib + cétuximab (BEACON) en métastatique
MSI-H / dMMR~15 % localisé, ~5 % métastatiqueImmunothérapie (anti-PD-1) ; bon pronostic localisé
HER2 amplifié~3–5 % (RAS/BRAF WT)Double blocage HER2 ou T-DXd (ciblé)

La latéralité a une valeur pronostique et prédictive : les tumeurs gauches (RAS/BRAF WT) répondent mieux aux anti-EGFR ; les tumeurs droites tirent davantage bénéfice d'un anti-VEGF. Le statut MSI-H localisé de stade II est de bon pronostic et ne justifie pas de chimiothérapie adjuvante par fluoropyrimidine seule.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

Symptômes selon la localisation : rectorragies, méléna, modification récente du transit, syndrome rectal (faux besoins, épreintes, ténesme) pour le rectum ; anémie ferriprive et altération de l'état général pour le côlon droit ; occlusion ou perforation en aigu. Un CCR peut être révélé par des métastases (foie surtout, poumon).

  • Coloscopie totale avec biopsies : diagnostic de certitude, cartographie, recherche de lésions synchrones.
  • ACE (antigène carcino-embryonnaire) : marqueur de référence pour le suivi (non diagnostique).
  • Rectoscopie rigide : mesure précise de la hauteur de la tumeur par rapport à la marge anale (rectum).

📐 Bilan d'extension & stadification

Stadification TNM (AJCC 8e édition). Bilan : TDM thoraco-abdomino-pelvien, ACE ; pour le rectum, IRM pelvienne indispensable (T, marge circonférentielle CRM, EMVI, ganglions) ± écho-endoscopie pour les petites tumeurs.

CatégorieDéfinition (synthèse)
TisCarcinome intra-muqueux / in situ
T1Envahit la sous-muqueuse
T2Envahit la musculeuse
T3Traverse la musculeuse jusqu'à la sous-séreuse / tissu péri-colique
T4Péritoine viscéral (T4a) ou organes adjacents (T4b)
N1 / N21–3 / ≥ 4 ganglions régionaux envahis
M1Métastases : foie (M1a), autre organe unique, péritoine (M1c)

Stades : I (T1-2 N0), II (T3-4 N0), III (tout N+), IV (M1). Le stade et le statut ganglionnaire guident l'indication de chimiothérapie adjuvante du côlon.

💊 Prise en charge

Cancer du côlon

Traitement de référence : colectomie carcinologique avec curage ganglionnaire (≥ 12 ganglions analysés). Chimiothérapie adjuvante pour les stades III (et II à haut risque : T4, < 12 ganglions, perforation/occlusion, emboles) par FOLFOX (oxaliplatine 85 mg/m² + acide folinique 400 mg/m² IV à J1, 5-FU 400 mg/m² en bolus puis 2 400 mg/m² en perfusion continue de 46 h, toutes les 2 semaines) ou CAPOX (oxaliplatine 130 mg/m² IV à J1 + capécitabine 1 000 mg/m² × 2/j PO de J1 à J14, toutes les 3 semaines).

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L'essai IDEA (analyse poolée) a montré que 3 mois de CAPOX sont largement suffisants pour les stades III de bas risque (T1-3 N1), permettant de réduire la neurotoxicité de l'oxaliplatine ; les stades III de haut risque (T4 et/ou N2) requièrent plutôt 6 mois. La durée est donc individualisée selon le risque et le protocole.

Cancer du rectum

Pilotage par l'IRM et la RCP. Chirurgie fondée sur l'exérèse totale du mésorectum (TME), garante d'une CRM saine. Pour les tumeurs localement avancées (T3-4 et/ou N+), radiochimiothérapie néo-adjuvante (45–50,4 Gy en 25 à 28 fractions de 1,8 Gy avec capécitabine 825 mg/m² × 2/j PO les jours d'irradiation) ou radiothérapie courte 25 Gy en 5 fractions de 5 Gy.

  • Traitement néo-adjuvant total (TNT) : chimiothérapie et (radio)chimiothérapie administrées avant la chirurgie. RAPIDO (radiothérapie courte 5 × 5 Gy puis 6 cycles de CAPOX ou 9 de FOLFOX) et PRODIGE 23 (6 cycles de FOLFIRINOX d'induction — oxaliplatine 85 mg/m², irinotécan 180 mg/m², acide folinique 400 mg/m², 5-FU 2 400 mg/m² sur 46 h, toutes les 2 semaines — puis radiochimiothérapie) augmentent la réponse complète et le contrôle à distance.
  • Watch-and-wait : en cas de réponse clinique complète après traitement néo-adjuvant, surveillance rapprochée sans chirurgie immédiate, préservant l'organe chez des patients sélectionnés.
  • Rectum dMMR/MSI-H : l'immunothérapie néo-adjuvante transforme le pronostic — l'essai de Cercek (MSKCC) avec le dostarlimab 500 mg IV toutes les 3 semaines pendant 6 mois a rapporté 100 % de réponses cliniques complètes, ouvrant une stratégie de préservation d'organe sans chirurgie ni radiothérapie.

Maladie métastatique

Décision multidisciplinaire ; les métastases hépatiques/pulmonaires résécables relèvent d'une stratégie curative (chimiothérapie péri-opératoire + chirurgie). En 1re ligne, doublet (FOLFOX/FOLFIRI) ou triplet (FOLFIRINOX) + un anticorps selon la biologie :

  • RAS WT, tumeur gauche : chimiothérapie + anti-EGFRcétuximab 400 mg/m² en dose de charge puis 250 mg/m² IV hebdomadaire (ou 500 mg/m² toutes les 2 semaines), ou panitumumab 6 mg/kg IV toutes les 2 semaines.
  • RAS muté ou tumeur droite : chimiothérapie + anti-VEGF (bévacizumab 5 mg/kg IV toutes les 2 semaines, ou 7,5 mg/kg toutes les 3 semaines avec CAPOX).
  • BRAF V600E : encorafénib 300 mg/j PO + cétuximab (± binimétinib 45 mg × 2/j) en 2e ligne (essai BEACON CRC).
  • MSI-H / dMMR : pembrolizumab 200 mg IV toutes les 3 semaines (ou 400 mg toutes les 6 semaines) en 1re ligne, supérieur à la chimiothérapie (essai KEYNOTE-177).
  • HER2 amplifié (RAS/BRAF WT) : double blocage (trastuzumab 8 puis 6 mg/kg toutes les 3 semaines + tucatinib 300 mg × 2/j, lapatinib ou pertuzumab) ou trastuzumab déruxtécan 5,4 mg/kg toutes les 3 semaines.
  • Lignes ultérieures : trifluridine/tipiracil 35 mg/m² × 2/j PO, J1–J5 et J8–J12 toutes les 4 semaines (± bévacizumab, essai SUNLIGHT) ou régorafénib 160 mg/j PO, 3 semaines sur 4 (essai CORRECT).

💉 Doses & protocoles

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Support pédagogique. Posologies issues des essais pivots et des référentiels ESMO/NCCN. Vérifier systématiquement la prescription, les adaptations (fonction rénale et hépatique, âge, surface corporelle, toxicités) et les interactions dans le référentiel institutionnel avant toute application.

Chimiothérapie

ProtocoleMoléculeDoseVoie / rythmeDurée
FOLFOX 4 simplifié (mFOLFOX6) — adjuvant et métastatique
FOLFOXOxaliplatine85 mg/m²IV sur 2 h, J1 toutes les 2 sem12 cycles (6 mois) ou 6 (3 mois)
FOLFOXAcide folinique400 mg/m²IV sur 2 h, J1chaque cycle
FOLFOX5-fluorouracile bolus400 mg/m²IV bolus, J1chaque cycle
FOLFOX5-fluorouracile continu2 400 mg/m²IV sur 46 h (pompe portable)chaque cycle
CAPOX (XELOX)
CAPOXOxaliplatine130 mg/m²IV, J1 toutes les 3 sem8 cycles (6 mois) ou 4 (3 mois)
CAPOXCapécitabine1 000 mg/m² × 2/jPO, J1 à J14 puis 7 j de reposidem
FOLFIRI — métastatique
FOLFIRIIrinotécan180 mg/m²IV sur 90 min, J1 toutes les 2 semjusqu'à progression
FOLFIRIAcide folinique + 5-FU400 mg/m² + 400 puis 2 400 mg/m²IV, J1 (bolus puis 46 h)jusqu'à progression
FOLFIRINOX — induction (PRODIGE 23, formes agressives)
FOLFIRINOXOxaliplatine + irinotécan85 mg/m² + 180 mg/m²IV, J1 toutes les 2 sem6 cycles en néo-adjuvant
FOLFIRINOXAcide folinique + 5-FU continu400 mg/m² + 2 400 mg/m²IV, J1 puis 46 h (sans bolus en France)6 cycles
Fluoropyrimidine seule (stade II, sujet âgé, radiosensibilisation)
Capécitabine adjuvanteCapécitabine1 250 mg/m² × 2/jPO, J1 à J14 toutes les 3 sem8 cycles
RadiosensibilisationCapécitabine825 mg/m² × 2/jPO, les jours d'irradiationdurée de la radiothérapie
LV5FU2Acide folinique + 5-FU400 mg/m² + 400 puis 2 400 mg/m²IV, J1 toutes les 2 sem12 cycles
Lignes ultérieures
SUNLIGHT / RECOURSETrifluridine-tipiracil35 mg/m² × 2/j (max 80 mg/prise)PO, J1–J5 et J8–J12 toutes les 4 semjusqu'à progression
CORRECTRégorafénib160 mg/j (ou escalade 80→160)PO, 3 semaines sur 4jusqu'à progression

Adaptations : recherche d'un déficit en DPD (uracilémie) obligatoire avant toute fluoropyrimidine — un déficit complet la contre-indique, un déficit partiel impose une réduction d'au moins 50 % de la dose initiale ; génotypage UGT1A1 avant irinotécan à forte dose (homozygote *28/*28 → réduction de 25 à 30 %) ; capécitabine réduite de 25 % si clairance 30–50 mL/min et contre-indiquée sous 30 mL/min. Toxicités limitantes : neuropathie sensitive cumulative de l'oxaliplatine (souvent définitive au-delà de 800–1 000 mg/m² cumulés, d'où l'intérêt des 3 mois d'IDEA), diarrhée cholinergique précoce puis tardive de l'irinotécan (atropine puis lopéramide à forte dose), syndrome main-pied et angor coronarien spastique des fluoropyrimidines.

Thérapies ciblées & immunothérapie

MoléculeCible / indicationDoseVoie / rythmeEssai
CétuximabAnti-EGFR — RAS/BRAF WT, tumeur gauche400 mg/m² puis 250 mg/m²IV, charge puis hebdomadaire (ou 500 mg/m² / 2 sem)CRYSTAL
PanitumumabAnti-EGFR (anticorps humain)6 mg/kgIV, toutes les 2 semPRIME
BévacizumabAnti-VEGF5 mg/kg (ou 7,5 mg/kg)IV, toutes les 2 sem (ou 3 sem)AVF2107
AfliberceptPiège à VEGF, 2e ligne + FOLFIRI4 mg/kgIV, toutes les 2 semVELOUR
RamucirumabAnti-VEGFR2, 2e ligne8 mg/kgIV, toutes les 2 semRAISE
EncorafénibAnti-BRAF (BRAF V600E)300 mg/jPO, continu (+ cétuximab)BEACON CRC
PembrolizumabAnti-PD-1 — MSI-H/dMMR200 mgIV, toutes les 3 sem (ou 400 mg / 6 sem)KEYNOTE-177
Nivolumab + ipilimumabMSI-H/dMMR3 mg/kg + 1 mg/kgIV, / 2 sem et / 6 semCheckMate 142 / 8HW
DostarlimabAnti-PD-1 — rectum dMMR néo-adjuvant500 mgIV, toutes les 3 sem6 mois · Cercek (MSKCC)
Trastuzumab + tucatinibHER2 amplifié8 puis 6 mg/kg + 300 mg × 2/jIV / 3 sem + PO continuMOUNTAINEER

Surveillance : rash acnéiforme quasi constant sous anti-EGFR (prophylaxie par doxycycline 100 mg/j et émollients, corrélé à l'efficacité), hypomagnésémie à contrôler avant chaque cure, réactions à la perfusion du cétuximab (prémédication antihistaminique). Sous bévacizumab : pression artérielle et protéinurie avant chaque cure, arrêt 4 à 6 semaines avant une chirurgie programmée, risque de perforation digestive et de retard de cicatrisation. Toxicités immuno-médiées classiques sous anti-PD-1 (thyroïde, côlon, foie, hypophyse).

Radiothérapie

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Rectum localement avancé — schéma long45 Gy (+ 5,4 Gy de surimpression)25 à 28 fractions de 1,8 GyMésorectum, ganglions présacrés, iliaques internes ± obturateurs ; capécitabine concomitante
Rectum — schéma court (RAPIDO, Stockholm III)25 Gy5 fractions de 5 GyChirurgie différée de 6 à 8 sem (ou immédiate à 1 semaine)
Surimpression pour préservation d'organejusqu'à 60–65 Gysurimpression externe ou curiethérapie de contact (30 Gy × 3, Papillon)Tumeur résiduelle, protocoles de watch-and-wait (OPERA)
Récidive pelvienne (réirradiation)30–40 Gyfractions de 1,2 Gy × 2/jVolume réduit, centres experts
Oligométastases hépatiques ou pulmonaires (SBRT)45–60 Gy3 à 8 fractionsAlternative à la chirurgie ou à la radiofréquence · SABR-COMET
Métastases osseuses antalgiques8 Gy ou 20–30 Gy1 fraction ou 5 à 10 fractionsSite symptomatique
Hémostase / palliation pelvienne20–30 Gy5 à 10 fractionsTumeur rectale hémorragique inopérable

Contraintes principales aux organes à risque en irradiation pelvienne : intestin grêle V15 < 120 cm³ et V45 < 195 cm³ (Dmax < 50 Gy, décubitus ventral sur planche à trous ou vessie pleine pour l'écarter du champ), vessie V50 < 50 % et Dmax < 65 Gy, têtes fémorales V50 < 5 % et Dmoyenne < 30 Gy, canal anal et sphincter à épargner lorsque la conservation est envisagée, moelle sacrée et queue de cheval Dmax < 50 Gy. Préservation de la fertilité à aborder avant tout traitement chez les patients jeunes (transposition ovarienne, cryoconservation).

Points clés à retenir

  • Côlon et rectum sont deux prises en charge distinctes : le rectum impose IRM, TME et souvent un traitement néo-adjuvant.
  • Tester systématiquement RAS, BRAF, MSI/dMMR (± HER2) : ils pilotent l'immunothérapie et le choix de l'anticorps.
  • IDEA : 3 mois de CAPOX suffisent pour les stades III de bas risque ; 6 mois pour le haut risque.
  • TNT (RAPIDO, PRODIGE 23) augmente les réponses complètes et permet le watch-and-wait chez des patients sélectionnés.
  • Rectum dMMR : dostarlimab néo-adjuvant (Cercek) = préservation d'organe sans chirurgie ; KEYNOTE-177 = pembrolizumab 1re ligne en métastatique MSI-H.

QCM — 10 questions

Q1. Chez un patient atteint d'un adénocarcinome du côlon gauche métastatique, RAS et BRAF sauvages (WT), quelle association de 1re ligne est la plus appropriée ?

Q2. Un stade III de côlon T3 N1 (bas risque) opéré. Que soutient l'essai IDEA concernant la durée de l'adjuvant par CAPOX ?

Q3. Un adénocarcinome du rectum localement avancé dMMR/MSI-H. Quelle option, illustrée par les travaux de Cercek (MSKCC), peut permettre une préservation d'organe ?

Q4. Quelle anomalie moléculaire définit le phénotype dMMR/MSI-H sporadique le plus fréquent dans le cancer colique droit ?

Q5. Sur l'IRM pelvienne d'un cancer du rectum, quel paramètre pèse le plus sur la décision de radiochimiothérapie néo-adjuvante ?

Q6. Quel essai a établi le traitement néo-adjuvant total par radiothérapie courte 5 × 5 Gy suivie de chimiothérapie avant chirurgie dans le rectum localement avancé ?

Q7. Quelle posologie correspond au protocole FOLFOX (mFOLFOX6) toutes les 2 semaines ?

Q8. Quelle toxicité impose l'arrêt ou la suspension de l'oxaliplatine avant la fin du nombre de cycles prévu ?

Q9. Un patient sous cétuximab développe une éruption acnéiforme profuse du visage et du tronc. Quelle est l'attitude correcte ?

Q10. Quelle surveillance est recommandée après résection à visée curative d'un cancer colique de stade III ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Cancer du sigmoïde de stade II à haut risque

Homme de 68 ans, hypertendu, opéré en semi-urgence d'une tumeur sténosante du sigmoïde révélée par un syndrome occlusif incomplet. La colectomie segmentaire a été réalisée par voie cœlioscopique, sans stomie. Il consulte pour les résultats anatomopathologiques.

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  1. Étape 1 · Anatomopathologie

    Q1. Le compte rendu indique un adénocarcinome lieberkühnien moyennement différencié pT4a, avec 9 ganglions analysés, tous indemnes. Quel élément du compte rendu vous alerte immédiatement ?

  2. Étape 2 · Biologie moléculaire

    Complément demandé : l'immunohistochimie des protéines MMR revient avec une expression conservée de MLH1, PMS2, MSH2 et MSH6.

    Q2. Comment interprétez-vous ce résultat pour la décision adjuvante ?

  3. Étape 3 · Décision thérapeutique

    RCP : patient autonome, clairance de la créatinine à 78 mL/min, sans neuropathie préexistante. Recherche d'un déficit en DPD : uracilémie normale.

    Q3. Quelle proposition thérapeutique retenez-vous ?

  4. Étape 4 · Toxicité

    Après le 3e cycle : le patient décrit des paresthésies permanentes des mains gênant le boutonnage, sans déficit moteur, ainsi qu'une rougeur douloureuse et desquamative des paumes et des plantes.

    Q4. Quelle conduite tenez-vous ?

  5. Étape 5 · Fin de traitement

    À 3 mois : le traitement est terminé. Le côlon d'amont n'avait pas pu être exploré avant la chirurgie en raison de la sténose.

    Q5. Quel examen s'impose en priorité ?

  6. Étape 6 · Surveillance

    À 18 mois : l'ACE, normal jusque-là, passe de 3 à 28 ng/mL sur deux dosages successifs. Le patient est asymptomatique.

    Q6. Quelle est votre démarche ?

Synthèse du cas 1

Stade II à haut risque : le curage insuffisant (< 12 ganglions), l'effraction séreuse pT4a et l'occlusion révélatrice justifient une chimiothérapie adjuvante, à condition que la tumeur soit pMMR — un stade II dMMR ne relève pas d'une fluoropyrimidine adjuvante. Neuropathie à l'oxaliplatine et syndrome main-pied à la capécitabine se gèrent séparément. Coloscopie de rattrapage si le cadre colique n'a pas été exploré, et imagerie immédiate devant toute ascension de l'ACE.

Cas 2

Adénocarcinome du bas rectum localement avancé

Femme de 61 ans, sans comorbidité, consultant pour rectorragies et faux besoins depuis 4 mois. Le toucher rectal perçoit une tumeur circonférentielle dure du bas rectum, à 4 cm de la marge anale, mobile sur les plans profonds.

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  1. Étape 1 · Bilan

    Q1. Quel examen est indispensable pour définir la stratégie locale ?

  2. Étape 2 · Stadification

    IRM : tumeur du bas rectum classée T3c, envahissant le mésorectum sur 8 mm, CRM prédite à 1 mm en antérieur, 3 ganglions mésorectaux suspects, EMVI positive. Le scanner ne retrouve pas de métastase. ACE à 6 ng/mL.

    Q2. Quel est le stade et quelle stratégie proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Traitement néo-adjuvant

    Choix : schéma RAPIDO retenu, la patiente souhaitant une durée de traitement courte avant la chimiothérapie.

    Q3. Quelles modalités correspondent au schéma RAPIDO ?

  4. Étape 4 · Réévaluation

    Après le traitement néo-adjuvant total : le toucher rectal ne perçoit plus qu'une cicatrice souple, l'endoscopie montre une plage blanchâtre télangiectasique sans bourgeon, l'IRM conclut à une réponse complète (mrTRG 1) et l'ACE est normalisé.

    Q4. Quelle option pouvez-vous proposer à cette patiente ?

  5. Étape 5 · Complication

    À 8 mois : la patiente se plaint d'impériosités, d'un fractionnement des selles et de rectorragies minimes. L'endoscopie montre des télangiectasies diffuses du bas rectum, sans bourgeon tumoral ; les biopsies sont négatives.

    Q5. Quel diagnostic retenez-vous et quelle prise en charge ?

  6. Étape 6 · Évolution

    À 20 mois : l'endoscopie de surveillance découvre un bourgeon de 15 mm sur la cicatrice ; les biopsies confirment un adénocarcinome. L'IRM et le scanner ne montrent aucune atteinte à distance.

    Q6. Quelle est la conduite à tenir ?

Synthèse du cas 2

Rectum localement avancé : l'IRM (T, N, CRM, EMVI) commande la stratégie. CRM menacée et EMVI positive imposent un traitement néo-adjuvant total — RAPIDO (5 × 5 Gy puis CAPOX) ou PRODIGE 23 (FOLFIRINOX puis radiochimiothérapie). Une réponse clinique complète autorise le watch-and-wait, au prix d'une surveillance trimestrielle ; la repousse, fréquente mais précoce, reste curable par la chirurgie de sauvetage. Ne pas confondre rectite radique et récidive : les biopsies tranchent.

Cas 3

Métastases hépatiques synchrones d'un cancer du côlon gauche

Homme de 55 ans, en bon état général (OMS 0), découverte lors d'un bilan d'anémie ferriprive d'un adénocarcinome de l'angle colique gauche. Le scanner met en évidence quatre métastases hépatiques du foie droit, la plus grande de 42 mm, sans atteinte extra-hépatique.

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  1. Étape 1 · Bilan moléculaire

    Q1. Quelles déterminations moléculaires demandez-vous avant toute décision de 1re ligne ?

  2. Étape 2 · Décision de 1re ligne

    Résultats : RAS et BRAF sauvages, pMMR/MSS, HER2 non amplifié. L'IRM hépatique confirme quatre lésions du foie droit, une résection étant jugée possible après réduction tumorale.

    Q2. Quel traitement de 1re ligne proposez-vous ?

  3. Étape 3 · Évaluation de la réponse

    Après 6 cycles : réponse partielle majeure, la plus grande lésion mesure 14 mm, deux lésions ne sont plus visibles. L'ACE s'est normalisé. Le patient présente un rash acnéiforme de grade 2 bien contrôlé par doxycycline.

    Q3. Quelle est la meilleure conduite ?

  4. Étape 4 · Chirurgie

    Bilan pré-opératoire : volumétrie du futur foie restant estimée à 26 % du volume hépatique total sur un parenchyme non cirrhotique.

    Q4. Quelle mesure permet de rendre l'hépatectomie droite réalisable ?

  5. Étape 5 · Après la résection

    Suites : hépatectomie droite et colectomie gauche réalisées, exérèse R0, quatre métastases confirmées, 2 ganglions envahis sur 18 sur la pièce colique. Les suites sont simples.

    Q5. Que proposez-vous en post-opératoire ?

  6. Étape 6 · Rechute

    À 14 mois : apparition de deux nodules pulmonaires du lobe inférieur droit, de 9 et 12 mm, sans autre localisation. La biopsie confirme l'origine colique.

    Q6. Quelle attitude privilégiez-vous chez ce patient OMS 0 ?

Synthèse du cas 3

Métastases hépatiques synchrones : la biologie moléculaire (RAS, BRAF, MMR, HER2) et la latéralité choisissent l'anticorps — anti-EGFR pour une tumeur gauche RAS/BRAF sauvage. Opérer dès que la résécabilité est acquise, sans accumuler les cycles (hépatotoxicité, métastases disparues). Foie restant < 30 % : embolisation portale. Environ 6 mois de chimiothérapie péri-opératoire au total. Une rechute oligométastatique se traite encore à visée curative.

Cas 4

Côlon droit métastatique BRAF V600E

Femme de 72 ans, OMS 1, adénocarcinome du côlon droit opéré en urgence pour occlusion 3 mois plus tôt. Le scanner de contrôle montre une carcinose péritonéale de faible abondance et trois métastases hépatiques bilobaires.

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  1. Étape 1 · Biologie

    Q1. L'analyse moléculaire retrouve BRAF V600E muté, RAS sauvage, pMMR/MSS. Quelle est la portée pronostique de ce profil ?

  2. Étape 2 · 1re ligne

    Évaluation : patiente autonome, albumine à 34 g/L, bilirubine normale, pas de cardiopathie. Elle souhaite un traitement actif.

    Q2. Quelle 1re ligne retenez-vous ?

  3. Étape 3 · Progression

    Après 5 mois : progression hépatique et péritonéale, avec majoration de l'ascite. La patiente reste OMS 1 et demande à poursuivre un traitement.

    Q3. Quelle option de 2e ligne est spécifiquement indiquée ?

  4. Étape 4 · Tolérance

    Sous encorafénib + cétuximab : apparition d'une asthénie, d'arthralgies et de plusieurs lésions kératosiques cutanées dont une évoquant un carcinome épidermoïde ; la magnésémie est à 0,52 mmol/L.

    Q4. Quelle est votre analyse ?

  5. Étape 5 · Complication évolutive

    À 4 mois : la patiente est hospitalisée pour vomissements, arrêt des matières et des gaz. Le scanner objective une occlusion grêle sur carcinose, avec plusieurs niveaux et sans zone de transition unique.

    Q5. Quelle prise en charge privilégiez-vous ?

  6. Étape 6 · Décision de fin de vie

    Évolution : l'occlusion se lève partiellement mais l'état général se dégrade (OMS 3), l'albumine chute à 25 g/L et la maladie progresse.

    Q6. Quelle attitude est la plus appropriée ?

Synthèse du cas 4

BRAF V600E : côlon droit, femme âgée, carcinose, pronostic sombre. Pas d'anti-EGFR seul en 1re ligne — chimiothérapie intensive + bévacizumab. En 2e ligne, encorafénib + cétuximab (BEACON CRC), le double blocage étant indispensable pour contrer le rétrocontrôle EGFR. Surveiller les lésions cutanées prolifératives (inhibiteur de BRAF) et l'hypomagnésémie (anti-EGFR). L'occlusion sur carcinose diffuse relève d'abord d'un traitement médical, et l'introduction précoce des soins de support fait partie du traitement.

Cas 5

Cancer colique du sujet jeune et syndrome de Lynch

Homme de 34 ans, sans antécédent personnel, adressé pour douleurs abdominales et anémie. La coloscopie découvre une tumeur bourgeonnante de l'angle colique droit. Son père est décédé d'un cancer du côlon à 47 ans et une tante paternelle a été traitée pour un cancer de l'endomètre à 45 ans.

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  1. Étape 1 · Suspicion

    Q1. Quel diagnostic devez-vous évoquer devant cette histoire familiale ?

  2. Étape 2 · Confirmation

    Biopsies : adénocarcinome peu différencié avec composante mucineuse et infiltrat lymphocytaire intra-tumoral abondant.

    Q2. Quelle est la démarche diagnostique moléculaire correcte ?

  3. Étape 3 · Résultats

    Résultats : perte d'expression de MSH2 et MSH6, MLH1 et PMS2 conservées. Le scanner montre deux métastases hépatiques et une adénopathie rétropéritonéale ; la maladie est d'emblée métastatique.

    Q3. Quel traitement systémique de 1re ligne proposez-vous ?

  4. Étape 4 · Toxicité de l'immunothérapie

    Après 4 cycles : diarrhée à 7 selles par jour depuis 3 jours, avec douleurs abdominales, sans fièvre. La coproculture et la recherche de Clostridioides difficile sont négatives.

    Q4. Quelle est votre conduite ?

  5. Étape 5 · Enquête familiale

    Oncogénétique : mutation germinale pathogène de MSH2 confirmée. Le patient a un frère de 30 ans et une sœur de 28 ans, tous deux asymptomatiques.

    Q5. Que proposez-vous à la fratrie ?

  6. Étape 6 · Évolution

    À 2 ans : après reprise du pembrolizumab, le patient est en réponse complète radiologique, maintenue depuis 14 mois. Il interroge sur la durée du traitement et sur son suivi ultérieur.

    Q6. Que lui répondez-vous ?

Synthèse du cas 5

Cancer colique du sujet jeune : penser au Lynch devant un côlon droit, une histoire familiale avant 50 ans et un cancer de l'endomètre apparenté. Démarche en cascade — IHC MMR tumorale, puis méthylation de MLH1 et BRAF si perte de MLH1, puis oncogénétique. En métastatique dMMR/MSI-H, le pembrolizumab est le standard de 1re ligne (KEYNOTE-177), avec des réponses durables et une toxicité immuno-médiée à reconnaître vite (colite : corticoïdes, pas de lopéramide seul). Enquête familiale, coloscopies dès 20-25 ans et surveillance à vie du spectre Lynch.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Quel biomarqueur contre-indique les anti-EGFR dans le CCR métastatique ?cliquer
Mutation RAS (KRAS ou NRAS). Les anti-EGFR (cétuximab, panitumumab) ne sont efficaces qu'en RAS WT, préférentiellement tumeur gauche.

Que conclut l'essai IDEA sur la durée de l'adjuvant du côlon stade III ?cliquer
3 mois de CAPOX suffisent pour le bas risque (T1-3 N1) ; 6 mois pour le haut risque (T4/N2). Durée individualisée pour réduire la neurotoxicité.

Traitement de 1re ligne du CCR métastatique MSI-H/dMMR ?cliquer
Pembrolizumab (anti-PD-1), supérieur à la chimiothérapie (KEYNOTE-177). Le BRAF V600E relève d'encorafénib + cétuximab (BEACON CRC).

Que désigne le TNT dans le cancer du rectum ?cliquer
Traitement néo-adjuvant total : chimiothérapie et (radio)chimiothérapie avant la chirurgie (RAPIDO, PRODIGE 23). Augmente les réponses complètes et le watch-and-wait.

📚 Références & essais fondateurs

  1. IDEA — Grothey A, et al. Duration of adjuvant chemotherapy for stage III colon cancer. N Engl J Med 2018. PMID 29590544
  2. RAPIDO — Bahadoer RR, et al. Short-course radiotherapy suivie de chimiothérapie et TME, cancer du rectum. Lancet Oncol 2021. PMID 33301740
  3. PRODIGE 23 — Conroy T, et al. FOLFIRINOX néo-adjuvant, cancer du rectum. Lancet Oncol 2021. PMID 33862000
  4. KEYNOTE-177 — André T, et al. Pembrolizumab en 1re ligne, CCR métastatique MSI-H/dMMR. N Engl J Med 2020. PMID 33264544
  5. BEACON CRC — Kopetz S, et al. Encorafénib + cétuximab, CCR BRAF V600E muté. N Engl J Med 2019. PMID 31566309
  6. Rectum dMMR — Cercek A, et al. PD-1 blockade (dostarlimab) in mismatch repair-deficient locally advanced rectal cancer. N Engl J Med 2022. PMID 35660797
  7. Référentiels ESMO et TNCD / NCCN Colorectal Cancer (versions à jour) — recommandations de pratique clinique.