Mésothéliome pleural

Tumeur maligne rare de la plèvre, fortement liée à l'exposition à l'amiante avec une latence de plusieurs décennies. Pronostic réservé. La prise en charge repose aujourd'hui sur l'immunothérapie et la chimiothérapie à base de platine-pémétrexed, la chirurgie ayant une place limitée et débattue.

Thoracique Amiante Épithélioïde Sarcomatoïde BAP1

📊 Épidémiologie & facteurs de risque

Le mésothéliome pleural malin est une tumeur rare mais dont l'incidence reflète les expositions passées à l'amiante. Il touche majoritairement des hommes de plus de 60 ans. Le pronostic reste sombre (survie médiane de l'ordre de 1 à 2 ans selon le sous-type et le traitement).

Facteurs de risque

  • Amiante : facteur causal principal (professionnel +++ : chantiers navals, bâtiment, isolation, freinage). La latence est longue, typiquement 20 à 50 ans après l'exposition — d'où une maladie liée à des expositions anciennes. Reconnaissance en maladie professionnelle.
  • Autres : érionite (fibre minérale), irradiation thoracique antérieure.
  • Prédisposition génétique : syndrome de prédisposition lié à une mutation germinale de BAP1 (mésothéliome, mélanome uvéal, carcinome rénal).
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Un interrogatoire professionnel précis (exposition à l'amiante, y compris para-professionnelle et domestique) est essentiel : il oriente le diagnostic et ouvre les droits à reconnaissance et indemnisation.

🧬 Anatomopathologie & biologie

On distingue trois sous-types histologiques, de pronostic décroissant :

Sous-typeFréquencePronostic
Épithélioïde~60 %Le moins défavorable
Biphasique (mixte)intermédiaireIntermédiaire
Sarcomatoïde~10–20 %Le plus défavorable

Immunohistochimie & marqueurs

  • Marqueurs mésothéliaux positifs : calrétinine, WT1, D2-40 (podoplanine), cytokératine 5/6.
  • Marqueurs négatifs (pour exclure un adénocarcinome) : TTF-1, CEA, MOC-31, BerEP4, claudine-4.
  • Perte d'expression de BAP1 (IHC) et délétion de CDKN2A/p16 (FISH) : aident à distinguer une prolifération mésothéliale maligne d'une hyperplasie réactionnelle bénigne.
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La perte de BAP1 et/ou la délétion homozygote de CDKN2A sont des arguments forts en faveur de la malignité — utiles face à une prolifération mésothéliale difficile à classer sur la seule morphologie.

🩺 Présentation clinique & diagnostic

Symptômes insidieux : dyspnée (épanchement pleural fréquent), douleur thoracique pariétale, toux, altération de l'état général, amaigrissement. À un stade évolué : épaississement pleural circonférentiel enserrant le poumon, rétraction de l'hémithorax.

Démarche diagnostique

  • Imagerie : TDM thoracique injectée (épanchement, épaississement pleural nodulaire, atteinte scissurale) ; IRM et TEP-TDM pour l'extension.
  • Preuve histologique : la thoracoscopie (pleuroscopie) avec biopsies pleurales multiples est la référence — la cytologie du liquide pleural seule est insuffisante. Confirmation par IHC (calrétinine, WT1) et étude de BAP1/CDKN2A.
  • Documentation de l'exposition à l'amiante (interrogatoire, corps asbestosiques).

📐 Bilan d'extension & stadification

La stadification repose sur le système TNM de l'IMIG (International Mesothelioma Interest Group), intégré à l'AJCC/UICC (8e édition). Elle évalue l'extension pleurale et pariétale (T), l'atteinte ganglionnaire (N) et les métastases (M).

CatégorieDéfinition (synthèse)
T1Plèvre pariétale homolatérale ± plèvre viscérale/médiastinale/diaphragmatique
T2Atteinte du muscle diaphragmatique ou extension au parenchyme pulmonaire
T3Extension localement avancée mais potentiellement résécable (fascia endothoracique, graisse médiastinale, paroi limitée, péricarde)
T4Extension étendue non résécable (paroi diffuse, médiastin, rachis, plèvre controlatérale, péritoine)
N1–N2Ganglions homolatéraux → controlatéraux / sus-claviculaires
M1Métastases à distance

Le sous-type histologique, le stade et l'état général conditionnent la stratégie et la résécabilité.

💊 Prise en charge par stade & situation

Traitement systémique de 1re ligne

  • Immunothérapie — nivolumab + ipilimumab : double blocage PD-1/CTLA-4, devenu un standard de 1re ligne, avec un bénéfice de survie particulièrement net dans les formes non épithélioïdes (sarcomatoïdes/biphasiques) — essai CheckMate 743. Posologie : nivolumab 3 mg/kg IV toutes les 2 semaines + ipilimumab 1 mg/kg IV toutes les 6 semaines, pendant 2 ans maximum ou jusqu'à progression / toxicité inacceptable.
  • Chimiothérapie platine-pémétrexed : cisplatine 75 mg/m² + pémétrexed 500 mg/m² IV à J1 toutes les 3 semaines, 4 à 6 cycles, reste une référence historique (essai de Vogelzang) ; carboplatine AUC 5 en cas d'insuffisance rénale, de neuropathie ou d'âge avancé. Supplémentation obligatoire : acide folique 350–1 000 µg/j PO débuté 7 jours avant et poursuivi 3 semaines après la dernière cure, vitamine B12 1 000 µg IM tous les 3 cycles (9 semaines), et dexaméthasone 4 mg × 2/j PO de J−1 à J+1 (prévention du rash). Ajout possible de bévacizumab 15 mg/kg IV toutes les 3 semaines jusqu'à progression (essai MAPS). L'association chimiothérapie + immunothérapie est également développée.

Chirurgie

Place limitée et débattue, réservée à des patients sélectionnés (formes épithélioïdes localisées, bon état général), au sein d'une prise en charge multimodale en centre expert :

  • Pleurectomie/décortication (P/D) : exérèse de la plèvre en préservant le poumon, moins morbide, privilégiée.
  • Pneumonectomie extrapleurale (EPP) : chirurgie radicale (plèvre + poumon + diaphragme + péricarde), très morbide et de bénéfice non démontré, abandonnée par de nombreuses équipes (résultats défavorables de l'essai MARS).

Radiothérapie & soins de support

La radiothérapie a un rôle surtout palliatif / antalgique : 20 Gy en 5 fractions de 4 Gy ou 30 Gy en 10 fractions de 3 Gy sur une zone douloureuse ou une masse pariétale symptomatique, 8 Gy en 1 fraction chez un patient fragile. L'irradiation prophylactique des trajets de drainage ou de biopsie (21 Gy en 3 fractions de 7 Gy) n'est plus recommandée en systématique (essais PIT et SMART négatifs). L'irradiation hémithoracique adjuvante en modulation d'intensité (45–50,4 Gy en 25 à 28 fractions de 1,8 Gy, essai IMPRINT) après pleurectomie/décortication reste réservée aux centres experts, tout comme le schéma néo-adjuvant accéléré 25 Gy en 5 fractions précédant une pneumonectomie extrapleurale (protocole SMART). Le contrôle de l'épanchement (talcage/pleurodèse au talc calibré 4 g, ou cathéter pleural tunnellisé), la prise en charge de la douleur et les soins de support sont essentiels compte tenu du pronostic.

💉 Doses & protocoles

⚠️

Support pédagogique. Posologies issues des essais pivots et des référentiels ESMO/NCCN. Vérifier systématiquement la prescription, les adaptations (fonction rénale et hépatique, âge, surface corporelle, toxicités) et les interactions dans le référentiel institutionnel avant toute application.

Chimiothérapie

ProtocoleMoléculeDoseVoie / rythmeDurée
Cisplatine-pémétrexed — 1re ligne (Vogelzang)
DoubletPémétrexed500 mg/m²IV sur 10 min, J1 toutes les 3 sem4 à 6 cycles
DoubletCisplatine75 mg/m²IV, J1 (après pémétrexed), hyperhydratation4 à 6 cycles
SupplémentationAcide folique350–1 000 µg/jPO, débuté 7 j avant, poursuivi 3 sem aprèstoute la durée
SupplémentationVitamine B121 000 µgIM, avant le 1er cycle puis toutes les 9 semtoute la durée
PrémédicationDexaméthasone4 mg × 2/jPO, de J−1 à J+1chaque cycle
Variante carboplatine (sujet âgé, insuffisance rénale, neuropathie)
DoubletCarboplatineAUC 5IV, J1 toutes les 3 sem4 à 6 cycles
DoubletPémétrexed500 mg/m²IV, J1 toutes les 3 sem4 à 6 cycles
MAPS — ajout d'un anti-angiogénique
MAPSBévacizumab15 mg/kgIV, J1 toutes les 3 sem (puis entretien)jusqu'à progression
2e ligne / rechute
MonothérapieVinorelbine60–80 mg/m² PO ou 25–30 mg/m² IVhebdomadairejusqu'à progression · VIM
MonothérapieGemcitabine1 000–1 250 mg/m²IV, J1 et J8 toutes les 3 semjusqu'à progression
RéintroductionPémétrexed ± platine500 mg/m²IV, J1 toutes les 3 semsi intervalle libre > 6 mois

Adaptations : cisplatine contre-indiqué si clairance < 60 mL/min (bascule vers le carboplatine, dose par la formule de Calvert AUC × [DFG + 25]) ; pémétrexed contre-indiqué si clairance < 45 mL/min et à suspendre en cas d'épanchement abondant non drainé (accumulation dans le 3e secteur, majoration de la myélotoxicité) ; les AINS de demi-vie longue sont à éviter 2 jours avant et 2 jours après le pémétrexed. Toxicités limitantes : néphrotoxicité, ototoxicité et neuropathie du cisplatine ; myélosuppression et rash du pémétrexed ; hypertension, protéinurie et risque hémorragique du bévacizumab.

Immunothérapie

MoléculeCibleDoseVoie / rythmeDurée · essai
NivolumabAnti-PD-13 mg/kgIV, toutes les 2 sem2 ans max · CheckMate 743
IpilimumabAnti-CTLA-41 mg/kgIV, toutes les 6 sem2 ans max · CheckMate 743
Nivolumab (monothérapie)Anti-PD-1240 mgIV, toutes les 2 sem (ou 480 mg / 4 sem)rechute · CONFIRM
Pembrolizumab + chimioAnti-PD-1200 mgIV, toutes les 3 sem (ou 400 mg / 6 sem)· IND.227 / KEYNOTE-483

Surveillance des toxicités immuno-médiées : bilan thyroïdien (TSH, T4L) et cortisolémie avant chaque cycle ou tous les 2 cycles, transaminases, créatinine, lipase, glycémie ; toute diarrhée fébrile ou > 4 selles/j impose l'arrêt et une corticothérapie (méthylprednisolone 1–2 mg/kg/j), avec infliximab 5 mg/kg si cortico-résistance à 72 h. Une pneumopathie immuno-médiée peut mimer une progression pleuro-pulmonaire : la scanner et la fibroscopie tranchent.

Radiothérapie

IndicationDose totaleFractionnementVolume cible / précisions
Douleur pariétale ou masse symptomatique20–30 Gy5 fractions de 4 Gy ou 10 fractions de 3 GyZone symptomatique + marge
Patient fragile / antalgie rapide8 Gy1 fractionSite douloureux
Trajets de drainage ou de biopsie21 Gy3 fractions de 7 GyNon recommandé en systématique (PIT, SMART négatifs) ; réservé aux nodules de perméation symptomatiques
Irradiation hémithoracique adjuvante (après P/D)45–50,4 Gy25 à 28 fractions de 1,8 Gy (IMRT)Plèvre de l'hémithorax entier · IMPRINT — centres experts seulement
Néo-adjuvant accéléré avant EPP (SMART)25 Gy (+ 5 Gy intégrés sur les zones à risque)5 fractions de 5 Gy, chirurgie dans la semaineHémithorax · protocole de recherche
Métastases osseuses ou compression médullaire8–30 Gy1 à 10 fractionsSite atteint, corticothérapie associée

Contraintes principales aux organes à risque en irradiation hémithoracique : poumon controlatéral V5 < 60 % et V20 < 7 %, Dmoyenne pulmonaire totale < 8,5 Gy (le risque de pneumopathie fatale est la limite majeure de cette technique), moelle épinière Dmax < 45 Gy, cœur Dmoyenne < 26 Gy, foie Dmoyenne < 30 Gy et rein homolatéral V15 < 30 % pour les localisations basses, œsophage Dmoyenne < 34 Gy. En situation palliative, la priorité est le confort : les contraintes sont adaptées à l'espérance de vie.

Points clés à retenir

  • Tumeur pleurale rare liée à l'amiante, avec latence longue (20–50 ans) et pronostic réservé ; reconnaissance en maladie professionnelle.
  • Trois sous-types : épithélioïde (meilleur pronostic), biphasique, sarcomatoïde (le plus défavorable).
  • Diagnostic par thoracoscopie + biopsies ; IHC calrétinine/WT1 ; perte de BAP1 et délétion CDKN2A comme arguments de malignité.
  • Stadification TNM/IMIG (8e éd.).
  • 1re ligne : nivolumab + ipilimumab (CheckMate 743, surtout non épithélioïde) ou platine-pémétrexed (Vogelzang) ; chirurgie limitée (P/D > EPP).

QCM — 10 questions

Q1. Quel examen constitue la référence pour obtenir un diagnostic histologique de mésothéliome pleural ?

Q2. Quelle combinaison immunothérapeutique a démontré un bénéfice de survie en 1re ligne, notamment dans les formes non épithélioïdes ?

Q3. Concernant la chirurgie du mésothéliome pleural, quelle affirmation est exacte ?

Q4. Quelle supplémentation est obligatoire avant et pendant un traitement par pémétrexed ?

Q5. Quelles posologies ont été utilisées dans l'essai CheckMate 743 ?

Q6. Un patient de 66 ans présente un mésothéliome épithélioïde non résécable, sans comorbidité cardiovasculaire, et l'on retient une chimiothérapie. Quel apport a démontré l'essai MAPS ?

Q7. Chez une patiente de 42 ans atteinte d'un mésothéliome sans exposition à l'amiante retrouvée, dont le père a eu un mélanome uvéal, quelle anomalie recherchez-vous en priorité ?

Q8. Quelle situation correspond à un stade T4 selon la classification IMIG / AJCC 8e édition ?

Q9. Sous nivolumab-ipilimumab, un patient rapporte 6 selles liquides par jour depuis 3 jours avec douleurs abdominales. Quelle conduite tenez-vous ?

Q10. Après une thoracoscopie diagnostique, faut-il irradier systématiquement les orifices de trocart ?

🩺 Cas cliniques progressifs

Cinq situations cliniques déroulées étape par étape. Chaque réponse débloque l'étape suivante, qui apporte de nouvelles données (bilan, anatomopathologie, évolution). Répondez avant de poursuivre.

Cas 1

Épanchement pleural chez un ancien ouvrier des chantiers navals

Homme de 71 ans, tabagisme sevré à 20 paquets-années, retraité des chantiers navals où il a travaillé au calorifugeage de 1972 à 1989. Il consulte pour une dyspnée d'aggravation progressive depuis 3 mois et une douleur basi-thoracique droite sourde. Examen : matité et abolition du murmure vésiculaire à droite. Radiographie : épanchement pleural droit de grande abondance.

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  1. Étape 1 · Démarche diagnostique

    Q1. Après ponction évacuatrice ramenant un liquide exsudatif citrin dont la cytologie est non contributive, quelle est la meilleure étape suivante ?

  2. Étape 2 · Anatomopathologie

    Résultat : prolifération mésothéliale d'architecture tubulo-papillaire. IHC : calrétinine +, WT1 +, CK5/6 +, TTF-1 −, MOC-31 −, claudine-4 −. Le pathologiste hésite entre hyperplasie mésothéliale réactionnelle et mésothéliome épithélioïde.

    Q2. Quels examens complémentaires permettent de trancher en faveur de la malignité ?

  3. Étape 3 · Stadification et déclaration

    Confirmation : mésothéliome pleural épithélioïde, BAP1 perdu. Le scanner et la TEP-TDM montrent un épaississement pleural circonférentiel droit avec atteinte de la graisse médiastinale, sans ganglion hypermétabolique ni métastase : cT3 N0 M0. Le patient est OMS 1.

    Q3. Quelle démarche médico-administrative accompagne obligatoirement ce diagnostic ?

  4. Étape 4 · Décision thérapeutique

    Réunion de concertation : forme épithélioïde, cT3N0M0, OMS 1, clairance de la créatinine à 78 mL/min, pas d'antécédent cardiovasculaire. Le patient souhaite un traitement actif.

    Q4. Quelle proposition systémique est la plus adaptée en 1re ligne ?

  5. Étape 5 · Toxicité

    Après 3 cycles : la dyspnée a régressé mais le patient décrit des paresthésies des orteils, des acouphènes, et la créatinine est passée de 88 à 142 µmol/L (clairance estimée à 46 mL/min).

    Q5. Quelle adaptation proposez-vous pour la suite ?

  6. Étape 6 · Évolution

    Neuf mois plus tard : après 6 cycles et une stabilisation, le scanner montre une progression pleurale avec réapparition d'un épanchement et une douleur pariétale postérieure cotée 6/10 malgré les antalgiques de palier II. État général OMS 1.

    Q6. Quelle stratégie combinez-vous ?

Synthèse du cas 1

Exsudat pleural chez un sujet exposé à l'amiante : cytologie insuffisante, thoracoscopie avec biopsies multiples indispensable, IHC mésothéliale complétée par BAP1 et CDKN2A pour affirmer la malignité. Déclaration en maladie professionnelle systématique, quelle que soit l'ancienneté de l'exposition. Première ligne par cisplatine-pémétrexed (± bévacizumab) ou nivolumab-ipilimumab ; surveillance de la fonction rénale et bascule vers le carboplatine en cas de néphrotoxicité ; à la progression, immunothérapie, radiothérapie antalgique et contrôle de l'épanchement.

Cas 2

Forme sarcomatoïde d'emblée avancée

Homme de 68 ans, ancien plombier-chauffagiste, adressé pour douleur thoracique gauche intense et amaigrissement de 8 kg en 2 mois. Le scanner montre un épaississement pleural gauche circonférentiel de 3 cm envahissant la paroi sur plusieurs espaces intercostaux, sans épanchement significatif. OMS 1.

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  1. Étape 1 · Obtenir la preuve

    Q1. Il n'y a pas d'épanchement ponctionnable et la plèvre est très épaissie. Quel prélèvement privilégiez-vous ?

  2. Étape 2 · Histologie

    Résultat : prolifération fusocellulaire dense, atypique, mitotique. Calrétinine faiblement +, WT1 −, CK AE1/AE3 +, D2-40 +, TTF-1 −, PS100 −, desmine −. Conclusion : mésothéliome sarcomatoïde.

    Q2. Quelle conséquence pronostique et thérapeutique en tirez-vous ?

  3. Étape 3 · Prescription

    Décision : double immunothérapie retenue en réunion de concertation. Antécédents : hypothyroïdie substituée, psoriasis cutané limité, pas de maladie auto-immune systémique.

    Q3. Quelle prescription est conforme au schéma de CheckMate 743 ?

  4. Étape 4 · Évaluation

    À 8 semaines : le scanner montre une discrète augmentation de l'épaisseur pleurale (+ 15 %) et deux micronodules pulmonaires nouveaux. Le patient se dit cliniquement mieux, la douleur a diminué et il a repris 2 kg.

    Q4. Quelle attitude adoptez-vous ?

  5. Étape 5 · Complication

    Au 5e mois : asthénie majeure, nausées, hypotension à 88/54 mmHg, natrémie 126 mmol/L, kaliémie 5,2 mmol/L. TSH normale, cortisol à 8 h effondré, ACTH basse.

    Q5. Quel diagnostic et quelle prise en charge immédiate ?

  6. Étape 6 · Suite du parcours

    À 14 mois : substitution par hydrocortisone 20 mg/j bien conduite, immunothérapie reprise puis arrêtée à 2 ans. Nouvelle progression pleurale et pariétale douloureuse, OMS 2.

    Q6. Que proposez-vous ?

Synthèse du cas 2

Forme sarcomatoïde : histologie fusocellulaire souvent pauci-marquée (calrétinine faible, WT1 négatif) mais cytokératine positive, pronostic le plus sombre, jamais chirurgicale. C'est le sous-type qui bénéficie le plus du nivolumab (3 mg/kg / 2 sem) + ipilimumab (1 mg/kg / 6 sem) pendant 2 ans. Savoir évoquer une pseudo-progression avant de conclure à l'échec, et reconnaître l'hypophysite immuno-médiée (cortisol bas + ACTH basse) qui impose une substitution durable par hydrocortisone.

Cas 3

Prédisposition germinale BAP1 chez une femme jeune

Femme de 43 ans, cadre administrative, sans exposition professionnelle ni domestique à l'amiante retrouvée après un interrogatoire minutieux. Elle consulte pour une douleur thoracique gauche persistante. Antécédents familiaux : un père opéré d'un mélanome de l'iris à 55 ans, une tante paternelle décédée d'un « cancer du rein » à 48 ans.

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  1. Étape 1 · Orientation

    Q1. Le scanner retrouve un épaississement pleural nodulaire gauche localisé. Quel élément du contexte doit d'emblée retenir votre attention ?

  2. Étape 2 · Confirmation

    Résultat : biopsies sous thoracoscopie — mésothéliome épithélioïde, IHC avec perte complète de l'expression nucléaire de BAP1 dans les cellules tumorales.

    Q2. Que conclure de cette perte de BAP1 en immunohistochimie ?

  3. Étape 3 · Oncogénétique

    Résultat : mutation germinale pathogène de BAP1 confirmée. La patiente a deux enfants de 15 et 18 ans et une sœur de 39 ans.

    Q3. Quelles tumeurs composent principalement ce syndrome de prédisposition ?

  4. Étape 4 · Traitement

    Bilan : lésion pleurale gauche localisée, épithélioïde, TEP-TDM sans atteinte ganglionnaire ni métastase, cT2N0M0. La patiente est OMS 0, désireuse d'un traitement maximaliste et prise en charge dans un centre expert.

    Q4. Quelle place pour la chirurgie ?

  5. Étape 5 · Après la chirurgie

    Suite : pleurectomie/décortication réalisée, résidu macroscopique minime, suites simples. La discussion porte sur une irradiation hémithoracique adjuvante.

    Q5. Quelle contrainte dosimétrique domine la faisabilité de cette irradiation ?

  6. Étape 6 · Suivi familial

    Deux ans plus tard : la patiente est en rémission. Sa sœur de 41 ans, porteuse de la même mutation, demande quel suivi lui est proposé.

    Q6. Que lui répondez-vous ?

Synthèse du cas 3

Mésothéliome du sujet jeune sans exposition : penser au syndrome BAP1 (mésothéliome, mélanome uvéal et cutané, carcinome rénal). La perte de BAP1 en IHC affirme la malignité mais n'affirme pas l'origine germinale — l'analyse constitutionnelle en oncogénétique est indispensable. Chirurgie de cytoréduction (P/D) discutable en centre expert seulement ; l'irradiation hémithoracique adjuvante est limitée par le risque de pneumopathie radique (poumon controlatéral V20 < 7 %, Dmoy pulmonaire < 8,5 Gy). Surveillance des apparentés : peau, œil, rein, et éviction de l'amiante.

Cas 4

Épanchement récidivant et soins de support chez un patient fragile

Homme de 82 ans, ancien couvreur, insuffisant respiratoire chronique (BPCO GOLD 3, VEMS 42 %), coronarien stenté, OMS 2. Mésothéliome pleural droit biphasique confirmé, cT3N1M0. Il est réhospitalisé pour la troisième fois en 6 semaines pour dyspnée liée à un épanchement récidivant de grande abondance.

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  1. Étape 1 · Contrôle de l'épanchement

    Q1. Le poumon se réexpand correctement après drainage. Quelle stratégie durable proposez-vous ?

  2. Étape 2 · Échec de la symphyse

    Évolution : le talcage échoue partiellement, l'épanchement se recloisonne et un poumon « trappé » apparaît (le parenchyme ne se réexpand plus après évacuation, avec douleur thoracique à l'aspiration).

    Q2. Quelle solution est la plus adaptée à un poumon trappé ?

  3. Étape 3 · Traitement systémique ?

    Bilan : clairance de la créatinine 38 mL/min, hémoglobine 10,2 g/dL, albuminémie 28 g/L, OMS 2 à 3 les mauvais jours. Le patient et sa famille demandent « ce qui peut être tenté ».

    Q3. Quelle proposition est la plus raisonnable ?

  4. Étape 4 · Douleur

    Nouveau symptôme : douleur thoracique latérale droite continue à 7/10, avec une composante en éclairs électriques irradiant selon un trajet intercostal, insuffisamment soulagée par le paracétamol et la codéine.

    Q4. Quelle prise en charge antalgique proposez-vous ?

  5. Étape 5 · Complication aiguë

    Trois semaines plus tard : fièvre à 38,8 °C, majoration de la dyspnée, liquide devenu trouble au cathéter tunnellisé, CRP 180 mg/L, hyperleucocytose à 17 G/L.

    Q5. Quelle est votre conduite ?

  6. Étape 6 · Projet de soins

    Un mois plus tard : l'infection est résolue, mais l'état général se dégrade (OMS 3, perte de 5 kg supplémentaires). Le patient exprime le souhait de rester chez lui et de ne pas être réhospitalisé.

    Q6. Quelle organisation mettez-vous en place ?

Synthèse du cas 4

Chez le patient fragile, l'essentiel du bénéfice vient du contrôle symptomatique : pleurodèse au talc si le poumon est réexpansible, cathéter pleural tunnellisé si le poumon est trappé, antalgie mixte (opioïde fort + traitement neuropathique) complétée par une radiothérapie antalgique de 20 Gy en 5 fractions. Le cisplatine est contre-indiqué sous 60 mL/min et le pémétrexed sous 45 mL/min. Savoir reconnaître et traiter une infection sur cathéter sans le retirer systématiquement, et organiser précocement les soins palliatifs selon le projet du patient.

Cas 5

Diagnostic différentiel : nodules pleuraux chez une patiente aux antécédents de cancer

Femme de 64 ans, traitée 6 ans plus tôt pour un adénocarcinome mammaire luminal B pT2N1, en rémission sous anti-aromatase. Elle présente une dyspnée et le scanner retrouve un épanchement pleural droit avec des nodules pleuraux multiples. Elle n'a jamais été exposée à l'amiante à sa connaissance et n'a pas reçu de radiothérapie thoracique droite.

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  1. Étape 1 · Hypothèses

    Q1. Quelle hypothèse principale retenez-vous, et quelle attitude en découle ?

  2. Étape 2 · Immunohistochimie

    Résultat des biopsies sous thoracoscopie : prolifération épithélioïde. IHC : calrétinine +, WT1 +, CK5/6 +, D2-40 +, TTF-1 −, MOC-31 −, BerEP4 −, claudine-4 −, RE −, GATA3 −, mammaglobine −.

    Q2. Comment interprétez-vous ce panel ?

  3. Étape 3 · Recherche étiologique

    Interrogatoire approfondi : son père était ouvrier en fibrociment et rentrait avec ses vêtements de travail, qu'elle lavait avec sa mère durant son adolescence.

    Q3. Quelle conséquence en tirez-vous ?

  4. Étape 4 · Traitement

    Bilan : mésothéliome épithélioïde cT3N0M0, OMS 1, clairance 82 mL/min, fraction d'éjection normale malgré des anthracyclines reçues 6 ans plus tôt (dose cumulée 240 mg/m² de doxorubicine).

    Q4. Quelle 1re ligne proposez-vous et avec quelles modalités ?

  5. Étape 5 · Toxicité hématologique

    Au 2e cycle : neutropénie fébrile à 0,4 G/L avec mucite grade 3. On découvre que la patiente prenait quotidiennement de l'ibuprofène pour des lombalgies et qu'elle avait interrompu l'acide folique.

    Q5. Quels facteurs expliquent cette toxicité et que corrigez-vous ?

  6. Étape 6 · Évaluation de la réponse

    Après 4 cycles : le scanner montre une diminution de l'épaisseur pleurale sur les sites mesurés et l'épanchement a régressé. Se pose la question des modalités de mesure et de la suite.

    Q6. Quelle affirmation est exacte ?

Synthèse du cas 5

Des nodules pleuraux chez un patient aux antécédents de cancer ne sont pas nécessairement des métastases : la preuve histologique avec panel IHC complet (au moins deux marqueurs mésothéliaux positifs et deux marqueurs épithéliaux négatifs) est indispensable. Rechercher systématiquement une exposition para-professionnelle ou domestique à l'amiante, qui ouvre des droits à indemnisation. Sous pémétrexed, la supplémentation folates-B12 et l'éviction des AINS conditionnent la tolérance. La réponse s'évalue en RECIST modifié pour le mésothéliome, sur l'épaisseur pleurale.

🃏 Flashcards — répétition espacée

Cliquez pour retourner la carte, puis auto-évaluez-vous (« À revoir » remet en boîte 1, « Acquis » avance d'une boîte).

Facteur causal principal et particularité temporelle du mésothéliome ?cliquer
Amiante (exposition surtout professionnelle), avec une latence longue de 20 à 50 ans. Reconnaissance en maladie professionnelle.

Trois sous-types histologiques par ordre de pronostic ?cliquer
Épithélioïde (meilleur) > biphasique > sarcomatoïde (le plus défavorable).

Marqueurs utiles au diagnostic (positifs et de malignité) ?cliquer
Positifs : calrétinine, WT1, D2-40, CK5/6. Malignité : perte de BAP1 (IHC) et délétion de CDKN2A/p16 (FISH).

Options systémiques de 1re ligne ?cliquer
Nivolumab + ipilimumab (CheckMate 743, surtout non épithélioïde) ou chimiothérapie cisplatine-pémétrexed (Vogelzang).

📚 Références & essais fondateurs

  1. CheckMate 743 — Baas P, et al. Nivolumab + ipilimumab, mésothéliome pleural non résécable. Lancet 2021. PMID 33485464
  2. Vogelzang — Vogelzang NJ, et al. Cisplatine + pémétrexed vs cisplatine, mésothéliome. J Clin Oncol 2003. PMID 12860938
  3. MAPS — Zalcman G, et al. Bévacizumab + cisplatine-pémétrexed, mésothéliome. Lancet 2016. PMID 26719230
  4. MARS — Treasure T, et al. Pneumonectomie extrapleurale, mésothéliome (faisabilité/pronostic). Lancet Oncol 2011. PMID 21723781
  5. CONFIRM — Fennell DA, et al. Nivolumab en 2e/3e ligne, mésothéliome. Lancet Oncol 2021. PMID 34656227
  6. Référentiels ESMO et NCCN Mesothelioma: Pleural (versions à jour) — recommandations de pratique clinique.